L'AMOUR
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UAMOUR
En fait d'amour, on commence par aimer tout ce qu'on croit connaître, sans le connallre en réalité ; on continue par n'aimer que ce qu'on ne connaît pas, justement parce qu'on ne le connaît pas encore, et on finit par ne plus même aimer ce qu'on ne connaît pas... parce qu'on le connaît d'avance.
Les femmes n'ont guère tout leur prix qu'aux yeux d'un homme qui est atteint de la fluxion périodique de l'amour. C'est alors que la plus
disgracieuse d*entre elles lui semble quelque chose d'admirable, qu'il préfère à tout ce qui n'est point femme.
Faire l'amour : tomber du haut bien î
Il y a une générosité de sens bien outrageante de la part d'une belle femme qui donne à son amant du plaisir et ne lui en demande pas en
retour. Je ne serais pas étonné que la froideur qu'on remarque ordinairement chez les femmes belles tint à une morgue ridicule, pareille à celle de l'homme important qui ne vous rend votre salut qu'à demi et sans vous regarder.
L'amour, si vrai et si profond qu'il soit, qu'un homme a pour une femme ou une femme pour un homme, n'est que le reflet de son égoïsme sur une créature déterminée.
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Quand on aime réellement, on aime jusqu'aux infirmités de l'objet aimé. C'est ainsi qu'un homme, épris de sa maîtresse, et qui ne désirait certainement pas sa mort, l'ayant entendue, tousser, lui parlait de sa « petite toux chérie. »
Ce qui caractérise le mieux l'amour d'un être pour un autre, c'est le double sentiment qu'on éprouve, — de quiétude en sa présence et d'inquiétude en son absence.
En dehors de ce double sentiment très rarement uni-latéral et bien plus rarement encore bi-latéral, il peut y avoir de la sympathie, du désir, de la passion et même très vive... Il n'y a point d'amour.
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De toutes les définitions qui ont été données de l'amour-passion, la plus juste est peut-être la suivante :
C'est une maladie analogue au daltonisme, découvert par Dalton, et qui consiste en ce que
le sujet aimant voit Tobjet aimé tout autre qu'il n'est.
, Négoce, vanité, trahison, luxure : voilà les principaux condiments, isolés ou réunis, de ce ragoût peu ragoûtant que la civilisation nous sert sous le nom d'amour.
Pour quiconque n'a plus de mère, il est encore un moyen aussi sûr d'être aimé, c'est d'avoir un cbien, mais il n'en est pas d'autre.
Plus de gens qu'on ne pense, hommes et femmes, trouvent le vrai charme de l'amour pour deux amoureux, dans le fait qu'ils trahissent un tiers, et le charme suprême pour la personne aimée, dans le fait qu'elle trahit la personne aimante. Voilà un charme qui est loin d'être charmant !
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L'amour, même partagé, ne peut donner le bonheur, non seulement en raison de toutes les fortunes contraires, dont Tune ou l'autre ne tarde guère à l'atteindre, mais parceque celui et celle qui s'aiment, s'aimassent-ils également; n'ont jamais la môme espèce d'amour.
La femme est essentiellement berceuse. Aussi endort-elle les hommes comme les enfants, mais à moins de frais. Toutes les fois que ses caresses n'ont pas la vertu de nous éveiller à l'extrême, elles nous plongent dans une suave torpeur.
Si l'on s'entendait une bonne fois pour considérer, — et très justement, — comme la chose la plus naturelle du monde le rapprochement sexuel, on simplifierait de beaucoup l'honneur des maris et la vertu des femmes.
L'adultère n'a qu'un vilain, mais un très vilain côté qui le rendra toujours haïssable aux natures
droites : c'est la duplicité qu'il suppose ; tous les autres côtés en sont passables.
Au point de vue de la vertu, telle qu'elle est comprise dans l'ordre social, les femmes peuveat être divisées en six catégories.
Ily a :
l^ Celles qui sont décidées à manquer de vertu et qui en manquent ;
2'» Celles qui voudraient bien en manquer et qui n'en manquent pas ;
3^ Celles qui en manquent, quoique ayant l'intention formelle de n'en pas manquer ;
A^ Celles qui n'en ont pas encore manqué, mais qui en manqueront, parce qu'elles sont jeunes ;
5*» Celles qui en ont manqué, mais qui n'en manqueront plus, parce qu'elles sont vieilles ;
6® Celles qui ont eu d'abord l'intention et qui auront ensuite la chance de n'en pas manquer, lesquelles sont, à proprement parler, les seules femmes vertueuses.
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11 y a une caresse implicite et licite qui supplée très bien la caresse effective et défendue, et le plus souvent lui est préférable, — en ce qu'elle est exempte de toute désillusion, — dans le regard, le sourire, les paroles même banales qu'échangent un homme et une femme qui se désirent ou même regrettent au fond du cœur de ne pouvoir se désirer.
Qu'il y ait des courtisanes ayant tout l'instinct de la mère de famille et des mères de famille tout l'instinct de la courtisane: voilà ce qui montre la cruelle imbécillité du Destin 1
Lorsqu'on est parvenu à retourner l'amour comme un gant, et qu'on voit clairement qu'il n'y avait rien dedans qu'une illusion, il est encore possible d'aimer par besoin de nature, sans plus croire le moins du monde à l'amour.
11 n'y a pas de tempéraments plus opposés que celui de Don Juan, ayant affaire à une femme
délicieuse et en cherchant toujours une nouvelle avec l'espoir de trouver mieux, et celui de Don José (appelons-le ainsi), ayant affaire à une femme insupportable et s'y tenant très fidèlementi dans la crainte de trouver pis.
Je veux bien que l'amour soit quelquefois un rayon de soleil sur l'eau d*un lac azuré, mais c'est beaucoup plus souvent un rayon de soleil sur de la boae, quand ce n'est pas, hélas 1 de la . boue sans soleil.
Oh 1 la rougeur gauche et charmante qti'un regard de femme allume sur les joues de l'adolescent dont le cœur déborde d'idéal I
bans sa période active, la femme produit deux effets bien différents sur nous. Lorsque nous sommes encore naïfs et que nous la voyons à travers le prisme de l'idéal, elle nous fait rou-
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gir ; quand, plus tard, nous rétreignons comme une réalité, elle nous fait pâlir.
Combien il vaut mieux pour elle et aussi pour nous que le voile dlsis ne soit pas encore déchiré I
L'adultère donne généralement plus de peine qu'il ne cause de plaisir. Donc, au point de vue même de la volupté, sans la moindre acception de morale, c'est une grossière bêtise; mais, voilà : les romanciers semblent le préconiser dans tous leurs ouvrages et Ton veut imiter les héros de romans.
Le prologue de la Volupté est irritant, le dialogue enivrant et l'épilogue répugnant*
Aussitôt qu'ils ont fini de jouer le mystère charnel de l'amour, l'acteur et l'actrice se trouvent respectivement et réciproquement très
bêtes dans les meilleurs cas» et, dans les pires, absolument ignobles.
11 n'y a que les bêtes qui envisagent Tamour comme il doit être envisagé ; nous autres, nous y cherchons midi à quatorze heures, et, naturellement, nous ne l'y trouvons pas.
L'amour est au vrai la possession réciproque, toujours constante et paisible, mais momentanément avivée parles sens, d'un homme et d'une femme qui s'estiment et se satisfont de tout leur être.
Le reste usurpe le nom d'amour.
Ce qui fait de l'amour monogamique et fidèle et constant quelque chose d'absolument supérieur à tout amour multiple, ou irrégulier, ou accidentel, c'est que lui seul reconstitue sérieu-' sèment l'être humain en créant un tout permanent de ses deux moitiés, non de ses deux moi-
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tiés physiques dont la conjonctioD demeure fortuite, mais de ses deux moitiés morales qui ne cessent pas une minute d'être unies. Elles le sont, le jour, par Tidentité des joies et des soucis; elles le sont, la nuit, dans l'absorption même du sommeil par la divine quiétude du côte-à-côte.
L'amour de soi-même, s'il est immodéré, est aussi décevant que les autres amours. On n'est trahi par personne ; on se trahit personnellement. Et les actions sottes et compromettantes que Ton fait alors le démontrent jusqu'à l'évidence.
Il est très heureux pour notre amour-propre que nous ne trouvions pas la satisfaction de notre idéal dans la personne aimée, car nous sentirions trop cruellement que nous sommes loin de satisfaire le sien.
La substance de Tamour est certainement toujours la même, mais combien sa forme est variable I
Voilà pourquoi il n'y a pas plus de ressemblance entre Tamour des gens délicats et Famour des gens grossiers, qu'entre le biscuit de Savoie et le pain de munition, quoique les deux premiers soient faits de conseamaliié conmie les deux seconds de farine.
Les hommes ont trouvé moyen de gâcher ce que la Nature leur a donné de meilleur, — TAmour I
Il y a plusieurs causes faciles à déterminer dans l'excessive tendresse que nous portons d'ordinaire à nos enfants, mais la première en date c'est qu'ils axent durablement dans leur chair et leur âme un de nos éclairs d'amour.