MÉDECINS ET CHIRURGIENS DE LA FAMILLE ROYALE
Les Officiers de la famille royale, — car ce titre était dévolu à ses médecins et à ses chirurgiens, — n’étaient pas tous gradués dans des Facultés ou des Ecoles. Dans la liste fort longue des médecins attachés au roi, à la reine, on trouve un certain nombre de médecins et de chirurgiens de provenances très diverses : docteurs de Facultés étrangères, simples bacheliers en médecine, praticiens sans titres universitaires, voire même charlatans indigènes ou exotiques. Tous cependant, en vertu de leur charge, avaient le droit d’exercer la médecine dans toutes les villes du royaume.
Le roi Louis XYI avait pour Premier médecin messire Lieutaud, docteur de la Faculté d’Aix et docteur à titre gracieux de la Faculté de Paris, qui l’avait reçu sans lui imposer ni thèse ni examen.
Le Premier médecin du Roi était au nombre des grands officiers de la couronne, dont il avait les honneurs et privilèges; comme le grand chambellan, il ne prêtait serment qu’au roi lui-même; son office lui donnait la noblesse réelle et héréditaire, et il était conseiller du Roi en tous ses conseils d’Etat et privé ; il avait l’inspection et la surveillance de tout le personnel médical delà maison royale, et jusqu’en 1788 garda le titre et les fonctions de surintendant général des eaux minérales du royaume, qui lui avaient été attribués par Henri IY (1605). Le Premier médecin recevait 37 000 livres d’appointements, dont 6000 comme conseiller d’Etat. De
Lassone, premier médecin en survivance, avait, comme le précédent, son domicile à la cour. Lemonnier, premier médecin ordinaire, recevait 14700 livres. Dans les huit médecins par quartier, au traitem ent de 1473 livres 15 sols, on ne peut citer qu’un nom, celui de Raulin, écrivain plus fécond qu’original. Quand le roi touchait les écrouelles, ses médecins recevaient une indemnité de 17 livres 9 sols 4 deniers; l’histoire ne dit pas à quel moment l’absurde cérémonie fut abandonnée. Les médecins consultants, appointés à 9000 livres chacun, étaient: Poissonier, conseiller d’Etat; Richard de Hautesierck ; Ninin, le premier traducteur de Gelse ; Pomme, le médecin des affections vaporeuses ; Thierry, Gatti (de Pise), le comte de Garbury (de Turin) et un sieur Mahony, lequel, sans aucun titre que celui d’écuyer, était en guerre de brochures avec la Faculté. Demours, quoique simple bachelier en médecine, appartenait à l’Académie des sciences et à la maison royale comme médecin oculiste. La Reine, plus modestement pourvue, n’avait auprès d’elle qu’un Premier médecin, Lassone, conseiller d’Etat, doté d’un traitement de 11 000 livres, « avec bouche en cour »; Malouin, ’ogé au Louvre, son médecin ordinaire, recevait 2500 livres. Lieutaud était le médecin des Enfants de France, dont la maison médicale se trouvait fort réduite comparativement au passé. Monsieur, frère du roi, avait un service médical complet : Premier médecin, médecin ordinaire, consultant, et le médecin de quartier. Lieutaud et Lassaigne occupaient les deux premiers emplois; Portai, membre de l’Académie des sciences, professeur de médecine au Collège de France et d’anatomie au Jardin du Roi, nonobstant le modeste grade universitaire de bachelier en médecine, dont il étail pourvu, était le médecin consultant de celui qui, devenu
Louis XVIII, devait ie rappeler un jour près de lui. Le comte d’Artois avait une maison médicale établie sur le même pied, dont faisaient partie entre autres Vicq-d’Azyr et Belloste. La mère de ce dernier, devenue veuve, vendait les pilules usitées encore aujourd’hui sous ce nom et autorisées en ce temps par lettres patentes.
Mesdames de France se contentaient de moins que leurs frères, et n’avaient qu’un médecin inscrit à l’annuaire, avec un second en survivance, suivant la désignation usitée et peu gracieuse pour le titulaire. Le duc d’Orléans avait choisi pour son premier médecin Tronchin, dont la crème pectorale constitue à peu près 1e seul titre médical connu aujourd’hui. Hâtons-nous d’ajouter qu’il serait injuste de ne mesurer que par ses œuvres écrites la valeur d’un homme qui, bien qu’étranger, occupa dans la société française une place si considérable, sut conquérir et garder d’aussi illustres amitiés. Celui dont Louis, à l’Académie de chirurgie, et dont Condorcet, à l’Académie des sciences, ont successivement prononcé l’éloge, celui-là, nonobstant son léger bagage scientifique, n’était point, quoi qu’en aient dit Bouvard, et après lui les jaloux et les envieux, celui-là n’était certainement point mThomme ordinaire. Une sorte de charlatan d’origine espagnole nommé de Torrès, Fautrier, médecin du feu roi de Pologne Stanislas, étaient au nombre des huit médecins du premier prince du sang.
Après les médecins, les chirurgiens, suivant la hiérarchie établie par les usages et par l’opinion; cependant, depuis 1770, le Premier chirurgien était, au point de vue honorifique, traité sur le pied d’égalité avec le Premier médecin. Quant au traitement, il n’était que de 2272 livres; mais les saignées, et les opérations nécessairement, lui étaient payées sur man-
dat spécial. Il retirait, en outre, des profits élevés de la vente des places de ses lieutenants et greffiers. De plus, il prélevait un droit d’avènement de 21 sols 3 deniers qui lui étaient payés par tous les chirurgiens, barbiers, perruquiers, baigneurs, renoueurs, oculistes, lithotomistes, dentistes, sagesfemmes. Un journal du temps, l 'Observateur, estimait à 62 000 livres par an en 1789 le revenu créé par ce droit. A Paris, le Premier chirurgien nommait, comme son lieutenant dans la corporation, un des maîtres ; il convoquait les assemblées, les présidait de droit. En province, il le choisissait sur une liste de trois maîtres présentés dans chaque ville par la municipalité, et désignait aussi son greffier. La-Martinière avait continué à remplir auprès de Louis XYI ces fonctions, que lui avait déjà confiées Louis XY. Avec Andouillé, il avait pour l’assister deux chirurgiens ordinaires et onze chirurgiens par quartier, tous, sauf Daran, inconnus aujourd’hui, et dont plusieurs n’étaient pourvus d’aucun grade universitaire. Les chirurgiens ordinaires avaient 4000 livres de traitement, plus en campagne, une solde de 500 livres par mois; les chirurgiens par quartier, 1360 livres, plus ce qu’ils recevaient de celui qui tenait, sous leur privilège, une boutique ouverte dans la ville où ils résidaient. Derrière eux, et traités sur le pied des valets de chambre, marchaient trois chirurgiens renoueurs, deux chirurgiens oculistes ordinaires, un chirurgien dentiste, opérateur pour dents. Bourdet, titulaire de ce dernier emploi, recevait 2300 livres; les renoueurs, 600 livres chacun. Enfin le service chirurgical des écuries, de la vénerie comptait six chirurgiens.
Si l’on récapitule le nombre des médecins, chirurgiens, etc. , attachés au service personnel du roi et de sa famille, on en
compte 37, sans parler de ceux qui, au nombre de 13, étaient chargés des écuries, de la vénerie, etc. Il ne faut point oublier d’ajouter à cette énumération le singulier fonctionnaire du même ordre dont les nom, titre et qualité s’étalent ouvertement en deux endroits de Y Annuaire, à distance honnête de la Maison royale. Il s’agit du sieur Lefebure de Saint- Ildephont, écuyer, docteur en médecine, « chargé des cours publics et du traitement populaire pour le mal vénérien, à la suite de la Cour à Versailles et à Paris, à Phôtel de Santé, près la barrière du Roule» . Dans les deux villes, ce personnage donnait des consultations publiques, et pour la somme de 9 livres fournissait tous les remèdes nécessaires à la guérison. C’était, du reste, une sorte de maître Jacques, poète, dramaturge, qui, dans ses publications médicales et ses élucubrations poétiques, mêlait l’agréable à l’utile, le sévère au plaisant. A côté d’une comédie intitulée : Sophie ou le triomphe de la vertu, on trouve dans la liste de ses œuvres : la Méthode familière pour guérir les maladies vénériennes ; puis l’Art de régner, poème didactique, à côté de l’Art de faire des feux dû artifice ou de l’Art d’enluminer les estampes, etc Les fonctions de cet individu et le bizarre salmigondis de ses productions justifieront la digression que m’a paru mériter un tel type, aujourd’hui disparu.
Il n’y avait point d’apothicaire en chef dans la maison du roi, mais des apothicaires du corps par quartier, d’autres pour les écuries, etc. Les apothicaires en charge avaient en ville des boutiques tenues par des individus privilégiés par eux. Enfin chaque résidence royale ou chaque établissement de la couronne était pourvu d’un service médical spécial.
IY