‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 8 sur 176 · PREMIERES ESQUISSES DE LA . PROFESSION >< XVII · texte numérisé non relu

PREMIERES ESQUISSES DE LA . PROFESSION >< XVII

pouvais résoudre, mais qui se rétorquaient par d'autres objections non moins fortes dans le système opposé. Le ton dogmatique sur ces matières ne convient qu'à des charlatans ; mais il importe d'avoir un sentiment pour soi, et de le choisir avec toute la maturité de jugement qu'on v peut mettre. Si, malgré cela, nous tombons dans l'erreur, nous n'en saurions porter la peine en bonne justice, puisque nous n'en aurons point la coulpe. Voilà le principe inébranlable qui sert de base à ma sécurité. Le résultat de mes pénibles recherches fut tel. à peu près, que je l'ai consigné depuis dans la Profession de foi du Vicaire sai'ovard ».

11 n'arriva pas cependant du premier coup aux formules du \'icaire, ou plutôt, sentant désormais l'impérieux besoin de taire une « profession de foi ». il ne trouva pas dès l'abord qui pourrait la « recevoir ». Pendant quelques années. Rousseau resta en quête de confidents. Avant de se rappeler le « bon prêtre » de Turin et de s'incarner en lui, il aura recours à d'autres truchements, et il saisira toutes les occasions, bonnes ou mauvaises. « pour épancher dans le sein » d'un lecteur ami « tous les sentiments de son cœur» i. La grande Lettre à \'oltaire. du 18 .Août 1756, (àù on le sent si heureux d'avoir trouvé un prétexte pour pouvoir défendre « la cause de Dieu » et soulager « son cœur », est, à sa manière, une « profession de foi », et trahit le même besoin '-. Le Morceau allégorique sur la Révélation est peut-être de lysy. Dans les derniers mois de cette année, qui avait été à la fois si douce et si douloureuse pour lui, comprenant enfin que l'amour de .Mme d'Houdetot n'avait été qu'un rêve, mais se raccrochant d'autant plus désespérément à cette amitié amoureuse qui lui échappait, il voulut employer, pour la retenir, toutes les séductions de son àme ; ne pouvant être son amant, il tenta d'être son directeur, et commença pour elle des Lettres morales'^. Sous prétexte d'y apprendre à Sophie

' Expression du Vicaire : cf. plus loin, p. 33 de celte édition.

' A .Mme d'Houdetot, Lettre du 28 Janvier 1758 ^34]. 237: cf. encore Lettres des 3i Octobre et 24 Novembre 1757 [34', 157, 189, et Lettre de .Mme d'Houdetot à Rousseau du 12 Février 1758 [26], I, 408. — Dans une Lettre, qui doit être de Juillet 1757, puisqu'il y t'ait allusion au séjour de Saint-Lambert à Paris, Rousseau écrit à .Mme d'Houdetot, .\, i65 : « Voici, .Madame, les papiers que vous m'avez demandés. Je crains que vous ne puissiez rien débrouiller aux ratures des Lettres. Si vous en pouvez déchiffrer quelques-unes, je vous prie de vouloir bien m'indiquer les autres, afin que ie les copie lisiblement. Quant au Catéchisme, j'y ai lait plusieurs changements en le récrivant : c'est pourquoi je vous prie d'en garder la copie que je vous envoie, afin que je puisse sur elle collationner la mienne ». Quelles sont ces Lettres? Il me semble fort difficile que ce soient déjà les Lettres à Sophie .' Le Catéchisme parait bien être un autre ouvrage ; et c'est un ouvrage de Rousseau, puisqu'il y fait des

XVIII INTRODUCTION

comment elle devait vivre, il lui disait surtout ce qu'il pensait, lui, Jean- Jacques. « sur le vrai prix de la vie » i : c'était pour lui une occasion — il en convenait lui-même — de formuler sa « profession de foi » : « En vous exposant, lui écrit-il, mes sentiments sur l'usage de la vie, je prétends moins vous damier des leçons que vous faire ma profession de foi. A qui puis-je mieux confier mes principes qua celle qui connaît si bien tous mes sentiments »2? Il nous reste aujourd'hui les brouillons de six de ces Lettres. Furent-elles envoyées à leur destinataire, je serais tenté de l'admettre, puisque Rousseau n'en a conservé que les brouillons, et qu'il n'était pas homme à laisser des œuvres aussi travaillées sans les mettre au net. Mais il est probable qu'il n'alla pas jusqu'au bout de son programme. La 6<^ Lettre semble inachevée ; et, visiblement, dans son état actuel, la série n'est pas complète. L'idée religieuse pénètre toutes les considérations particulières ; et déjà, en dépit de quelques contradictions superficielles, c'est, pour le fond, les principes mêmes du N'icaire; mais nulle part les dogmes essentiels qui sont la caution de la loi morale ne sont présentés systématiquement. Il est vraisemblable que Rousseau réservait cet exposé comme couronnement de sa direction, pour les dernier^ Lettres, qu'il ne rédigea point. Se lassa-t-il d'écrire, trouva-t-il un accueil insuffisamment compréhensif et chaleureux, ou plutôt abandonna-t-il ces premières esquisses, parce qu'il entrevoyait déjà d'autres œuvres où il pourrait s'expliquer plus librement encore, et plus complètement, — je le croirais volontiers.

11 venait, en effet, sinon de terminer sa Julie, du moins d'en arrêter le plan définitif pour les dernières parties. Et il pressentait assez ce que serait l'œuvre pour savoir qu'il pourrait s'y mettre tout entier. Le problème moral, qui devait en faire le centre, non seulement autorisait la recherche religieuse, mais semblait y inviter. En même temps, le cadre épistolairc et dramatique du roman lui permettait de rendre sous tous leurs aspects les hésitations et parfois les contradictions de ses croyances, sans pourtant laisser douteuse leur orientation générale. Il y a une « profession de foi » latente, qui se dégage de la Nouvelle Héloïse pour tout lecteur averti ; mais, çà et là, il v a des déclarations et des discussions plus explicites: Jean-Jacques, en faisant

chan{,'ements en le recopiant. Est-ce un ouvraf^e perdu ? .Ne serait-ce pas peut-être une première esquisse de la Profession rfe /oi .•' J'inclinerais vers cette hypothèse.

' E.xpression du Vicaire : cf., plus loin, p. 33 de cette édition.

- /'■'■' Lettre à Sophie [3i], 117.

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