‹ La proie du néant (notes d'un pessimiste)Chapitre 5 sur 10 · L'ETRE EPHEMERE · texte numérisé non relu

L'ETRE EPHEMERE

C'est une chose bien remarquable que les gens qui revendiquent le plus haut lé prétendu droit de rârae humaine à être immortelle, sont généralement ceux qui ont le plus ravalé, parmi les débauches, lesbassesseset les vilenies, cette âme qu'ils se targuent de posséder.

Immortelle, une pareille âme I

Ehl grand Dieu, si vous-même vous existez, je me demande ce que tous ces fourbes, ces cupides, ces luxurieux veulent que vous fassiez de leur saleté 6! âme!

Il y a dans tout le mécanisme de la Nature infiniment d'ordre, mais on ne trouve trace de justice que dans la conscience de Thomme, et cela même doit faire, à la fois, notre orgueil et nôtre désespoir.

Heureux sommes-nous quand notre cœur et notre esprit, semblables à des oiseaux de haut vol, planent fort au-dessus de ce marais infect où barbotte la pauvre Humanité!

Impérieux par tempérament, servile par intérêt : voilà Thomme I

Le bol alimentaire est à Tanimal et particulièrement à Thomme ce qu'est le fumier à la plante. L'avantage que l'animal a de se mouvoir est malheureusement un peu compensé en lui par le désagrément de porter son fumier par dedans, au centre même de ses organes.

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l'ktre éphémère :iT)

L'homme est un animal déraisonnable, quoi qu'il en dise, mais, heureusement pour son amour-propre, la femme est un animal plus dé» raisonnable que lui.

On a défini Thomme un animal raisonnable.

On s'est trompé. Il fallait dire: « Un animal raisonneur. »

Ce qui différencie le plus l'homme des autres animaux, ce n'est pas sa raison (il y en a déplus raisonnables que lui), c'est son inconstance.

Au far et à mesure que l'homme s'approche de l'heure où, ses forces étant épuisées, il sera mis lui-même au rebut par la Nature, ce qui lui était reliques lui devient loques.

On se désole vite ; on se console plus vite encore.

Quiconque parle trop de soi s'expose par un juste retour à ce que personne ne parle de lui, ni même n'en veuille entendre parler.

En tous lieux, sauf au Monomotapa, Tamitié n'est que le chassé-croisé de deux égoïsmes très bien masqués. Il arrive presque toujours un moment où l'un des deux égoïsmes ôte son masque ; l'autre en fait autant. Ils se contemplent avec horreur et l'amitié fait place à la haine.

Si le renom personnel d'un homme devient l'un des éléments constitutifs du renom de son pays, il y a gloire ; si non, il n'y a que célébrité.

Les jugements nous paraissent toujours relatifs quand ils viennent des autres ; absolus quand ils viennent de nous-mêmes. I-e fait est qu'ils sont absolument relatifs dans tous les cas.

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Les optimistes sont, ou des égoïstes auxquels tout réussit par hasard et qui ne s'inquiètent pas du reste, ou des illuminés qui croient à une seconde existence meilleure que Factuelle qu'ils avouent mauvaise.

Qu'est-ce qu'un pessimiste? C'est uu homme absolument dégoûté, — en philosophie, de toutes les doctrines, — en politique, de tous les partis,

— en littérature, de toutes les écoles, — en anthropologie, de tous les hommes et de luimême, — en amour, de toutes les femmes,

— en religion, de tous les Dieux.

Élimination de la pitié dans l'ordre biologique, de la justice dans Tordre politique, de la conscience dans l'ordre artistique, industriel ou commercial : voilà ce qu^ produit la concurrence vitale, cette loi scélérate de la Nature.

Quant aux concurrents qui gardent par hasard vis-à-vis de leurs concurrents de la

pitié, de la jasticé et de la conscience, ils sont battus d'avance.

Les hommes attachent généralement aux choses qui les touchent de près une importance excessive, eu égard au peu d'importance de leur propre vie.

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Il est bien étrange de considérer Tâme comme étant d'une essence autre que le corps, quand tout indique qu'elle est précisément l'essence même du corps qui la distille par nos organes.

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Au fur et à mesure que le corps la distille, notre âme est bue par le mouvement de la vie, et lorsque nous mourons il n'en reste plus une goutte, à moins qu'il ne nous ait été possible d'en conserver dans ces flacons qu'on nomme des œuvre».

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Pour satisfaire ses goûts presque toujours si complexes, parfois si contradictoires et qui font de lui un être essentiellement versatile, il faudrait que l'homme pût mener concurremment les genres de vie les plus divers : être à la fois voyageur et casanier, austère et voluptueux, homme d'action et homme de pensée. Malheureusement, il lui faut choisir et il tombe naturellement du côté où il penche le plus, à moins qu'il ne tombe artificiellement, comme cela s'est vu trop souvent, par un choc en retour de sa volonté sur son instinct, du côté où il penche le moins.

L'homme, quand sa conscience est trop éveillée, en arrive à trouver odieuses des fai* blesses Inhérentes à la nature humaine et pour ainsi dire inéluctables. Comme il trouve tout simple et tout naturel, quand sa conscience est restée endormie, de commettre les plus grandes monstruosités.

Si mauvaises que soient les raisons que notre amour-propre peut invoquer en sa faveur, il ne manque jamais de les trouver bonnes.

Il faut vraiment que Thomme ait une vanité bien décevante pour s'être imaginé que, sa naissance étant une réalité^ sa mort ne sera qu'une apparence et qu'ayant commencé, il ne finira plus.

Avoir de l'humanité, c'est pratiquer dans leur plus raffinée délicatesse les devoirs de l'homme envers l'homme.

Un homme qui a réellement de l'humanité s'étudie à ne rien prétendre qui puisse entraîner non seulement un malheur, mais une incommodité pour les autres.

Devant les passants ou derrière eux, sans vergogne ou avec pudeur, nous repoussons du pied, à mesure qu'ils tombent sur le chemin,

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nos morts les plus chers, et nous continuons de marcher dans la vie.

Les femmes sont des enfants perfides.

Pour qu'une femme ne cède pas à une tentation, il faut la réunion de ces deux choses : 1® que la femme soit bien forte ; 8® que la tentation soit bien faible.

La vanité prend le vice pour souteneur ; Torgueil entretient Thonnêteté.

Quelle niaiserie ou quelle impudence chez ces gens qui, coulés dans un moule vulgaire, veulent qu'une personne originale cesse d'être soi pour leur ressembler, sous prétexte qu'eux-mêmes ils ressemblent à n'importe qui I

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Les gens qui ne s'imaginent pas avoir les qualités qu'ils ont, consolent de ces gens, beaucoup plus nombreux d'ailleurs, qui s'imaginent avoir celles qu'ils n'ont pas.

La vertu qui s'ignore est deux fois la vertu.

On est parfois tout étonné de trouver, chez les gens qu'on estime le plus, des côtés gredins.

Ce qui nous parait injuste quand nous le souffrons, nous parait juste quand nous le faisons souffrir.

Il n'y a que des bagatelles en ce monde, et il n'y a parmi toutes ces bagatelles que celles de l'entendement et de la sensibilité pour plaire à certaines natures élevées.

l'âtrb éphémère 4:i

Comprendre qu'il ne tient qu'à lui de so servir des hommes, et préférer les servir, telle est la caractéristique du vrai grand homme dont le cœur, si haut que soit placé son esprit, est toujours plus élevé.

On doit, en toute circonstance, compter avec la bêtise humaine.

Il y a des malheureux qui, du commencement à la fin de leur carrière, ne font autre chose qu'emmagasiner du découragement.

Il faut la collaboration étroite du raisonnement et de la sensibilité dans un homme pour en faire un homme de cœur.

Le châtiment des ambitieux est qu'il ne leur suffit bientôt plus de jouer un personnage (il y an a tant), mais qu'ils enragent de n'être pas

Tunique personnage sur lequel se concentrent tous les regards.

Il n'y a que les esprits vraiment forts qui puissent constater la faiblesse infinie de l'esprit humain.

L'égoïsme rend bête; c'est pourquoi nombre de gens s'étonnent et même s'indignent qu'on ne réponde pas à leurs coups de pied par des baise-mains.

Il y a tels jougs dont la délivrance nous est moins supportable que le poids.

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Toute notre vie nous sommes en bisbille avec les quatre éléments. Voulons-nous de Tair?

Nous avons du feu. Avons-nous du feu? Nous voudrions de l'eau... Cependant, le quatrième

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élément: la terre, finit toujours par avoir raison de nos inconstances.

Plus on a l'âme élevée, plus les convoitises humaines les plus hautes semblent basses.

Il y a peu d'hommes qui se disent : Ce serait une exception vraiment trop monstrueuse en ma faveur si je n'avais toujours que des joies et jamais de peines.

Il est même permis d'assurer qu'il n'y en a pas.

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Le pessimisme est le propre de ces esprits maladifs auxquels leur état morbide communique une merveilleuse perspicacité, et, pour tout dire en un mot, la seconde vue véritable des choses humaines.

Celui qui réussit se croit plus habile que les autres ; celui qui échoue, plus malheureux.

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Avec un peu de perspicacité on se persuade vite que tout le monde a tort plus ou moins, qui d'une façon, qui de l'autre.

En général, nous n'occupons une grande place que daijs notre propre esprit et notre propre cœur.

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Quelque étrange que ce soit, le désordre dans les mœurs provient plus souvent de la vanité que de la passion ou de Tamour du vice pour lui-même. Des natures nullement passionnées et auxquelles le vice n'est qu'indifférent croient de bonne foi, en agissant de la manière lajplus révoltante, agir supérieurement aux autres.

De quelque manière qu'on vive, la vie est mal équilibrée et Ion devrait se redresser de son

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penchant. Est-on dissolu par hasard ? Il siérait d'être austère. Jlst-on austère? 11 ne messiérait pas d*être dissolu, un tantinet.

L'illusion annulée, c'est la stupeur ;— exaspérée, c'est la folie.

Pour le bon équilibre de l'homme, il est uiv gent qu'elle ne soit ni ceci, ni cela, mais modérée.

Son annulation équivaut à la Mort ; son exaspération au détraquement; sa modération à la vie plénière.

Comment n'être pas pris de stupeur en regardant bien, mais bien, notre propre destinée et le train du monde où nous sommes?

Le malfaiteur n'est qu'un sot ; il croit travailler à son profit ; il travaille à sa perte.

Sur la pente rapide de la journée, cette montagne idéale dont la base est le matin, Thomme, le paavre homme va toujours remontant aussi vainement sa lourde pierre ; et chaque soir elle dégringole avec lui dans le sommeil jusqu'au lendemain où il doit recommencer*

Mais plus heureux que Sisyphe, il n'a point là de supplice étemel, et tôt ou tard, soit à l'ascension, soit à la descente, son cœur s'arrête et la pierre s'arrête tombalement sur son cœur.

Les personnes qui ont accoutumé de pratiquer le devoir et qui cependant ne se trouvent point heureuses de la vie, comprennent bien qu'elles le seraient cent fois moins encore en ne le pratiquant pas.

Il n'y a pas de plus grande bévue que de chercher le bonheur dans le vice; c'est comme si l'on cherchait un parfum agréable dans un tas de fumier.

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Là seule intensité dans la possession fait pour nous le prix des objets que nous possédons. Voilà pourquoi il y a beaucoup plus de jouissance à posséder merveilleusement des choses ordinaires, qu'ordinairement des choses merveilleuses.

Quand on a mis le pied dans l'indélicatesse on ne tarde point à y courir à toutes jambes.

On pourrait citer nombre de gens dont Tâme soi-disant immortelle était déjà pourrie dans leur corps debout et vivant.

Pour l'individu humain dont le cœur a été cruellement blessé par le monde, la seule devise bonne à prendre et aussi à justifier est celle-ci : Oubliant, oublié.

Les sots croient se grandir par leur morgue ; ils se grandissent effectivement comme sots.

L'homme a un beau et un vilain côté. Les philanthropes le regardent du beau côté, les misanthropes du vilain, mais ceux qui veulent réellement le connaître et témoigner de lui le regardent de face.

Pour les âmes nobles et les esprits élevés la difficulté est moins grande de faire des choses rares que des choses communes.

De tout ce que s'élargit le champ de nos regrets, se rétrécit celui de nos désirs.

Il y a fort peu de gens d'esprit, mais beaucoup dlmbéciles subtils et Ton prend trop souvent les seconds pour les premiers.

La grande différence consiste en ceci : Un

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imbécile subtil peut trouver le trait fin; rhomme d'esprit seul rencontre Vidée rare.

Le plus homme d'esprit est encore sot par quelque côté, ou, si c'est trop dire, par quelque point.

Puisque nous ne sommes heureux qu'en nous illusionnant, avons-nous rien de mieux à faire, quand nous perdons des illusions, que de les remplacer par d'autres? Et c'est ainsi que nous faisons, même involontairement, et Jusqu'au bout de notre existence, si bien que notre bouche, quand elle se tord dans l'agonie, est encore tout enfarinée d'espoir.

Que notre expérience ne profite pas aux autres, cela se comprend ; mais ce qui se comprend beaucoup moins, c'est qu'elle ne nous profite guère à nous-mêmes .

Rien n'est plus sot, ni plus fréquent que de dédaigner des jouissances à notre portée, pour en chercher d'autres que nous ne pouvons atteindre.

Il est aussi rare d'avoir le désir qu'on pourrait satisfaire que de pouvoir satisfaire le désir qu'on a.

Il y a des gens qui ne savent pas montrer le mérite qu'ils ont et d'autres qui savent montrer celui qu'ils n'ont pas.

Comment ne pas nous défier de nos propres jugements? Tous les jours nous sommes obligés de reconnaître qu'ils étaient erronés.

Jusque dans ses joies inconsidérées l'être humain fait pitié.

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C'est une infirmité chez rhomme de voir la misère de sa condition ; c*en est une autre de ne la point Voir. Dans les deux cas il est à plaindre ; dans le premier, de sa clairvoyance ; dans le second, de son aveuglement.

Quand l'altruisme de Pierre se colleté avec Fégoïsme de Paul, il ne tarde guère à se déclarer vaincu.

Nous avons tous une grave tendance à considérer nos propres défauts comme des qualités et les qualités des autres comme des défauts.

Ceux qui ont fait, dit ou seulement rêvé le bien méritaient mieux que la vie ; les autres ne la méritaient même pas.

L'ambition ne peut prendre flot dans les âmes trop petites ; elle vogue sur les moyennes, mais elle sombre dans les grandes.

C'est une pudeur de cacher son vrai mérite à ceux qui ne le peuvent apprécier.

Certains hommes sont de tempéraments tellement contradictoires qu'il leur faut une grande et bien rare élévation de caractère pour se rendre une mutuelle justice.

L'argent est d'un effet très variable sur les âmes. Le plus souvent il les maintient de niveau avec l'ordre social» mais dans l'ordre éternel il se trouve toujours qu'il abaisse les petites et élève les grandes.

Le plus grand plaisir pour l'homme c'est de jouer à l'enfant, comme pour l'enfant de jouer à l'homme.

Nous sommes bêtes toute notre vie, qui d'une façon, qui de l'autre, mais nous ne le sommes

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jamais plus qu'adolescents de quinze à vingt ans» quand nous youlons paire l'homme, ou adolescentes de douze à dix-huit, quand nous voulons faire la femme.

Ce qu'il y a de plus navrant chez l'homme, ce n'est pas sa misère, c'est son indignité. Et pourtant ne devrait-on pas plutôt s'étonner qu'un être si misérable soit parfois si digne et comme au-dessus de lui-même ?

C'est une question de savoir si nos fautes ne portent point avec elles, ici-bas, leur punition, tantôt rapide, tantôt lente, mais toujours sûre.

De ce qui n'est rien en soi l'illusion fait notre tout.

Le sentiment de la justice est la plus belle conquête de l'homme.

A part quelques rares individualités transcendantes, qui n'ont point eu et n'auront jamais leurs pareilles dans la suite des siècles, tous les êtres humains ne sont que la répétition fastidieuse d'autres êtres qui les ont précédés. Ils défilent sur la scène du monde, n'ayant aucune substance vraiment personnelle, mais jouant avec une gravité ou une folie également misérable, un rôle banal qu'ils ont hérité par hasard et qu'ils légueront aussi par hasard à des successeurs.

Quelles pitoyables marionnettes du Destin nous sommes !

Il n'y a rien, absolument rien d'inédit dans nos sentiments, nos idées, nos paroles, nos actions.

Oui, nos engouements et nos rancunes, nos transports d'amour et nos cris de haine, nos générosités et nos vilenies, nos défiances et nos témérités, nos tristesses et nos joies, nos vices et nos vertus, tout ce qui vient de nous n'est

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que rinsipide rabâchage de ce qui nous est venu des autres.

Ce n'est rien que la bêtise, quand elle est douce, mais qu'elle est donc redoutable, lorsqu'elle devient furieuse !

A l'extrême limite de la désespérance on retrouve la sérénité.

Ce n'est que demi-mal quand nous n'aimons pas ceux qui nous font souffrir.

Faire du bien aux autres c'est s'en faire à soi-même.

Il y a quelque naïveté à se passionner pour quoi que ce soit.

Il y a deux sortes de domination, Tane en esprit, l'autre en fait.

A-t-on la première? On dédaigne la seconde comme inférieure.

En effet, celui qui domine par la pensée voit de très haut et fort loin par dessus la tête de celui qui domine par Taction.

Parmi les gens qui ne sont rien, peut-être en trouverait-on quelques-uns capables d'être, sinon tout, du moins beaucoup, mais aimant autant n'être rien, parce qu'ils considèrent tout comme rien.

Faire ce qu'on veut serait trop beau ; c'est déjà bien Joli quand on peut s'abstenir de faire ce qu'on ne veut pas.

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Les conditions dans lesquelles les hommes accomplissent leur évolution respective sont le plus souvent si différentes, les unes étant fort

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douces et les autres très dures, qu'il serait souyerainement injuste de juger du mérite d'aucun d'eux par son succès, et voilà pourtant ce que

fait le monde.

La sympathie plénière est sinon impossible, du moins bien rare entre les hommes.

Ceux-là mêmes qui sont le plus rapprochés par certains côtés sont irrémédiablement séparés par d'autres.

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Nous n'avons guère qu'une pierre de touche pour juger de la valeur morale des gens auxquels nous avons aflfaire, et cela fait peu d'honneur à la moralité même de notre jugement.

Servent-ils nos intérêts? Quand ce serait des coquins, ils sont impeccables. Les desserventils, au contraire î Quand ce serait les plus honnêtes gens du monde, ils sont impardonnables.

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Les mêmes idées ont presque toujours doux sens très différents : celui dans lequel elles sont exprimées et celui dans lequel elles sont comprises.

L*auréole seule de la bonté donne toute sa valeur au beau visage ou au grand mérite. Le premier est bien moins beau et le second bien moins grand là où elle manque.

Le commencement de la sagesse est d'être sévère à soi-même et indulgent aux auires.

Le cœur de Thomme est un volant que se renvoient à tour de rôle comme deux raquettes le désir et le regret. A peine a-t-on ce qu'on désirait qu'on regrette ce qu'on n'a plus.

Certains hommes, selon leur tempérament, ont la fierté extérieure, qui au dedans sont hum-

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bles; d'autres rhumilité extérieure, qui au dedans sont fiers.

Les premiers, sentant leur propre misère n'en veulent pas moins imposer au monde ; les seconds, sentant la misère du monde, s'enorgueillissent secrètement de ne point au fond s'en laisser imposer par lui autant qu'il le pourrait croire.

Quant à être fiers au dedans comme au dehors, c'est afiaire aux sots, et humbles au dedans comme au dehors affaire aux saints.

Entouré seulement d'animaux, Noé eût été le plus heureux mortel dans l'arche, mais il y avait aussi sa femme, ses trois fils et ses trois brus pour le tourmenter.

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Pour se montrer aux autres tel qu'on se voit, il faut s'estimer. C'est donc un secret témoignage qu'on se méprise que de s'avantager sciemment à leurs yeux.

Au fond les glorieux ne sont pas dupes de

leur pose, et le déchet qa'ils sont obligés de constater d'eux-mêmes dans le particulier est leur plus grand châtiment*

La sottise de Thomme éclate dans le peu de souci qu'il a de son bien le plus précieux : la santé. Presque toujours il est malade par sa faute, et c'est lui-même qui ouvre ainsi la porte à la Mort.

Souvent trop de souci pour les petites choses nous empêche d'en avoir assez pour les grandes, et nous tombons dans un accident pour éviter un inconvénient.

A une certaine époque de la vie on n'a plus aucun espoir sincère. On ne conçoit rien dont on ne soit déçu d'avance, et l'on brusque la déception, de peur d'en être brusqué»

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L*ÊTRB éPHâMÉRB 03

Conception, déception : voilà le double mouvement de diastole et de systole du cœur humain.

Les gens dont le cœur est trop battu de Foiseau ont parfois, au regard des gens heureux, un ahurissement bien singulier où semblent se confondre toutes leurs navrances.

La pointe de notre amour-propre dirigée par nous sur l'esprit d'autrui et le trouvant cuirassé, se retourne et s'enfonce dans notre cœur.

Pour peu qu'on raisonne, on ne doit pas s'étonner de l'égoïsme, encore moins y trouver un motif d'injure contre la personne dans laquelle on le constate.

Ce n'est pas un vice de l'individu, c'est une imperfection de l'espèce.

Cela tient à la limite très proche de notre

horizon. Nos yeux ne voient guère au delà de leur propriétaire, l'appareil n'étant pas fait pour plus. Vraiment les hommes qui ne sont point égoïstes, en admettant qu'il y en ait, sont des monstres. Ils ont le cœur plus gros que la tète, tout simplement.

Les poètes sont presque toujours les fauxmonnayeurs de la vie.

Il y a des coquins sans le savoir et qui, très naïvement, se prennent pour d'honnêtes gens.

On est souvent plus estimé de ses ennemis que de ses amis, et, chose extraordinaire, on en est parfois moins haï.

La prévision humaine, môme la plus sagace, est la plupart du temps tellement trompeuse qu'on se demande s'il ne vaudrait pas mieux vivre à l'aveuglette.

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Trois sortes d*âmes : celles qui volent, celles qui marchent et celles qui rampent.

Mais, hélas I comme, par les chaleurs de Té té, Ton voit les oiseaux eux-mêmes se mettre à plat ventre dans le sable humide et s'y traîner pour chercher quelque fraîcheur, ainsi arrive-til, surtout dans la ssiison pas ^ionneiise, que les âmes qui ont coutume de planer dans les airs semblent parfois oublier qu'elles ont des ailes et jusqu'à des pattes.

Quelle lutte inégale celle de notre pauvre petite volonté contre la fatalité géante I C'est la lutte d'un David sans fronde contre un Goliath invulnérable.

Le mépris est une vengeance à la portée de tout le monde. C'est la seule avisée, car elle nous soulage toujours, sans jamais nous compromettre.

Notre point de vue pour juger de ce monde ne peut être que celui de la place que nous y occupons.

Nos convictions sont toujours les flUes naturelles de notre position et elles ont le plus ordinairement pour père notre intérêt.

Il est peut-être heureux pour l'homme que sa présomption compense sa misère.

Il y a des fautes d'un homme qui lui sont moins imputables à lui-même qu'à la condition humaine ; aussi est-il juste de les passer par profits et pertes sur le grand-livre du Destin.

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