PARTIE HISTORIQUE
il V a tant d'atlirmations, et de tant de sortes, dans la Profession de foi. qu'un commentaire, qui voudrait essaver d'en faire la critique, constituerait une xéritable encyclopédie, où le théologien, l'exégète, le métaphysicien, le psvchologue. le physicien, le naturaliste, le chimiste, et même l'alchimiste, devraient s'entr'aider. .. et peut-être se nuire. Outre que les dimensions de ce volume ne me le permettaient guère, il eût été pour moi aussi périlleux qu'impertinent de vouloir jouer tous ces rôles à la fois. Mon commentaîre est donc strictement historique : et les quelques remarques grammaticales ou linguistiques, que j'ai cru devoir présenter, sont toutes conçues de ce point de vue. Il fallait d'abord retrouver les textes auxquels Rousseau fait allusion par des on dit. ou toute autre formule imprécise, et qui sont empruntés le plus
' Comment connaître .lean-Jacques 291J, 881-882.
' Cf. dans la présente édition, pp. 34, note 19, i32, note 6, i5-), note 10, etc.
» Id., 32-34. i-'i4-!5«, 398-415.
CIV INTRODUCTION
souvent aux ouvrages « philosophiques », qu'il réfute. Je crois être parvenu à identifier presque toutes ces citations dissimulées '. On verra qLic Rousseau, dans ses ripostes, ne vise pas seulement des ouvrages imprimés : il répond aussi à des ouvrages manuscrits, qui circulaient sous le manteau, et qui ne devaient être publiés qu'après la Profession, mais que des lecteurs avertis pouvaient reconnaître au passage. De ces œuvres audacieuses qu'il avait lues et méditées, l'une d'elles. VExamen de la Religion [ijS], se trouve encore parmi ses papiers 7 ; il en lisait d'autres, comme la Lettre de Tlirasybule à Leucippe 189 , au moment où il critiquait la Profession, et nous en vovons aujourd'hui les extraits dans ses cahiers de brouillons. Les rapprochements qu'on trouvera dans le commentaire attesteront de même qu'il avait, sans doute, lu en manuscrit Le Militaire philosophe [i3o'^'^, l'Examen critique des Apologistes [i35], le Despotisme oriental 233], Le Christianisme dévoilé 234], peut-être même Le Système de la Xatiire [248'^"*]. Ainsi la Profession de foi nous apparaîtra comme une a'U\re dont l'actualité anticipe l'avenir, et qui attaque, derrière la « philosophie » du jour, le « philosophisme » du lendemain.
J'ai essayé, en outre, de retrouver les origines de la science et de l'érudition de Rousseau : on connaîtra les livres, illustres ou inconnus, qui ont alimenté sa mémoire, Montaigne, Bayle, Basnage, Lami, Calmet, Vcrnet. Beausobre et tant d'autres: et l'on remarquera que, si VEncyclopédie lui a appris bien des choses, il a gardé comme encvclopédie portative celle qu'il avait pratiquée dès les Charmettes, Saint-.'\ubin et son Traité de l opinion ,141] "■
On verra aussi quelles sont parfois les occasions biographiques, si l'on peut ainsi parler, qui ont mis en branle sa sensibilité ou enrichi son vocabulaire. C'est, par exemple, dans les Lettres c? itiques de \'ernet, qui lui avaient été envoyées par Rey, qu'il a trouvé, presque en dernière heure, et le mot de « philosophiste ». et une nouvelle ardeur pour combattre la «philosophie»-^. Comme il arrive souvent chez Rousseau,
' J'.ii échoué pour l'une d'elles, comme on s'en rendra compte en lisant la note 2 de la p. ii3. « Quand on me dit, s'écrie le Vicaire, que le mouvement ne lui est pas essentiel [à la matière], mais nécessaire, on veut me donner le change par des mots qui seroient plus aisés à réfuter, s'ils avoient un peu plus de sens ». Cette formule semblerait indiquer que Rousseau a en vue un texte précis. Je n'ai pas su le retrouver.
' Sur cette influence de Saint-.\ubin, cf. mon article Sur les sources de Rousseau [292], 640-641.
' Cf., dans la présente édition, p. 537.