‹ La promenade des AnglaisChapitre 10 sur 22 · NON, JB NUIRAI PAS A PARIS · texte numérisé non relu

NON, JB NUIRAI PAS A PARIS

nômies et amassa quatre cents millions, que Caligula dépensa en moins d'un an. Mais, sous CaUgula, on s'amuôa rudement, c'était le bon temps.

Ce n'est pas Caligiila qui, s'il eût vécu à notre époque, eût Iref usé la croix d'honneur à Grasset et à Lassouche.

11 embrassait le pantomime Mnester en plein théâtre ; un jour qu'il vit un chevalier romain qui causait avec son épouse, au lieu d'admii^r son protégé, il lui envoya, par un • cent-garde, l'ordre de porter immédiatement, et sanB rmitrer dans sa maison ^ une lettre insignifiante au roi Ptolémée, en Mauritanie,

Cela me rappelle une anecdote qui m'a été racontée par un Russe^ au sujet d'un des derniers czars.

Un jour de revUe, à Saint-Pétersbourg, kff régiments de cavalerie qui simulai^Kt anci charge aiMvaient au galop jusqu'à une cea^tain^ distança de Vémpereur^ denrièro lequel éialeirt rangés l'état-major et uile psatàe de la oour^ puis ftisaient démi-taur et aUaient repreQd]r& leur rang. Un de ces régiments, armé de lances^ Ami

les chevaux étaient plus ardents ou plus fougueux, arriva à fond de train et ne fit son demitour que beaucoup plus près de Tempereur, lequel, voyant les lances venir sur sa poitrine, eut peur, pâlit, et, d'une voix formidable, cria :

— Demi-tour à gauche! au trot! en Sibérie!

marche l

Cet ordre fut exécuté, dit-on.

Ce qui appartient à Caligula, c'est son attention dans les spectacles, c'est qu'il obligea des Romains de prendre part aux courses de chars, et que l'arène, en place de sable, fut parsemée de vermillon et de poussière d'or. C'était beau, mais il fallait être content. Il fit sortir des jeux un spectateur qui avait blâmé un de ces spectacles. Cet empereur mourut jeune ; sans cela, il aurait encore donné bien des amusements aux Romains l II s'était arrangé pour ne pas manquier d'argent, et avait une chambre pleine d'or monnayé, sur lequel il aimait à piétiner et à se rouler pour bien sentir l'or.

Son oncle, César Claude, lui succéda ; lors de son élection^ il promit à chaque soldat un millier.

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d'écus. Il est, dit Suétone, le premier des Césars qui ait acheté, à prix d'argent, la fidélité des légions.

César Claude donna les premiers combats de taureaux. Il avait fait venir des cavaliers thessaliens qui poursuivaient dans le cirque des taureaux sauvages, leur sautaient sur le dos, et les terrassaient en les saisissant par les cornes,

Pline dit : « J'ai vu un hippocentaure que César Claude faisait venir d'Egypte pour le cirque de Rome; mais il mourut en route et on rapporta mort conservé dans du miel. » C'était alors la manière d'empailler.

Parlerai-je des magnificences de César Néron? Voilà encore un règne sous lequel on s'amusa à Rome! Il obligea à combattre dans le cirque quarante sénateurs et soixante chevaliers.

Me fera-t-on voir à Paris quelque chose de semblable , mon cher ami ? Alors, ça vaudrait la peine de se déranger. Lui-mômé, Néron, joua la comédie et chanta eh public; ce que nous n'avons jamais vu en France que sous Louis XIV, qui dansait, mais chichement et seu-

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leihent devant sa cour. Il me semble voir Tempe* reur actuel chanter en public ; mais qu'est-ce que cela? Il me semble que César Néron, chanteur public, laisse loin derrière lui mademoiselle Thérésa ; quand il voyageait, il était suivi de

millô Voitures ) et les chevaux étaient fei^réa

d'argent.

Encore un grand luxe : il se fit éclairer un Soir en mettant le feu à un homme vivant enduit de résine i

Mais ce serait trop long. Cherchons sans ordro ce qu'il y eut de nouveau dans les spectacles de la « Ville ».

Oalba, préteur^ montra des éléphants qui dansaient sur la corde.

Gordien fit paraître, dans un seul jour^ mille burs et detlx cents autruches teintes en pourpre.

Héliogabale monta sur une tour et jeta, tout un jour, au peuple, des vases d'or et d'argent et dès pièces de monnaie.

Compare2»moi oola à vos distributions do wr« iirelas !

Il mangeait habituellement des talons de cha-

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meau, des langues de rossignol et des cervelles de paon, et il avalait des perles.

Comparez cela aux menus que publie le jour« nal la Liberté!

Aurélien exhiba sur un char Zénobie, la reine de Palmyre.

Septime Sévère imagina des combats de femmes dans le cirque.

L'empereur Probus fît arracher et planter dans le cirque une forôt entière dans laquelle on lâcha mille autruches, mille cerfs, mille «angliers, mille daims, mille chameaux puis en* suite on y lâcha le peuple, qui tua et emporta tout ce qu'il voulut.

Votre tir aux pigeons — sur lequel s'extasient les journaux de sport — me paraît, à côté de cela, quelque chose de mesquin.

Anlonin le Pieux montra au peuple, dit Pline, des leocroeotes] on n'en avait jamafg vu, non plus que des strepsicerotes^ qui parurent avec des crocodiles; ces derniers furent jugés un peu communs. Mais les leocroeotes et les strepsicerotes firent beaucoup de plaisir. Bn avez- vous?

Carinusv fît voir un neurobate, un tichobate et un ours se battant sur la crcte d'un mur; cent camptaules, cent piihaules, cent salpistes^ dit Flavius Vopiscus.

Où voit-on à Paris des tichobates et des pithaules, je vous prie?

Mais le plus beau, le plus rare, ce fut Tapparition d'un cyclope, que quelques personnes prenaient pour un être fabuleux.

Le poète Martial nous a laissé, en vers souvent jolis, la description de divers spectacles sous Domitien, cela nous est arrivé comme l'hippocentsLure de Claude conservé dans du miel.

« Des femmes combattaient avec des animaux, et une d'elles tua un lion. »

« Un éléphant vint s'agenouiller devant César Domitien et l'adorer. »

Quel est celui- qui amena dans le cirque un autre éléphant qui écrivait l'éloge d'un César quelconque?... Malgré tous nos prétendus progrès, nous n'en sommes pas là ; tout le monde écrit, c'est vrai, mais excepté les éléphants.

Un condamné, appelé Laureolus, donna en

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