‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 98 sur 176 · Les sanctions réparatrices et l'immortalité de l'âme · texte numérisé non relu

Les sanctions réparatrices et l'immortalité de l'âme

Où tout est bien, rien n'est injuste. La justice est inséparable de la bonté. Or la bonté est l'effet nécessaire d'une | puissance sans borne [82] & de l'amour de soi, essenciel à tout être qui se sent. Celui qui peut tout, étend, pour ainsi dire, son existence avec celle des êtres. Produire & conserver sont l'acte perpétuel de la puissance; elle n'agit point sur ce qui n'est pas; Dieu n'est pas le Dieu des morts, il ne pourroit être destructeur & méchant sans se nuire. Celui qui peut tout ne peut vouloir que ce qui est bien ^ *. Donc l'Etre souverainement bon, parce qu'il est

* Quand les Anciens appelloient Optimus Maximus ^, le Dieu suprême, ils disoient très-vrai ; mais en disant Maximus Optimus, ils auroient parlé plus exactement, puisque sa bonté vient de sa puissance : ii est bon parce qu'il est grand.

' En dépit des réserves qui précédent cette formule, elle est d'un optimisme plus audacieux que celle qu'il soumettait en lySô à Voltaire, X, 12g : « L'addition d'un article rendrait, ce semble, la proposition 'de Pope : Tout est bien] plus exacte, et au lieu de tout est bien, il vaudrait peut-être mieux dire : le tout est bien, ou tout est bien pour le tout ». Deux ans plus tard, il disait de même, dans une note de sa Lettre à D'Alembert, I, 25i : « Dans l'ordre physique, il n'y a rien d'absolument mauvais ; le tout est bien ». Remarquons pourtant que, dans ces deux textes, Rousseau examine surtout le problème du mal dans son ensemble, et du point de vue de l'Univers ; il défend alors « la cause de Dieu », comme avait dit Leibniz (cf. Théodicée, Préface [no], I, p. xxvnl. par les considérations que les philosophes optimistes, et Leibniz, en particulier, avaient rendues traditionnelles : cf. encore .Shaftesbury, Essai sur te mérite et la vertu, 1, i, 2 et 11, 1 [174], 20-28. Ici, envisageant le problème du mal dans l'homme seul, il peut être plus atfirmatif, grâce à sa théorie de « la bonté de la Nature » : et la formule qui termine ce développement du Vicaire ne contient rien de plus que celle qui ouvre \' Emile, 11, 3 : « Tout est bien sortant de r.\uteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme ».

' Rousseau avait déjà dit au I" Livre d'Emile, 11, 35 : «Celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal. De tous les attributs de la Divinité toute puissante, la bonté est celui sans lequel on la peut le moins concevoir... Voyez ci-après la Profession de foi du Vicaire Savoyard ».

' En tête de sa Prière Cniverselle '66], IV, 3g6, Pope avait mis la dédicace Deo Optimo Maximo. — Au moment où Rousseau achevait la rédaction de VEmile,

200 REDACTIONS MANUSCRITES

1 Dieu fdit-on] ne doit rien à ses créatures. Je crois qu'il leur doit tout ce qu'il (a) - promi(s) « en ''les créant ». ^ Or c'est] leur promettre (Hous les) biens ("dont il) leur ('a) donné l'idée et (^dont il) leur ('■'a) îai(t) sentir le besoin. Plus je '" me consulte et plus je lis « ces » motsi « écrits » dans mon ame sois juste et tu seras heureux. Il n'en est rien pourtant ". Le méchant prospère et le juste reste opprimé. \'ovez aussi quelle indignation (1^ s'élève) en nous quand cette attente est frustrée. La conscience '^ s'élève ('^ en murmurant) contre son auteur elle lui crie (^^ d'une voix) gemissant(e) tu m'as trompé.

' [On dit].

- promi[t]. — M. a promis.

^ B. (les créant) [leur donnant l'être] (tout ce dont il [leur donna l'idée et dont il leur] fit sentir le besoin. Il doit le bonheur à celui à qui il (en a donné l'idée) [l'a rendu nécessaire]). [Or c'est leur promettre un bien [qu'il peut leur donner] que de leur en (donner) [imprimer] l'idée et de leur en faire sentir le besoin]. — M. < en leur donnant l'être >.

•• (Et s'il).

■' [un].

" [que de].

' [en] donne[r].

" [de].

" [en] fai[re].

'" B. rentre en moi, plus je.

" B. à considérer l'état présent des choses.

'- [s'allume].

" (mu PMURE ?).

'■* [et murmure].

'^ [en].

souverainement puissant, doit être aussi souverainement juste, autrement il se contrediroit lui-même; car l'amour de l'ordre qui le produit s'appelle bonté, & l'amour de l'ordre qui le conserve s'appelle /i<s/R-e ■^.

I Dieu, dit-on. ne doit rien à ses créatures; je crois qu'il leur [83] doit tout ce qu'il leur promit en leur donnant l'être. Or c'est leur promettre un bien, que de leur en donner l'idée & de leur en faire sentir le besoin. Plus je rentre en moi, plus je me consulte, & plus je lis ces mots écrits dans mon ame ; sois juste & tu seras heureux. il n'en est rien pourtant, à considérer l'état présent des choses : le méchant prospère, & le juste reste opprimé i. Voyez aussi quelle indi-

la Prière L'niverselle était redevenue un morceau d'actualité. Lefranc de Pompiynan venait de faire à l'Académie, le lo Mars 1760, un Discours très violent contre les « Philosophes» [282]; JVlorellet, en guise de réponse, lui avait joué le mauvais tour de rééditer la traduction que Lefranc avait faite en 1740 de la Prière Universelle, et il avait joint a cette réédition un commentaire qui en soulignait les tendances déistes [232 '''«].

' Cette petite dissertation sur la bonté et la justice de Dieu est un spécimen intéressant de la façon dont Rousseau organise ses idées. Les éléments en sont d'origines très diverses et empruntés à ce « magasin d'idées » qu'il s'était fa't aux Charmettes par ses lectures de toute sorte : cf. Confessions, VIII, i5g. Il y a des réminiscences évangéliques : « Dieu n'est pas le Dieu des morts » (Marc, XII, 27, Luc, XX, 38i ; une réflexion peut-être suggérée par Pope lOptimus Maximus): la théorie cartésienne de la création continuée : « produire et conserver sont l'acte perpétuel de la puissance»; des principes malebranchistes, cf. Entretiens sur la Métaphysique, VIII, i3 [96], 56 : « Il aime invinciblement l'ordre immuable... Il

est donc juste essentiellement et par lui-même Ainsi Dieu est juste en lui-même...

parce que ses volontés sont nécessairement conformes à l'ordre immuable de la justice qu'il se doit à lui-même », etc. ; enfin ces différents éléments sont unifiés par cette idée chère à Marie Huber que la toute-puissance ne peut être que la bonté infinie : cf. Religion essentielle [i5i], IV, 83, note : « Remarque importante. Tout ce que la Bonté, la Sagesse et YÉquité approuvent, la Toute-puissance l'exécute; et c'est dans de tels cas qu'il convient d'employer l'interrogation abusive à d'autres égards ; Dieu n'est-il pas tout puissant » ? Cf. encore le « Hiérogliphe sur les attributs de Dieu », qui termine le volume. Deux des quatre rayons qui partent du centre divin sont : Puissance sans bornes et Bonté immense. L'auteur fait remarquer que « des lignes qui partent d'un même centre ne peuvent jamais se croiser ou se combattre»; et il inscrit dans l'arc de circonférence, limité par les extrémités des deux rayons, le titre suivant ; « Providence toute puissante, qui ne trouve point d'obstacle à ce que la Bonté, la Sagesse et l'Équité approuvent. D'ici Ci!c = d'où) une confiance absolue, une espérance bien fondée».

■ L'objection était classique parmi les moralistes chrétiens, comme, du reste, la réponse que Rousseau va y apporter; cf., par exemple, La Bruyère, Des Esprits forts [98], 11, 272-273 : « Les méchants prospèrent pendant qu'ils vivent. — Quelques méchants, je l'avoue. — La vertu est opprimée, et le crime impuni sur la terre. — Quelquefois, j'en conviens. — C'est une injustice. — Point du tout. Il

faudrait, pour tirer cette conclusion que cette terre fût le seul endroit de la

scène où se doivent passer la punition et les récompenses ». Cf., plus loin, p. 85, note i.

202 REDACTIONS MANUSCRITES

Je t"ai trompé, téméraire, et qui te l'a dit. 'Ta carrière est-elle achevée as-tu -déjà cessé d(' e vivre). O Brutus ô mon fils, ne souille point ta noble vie en la finissant, (-'n'enterre) point Ma '' gloire avec ton corps aux champs de (" pharsale). f 'Tu dis la vertu n'est rien, quand tu vas -'jouir du prix de la tienne, f Tu vas mourir, '" dis-tu, non tu vas vivre ("et) c'est alors que je tiendrai tout ce que '-j'ai promis.

' B. (Ta carrière est-elle finie) ^ton ame est-elle anéantie]. — I. Ta carrière est-elle finie, as-tu cessé.

- B. < déjà >.

' [e.xister].

* [ne laisse].

' B. ton (espérance) [espoir] et ta gloire.

" (ve RTU ?).

' [philippesj.

* B. Pourquoi dis-tu : la vertu.

" (recev oir).

'" B. (dis) [penses].

" B. et.

'- B. je t'ai.

t Ici. dans le manuscrit, un espace de quelques lignes laisse' en blanc.

t Ici. dans le manusc7-it. un espace de quelques lignes laissé en blanc.

gnation s"allume en nous quand cette attente est frustrée! La conscience s'élève & murmure contre son auteur ; elle lui crie en gémissant ; tu m "as trompé - !

Je l'ai trompé, téméraire! «Se qui te l'a dit? Ton ame est-elle anéantie? As-tu cessé d'exister? O Brutus^! ô mon fils! ne souille point ta noble vie en la finissant * : ne laisse point ton espoir & ta gloire avec ton corps aux champs | de Philippes. Pourquoi dis-tu : la vertu n'est rien, [84] quand tu vas jouir du prix de la tienne? Tu vas mourir, penses-tu; non, tu vas vivre, &; c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis.

' M. E. Ritter (J. J. Rousseau, Notes diverses [49], III, 21 il a déjà fait remarquer qu'on trouvait un mouvement analogue dans la Religion essentielle [i5i], I, 34-37. Après avoir dépeint l'elîroi d'un homme qui se rend compte des injustices de la terre, Marie Huber ajoute : « Cet homme, voyant que le mal est sans remède, entre dans le dernier étonnement... ^et conclut provisoirement^ que l'.^uteur de la Nature est injuste lui-même; [mais, ayant découvert qu'il y a une justice au-delà de cette vie], il comprend que si l'Être souverainement équitable consent que pour un temps la justice ne soit point rendue, c'est qu'il se réserve à lui-même le soin de l'exercer dans la proportion la plus exacte ».

' La plainte de Brutus était célèbre parmi les moralistes. Bayle avait essayé de la détendre en se plaçant au point de vue romain : cf. Dictionnaire, art. Brutus, Rem. C et D [100], I, 684-685. Pour les philosophes spiritualistes (cf., sur le sens que je donne à ce mot, la note 1 de la p. 431, cette plainte témoignait au contraire de la nécessité d'une sanction ultra-terrestre. Abbadie, qui peut-être a suggéré ce développement à Rousseau, avait déjà dit : Vérité de la Religion chrétienne, I, 11, 7 [92], I, 139 : « Si les méchants ne doivent être punis que dans cette vie, ii semble qu'il n'v aurait rien de mieux fondé que la plainte de Brutus, lorsqu'il s'écrie en mourant que la vertu qu'il avait si religieusement suivie n'était qu'un fantôme. iMais, si la vertu n'est qu'un fantôme, la conscience nous trompe », etc. Dans V Encyclopédie, art. Athéisme [196]. I, 816 b, Formey avait dit pareillement : « L'athéisme ne fournit rien 'à la vertu souffrante] et se trouve sans ressource; dès que la vertu est malheureuse, il est réduit à l'exclamation de Brutus : Vertu stérile, vertu, à quoi m'as-tu servi » ? Cf. encore Helvetius, De L'Esprit, III, 19 [225 .\], 397. ' * La condamnation du suicide semble être ici formelle. La pensée de Rousseau parait plus hésitante dans la Nouvelle Hélo'ise, non seulement dans la fameuse apologie du suicide par Saint-Preux (III, xxi), IV, 262-269, mais même dans la réponse de Milord Edouard, où il ne peut refuser son admiration à certains suicides plus particulièrement héroïques; cf. IV, 272-273 : « Dis-moi, Brutus mourut-il en amant désespéré? Et Caton déchira-t-il ses entrailles pour sa maîtresse?... .\ ce nom saint et auguste, tout ami de la vertu doit mettre le front dans la poussière, et honorer en silence la mémoire du plus grand des hommes ». Cf. encore les souvenirs communs que Julie rappelle à Saint-Preux ill, xii, IV, i52 : « Quels hommes contemplais-tu donc avec le plus de plaisir? Desquels adorais-tu les exemples?... C'était Brutus mourant pour son pays, ... c'était Caton déchirant ses entrailles, c'étaient tous ces vertueux infortunés qui te faisaient envie ». Dans le fond, Rousseau n'a pas renoncé à ses anciennes admirations; et ici même, quelques pages plus loin, p. to2, il dira : « Pourquoi voudrais-je être Caton qui déchire ses entrailles, plutôt que César triomphant»? — Le soi-disant suicide de Rousseau n'est qu'une

B f°139^" [^'^ ** Jiroit » aux murmures des impatiens mortels que Dieu

leur doit la récompense avant (' le mérite), et qu'il est obligé de payer -leur) vertu d'avance. O soyons bons premièrement et puis nous serons heureux. NV^attendonsi pas le prix avant la victoire [ni le salaire avant le travail]. Ce n'est point ^ dans la lice [disoit Plutarque] que les vainqueurs ■' de nos jeux sacrés sont couronnés i'' mais) après qu'ils l'ont parcourue].

F F 163 ''° Il Si l'ame est immatérielle elle peut survivre au corps, et

si elle lui survit "la providence est justifiée. * Voyez qwe d'importantes conséquences suivent ma première découverte. Ces conséquences mêmes servent de confirmation l'une à l'autre. Quand je n'aurois d'autre preuve de l'immatérialité de l'ame que le triomphe du méchant et l'oppression du juste ('■' durant la vie) cela seul m'empêcheroit d'en douter. "'Une contradiction si manifeste une si choquante dissonance dans l'harmonie '^ universelle me teroit chercher à la résoudre. Je me dirois ('- cette contradiction n'est qu'apparente elle ne sauroit exister) tout ne finit pas '^ avec la vie tout rentre dans l'ordre à la mort. J'aurois à la vérité l'embarras de me demander où est l'homme quand tout ce qu'il avoit de sensible est détruit. " Cette question ^■> n'est plus une difficulté pour moi sitôt que j'ai reconnu deux substances. Il est très simple

' [qu'ils l'aient méritée]. — M. (le mérite) [qu'ils l'aient méritée].

- [la].

" [exigeons].

* [(disoit)].

^ (sont).

« [c'est].

■ I. « la providence est justifiée ■» [(tout rentre dans l'ordre après la mort)]. " B. < Voyez que d'importantes... l'une à l'autre >. '■' [en ce monde].

•" (Cette).

" M. (des êtres) [universelle]. '-' [une telle].

" B. pour nous.

'■• B. (.Mais).

'^ B. « n'est plus ■».

EDITION ORl(;iNALR . 205

On dirait, aux murmures des impatiens mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, & qu'il est obligé de payer leur vertu d'avance. O ! soyons bons premièrement, & puis nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la Lice, disoit Plutarque ', que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés, c'est après qu'ils l'ont parcourue.

Si l'ame est immatérielle, elle peut survivre au corps; & si elle lui survit la providence est justifiée 2. Quand je n'aurois d'autre preuve de l'immatérialité de l'ame, que le triomphe du méchant, & l'oppression du juste en ce | monde, cela seul m'empêcheroit d'en douter '. Une si [85]

légende ; tout le monde, je crois, en convient aujourd'hui. Il se pourrait cependant que Rousseau eût toujours considéré le suicide comme étant, dans certains cas, une solution libératrice, qu'il ne fallait pas écarter à priori. De cette secrète tendresse, le fragment inédit qu'on va lire, et qui se trouve dans deu.x Manuscrits de l'Emile [10 et 11], me parait très révélateur (je cite le texte le plus récent. Livre II [iij. 1, iS"! : « Si l'on n'était pas sur de mourir une fois, la vie coûterait trop à conserver; mais, aussitôt qu'elle est un mal, elle n'est plus un mal nécessaire, puisque le mal qui la termine est inévitable, et, qu'en guérissant l'autre, il peut devenir un bien. Il en est du droit de mourir comme de la bisque des joueurs : l'occasion, le moment en fait l'avantage ; et souvent c'est en perdre tout le pri.\ que de tarder à s'en prévaloir jusqu'à la fin de la partie ».

' Qu'on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d'Épicurus, XXV [75], 1, gi8 : « Les champions qui combattent es jeux sacrés ne sont jamais couronnés tant qu'ils combattent, ains seulement après qu'ils ont combattu et qu'ils ont vaincu ». — Il serait possible que Rousseau eût pris cette citation dans quelque auteur moderne ; mais il est plus probable qu'il l'a recueillie dans le texte même. Dans un de ses cahiers de notes [5], 8-12, il a rempli toute une dizaine de pages avec des citations de Plutarque, empruntées précisément aux petits traités des Moralia.

' Ici, dans son Premier Brouillon, Rousseau faisait encore une petite pose, pour se féliciter lui-même de sa démonstration : « Voyez que d'importantes conséquences suivent ma première découverte ». Cette première « découverte » est celle qu'il a chantée plus haut avec un Ivrisme si satisfait, la « découverte » de la liberté : cf. p. 74 et note 2.

' C'est un argument traditionnel, mais les malheurs de Rousseau en font pour lui une preuve vivante et décisive. Dans le camp des- « philosophes » encore déistes, on répète aussi l'argument, mais mollement, et déjà avec des réserves. Cf. Shaftesbury, Essai sur le mérite et la vertu, 1, m, 3 ['74]. 52-6o, qui ne veut pas qu'on exagère « le triomphe du méchant et l'oppression du juste ». Et Diderot ajoute en note, p. 60 : « Si l'on supposait que l'honnête homme ne peut être que malheureux en ce monde, et que la félicité temporelle est incompatible avec la vertu, l'économie singulière qui régnerait dans l'univers ne le porterait-elle pas à se métier de l'ordre qui régnera dans l'autre vie »? Cf. plus haut. p. 83, note 1.

que durant ma \ie ' n'appercevant rien que par mes sens, ce qui ne leur est point soumis m'échape. Quand l'union ('-des deux substances) est rompue je conçois que ■'l'une peut se (^ détruire) et l'autre se conserver. (■' L'anéantissement) de run(e) (n') entraineroit ("pas "nécessairement M 'anéantissement) de l'autre. Au contraire étant de natures si dilTérentes ( ' elles) étoient par leur union dans un état \'iolent, et quand cette union cesse (>'-' elles) rentrent tou(te)s deux dans leur état naturel. La substance active et \i vante t regagne toute la force qu'elle employoit à mouvoir '* et animer la substance passive et morte. '- Helas je le sens trop par '^ ma îoiblesse]. [("Tandis que le corps vivoit l'ame etoit toujours languissante) (' ' c'est à la mort du corps que commence la vie de l'ame).

Mais quelle est cette vie 'Ctj l'ame est-elle immortelle par sa nature; je '''n'en sais rien. [Je ('"sais) que l'ame survit au corps

' B. corporelle.

- [du corps et de l'ame].

» B. l'un. .

"* [dissoudre].

^ [Pourquoi la destruction].

« [elle].

' (même ?).

" [la destruction].

" [ils].

■° [ils].

" B. < et animer >.

'-' [(oui je le sens par mes foi blesses)]. '■' B. mes (fautes) [vices].

'* (l'ame est comme une).

" [(ainsi) l'homme ne vit qu'à moitié durant sa vie « et » la vie de l'ame « ne » commence qu'à la mort du corps].

"'■ B. (n'en sais rien) [" l'ignore]. Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes, tout ce qu'on appelle infini m'échappe; ('' je ne) puis (nier), affirmer (<" raisonner) sur ce que je ne ('i sais) concevoir. Je crois [que] l'ame.

il) I. par sa nature ? Mon eniendement.

b) [que puis-)e].

c) [nier ■- quels » raisonnemens puis-je fairej. ^) [puis].

'" [crois].

choquante dissonance dans l'harmonie universelle, me teroit chercher à la résoudre. Je me dirois : tout ne finit pas pour nous avec la vie, tout rentre dans l'ordre à la mort. J'aurois, à la vérité, l'embarras de me demander où est 1 homme, quand tout ce qu'il avoit de sensible est détruit. Cette question n'est plus une difficulté pour moi, si-tôt que j'ai reconnu deux substances -. Il est très-simple que durant ma vie corporelle, n'appercevant rien que par mes sens, ce qui ne leur est point soumis m'échappe. Quand l'union du corps & de i'ame est rompue, je conçois que l'un peut se dissoudre & l'autre se conserver. Pourquoi la destruction de l'un entraîneroit-elle la destruction de l'autre ? Au contraire, étant de nature si différentes, ils étoient, par leur union, dans un état violent; & quand cette union | cesse, ils rentrent tous deux [86] dans leur état naturel. La substance active & vivante regagne toute la force qu'elle employoit à mouvoir la substance passive & morte. Hélas! je le sens trop par mes vices i; l'homme ne vit qu'à moitié durant sa vie, & la vie de l'âme ne commence qu'à la mort du corps ~.

Mais quelle est cette vie, & l'âme est-elle immortelle par sa nature ("1 ? Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes; tout ce qu'on appelle infini m'échappe. Que puis-je nier, afl^rmer, quels raisonnemens puis-je faire sur ce que je ne puis concevoir? Je crois que l'âme survit au corps assez pour le maintien de l'ordre; qui sait si c'est assez pour durer toujours? Toutefois je conçois comment le corps s'use & se détruit par la division des parties, mais je ne puis concevoir une destruction pareille de l'être pensant; & n'imaginant point comment il peut | mourir, [g?] je présume qu'il ne meurt pas. Puisque cette présomption me console, & n'a rien de déraisonnable, pourquoi craindrois-je de m'v lixrer'?

«1 C, D : par sa tujture ■• Je l'ignore.

' Cf., plus liaut, p. 69-70. On voit maintenant pourquoi Rousseau s'acharnait à établir cette distinction des « deux substances ». Ce qu'il cherchait, à travers tout cet aride débat, c'était une assurance pratique, et, comme il le dira quelques lignes plus loin, une « présomption » qui put « le consoler ».

' L'expression paraîtra peut-être un peu forte, si l'on se rappelle que Rousseau avait dit plus haut, en parlant du Vicaire ; « .-1 h défaut prés qui avait attiré sa disgrâce, et dont il n'était pas trop bien corrigé, sa vie était exemplaire, ses mœurs étaient irréprochables •" : cf. p. i5, et note 2. Mais, à la fin de la Première Partie, p. 124-125, le Vicaire avouera que « les illusions des sens ont duré trop longtemps pour lui » Ces deux passages rapprochés laissent assez comprendre ce que Rousseau entend ici par « vices ».

' Les mêmes idées seront reprises sous une autre forme p. i25 : «J'aspire au moment où, délivré des entraves du corps, je serai moi, sans contradiction, sans partage, et n'aurai besoin que de moi pour être heureux ».

' Cf. Vairasse. Sévarambes '87". IV. 3i2 : «Parmi les grands esprits de cette

asses pour le maintien de l'ordre (moral). Qui sait ' si c'en est assés pour durer toujours]. -Je sens mon ame je la connois par ^quelques unes de ses propriétés, 'je sais qu'elle est (mais 'j'ignore absolument) son essence je ne puis raisonner sur des idées que je n'ai pas. Ce que je sais bien c'est que l'identité ' de l'être pensant consistant dans la mémoire pour être le même en elTet il faut que je ^conserve la conscience de cette identité. Je me souviendrai donc après ma mort de ce que j'ai fait durant ma \ie et je ne doute point que ce seul souvenir ne '-'fasse en grande partie « la félicité des bons et i" le » ("prix du vice). Ici bas mille passions ardentes '- absorbent le sentiment '■' et donnent le change aux remords, les [" humiliations], les peines qu'attire l'exercice '^ des

' B. (assés).

- B. Toutefois je conçois comment le corps [s'use et] se détruit par la division des parties, (» et comme je ne peux) '' concevoir une destruction pareille de l'être pensant (' j'ai quelque lieu de) présume(r) qu'il ne meurt ('1 point). . Puisque cette présomption (<•■ est consolante) et n'a rien de déraisonnable pourquoi ('' ne) m'y livrer(ois-je pas) ?

ft) [mais je ne {conçois! puis].

>)) (rien prcsu mer).

f) [(ne concevanti et n'imaginant point comment il peut mourir (et) je] présume, d) [pas].

f) [(flateuse) me tlate me console].

f ) (craindrois-je de].

■' B. le sentiment et par la pensée.

■* (mais sans).

'^ [(sans concevoir) sans savoir quelle est].

" [(je n'ai nulle idée de)].

' B. (de l'être pensant et sentant) [du moi ne se prolonge] que par la mémoire et que pour être.

" B. me souvienne d'avoir été. Or je ne saurois me rappeller après ma mort ce que j'ai été durant ma vie que je ne me rappelle aussi ce que j'ai senti, par conséquent ce que j'ai fait, et je ne doute.

'■' B. (soit la source de) [fasse un jour] la félicité.

'" B. (du) [le].

" [tourment des méchans].

'- M. effacent.

'■' B. [interne].

'■* (maux qu).

''- B. (de la) [des].

EDITION ORIGINALF 2O9

Je sens mon ame, je la connois par le sentiment & par la pensée; je sais qu'elle est, sans savoir quelle est son essence; je ne puis raisonner sur des idées que je n'ai pas. Ce que je sais bien, c'est que l'identité du moi ne se prolonge que par la mémoire; & que pour être le même en effet, il faut que je me souvienne d'avoir été. Or, je ne saurois me rappeller après ma mort ce que j'ai été durant ma vie, que je ne me rappelle aussi ce que j'ai senti, par conséquent ce que j'ai fait; & je ne doute point que ce souvenir ne fasse un jour la félicité des bons & le tourment des médians 2. Ici bas mille passions ardentes absorbent le sentiment interne, & donnent le change aux remords. Les humiliations, les I disgrâces, qu'attire l'exercice des vertus, empêchent d'en sentir tous [gg] les charmes. Mais quand, délivrés des illusions que nous font le corps & les sens, nous jouirons de la contemplation de l'Etre suprême & des vérités éternelles dont il est la source, quand la beauté de l'ordre frappera toutes les puissances de notre ame, & que nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons dû faire, c'est alors que la voix de la conscience reprendra sa force & son empire; c'est alors que la volupté pure, qui naît du contentement de soi-même, & le regret amer de s'être avili, distingueront par des sentimens inépuisables le sort que chacun se sera préparé 1. Ne me demandez

nation 'des Sévarambes], on est fort partagé touchant l'immortalité de l'âme, les uns la croyant, les autres ne la croyant pas. .Mais, parmi le peuple, tout le monde la croit immortelle, et c'est la Religion de l'État, parce que c'était l'opinion' de Sévarias [législateur des Sévarambes , et quelle est plus plausible et plus agréable que l'autre ».

^ C'est aussi ce qu'espère Julie mourante; cf. Xouvelle Héloïse (\'l, xi), V, 66: « J'avoue, dit-elle, que je me sens des affections si chères, qu'il m'en coûterait de penser que je ne les aurai plus. Je me suis même fait une espèce d'argument qui flatte mon espoir. Je me dis qu'une partie de mon bonheur consistera dans le témoignage d'une bonne conscience. Je me souviendrai donc de ce que j'aurai fait sur la terre; je me souviendrai donc aussi des gens qui m'y ont été chers; ils me le seront donc encore. Ne les voir plus serait une peine, et le séjour des bienheureu.\ n'en admet point». Dans un des Brouillons de la Julie [9], II, 89 '^'>, Rousseau avait ajouté à ce passage la note inédite suivante, qui complète et commente les affirmations du Vicaire : « Pour être les mêmes dans l'autre vie, il faut nécessairement que nous nous souvenions de ce que nous avons été dans celle-ci ; car on ne conçoit point à quoi ce mot de même peut s'appliquer dans un être essentiellement [Rousîeau avait d'abord écrit : purement] pensant, si ce n'est à la conscience de l'identité, et par conséquent à la mémoire. S'il ne se souvient plus d'être le même, il ne l'est plus. On voit par là que ceux qui soutiennent, à l'exemple de Spinoza, qu'à la mort d'un homme, son âme se résout dans la grande âme du monde, ne disent rien qui ait du sens. Ils font un pur galimatias».

' On remarquera le caractère personnel du Paradis de Jean-Jacques. « La

210 REDACTIONS MANUSCRITES

\ertus empêchent d'en sentir tous les charmes. Mais quand délivrés des illusions que nous font le corps et les sens nous jouirons de la contemplation (pure) de l'être suprême et des ' vérités éternelles dont il est la source, quand la beauté de l'ordre frapera toutes les puissances de nôtre -entendement et que nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons du faire c'est alors que la voix de la conscience reprendra sa force et son empire c'est alors que la volupté pure qui nait du contentement de soi-même et le regret amer de s'être avili distingueront par des sentimens inépuisables le sort des bons de celui des méchans. \e me demandés point o mon bon ami s'il v aura d'autres sources de bonheur et de peines * f je ^ l'ignore f° 163™ et c'est asses ■'de || celle que j'imagine pour me consoler de cette vie et m'en faire '^ attendre une autre ''avec "espoir.

B, f° 142 ^" [ * s Qu'importe à l'être inaltérable le vice et la perversité des hommes ?

Leurs blasphèmes leurs impietés n'offensent qu'eux-mêmes. En abusant de leurs facultés, ils s'ôtent le prix du bon usage, ils se préparent (■' le regret d'en avoir mal usé : mais a qui font-ils tort si ce n'est '^ à eux-mêmes). [Mais comment] les hommes " peuvent- « ils » offenser Dieu. Ce mot-même me paroit absurde].

' M. (beautés) [vérités].

- B. (entendement) [ame].

■* I. (pour moi) de celles.

•'* B. espérer.

" B. < avec espoir >.

' [(plaisir)].

" M. < qu'importe à l'être... me paroit absurde >.

" (d'en) [d'inévitables regrets].

•° [(qu')].

" [(ne)].

t L'astérisque, comme la note qu'il amorce, ne se trouve que dans B.

point, à mon bon ami, s'il y aura d'autres sources de bonheur iS: de peines ^; je rij,'nore, & c'est assez de celles que j'imagine pour me consoler de I cette vie & m'en faire espérer une autre. Je ne dis point que les rgg]

contemplation de l'Être suprême et des vérités éternelles » y est mentionnée rapidement, et par une sorte de convenance traditionnelle. La félicité essentielle, celle qu'il décrit le plus complaisamment, sera cette « volupté pure qui nait du contentement de soi ». H dira quelques lignes plus loin : « Quel autre bien peut attendre un être excellent que d'e.\ister selon sa nature»? Et déjà, dans une Lettre à Vernes du t8 Février lySS, X, 180, il « soupçonnait... qu'être et sentir est le premier prix d'une bonne vie ». Nous sommes loin ici de la vision béatifique, telle que les théologiens catholiques essaient de se la représenter. La vie éternelle, telle que Rousseau la conçoit, c'est le plein épanouissement de cette divinité qu'il sent en lui : « Eh quoi ! s'écriera-t-il quelques années plus tard, dans une Lettre à Moultou, du 14 Février 1769, Xll, i38, le juste infortuné en proie à tous les maus de cette vie... n'aurait nul dédommagement à attendre après elle, et mourrait en bête après avoir vécu en Dieu i>} Cf. plus haut, p. 79, note i, les remarques que j'ai présentées sur le sentiment de la jouissance de soi chez Rousseau.

^ A cette question, Rousseau avait accroché, dans B, une note sur « l'absurdité » de l'expression vulgaire « offenser Dieu ». 11 y reprenait les idées de Malebranche, Entretiens sur la métaphysique, VIII, [5 [96], 5y : «Que Dieu puisse en être offensé ^des créatures], c'est ce qui ne me parait pas concevable » ; et surtout de Marie Htiber, Religion essentielle [i5i], I, 8: «L'Être infini ne peut être ofl'ensé ; ce sont les créatures qui s'offensent elles-mêmes, grand principe, qu'on rappellera souvent dans la suite»; et 5y : «S'il est une fois reconnu que l'Être suffisant à soi ne peut être offensé, à parler exactement, par l'injustice des hommes, s'il est vrai que cette injustice n'offense qu'eux-mêmes » [On remarquera la même formule chez Rousseau : « leurs impiétés n'offensent qu'eux-mêmes »]. Cf. encore Tyssot de Patot, Jacques Massé [m], 186-188 : « Paillarder, tuer, voler, blasphémer, ne sont pas

des crimes par lesquels on offense la majesté du Très-Puissant S'il y a quelqu'un

de lésé dans la transgression de ces Lois, c'est proprement la Société, ou les chefs qui la représentent, et nullement l'Esprit universel, qui ne peut, en aucune manière du monde, être offensé de personne»; Morelly. Code de la Nature, 111 [216], 126-127. Quelques mois avant l'apparition de VÉmile, des considérations identiques pour le fond, mais présentées sur un autre ton, se retrouvaient dans la Nature de Robinet [235], 19, note ; « L'homme ne peut donc pas offenser Dieu, sa nature étant trop sublime et tout à fait inaccessible aux traits de l'être fini. Ses blasphèmes ne pénètrent donc pas jusqu'au ciel ? Et celui qui peut tourner à son gré toutes nos facultés n'est pas fondé à se plaindre qu'elles lui soient contraires. Il serait aisé de pousser cette objection », etc. On voit mal pourquoi Rousseau a supprimé ce petit développement, qui est bien dans l'esprit du Vicaire. S'il avait été conservé dans M et dans 1, on pourrait supposer que Rousseau l'aurait sacrifié au dernier moment, après avoir lu Robinet, pour ne pas paraître faire une concession à un philosophe qui lui était antipathique. Mais il est infiniment probable que I, du moins, était déjà transcrit, quand parut le livre de Robinet. Je croirais donc que Rousseau, en recopiant cette page de B, d'ailleurs très embrouillée, a négligé cette note par pure distraction. Ce qui semblerait le prouver, c'est que deux ans plus tard, dans une note de la V des Lettres de la Montagne, 111, 196, il commentera ainsi une phrase de son texte où il avait parlé des « offenses faites à Dieu » : « Notez que je me sers de ce mot offenser Dieu, selon l'usage, quoique je sois très éloigné de l'admettre dans son

212 REDACTIONS MANUSCRITES

B f° 142 "' V^ "'•' '^'^ point que les [' bons] seront recompensés car (^ en vivant

selon leur nature ^ qu'auront-ils fait pour mériter) récompense; mais je « * dis » qu'ils seront heureux parce que leur auteur, l'auteur de toute justice les ayant faits sensibles ne les a pas faits pour souffrir, et que n'ayant point abusé de leur liberté (^ dans ce monde) ils n'ont •> pas trompé leur destination ' par leur faute; ils ont souffert pourtant « dans cette vie », ils seront donc dédomagés dans un e * autre. Ce sentiment 8 est ["* moins] fondé sur le mérite de l'homme que sur la notion de justice et de bonté qui me semble inséparable de l'essence divine. Quelle raison puis-je avoir de m'y reîuser? *

* 11 Non pas pour nous, non pas pour nous, Seigneur Mais pour ton nom, mais pour ton propre honneur, O Dieu, fais-nous revivre! Ps. ii5.].

' (mechans).

- [vivre selon sa nature n'est pas mériter]. — M. (en vivant selon leur nature (qu'auront-ils fait pour mériter) [le bonheur qu'ils y trouvent suffit pour leurj) [vivre selon sa nature n'est pas mériter] récompense. — I. (en vivant selon leur nature qu'auront-ils t'ait pour mériter une récompense?) [quel(le) autre (récompense) [bien] peut attendre un être excellent que (de vivre) [d'e.xister] selon sa nature].

^ [(le bonheur qu'ils v trouvent suffit pour leur)].

■* [(crois)].

^ [sur la terre].

"■' M. point.

' I. (sur la terre).

" un (sic).

'" (point).

" I. < non pas pour nous... nous revivre. Ps. ii5 >.

bons seront récompensés; car quel autre bien peut attendre un être excellent, que dexister selon sa natufe '? Mais je dis qu'ils seront heureux, parce que leur auteur, l'auteur de toute justice les avant faits sensibles, ne les a pas faits pour souffrir; & que n'ayant point abusé de leur liberté sur la terre, ils n'ont pas trompé leur destination par leur faute ; ils ont souffert pourtant dans cette vie, ils seront donc dédommagés dans une autre. Ce sentiment est moins fondé sur le mérite de l'homme, que sur la notion de bonté qui me semble inséparable de l'essence divine. Je ne fais que supposer les loix de Tordre observées, & Dieu constant à lui-même *.

* Son pas pour nous, non pas pour nous, Seigneur, Mais pour ton nom, mais pour ton propre honneur, O Dieu! fais-nous revivre! Ps. ii5. -

sens propre, et que je le trouve très mal appliqué; comme si quelque être que ce soit, un homme, un ange, le diable même, pouvait jamais otfenser Dieu » ! La remarque eut déjà été valable pour un passage de la Xourelle Héloïse (III, xvnii, IV, 249 : « le premier offensé et le seul vrai juge ».

' Comme le montrent toutes les variantes des .Manuscrits, il ne s'agit strictement, dans cette formule, que de l'existence terrestre ; mais, la vie immortelle n'étant que l'épanouissement de la vie présente dans ce qu'elle a de meilleur, la formule vaut aussi par-delà la tombe : cf. la note 1 de la page précédente.

' C'est le Psaume ii3 de la Vulgate. — Ce qui fait le grand intérêt de cette citation, c'est la traduction à laquelle elle est empruntée ; elle ne se trouve ni dans les Psaumes de David mis en rime française par Clément Marot et Théodore de Bè^e (i554 sqq(, ni dans Les Psaumes en vers français retouchés... par feu M. V. Conrart (1679 sqql. qui étaient la version la plus familière aux Églises réformées de langue française. Elle est prise textuellement dans le Psautier genevois, adaptation des versions précédentes par Pictet, de la Rive et Calandrin, qui fut introduit dans les Écoles et les Temples de Genève à partir de Novembre 1698 : Les Psaumes de David, mis en vers français, revus et approuve^ par les Pasteurs et les Professeurs de l'Église et de IWcadémie de Genève [ii5 , 423. Cf., sur ce Psautier, Féli.x Bovct. Histoire du Psautier des Églises Réformées, Neuch,îtel, Sandoz, et Paris, Grassart, 1872, in-8. et Octave Douen, Clément .Marot et le Psautier Huguenot, Paris, Imprimerie Nationale, 1879, 2 vol. in-4. En citant le texte de la nouvelle version genevoise, Rousseau n'était peut-être pas fâché de souligner l'erreur de D'Alembert, qui croyait icf. note à la Réclamation des Pasteurs [52], IV, 426I que l'on chantait encore dans les temples de Genève « les vieux psaumes de Marot et de Béze ». Cette méprise avait été relevée aussi par Vernet. Lettre III [236\ 29 : « D'où sait-il ce qu'il avance, lui qui n'est jamais sorti de France, lui qui n'a jamais vu d'Eglises Réformées, lui qui les connaît si peu qu'il croit bonnement que l'on y chante encore les vieux Psaumes de Clément Marot »? — Quoiqu'il en soit, cette citation exacte du Psautier national témoigne que Rousseau en possédait encore un exemplaire, ou, plus vraisemblablement, qu'il n'avait pas oublié les cantiques appris par cœur étant enfant. Il n'avait pas oublié non plus les « Prières ecclésiastiques » qui terminent le recueil genevois ; et quelques-unes des prières qu'il a écrites aux Charmettes (cf. Pages inédites 36], 221-2291 ^n conservent d'incontestables réminiscences. On

314 REDACTIONS MANUSCRITES

F, f° 163 ™ (' Vous) me demande(re)z - si les (■'* supplices) des médians

seront éternels et s'il est de la bonté de l'auteur de leur être de les * destiner à souiïrir toujours. Je l'ignore encore et n'ai point la vaine curiijsité d'agiter '' ces questions inutiles. Que m'importe (de savoir) ce que deviendront les méchans? Je "ne prends aucun intèrest à leur sort.

B F 143 ''° [<< ' Toutes fois » j'ai peine à croire que Dieu donne l'existence à des

fo 142 *° ^^^^ sensibles || pour les condanner à des tourmens (* éternels)]. [(Si) la suprême justice '■'se vange ('"c'est) dès cette vie; ["vous] et vos erreurs ô Nations êtes ses ministres (contre vous de ['^sa] vengeance), elle employé les maux que vous vous faites à punir les crimes qui les ont attirés. C'est dans vos cœurs insatiables, rongés d"en\ie d'avarice et d'ambition qu'au ('■■'milieu) de vos « '* prospérités » apparentes les passions vengeresses punissent tous vos forfaits. (^'^ L'enfer est dans le cœur du méchant qui prospère)].

' [Ne].

- [pas non plus]. — B. (point) [pas].

■'' [remords]. — B. tourmens.

'' (avoir). — B. condanner.

^ B. [avec chaleur] des.

" B. (ne) prends (aucun) [peu d'Jinteresl. — M. (ne) prends. ' (Mais j').

" [sans fin] [(quelque... quels que soient les décrets je les ignore... respecte... adore. O Etre clément, clément et bon)].

'■• [ne].

"• [-t-elle pas].

" (c'est par leurs passions).

■2 (la).

'^ [sein].

■* [(félicités?)].

'■'' [Qu'est-il besoin d'aller chercher l'enfer dans l'autre vie il est dès celle-ci dans le cœur (du méchant) des méchans. (Mais)].

Ne me demandez pas non plus ^ si | les tourmens des méchans rgo] seront éternels ('') ; je Tignore encore, & n'ai point la vaine curiosité d'éclaircir des questions inutiles. Que m'importe ce que deviendront les méchans? je prends peu d'intérêt à leur sort 1. Toutefois j'ai peine à croire qu'ils soient condamnés à des tourmens sans fin. Si la suprême justice se venge, elle se venge dès cette vie. Vous & vos erreurs, ô nations ! êtes ses ministres 2. Elle emplove les mau.x que vous vous faites, à

l'i C, D : seront éternels, et sil est de la bonté de l'auteur de leur être de les condanner [D : condamner] à souffrir toujours. Je l'ignore encore.

se rappelle, d'ailleurs, que Rousseau a manifesté à plusieurs reprises sa piété admirative pour les psaumes de son adolescence, et « l'harmonie forte et mâle » de leur vieille musique : cf. Lettre à D'Alemberl, I, 219, Lettre à M. Perdriau du 18 Janvier 1756, X, III, Dictionnaire de musique, art. Chantre, VII, 28, et surtout art. Unité de Mélodie, \'\\. 339 : « Lorsque j'entends chanter nos psaumes à quatre parties, je commence toujours par être saisi, ravi de cette harmonie pleine et nerveuse; et les premiers accords, quand ils sont entonnés bien juste, m'émeuvent jusqu'à frissonner ».

' Une autre question, qui n'est pas posée dans cet ordre de problèmes, et que Rousseau avait fait discuter par Julie dans la Nouvelle Hélo'ise (VI, xil, V, 65, c'est celle de la résurrection des corps.

• Il avait d'abord écrit : « Je ne prends aucun intérêt à leur sort ». La Première Rédaction nous livre ici le premier mouvement. Rousseau ne peut parler des peines réservées au.\ « méchants » en philosophe désintéressé; le mot de « méchant » éveille pour lui des images très précises et une répulsion douloureuse. Il v a donc conflit chez lui entre les opinions rationnelles du penseur et les réactions instinctives de l'homme qui a souffert. Spontanément, son imagination ne s'arrête que sur la félicité des « bons », c'est-à-dire sur la sienne, et il est visiblement gêné que la philosophie l'oblige à poser le problème des « méchants » : « Il y des âmes si noires, écrit-il à Vernes le 18 Février 1/38, X. 180, que je ne puis concevoir qu'elles puissent jamais goûter cette éternelle béatitude dont il me semble que le plus doux sentiment doit être le contentement de soi-même. Cela me fait soupçonner qu'il se pourrait bien que les âmes des méchants fussent anéanties à leur mort». C'est aussi l'opinion qu'il prête à Alilord Edouard: cf. Nouvelle Hélo'ise (VI, m), V, 11, note, et celle qu'il semble accepter délibérément pour lui-même, au V Livre d'Emile, II, 418 : « La mort est la fin de la vie du méchant, et le commencement de celle du juste ». M'"* de Warens avait été la première à lui montrer la difficulté; cf. Confessions, VIII, i63 : « Elle ne savait que faire des âmes des méchants, ne pouvant ni les damner, ni les mettre avec les bons, jusqu'à ce qu'ils le fussent devenus; et il faut avouer, qu'en effet, et dans ce monde et dans l'autre, les méchants sont toujours bien embarrassants ». Rousseau pouvait se rappeler que Marivaux éprouvait déjà le même embarras: cf. L'Indigent philosophe [129], II, 76 : « Je ne sais où le mettre, le méchant; il ne serait bon qu'au néant». — Cf., plus loin, p. 121, note 2, et le texte de Morelly à la note i de la p. 91.

' C'est une citation, presque textuelle, de Morelly; cf. Basiliade, IX [206], H, io3 : « Si la justice suprême se venge, vous et vos erreurs, ô Nations ! êtes ses ministres ». Comme on le voit par les variantes de B, Rousseau a essayé de déguiser légèrement la formule de Morelly, puis il y est revenu, la trouvant sans doute plus expressive. On verra plus loin, p. 91, note 1, d'autres réminiscences de Morelly. Cf. ma note sur Rousseau et Morelly- [290].

2l6 RÉDACTIONS MANUSCRITES

[Ou finissent (tous) nos besoins 'terrestres (et passagers i ^ ou cessent nos désirs (^pervers) doivent cesser aussi tous nos crimes. i*La mort sans doute en est le terme ainsi que de nos malheurs). De quelle perversité ^ de purs esprits peuvent-ils être susceptibles. C Si leur bonheur est dans la) contemplation des êtres ils ne ('peuvent) \ouloir que le bien, et quiconque cesse d'être méchant (* ne sauroit) être à jamais misérable. Voilà ce que j'ai du penchant a croire sans prendre peine à me ^ décider là-dessus. O être clément et bon « quels que soient tes décrets je les » adore. Si tu punis ['"éternellement] les méchans, (" j'adore en gémissant) ta justice]. [«Mais» si l'-leursi remords doivent s'éteindre, ('''quei leurs ('* peines) doivent finir ( '^ et quei la même pai.x nous attend(e) tous également un jour, je t'en loue. Le méchant n'est-il pas mon frère, combien de fois j'ai été tenté de lui ressembler! ('* Si) délivré (''desi misère si (de cette vie) il ('«a perdu) [aussi] la malignité ('^ qui -'o en est l'ouvragei qu'il

' [passagers et].

- (doivent cesser aussi tous nos crimes).

^ [insensés].

■■ (L'ame humaine. Pourquoi nos âmes).

■'' M. des esprits purs.

"' [S'ils (sont) ne sont occupés qu'à la]. — I. Si [destitués de nos sens grossiers] tout leur bonheur est dans la.

' [sauroient].

" [peut-il].

'■' Seul texte intelligible ; amis il ne semble pas qu'on puisse lire sur le manuscrit un autre mot que : destiner. Il y a sans doute eu lapsus de plume.

'° M. [éternellement].

" ((en tremblant) j'anéantis ma raison devant].

'^ [les] remords [de ces infortunés]. — I. (leurs) [les] remords (doivent) [de ces] infortunés doivent.

■^' [si].

'* [maux].

'= [si].

'" [Que]- — !• (et combien). Que délivré.

' ' [de sa] .

'" [perde].

'" [(qu'elles) dont elle est (la source... la suite... la cause et l'effet) le fruict]. — M. qui en est le fruit.

-" [(l'a produite, l'accompagne)].

punir les crimes qui les ont attirés. C'est dans vos cœurs insatiables, rongés d'envie, d'avarice & d'ambition, qu'au sein de vos fausses prospérités les passions vengeresses punissent vos forfaits. Qu'est-il besoin d'aller chercher l'enfer dans l'autre vie? il est dès celle-ci dans le cœur des méchans ^.

Où finissent nos besoins périssables, où cessent nos désirs insensés, doivent cesser aussi nos passions & nos crimes. | De quelle perversité [91] de purs esprits seroient-ils susceptibles? N'ayant besoin de rien, pourquoi seroient-ils méchans? Si, destitués de nos sens grossiers, tout leur bonheur est dans la contemplation des êtres, ils ne sauroient vouloir que le bien ; & quiconque cesse d'être méchant, peut-il être à jamais misérable 1? voilà ce que j'ai du penchant à croire, sans prendre peine

' Cf. .\ddison, Spectateur '117^, IV, ^Sy. Il recommande la lecture de la Vie chrétienne, du D' Scott, « qui est le plus beau et le plus raisonnable système de théologie qui soit écrit dans notre langue ou dans aucune autre. Cet excellent auteur y a l'ait voir de quelle manière chaque vertu en particulier, formée en habitude, produit naturellement le Ciel ou un état de bonheur pour celui qui la possède; et tout au contraire, chaque vice deviendra, par une suite naturelle, l'Enfer de celui qui en est l'esclave ». cf. encore Saint-.Aubin, Réponse aux objections contre la Providence [141], 11, 206 : « Quelques méchants prospèrent, la vertu est quelquefois opprimée, et le vice impuni. Pour en conclure que c'est une injustice, il faudrait prouver que les méchants {goûtent un véritable bonheur, que le crime n'est pas à soi-même un bourreau implacable ■!> : Haller, Essai sur l'origine du mal, III [200]. 5S : « Le vice nous fait un enfer de nous-mêmes », etc.

' Ce développement est tout pénétré de .Morelly, et en utilise souvent les expressions mêmes; cf. Basiliade [206], II, 101 et 104: « Pourquoi veut-on que. délivrée de ces maux [terrestres], elle [l'âme] conserve encore quelque trait d'une malignité qui ne l'intéresse plus... Où il ne subsiste plus d'erreurs, il ne peut plus

subsister de vices ; où il n'y a plus d'égarement, plus de punition Si la Divinité

mène ses créatures à un état qui ne change plus, il faut que, sitôt que les flots de ce courant touchent les bords de cette mer immuable, toute erreur cesse avec le crime et le châtiment. Où règne l'évidence, oii se terminent tous besoins passagers [On remarquera que Rousseau avait d'abord écrit dans B : « où finissent tous nos besoins... passagers »[, cesse tout dessein criminel. Non, mon cher Fadilah, notre âme ne peut plus être méchante. Hélas ! pourquoi serait-elle malheureuse » ? Des Idées analogues se retrouvent encore dans le Code de la .\ature du même Morelly, III [216], i53-j54: «Si j'établis que l'idée d'un Être infiniment parfait, infiniment bon, exclut absolument celle d'un vengeur obstiné, dont les rigueurs perpétueraient le mal, c'est que cette idée ne peut convenir qu'à la créature... Que serait un Être inaccessible à toute offense, qui se plairait à ce cruel exercice ? Criez tant qu'il vous plaira, imposteurs ou fanatiques, qui avez intérêt de nous persuader d.s chimères ; vos vains raisonnements ne pourront jamais étouft'er cette vérité aussi évidente que le premier axiome de mathématique : Si la suprême Puissance tst unie dans un Être à une infinie sagesse, elle ne punit point, elle perfectionne ou anéantit. Choisissez ». On notera que cette dernière hypothèse est celle-là même à laquelle Rousseau semble s'être arrêté un instant : cf. la note 1 de la p. 90.

2l8 RÉDACTIONS MANUSCRITES

soit heureux ainsi que moi, loin d'exciter ma jalousie son bonheur ne fera qu'ajouter au mien].

à me décider là-dessus. O Etre clément (S: bon -1 quels que soient tes décrets, je les adore ; si tu punis (^i les méchans, j'anéantis ma foible raison devant ta justice '. .Mais si les remords de ces infortunés doivent s'éteindre avec le tems, si leurs maux doivent finir, & si la même pai.x nous attend tous également un jour, je t'en loue. Le méchant n'est-il pas mon t'rere ? Combien de fois j'ai été tenté de lui ressembler? Que, délivré de sa misère, il perde aussi la malignité qui l'accompagne; qu'il soit heureu.x ainsi | que moi ; loin d'e.xciter ma jalousie, son [92] bonheur ne fera qu'ajouter au mien 1.

I>i C, D : éternellement.

' Comparez avec les déclarations de Julie dans la Souvelle Héloïse (VI, viii). V, 43 : «Le Dieu que je. sers est un Dieu clément, un père: ce qui me touche est sa bonté; elle efface à mes yeux tous ses autres attributs; elle est le seul que je

conçois Puisqu'il est juste, il est clément. Le Dieu vengeur est le Dieu des mt-

chants; je ne puis ni le craindre pour moi ni l'implorer contre un autre. O Dieu de paix, Dieu de bonté, c'est toi que j'adore » !

' Formule qui va rejoindre celle qu'on lira quelques pages plus loin. p. 96 : « Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi », et qui parait difficilement conciliable avec les maximes de la Seconde Partie, p. iSg : « Ils ont beau me crier, soumets ta raison;... il me faut des raisons pour soumettre ma raison » ; et p. i5o: «.Me dire de soumettre ma raison, c'est outrager son auteur».

' On sera frappé, je crois, de la ressemblance entre la fin de ce morceau et le passage suivant du poème de Haller, Essai sur l'origine du mal, 111 '200 , 72-73 : « O Dieu plein de justice et de clémence, ta créature ose-t-elle te demander comment

ta bonté peut s'accorder avec nos tourments ? O Dieu ! les voies de ta bonté

nous sont cachées... Peut-être qu'un jour la vérité qui le tourmente, purifiera notre esprit, refondu par de longs supplices ; peut-être qu'alors ennemi du vice, instruit par ses tristes fruits, il tournera entièrement sa volonté au bien, et que Dieu, satisfait enfin de notre tardive repentance, nous retirera tous vers lui, pour être tout en tous ». — Cette petite dissertation de Rousseau sur les peines éternelles est faite de plusieurs morceaux qui n'ont pas été rédigés à la même époque ; et l'on s'en aperçoit, car les idées en sont assez peu cohérentes. Les premières phrases, qui sont aussi les plus anciennes, ne sont guère qu'une façon de se récuser devant le problème : le Vicaire ne le résoudra pas, parce qu'il n'a pas de réponse à lui apporter, et qu'au fond cette réponse ne l'intéresserait point : il ne veut songer qu'aux « bons ». Les phrases qui suivent, et qui appartiennent à une rédaction postérieure, disent, sinon le contraire, du moins quelque chose de fort différent : Le Vicaire se refuse absolument à l'idée d'un châtiment qui ne cesserait point. Enfin la conclusion essaie de rétablir l'équilibre entre les deux hvpothèses, tout en laissant voir la pensée personnelle de Rousseau, — pensée, qui, d'ailleurs, ne fait aucun doute. Cf., en effet. Lettre à Vernes du 18 Février lySS, X. 180 : * \ l'égard de l'éternité des peines, elles ne s'accordent ni avec la faiblesse de l'homme, ni avec la justice de Dieu »; Lettre à Voltaire, X, i3o : « L'éternité des peines, que ni vous ni moi, ni jamais homme pensant bien de Dieu, ne croirons jamais »; Lettre à D'Alembert, I, 184 : « Je ne suis pas scandalisé que ceux qui servent un Dieu clément rejettent l'éternité des peines, s'ils la trouvent incompatible avec sa justice»; Confess ons, Vlll. i63 : « Les âmes aimantes et douces n'y croient guère [a l'enfer ,

220 REDACTIONS MANUSCRITES

Page 1