‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 46 sur 176 · LXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXVIII INTRODUCTION

lamentations sans trc\e. Duchcsne ne lui envoie pas ses feuilles ; il veut sans doute retarder Tédilion de son confrère, et préfère favoriser des contrefaçons lyonnaises ou autres ', il abuse du Privilège que lui. Néaulme, avait obtenu des États de Hollande : on était convenu de le mettre seulement « à la tète de quelques exemplaires destinés à certaines personnes »-; Duchcsne le met à presque tous. « pour ne pas dire à tous » ^ : c'est, sans doute, une excellente façon de se « couvrir », mais c'est compromettre Néaulme à plaisir. Pour se venger, Néaulme serait tenté de faire un chassé-croisé de titres, et, puisque Duchesne abuse du nom de Néaulme dans son édition, d'abuser, lui aussi, du nom de Duchesne. en le compromettant publiquement auprès de la police parisienne. « .le \oulais. écrit-il à Rousseau, mettre : .1 Paris, c/ic:; Duchesne: mais on m'accuserait peut-être d'esprit de vengeance: aussi je mettrai : Selon la copie de Paris, avec permission tacile pour le Libraire » '. Cette indication de Néaulme nous permet de retrouver avec certitude son édition dans la foule des contrefaçons de 17G2. La voici :

ÉMIl.E, I ou 1 DE l'ÉDUCAIION. | PAR [ JEAN JACQUES ROUSSEAU. | CITOYEN

DE GENÈVE. \ Sanabilibus aegrotamus malis : ipsaque nos in rectum genitos natura, si emendari velimus juvat. | Senec. de ira. L. 11. c. i3. 1 Tome Pre.vuer ] Première Partie. | [Heuron] Selon la copie de | Paris. Avec Permission tacite pour le Libraire, i .^L DCCLXll. [tout le titre en noir] || [in-SJ.

T. I. Pre.miere Partie. [Un feuillet non chiffré] : Avis sur cette Edition. — Préface, pp. I-\'l. — Explications des Ei^ures. pp. \'ll-\'lll. .\vis au Lecteur, p. VIII s. — Livre Premier, pp. i-tîK. — Livre Second, pp. 60-224.

' Cf. Lettres des 20 et 24 Mai 17(12 [14". 2 ' et i'".

- Lettre du 22 Mai 1762 [14]. 1".

' Lettre du 26 Mai 1762 [14], 1"'.

* Lettre du 2 Juin 1762 [14I. 2'°.

5 l.'.lj'/.v au Lecteur, p. vm Je la I" Partie du t. \. disait : « l,es fautes d'impression, qui forment des contre-sens. tV qu'on pourrait ne pas corrif^er à la lecture, se trouvent à la fin de l'ouvrage. Il sera facile de les regarder d'avance ». En fait, aucun des e.xemplaires que j'ai vus de cette c'dition n'offre d'Errata. Je croirais que Néaulme. à la fin de l'impression, énervé de toutes les contrariétés qu'il avait déjà subies et de celles qu'il prévovait, a jugé la peine inutile. C'est ainsi, du moins, que je comprends ce passage de sa Lettre à Rousseau du 28 Juillet 1762 [14]. f" i' : « .\ quoi me servirait aussi votre Errata? Ainsi je me suis passé de tout ». — La Bibliothèque Nationale (R 22357-2235S) ne possède, de cette édition, que la seconde partie de chaque tome. J'.ii

EDITION XEAILME LXXIX

Seconde Partie. Livre troisième, pp. 1-80. — Livre qualrievie. pp. 81-168. — Table des Matières pour le tome piemier en deux Parties, pp. 169-192.

T. II. Pre.miere P.\rtie. Livre quatrième, [Depuis : « Il v a trente ans », etc.], pp. 1-168.

Seconde P.artie. Livre cinquième, pp. 1-228. — Table des Matières pour le tome second en deux Parties, pp. 229-243.

Les figures qui accompagnent le te.xte sont conformes aux dessins faits par Eisen pour Tédition originale, mais ne sont pas gravées par les artistes de Duchesne. soit que Duchesne n'eût pas voulu prêter ses planches, soit que Néaulme eût préféré recourir à un artiste hollandais. Ce fut Schley qui fut chargé de graver à nouveau les dessins dEisen ; et ses lenteurs contribuèrent encore à retarder l'apparition du livre. Néaulme, voulant sans doute ajouter à son édition un attrait qui manquât à celle de Duchesne. lui commanda aussi un frontispice, et cela a l'insu de Rousseau. L'auteur ne fut averti que quand tout était terminé et qu'il aurait été inhumain de ne pas utiliser la planche 1. Rousseau se résigna : et l'édition de Néaulme s'ouvrit par un frontispice inédit '-. Néaulme eut. d'ailleurs, l'honnêteté, en le présentant, de dégager la responsabilité de Rousseau : « L'Estampe, qui porte le titre de Traité d'Éducation, consacré au Temps, représente des Génies qui le lui offrent, et sert de frontispice à cet ouvrage. Elle est de l'invention du Libraire, qui avoue de bonne foi l'avoir mise à l'insu de l'Auteur » ■^. La planche est signée : J. V. Schley inv. et fecit I/62. Les autres planches sont aussi gravées par Schlev. sauf précisément celle de la Profession de foi. qui est la plus médiocre de toutes. Elle est signée : Cil. Eisen inv. et del. — 5. Fokke fec. Néaulme écrit à ce sujet à Rousseau, dans ce jargon qui lui est familier : « Schlev, jaloux de son

trouvé un exemplaire complet à Genève, au.ic Archives J. J. Rousseau, O R .47. Cette édition se rencontre aussi avec le titre tiré en rouj^e et noir, orné d'un écusson au.x armes dWngleterre, et portant au bas : « A Amsterdam. | Chez Jean Néaulme. | .MDCCLXII. | Avec Privilège. ». Les titres et l'au.x-titres oflrent encore quelques légères différences: le reste, y compris les cartons, est identique. .M. Th. Dul'our possède un exemplaire de ce second état, et a bien voulu m'en donner la description. Cette partie de l'édition était destinée à la clientèle anglaise de Néaulme. Le ib Novembre 1762, Rousseau signale à Moultou « la seconde édition anglaise », XL 3. mais il veut dire « traduction » : cf. 26]. II. 72-73.

• Lettre du 20 .Mai 1762 [14]. 1" et ".

' Cf. V Iconographie des œuvres lie J. J. Rousseau 285], lo-ii.

' I, 1. p. vil : Explications des figures. Rousseau a protesté contre ce « solécisme » : Traité d Éducation, dans sa Lettre à Néaulme du i3 Novembre 1762 [40 '''*], 1 17.

LXXX INTRODUCTION

ouvrage, voulait absolument taire six planches : mais, sa maladie et le travail lui ayant rendu la chose impossible, il a entln désisté d'une Orphée, que voici : et, quoique ce graveur l'^okke, le remplaçant de Schlev est un de nos meilleurs, j'y trouve une grande ditiérence, et j'enrage de la nécessité ot'i j'ai été de la lui donner; elle n'est pas à beaucoup près si belle, et je la ferai adoucir encore » '.

Rousseau, comme on l'a vu. s'était refusé à faire la déclaration que Néaulme lui demandait, à la fois pour authentiquer son édition et atténuer sa responsabilité. « .le vous prie, lui disait Néaulme -, de me faire l'honneur de m'écrire que vous avouer mon édition, qu'elle est conforme, non seulement à votre Manuscrit, mais aussi conforme à vos sentiments et telle que vous ave^ absolument désiré de la voir paraître. Vous y ajouteriez, si vous voulez, que vous désavouerie-; tout ce qui ne sera pas conforme, et que, en conséquence, vous prenie-; sur vous seul toutes les critiques que cet ouvrai^e pourra susciter ■». A défaut de cette déclaration personnelle, qui lui fiit refusée, Néaulme avait mis, en tête du livre, r.4)'/s suivant, qui disait la même chose avec moins d'autorité : « Le Public peut être assuré qu'elle cette édition est parfaitement conforme au Manu-Script de l'Auteur, et telle qu'il a désiré de la voir paroitre. Il en a donné les assurances les plus fortes au Libraire, en le munissant de son aveu et de son approbation ». L'édition est, en effet, si « conforme au Manuscrit de l'auteur » que, sur bien des points, elle rétablit le texte primitif que l'édition originale n'a pas conservé. Nonseulement la plupart des fautes qui formaient contre-sens ont été corrigées, mais les cartons, qui avaient été imposés dans les deux premiers tomes par la direction de la Librairie, ont été négligés ^, et le texte primitif restitué. On lit donc au tome 1, u, 55 : « l'héritier du possesseur de trois Royaumes », et non : « l'héritier et le Jils d'un Roi des Rois » * :

' /'DSl-scriptuni de la Lettre du 2 juin 1762 [14]. L'orthof^raplie du bon Néaulme est aussi déconcertante que son style.

- Lettre du 20 Mai 1762 [14]. 2'".

" Rousseau en avait prévenu Maleslierbes ; ci. sa Lettre du .s Kévrier 1762, X, 3] i : « Une seule chose me t'ait de la peine, écrit-il à Maleslierbes, c'est qu'on ne saurait e.xiger de Néaulme de faire en Hollande les mêmes cartons, et que, ne les faisant pas, son édition pourrait nuire à celle de Duchesne ». — Il y a pourtant des cartons dans l'édition de .Néaulme ; et c'est Rousseau qui les a e.\igés pour réparer certaines fautes. Cf. la Lettre de Néaulme à Rousseau, du 24 Mai 1762 [14], i'°, où il lui envoie quatre cartons. Il y en a neuf dans toute l'édition : I, 1. 11-12, fii-(52, 77-78, 213-214: 1, 11. 41-42. 127-128. 139-140; II, 11. 29-30, 49-5o.

* ICdition originale. Il, iiS, avec la note suivante . « Vonone, lils de Pliraate, Roi des Parthes ».

« EMILE CHRETIEX » LXXXI

au lome I. ii, 96 : « les passions de tous les Etres bornés, même des Anges, s il y en a ». et non : « si/s en ont » '. Ainsi l'édition Néaulme, postérieure à l'édition dite originale, dont, comme je l'ai dit, tous les exemplaires, sauf un. sont cartonnés, devient, en quelque sorte, une seconde édition originale, et équivaut pratiquement à l'unique exemplaire sans cartons de l'édition Duchesne. Il \- a même un passage où elle devance l'exemplaire corrigé, et apporte déjà le texte auquel Rousseau s'arrêtera définitivement '-. Mais toutes ces remarques intéressent plutôt YEmile proprement dit que la Profession de foi, où le texte est resté identique à celui de la première édition '. — On verra plus loin les destinées de cette édition Néaulme.

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