‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 7 sur 176 · IX · texte numérisé non relu

IX

XVI INTRODUCTION

dont j'étais capable. Je sentais vi\ement que le repos du reste de mes jours et mon sort total en dépendaient. Je m'y trouvai d'abord dans un tel labyrinthe d'embarras, de dilHcultés. d'objections, de tortuosités, de ténèbres, que, vingt fois tenté de tout abandonner, je fus près, renonçant à de vaines recherches, de m'en tenir, dans mes délibérations, aux règles de la prudence commune, sans plus en chercher dans des principes que j'avais tant de peine à débrouiller; mais cette prudence même m'était tellement étrangère, je me sentais si peu propre à l'acquérir, que la prendre pour mon guide n'était autre chose que vouloir, à travers les mers et les orages, chercher, sans gouvernail, sans boussole, un fanal presque inaccessible, et qui ne m'indiquait aucun port. Je persistai : pour la première t'ois de ma vie j'eus du courage: et je dois à son succès d'avoir pu soutenir l'horrible destinée qui des lors commençait à m'envelopper, sans que j'en eusse le moindre soupçon. Après les recherches les plus ardentes et les plus sincères qui jamais peut-être aient été faites par aucun mortel, je me décidai pour toute ma \ie sur tous les sentiments qu'il m'importait d'avoir; et, si j'ai pu me tromper dans mes résultats, je suis sûr au moins que mon erreur ne peut m'étre imputée à crime, car j'ai fait tous mes efforts pour m'en garantir. Je ne doute point, il est xrai, que les préjugés de l'enfance et les vœux secrets de mon ca-ur n'aient fait pencher la balance du côté le plus consolant pour moi. On se défend difficilement de croire ce qu'on désire avec tant d'ardeur : et qui peut douter que l'intérêt d'admettre ou rejeter les jugements de laLitre vie ne détermine la toi de la plupart des hommes sur leur espérance ou leur crainte? Tout cela pouvait fasciner mon jugement, j'en conviens, mais non pas altérer ma bonne foi ; car je craignais de me tromper sur toute chose. Si tout consistait dans l'usage de cette vie, il m'importait de le savoir, pour en tirer du moins le meilleur parti qu'il dépendait de moi, tandis qu'il était encore temps, et n'être pas tout-à-fait dupe. Mais ce que j'avais le plus à redouter au monde, dans la disposition où je me sentais, était d'e.xposer le sort éternel de mon àme pour la jouissance des biens de ce monde, qui ne mont jamais paru d'un grand prix. J'avoue encore que je ne levai pas toujours à ma satisfaction toutes ces difficultés qui m'avaient embarrassé, et dont nos philosophes avaient si souvent rabattu mes oreilles. Mais, résolu de me décider enfin sur des matières où l'intelligence humaine a si peu de prise, et trouvant de toutes parts des mystères impénétrables et des objections insolubles, j'adoptai dans chaque question le sentiment qui me parut le mieux établi directement, le plus crovable en lui-même, sans m'arrêter aux objections que je ne

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