‹ La promenade des AnglaisChapitre 12 sur 22 · NON, JS N IRAI PAS A PARIS · texte numérisé non relu

NON, JS N IRAI PAS A PARIS

ne pouvaient guère aimer et estimer que les chevaux.

Domititîn, comme Néron, avait adopté la faction verte; aussi Martial adule les cochers verts et insulte un peu les autres : « On lira mes vers, dit-il, quand on sera fatigué des gageures et des récits sur Scorpus, le cocher^ et /ncifaiws^ le cheval » (Uvre XI).

Mais Scorpus meurt, et Martial peint 4 Rom^ en deuil de ses trop courtes délices «j et il revient trois fois sur une si grande calamité.

Scorpus Qt Incitsitus appartenaient à la faction verte que protégeait Domitien.

Le divin Domitien!

Mais ce n'est pas assez de louer la prasine^ il faut lui sacrifier la venète et la russata.

Je cite :

<c Le fouet {flagellum),

» Proficiés nihil hoc^ etc.

» Vous avez beau cingler votre ohevàl de ce fouet jusqu'à entamer son cuir^ ce sera en vain s'il appartient à la faction rougcé

» Vespulât assiduo venetii etc.

» Cet attelage de la faction bleue a beau être fouetté, il nen ira pas plus vite pour cela, a

En vérité !

Je vous trouve, ô Parisiens ! un peu froids à regard defJ chevaux, et vos gageures me feraient croire que ce que vous aimez, c'est l'argent.

Où est rintérôt? où est la passion? Je sais bien qu'il y a peu do temps, à la suite de quelques gros mots, on a échangé des coups de poing dans Fenceinte du pesage.

Maïs la querelle était relative au prix gagné, et encore à l'argent.

D'ailleurs, qu'est-ce que cela en comparaison d'une discussion qui eut lieu sous l'empereur Justinien entre les bleus et les verts ?

Justinien s'étant déclaré pour les bleusy les verts se déclarèrent contre Justinien.

Presque tous les césars et empereurs avaient appai*tenu à la faction verte; c'est à cela que les verts reconnaissaient les vrais empereurs et les césars de bon aloî ; c'est en plein cirque qu'ils déclarèrent empereur le prince Hippatius;

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et ils assiégèrent Justinien dans son palais^ avec Fintention hautement avouée de l'étrangler et de le remplacer par leur empereur de cirque; mais Bélisaire délivra Justinien avec l'aide des bleus, et ce fut Hippatius qui fut mis à mort.

Quarante mille personnes — bleus et verts — périrent à cette occasion; plus tard, Bélisaire fut exilé. Quelques historiens disent qu'il n'est pas certain que l'empereur lui ait fait crever les yeux.

A la bonne heure, voilà du sérieux! voilà ce que j'appelle s'intéresser aux courses et à a Famélioration de la race chevaline »!

Mais, je le répète, ô Parisiens! je n'écris pas ces choses pour vous humilier et vous décourager.

. Au contraire, mon intention est de vous piquer, de vous exciter, de vous enthousiasmer.

Vous n'ôtes pas au but, mais vous êtes en bon chemin; marchez les yeux fixés sur ces grands exemples, et vous arriverez, j'en suis certain. Il y a un vieux proverbe qui dit : « Ce n'est pas en un jour que Rome a été bâtie et détruite. »

LÀ PROIHBNADB DPS A^fGI^A}^^

M^i$, pour moi, au point où vous m ôtes enoore, je préfère le ciel, les arbres, les fleurs, la m«r, là solitude, les livres et le silence.

Et je n'irai pas à Paris !

n«^*wr^"''^i!w»

Nous venons de traVei^seï* le mois de juin^ le mois des roses en France.

Si vous lisez nos anciens poètes et nos anciens écrivains français j vous verrez ce nom de « mois des roses » attribué à tort au mois de mai.

Cela vient de ce qu'ils ne connaissaient pas la nature et la campagne, n'étudiaient la première, ne fréquentaient la seconde que dans les églogues et les bucoliques des Grecs et des Latins pour lesquels, en effet, mai est le mois des roses.

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Ils allaient aussi quelquefois, mais quand Tâge et la faveur du roi leur avaieiit fait une position, à Marly et à Versailles ; là où les ormes et les charmes étaient taillés en colonnades, en galeries, en péristyles, et condamnés à la rigidité de la pierre; là où les ifs prenaient la forme de colonnes, de vasos et de cigognes; là où tout avait une perruque ; l'if, le plus complaisant, le plus servile, le plus courtisan des arbres, et dont le nom a été justement donné aux supports des lampions pour les fôtes et les manifestations officielles de l'amour des peuples pour leur gouvernement. .

Jean-Jàcques Rousseau — le premier qui vivait à la campagne, la comprenait et l'aimait, — a peint les fleurs d'après nature. Ses prédécesseurs et ses contemporains mômes copiaient et traduisaient les anciens.

Après lui, son disciple. Bernardin de Saint- Pierre, a fait du vrai, du ravissant paysage.

Lisez les portes et les écrivains classiques :' ils ne connaissent que la rose^ le lys et Vàeillet.

Madame de Sévigné et Voiture portent de la

jonquille parce que le roi Taimait, et que, dans une fôte, on en avait mis pour mille écus dans ses appartements.

A Paris et dans presque toute la France, les , roses ne fleurissent qu'en juin,.et la Provence, le pays des trouvères, du roi René et de Clémence Isaurè, les voit épanouies comme les Grecs et les Italiens pendatit le mois de mai.

Mais, pendant longtemps, l'esprit moderne resta enveloppé dans les langes de l'aima maier, l'antiquité.

Tout ce qui n'était pas dans Aristote était faux; tout ce qui était dans Aristote était vrai; il existe des édicts des rois de France menaçant des peines les plus sévères les écrivains « assez hardys » pour contredire Aristote.

Le savant dominieâin Campanello, qui attribuait une âme aux plantes (De sensu rerum)^ se trouvait ainsi en contradiction avec Aristote. Aussi, un médecin de la Faculté de Paris, appelé Du Val, le traite comme il le mérite dans sa Phytologie générale,

a Je ne sais, dit^l, quel nouveau philoso-

phâtre, impudent calomniateur du grand Aristote, — frère Thomas Clochette, dit Campanello, dominicain, — ce vil et méprisable Marsyas, ce pygmée^ 00 Dave^ ce phadton, 6e hibou, cette ohauve-*souris, ce Zoile, ce jaseur impertinent qui s'élève contre le très-sage Aristote, o'est-àdire contre F Apollon, l'Œdipe, le soleil, le prince . souverain de la philosophie {PhytoL génér,^ question cxr, page 75). »

Plus tard, le môme Aristote ne fut pas attaqué avec moins, de fureur : quelques-uns do ses ouvrages furent enchaînés dans les bibliothèques.

Robert Fludd lui reprochait d'être en. contradiction avec la Genèse, et prétendait que Dieu haïssait tellement Aristote, qu'il ne laissait échapper aucune occasion de frapper ses sectateurs.

« Vous allez Voir^ dit-il, combien Dieu punit sévèrement ceux qui s'attachent à la doctrine de ce païen.

» Une paysanne irlandaise avait entendu dire à quelques péripatéticiens que le tonnerre, les

éelairs, la foudre^ n'étaient que des exhalaisons enflammées. Un jour qu'elle répétait ces impiétés, 6lle fut frappée du tonnerre et mourut. Ainsi périt Oétte malheureuse pour avoir blasphémé comme Aristote. Voilà comme Dieu a en horretir la philosophie d' Aristote. »

Revenons à la rose.

Il y a une raison bien naturelle pour laquelle certaines plantes qui empruntent à la terre les naêmes sucs ou éléments souffrent naturellement d'être rapprochées; c'est ce qui explique que parfois une plante isolée, semée par hasard dans un jardin loin de ses semblables, prend des propor* tiens que n'atteignent pas ses congénères culti* vées en carrés; cette remarque pourrait peutêtre ôtre prise en plus sérieuse considération qu'on ne le fait dans l'agriculture et rhortioulturc.

Il y a une autre raison aussi simple pour la« quelle — telle ou telle plante aimant la terre forte ou sablonneuse, argileuse ou siliceuse, sèche ou humide, — le sol, par cela qu'il est favorable à Tune, peut être mortel à l'autre; précisément parce que l'une y vit, l'autre y meurt. On a

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voulu voir, dans ces deux cas, des sentiments, des sympathies, des antipathies ; puis^ une fois la théorie admise, on en a tiré toutes les induetions et toutes les déductions que Timagination a pu fournir sans contrôle.

Ainsi le père Kirschen, jésuite (1660), savant très-célèbre, donne comme prouvé qu'il existe une profonde sympathie entre la rose et l'ail, et que ces deux plantes vivant dans le voisinage l'une de l'autre deviennent plus vigoureuses et plus odoriférantes.

« Tandis qu'il y a une furieuse antipathie entre le<5hou et le cyclomer, entre le roseau et la fougère; leurs combats, dit-il, sont tellement cruels qu'il faut qu'un des deux périsse. »

Le philosophe Bacon, chancelier d'Angleterre, a le premier donné l'explication naturelle de ce phénomène attribué si longtemps au caractère, aux inclinations, à la sympathie et à l'antipathie des plantes.

Plusieurs auteurs ont signalé une rose bleu de ciel, très-commune, disent-ils, en Italie, où ils l'ont vue.

Elle est aujourd'hui parfaitement inconnue et tout porte à croire qu'elle n'a jamais existé.

Voyons quels ont été les rapports de Voltaire avec la rose.

Il est devenu à la mode, dans une certaine secte littéraire de ce temps-ci, do dénigrer Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, et toute cette grande famille du xviii® siècle.

Ce qu'on appelle oixiinairemeht dans le monde, à l'Académie et dans les classes, le grand siècle, c'est le siècle de Liouis XIV, le siècle de Corneille, de Racine, de Molière, de Boileau, etc.

Corneille a imité les Latins et les Espagnols ; Racine se vante d'imiter les Grecs, mais 'ne dit pas ce qu'il doit à Sénèque ; Molière, appelé généralemei>t Vinimitablè Molière, a imité les Latins, les Grecs, les Italiens, et a pris tout ce qui lui a convenu aux Français qui l'ont précédé ; Boileau est un admirable traducteur. Ce ne sont pas des sources, ce sont des aqueducs et des

tuyaux qui nous ont amené les eaux vivifiantes de Tantiquité.

On se les représente traînant de longues robes de pourpre et chaussés du brodequin ou du cothurne ; ils ont des perruques, faites des cheveux d'Euripide, d'Eschyle, de Térenoe, d'Aristophane, de Plante, de Tacite, de Juvénal; les écrivains du XVII® siècle, au contraire, sont armés en guerre, ils ont la cuirasse, le heaume, la lance et la hache : on est tenté de dire la pléiade du XVII® siècle et la phalange du xviii*.

La pléiade a achqvé de former la langue française, la belle langue, celle que parlent aujourd'hui encore ou essayent de parler les vrais écrivains ; ajoutons môme que ses membres ont fourbi les armes, qu'ils les ont polies, dorées, etc.; mais ils portaient des épécs de cour à poignée ruisselante de pierreries, et placées en verrouil derrière le dos ; ilç ont donné de grandes fôtes à l'esprit, ils ont laissé derrière eux des monuments impérissables de style.

Mais la phalange du xviir sièole ne s'est pas eontentée d'amuser, de distrairei de charmer

rhumanité, elle a combattu les préjugés, détruit

Tesclavage, reconquis la liberté.

La pléiade était protégée des grands et des

financiers.

La phalange , souvent persécutée par les

grands, était protectrice des peuples, C'est le XVIII® siècle qui est le grand siècle

de la littérature, le siècle de Taffranchissement

et du triomphe de l'esprit humain.

Voltaire est un fils de Rabelais ; Voltaire est Gaulois; Voltaire avait de la finesse et du savôîrf aii*e ; il a su être riche, rester Tami des rois, l'ami de quelques jésuites puissants, l'ami d'un pape ; il prenait les villes par des ruses de guerre: coniftiéle sage Ulysse, il introduisait dans les abus, dans les préjugés de petits chevaux de' boîs à l'air innocent; il était gai, il était gouailleur, disons le mot, il était blagueixr ; il était souverainement Français , le Français qui paye mais qui chanté. Les autres, moins adroits, plus enthousiastes, combattaient en plaine à visage découvert, tandis que Voltaire faisait l'émôute de la rue, s'abritant d'une porte, d'une borne,

d'une cheminée, lançant des sarcasmes et faisarB.^ des grimaces à Tennemi.

C'est lui qui est le plus populaire, parce qu"^ i^ est le plus peuple.

Parmi les écrivains comme parmi les polit^-^" ques, ceux-là ont les succès les plus bruyants, le plus universels qui procèdent du peuple, leprei nent par la main, l'entraînent, ne laissent jama: un intervalle, un espace entre eux et le peuplt lui font allonger le pas, le font môme courir, mai toujours sans quitter la terre. Ceux qui s'élèvei trop haut et trop vite, les enthousiastes, les poëteî se laissent perdre de vue dans les nuées, ou, di moins, ne sont pas suivis.

Il en est de môme des usurpateurs qui ont iO}M^ jours su flatter les passions et les préjugés populaires, parce qu'ils les partagent à un certaii degré, parce qu'ils savent s'habiller en rou{ et jouer du trombone, aiment, comme le peuple ; le trombone et le rouge. Mais, grâce au ciel, 1^ peuple se corrige tout doucement de ce goût.

Le père de Voltaire était trésorier de la Chambre des comptés. M. Arouet crut son fils perdu

quand il apprit qu'il faisait des vers. Il l'envoya auprès du marquis de Châteauneuf, ambassadeur de France en Hollande, et père de l'abbé de Châteauneuf, parrain du jeune Arouet. ^

Madame Dunoyer, Fauteur de la Quintessence^ s'était alors réfugiée à la Haye avec ses deux filles. Arouet devint amoureux d'une des deux filles, Catherine-Olympe.

La mère se plaignit à M. dé Châteauneuf, qui renvoya Arouet en France ; puis, pour ne rien perdre, elle fit imprimer quatorze lettres du jeune homme à sa fille. Cela faisait quatorze pages pour quatre pubhcations.

Voici quelques phrases de ces lettres :

. « Que le porteur de cette lettre soit le cordonnier, qu'il vienne ici une forme à la main, ' comme pour accommoder mes souliers. »

2* lettre. « Je suis ici prisonnier par ordre du roi; mais on est maître de m'ôter la vie et non l'amour.»

« .M.. Croyez que l'apprôt des plus grands supplices ne m'empêchera pas de vous servir. »'

3" lettre. « Quitte le lit de ta mère en prétextant quelque besoin. »

4« lettre. Il lui envoie des habillements d^homme.

5* lettre. « Je ne sais si je dois vous appeler monsieur ou mademoiselle, si vous êtes adorable en cornette ; ma foi, vous êtes un aimable cavalier! »

6' lettre. « Vous écrirez à M. Arouet, le cadet, à Paris, chez M. Arouet, ttésorier de la Chambre des comptes. »

10® lettre, au fond d'un yacht, de Rotterdam à Anvers.

« Nous avons un beau temps, un bon vent, et par-dessus cela de bon vin, de bons pâtés, de bons jambons. »

1 je lettre. « Écrivez-moi à Paris, sous Padresse de M. de Tilly, rue Maubuée, à la Rose rouge. »

13* lettre. « Mon père voulait m'envoyor aux Iles; je me suis mis chez un procureur, afin d'Apprendre lo métier de robin auquel mqn père m0 destine. * Etc., etc.

Oeô lettres n'aufaîent pas fait pressentir Fauteur de Zaïre. Cela vient de co que Voliaire n'était pas tendre naturellement. — Suopte ingenio.

Plus tard, quand son talent fut formé, il sut décrire quelquefois l'amour comme il eût décrit lo soleil ou la lune. Du reste, entre son premier amour, dont l'expression est si peu entraînante, et son dernier pour une femme bas bleu, la marquise du Châtelet, on ne voit pas qu'il ait été amoureux, car sa passion poétique pour la sœur de Frédéric ne fut qu'un prétexte à faire quelques jolis vers.

Ce n'est pas, d'ailleurs,. lorsqu'on est le plus amoureux que l'on parle le mieux de l'amour, et eette femme s'y connaissait qui répondait à une lettre : « Il faut que vous n'ayez guère d'amour ' pour en parler si bien, i*

Voltaire écrivait à Frédéric, en parlant de la marquise du Châtelet : « C'est un grand homme ^i porte des cornettes, mais doht le cœur est âudsl mftle que le vôtre. »

Ou }• me trompé fort, ou ces épithétes masota-

liries ne témoignent guère d'amour. Autant qui m'en souvient, du temps où j'osais .encore aimer ouvertement les femmes, je n'ai jamais pour mon compte pu souffrir les habits masculins ni les allures viriles, ni les femmes honnêtes hommes, ni les filles bons garçons.

Revenons à l'auberge de Ja Ro^e rouge. Voltaire reçut quelques lettres d'Olympe, pluis il l'oublia. Tout porte à croire qu'elle imita ou donna l'exemple. Vingt ans plus tard, il la rencontra mariée à Paris, et profita de l'Dccasion qi>i se présenta de lui rendre un service.

Ce nom fréquent donné aux hôtelleries, d'auberge de ia JRose, n'est pas une idée printanière et poétique; elle vient évidemment d'une ancienne locution : sous la rose, sub rosa, signifiant qu'on peut causer en sûreté et sans crainte.

La rose était, chez les anciens, le symbole du silence et de la discrétion. L'Amour avait donné une rose à Harpocrate pour le remercier. Parfois, on donnait une rose à chaque convive entrant dans la salle du festin ; au plafonli, au-dessus de la table était sculptée une rose ; de là l'expression

parler sous la rose. « Cela soit dit sous la rose. »

Je hais le convive qui a de la mémoire, dit Plutarque.

Il était d'usage de verser à terre le vin qjii restait dans les coupes ; rien ne devait rester du festin de la veille.

Dans tous les pays, on tfouve des auberges de la Rose ; en Allemagne et en Angleterre, renseigne de ces hôtelleries a gardé la forme antique: Unter den rosen^ Under the rose (sous la rose).

On montre encore, dans je ne sais plus quelle ville du Poitou , une grosse pierre d'un noir verdâtre; c'est le montoir qui existait, selon l'usage,* devant l'auberge de ta Rose] ce fut de ce bloc môme que Jeanne Darc, .en 1428, s'élança sur son palefroi pour commencer à se môler à cette série de hauts faits qui sauva la nationalité de la France, et conduisit à Reims et à Paris celui qu'on n'appelait plus que le roi de Bourges ; c'est à l'auberge de la Rose, que Calvin fit arrêter Servet pour le brûler, selon la sottise de toute religion dominante, qui pense que c'est à son tour de faire des martyrs.

Qtioîqiiô Voltâîrô ait passé là plili^ grande partie dé sa vie à la campagne, quoique, comme Frédéric II, il parle souvent de son jardin, du Êfôiihetlr et de la sagesse de ne faire que culti- Vôr son jardin, etc., il n'était pas très-sensiblô aux beautés de la nature, et n'en connaissait aucun détail; s'il en parle, c'est littérairement. « Jô ne veux que cultiver mon jardin et plaAter

des laitues. » C'est traduit du latin et de l'empereur Dîoclétien.

De môme quand il parle de la rose, c'est à un point de vue ou mythologique ou général ; il ne connaît qu'une rose , la rose : rosa , la* rasê , du rudiment; il sait pourtant qu'il y en a une rouge et une blanche, mais dans l'histoire d'Angleterre : York etLancastre. « Deux roses, diWl, dont les peuples ont senti les épines. » Et ailleurs : « Deux roses qui ont assez occupé l'Angleterre pour sauver la France. »

« J'étais dans un bosquet lorsque j'ai reçu votre paquet, écrit-il à son ami Thirion (9 juin 1760), et j'espère que je ne sentirai pas leis épines de cette disputé. » i

D'aiiâ le roman de Zàdig^ le perroquet du roi s'abat sur un buisson de rosés ; Voltaire n'en signale môme nulle part le parfum ; toujours Tôtttlthèse littéraire de la rose et des épines.

Il écrit de Potsdam à sa niècô, madame Denis : a Jusqu'ici, il n'y a pas d'épines â mes roses. »

Et il dit à Frédéric, en Cueillant une rose dans son jardin :

Phénix des beanx esprits, modèle des guerriers, Cette rose naquit au pied de vos lauriers.

Oe qui ne veut absolument rien dire.

Il n'était pas payé, du reste, pour se rappeler aveu plaisir Todeur de la rose; il s'était presque empoisonné avec de Teau de rose, ou plutôt il eut peur de s'être empoisonné, car Tessenoe de rose peut, à la rigueur, asphyxier; mais je doute fort qu'elle ait aucun venin.

Lady Morgan raconte que Voltaire se soumet* tait à la tyrannie de sa bonne dans le moment où il exerçait une monarchie presque absolue sur les esprits de l'Europe.

C'était une Savoyarde nommée Barbara ; on l'appelait familièrement Baba dans la maison, sans qu'elle s'en fâchât, si ce n!est dans ses . mauvais moments : car elle était vieille, arrogante et acariâtre; mais, dévouée à son maître, elle veillait avec une sollicitude maternelle sur les infirmités que l'âge avait amenées à sa suite, et dont elle avait le bonheur d'être exempte.

Pendant que madame de Villette résidait à Ferney, un jour qu'elle était occupée à faire sa toilette, elle fut effrayée d'entendre le bruit violent •et prolongé de la sonnette de Voltaire ; elle courut à son appartement, où Barbara était déjà arrivée toute haletante : « Je sonne mon agonie, s'écria Voltaire; je me meurs. » Et il expliqua qu'il avait bu par mégarde un verre d'eau de rose, *et qu'il était empoisonné. « Comment! s'écria Barbara qui, sachant que l'eau de rose n'empoisonne pas, reprit sa mauvaise humeur en le rassurant ; mais il faut être la bote des botes pour faire une sottise pareille! »

Aucun poëtedeson vivant n'a joui ae sa gloire autant que Voltaire, si j'en excepte Giuseppe

Babray, de Nice, dont je parlerai plus tard.

A la première représentation de Mérope, le parterre, agité d'un enthousiasme frénétique , voulut absolument que Tautèur, caché dans un coin du théâtre, vînt recevoir en personne ses applaudissements. Il parut dans la logb de la maréchale de Villars. Dans cette loge se trouvait une charmante femme, la jeune duchesse de Villars; l'enthousiasme n'était pas prémédité, on n'avait pas de fleurs et de bouquets à jeter au poote; on avisa la duchesse, et le parterre exigea impérieusement qu'elle embrassât Voltaire. Ce qu'elle fît au milieu d'un tonnerre d'applaudissements.

Et, à la représentation d'Irène, on le fît assister à son apothéose. Son buste fut couronné sur la scène. La foule respectueuse l'entourait, mais ne le pressait pas. On le reconduisît jusquQ chez lui, chacun se faisant gloire de lui avoir offert l'appui de son bras ou de son épaule pour descendre l'escalier de la Comédie , ou au moins d'avoir touché ses vêtements.

274 LA PROMENAPE DBS ANGLAIS

Voltaire, ému, attendri, suffoqué, s'écria : On m'étouffe sous des roses !

Combien peu de grands po&tes, de grands écrivains ont , comme Voltaire , pu jouir de leur gloire!... On ne consent, en général, à leur rendre justice qu'après leur mort, c'est-à-dire lorsque ça ne peut plus leur faire de plaisir et lorsque ça sert à faire du chagrin aux autres, en dépréciant les vivants au bénéfice des morts.

Pendant leur vie, on les abreuve d'amertume^ de calomnies, d'injustices; on réserve, pour le moment où ils ne pourront, plus les entendrCj les louanges méritées ; on leur sait gré surtout d'ôtre" morts et de ne plus occuper dans la vie de place enviée. Les rois, au contraire, loués, flagornés pendant leur vie, n'assistent pas à la justice sévère qui ne leur est rendue qu'après leur mort.

J'ai vu à Nice un poëte, Giuseppe Babray, qui, Heul peut-être avec Voltaire, a complètement joui de sa gloire. Il savait assez d'italien et de français l>our avoir fait de ces deux langues, par Un mé^ lange involontaire, deux patois qu'il ajoutait à

*-ê ^ M- «.V^-TK''^

son i^fttois naturel niçois. Il écrivait tour à tour dans <îesi trois idiomes, qu'il n'avait pas toujours le soin de séparer suffisamment.

Nioe n'était pas, il y a quinze ans, ce qu'elle est aujourd'hui; elle présentait ppu de distraotions à ses habitants. Une société de cinq ou six miOmbres s'était créée pour tirer.de la vanité de Giuseppe Babray toute la gaieté qu'elle pouvait produire.

Cette société ne reculait devant aucune dif fi* culte, Babray recevait des lettreç^ des titres, des décorations de trois ou quatre pays différents; les lettres et les cadeaux lui arrivaient sous le plj des consuls et les Cachets des consulats. De temps en temps, un étranger, nouvel affilié secret à la société, arrivait du fond de l' Amérique ou du KamtcJiatka, voyait Babray, et repartait le apir môme. On fit représenter une tragédie^ dont il était l'auteur, sur le théâtre royal, Pierre lé

Qrsmdi ^^ l^ W^^* ^^ ^^^ fi^* A chaque soènej un affilié, se levant du parterre ou d'une loge^ flema'nd^t la parole pour lire un sonnet ou une ode à la louange de l'auteur^

Et Fauteur était clans la salle, et il saluait*

Il est mort se croyant l'objet de l'admiration du monde civilisé, entretenant une correspondance active avec les principaux habitants de l'Europe, qui n'en ont jamais rien su; et je lis sur la première page d'un de ses livres, en fape de son portrait couronné de lauriers, et tenant une lyre à la main, les titres qu'iL portait avec sérénité :

a Dora Giuseppe Babi;ay, esquir^^ etc. »

Suit une longue liste d'académies dont il a cru toute sa vie faire partie, les unes réellement existantes, les autres inventées par les sociétaires. . .

Et jusqu'à la fin personne ne l'a désabusé, personne ne l'a réveillé de son rcve.

Quittons Voltaire, mais suivons la rose.

Charles P', roi d'Angleterre, monte sur l'échafaud, condamné pour crime de haute trahison

contre la nation, le 30 janvier 1648. Un Anglais, lord Chesterfield, dit à ce Sujet : « Cet acte fut fort blâmé; si cependant il n'avait pas eu lieu, il ne nous resterait plus de libertés, »

On raconte qu'il portait au moment de sa mort la jarretière que les membres dé l'ordre ne doivent, dit-on, jamais quitter; la sienne était couverte de quatre cents diamants.

Une jeune fîUe se glissa dans la foule, et put donner au malheureux roi une rose qu'il respira plusieurs fois avant de mourir.

Une autre personne royale dont la fin ne fut pas moins lamentable est Marie-Antoinette.

Sans son supplice, et surtout sans les jours de misère qui ont précédé ce supplice, l'histoire la traiterait plus sévèrement; tandis que, purifiée par le malheur, elle est restée une figure intéressante.

Un des grands chagrins de sa vie a été l'histoire du collier.

Un joaillier avait présenté à la reine un collier de diamants de 1,600,000 francs, et elle l'avait refusé, le trouvant trop cher.

Une comtesse de Lamotte (Jeanne de Valois), descendant de la famille royale des Valois par un fils naturel de Henri II, persuada au cardinal de Rohan que la reine accepterait de lui ce

collier. Lé Gardirlal acheta le cdliër, qti'il ne paya pas, le remit a là domtéssë, qui se chargeait de. le donner à la reine, et lui prdcUra, la litiit, dans un bosquet, ûrië ënt^evue avec une flUè qui s'était fait ùné profession de sa ressemblaiice avec Màriô-Antoinette. L'affaire fut connue p^t les réclamations du joaillier. Le roi fît liiëttrd en jugement là comtesse dé Làmotté et lé dardi^ nal. La conitësse fut doridàmiïéë à ôtrë f oUettêë et marquée, et mise à la Sàlpêtrière, d'où elle s'évada et se réfugia en Angleterre. Le cardinal fut acquitté. — C'est rëxplicatiôîi la pïtis jjrofbable et la plus acceptée de Cette fameuse affaire du collier^ sur laquelle il ôôt totijoili^s resté quelque obscurité, et qui à été racontée let surtout commentée en beaucoup dé façons différentes.

Marie-Ântoînette, qui se résigna a là moTt et mourut noblement, ne se résigna pà^ â l'outrectiidancé du cardinal, qui àVait cru pouvoir acheter la reine.

Ëlië écrivait â sa soëtîrj rarchîdiichesîSë Màrid- Christine :

hX R..OSE 27P

« Je n'ai pas besoin de toii^ dire, ma chère sœur, quelle est mon }niiign3.1t|pn 4u jUg^fP^Ot que ]e garlem^î^t viei^t (ieppononcer,.? C'j3stune insulte affreuse, et je suis noyée d^^s jiep îiirnief 4e 4^6esppir. Qi^pi ! un nomj:p§ qiii a pu avoir l'audace dp se. prêfpp èb ppttj^ ^ptlje et inf^n^e scène du bosquet; qui a supposé qu^l ayait eu un fpndeïs-yous ^e ]^ rpine de Fr^cp, de la terif^Vf^e 4p son rpi ; qup la ppjnp ^v^-jt rpçu de lui une rose,, et avait souffert qu'il se jetât ^ sps pieds !... être sacrifiée ^ un prptrp parjupe, intrigarit, in^pudjque, quPU^ douleur ! >^

ïl y a bien dp la feiume et ^c la rpiue dans ces plaintes ; elle ne parle môme pjis (i^ rargpnt 0t du pallier; ce qm lui fait hprrpur? c'pst ce qui rp^semblera-it à de l'ampur. Un rpndp^r vous I gp jeter p. ses pieds ! lui o^yiv une ppse !

Le poète allemand Ichland a célébré la puisr sauce de la poésip dans une pipcp d© vprs appelée la Malédietion du bafde :

ce Ces hauteurs autrefois étaient dominpe$ par un château entouré de maguiflqueg jardins.

Dpux bardes, Tun jeune, l'autre vieux, deman-

dent à entrer et à' chanter devant le roi et la reine. Les courtisans sourient en raillant.

» Le vieux préludé sur sa harpe, le jeune homme chatite.

» Il chante l'âge d'or, le printemps, la femme, la beauté. Les courtisans sourient encore, mais la reine devient rêveuse.

)> Il chante la vertu, l'indépendance, la paix, la dignité de l'homme. Les courtisans cessent de rire.

» Et le roi pâlit de colère.

» La reine prend une rose à sa ceinture et la jette au jeune barde; le roi, furieux, tire son épée et le tue.

» Le vieillard l'enveloppe dans son manteau, l'emporte, et, s'arrôtant devant le château, sur la plate-forme, reprend sa harpe et chante des malédictions.

» Aujourd'hui, les jardins ont fait place aux ronces et aux bruyères; la reine dort sous un églantier, le roi est mort prisonnier. »

Et Jean-Paul Richter :

« Â l'aspect lointain du monde, les âmes qui

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n'avaient pas. encore été renfermées dans des corps se cachaient, tremblant d'être appelées, et, les âmes délivrées, ces corps remontaient au ciel avec le parfum des roses et s'embrassaient, joyeuses d'être enfin revenues. »

Selon, partant en exil :

« O Vénus couronnée de violettes et de roses, sois propice à ma navigation ! Bénis la terre hospitalière qui accueillera l'exilé! Mais fais que je revoie encore une fois Athènes, ô Vénus couronnée de violettes et de roses !»

Il me revient une anecdote sur l'histoire de la rose unique blanche ; cette anecdote a été contée par le célèbre Redouté.

En 177., passait à cheval dans la province de Suffolk, près de Neadham, un M. Grimwood, riche Anglais, qui s'arrêta subitement devant une maison. •

Cette maison était de médiocre apparence; rien dan^ son architecture ni dans ses dimensions^ n'expUquait l'attention du voyageur; mais

peut-être a-t-il f^im et va-t^il ^het§r un pain. Pn lit, en effet, sur la porte : RiQhVfiond^ bQulanger.

Mais non, Taspect de M. GrrimwQod explique suffisamment qu'il n'est pas un liomm^ à ^e mettre en route sans q.voir pris toutes ses précautions, et, d'ailleurs, ^i M. Grrii^wood avait faim, il attendrait le moment de faire à sop aise un repas correct et sérieux.

Non, ce qui a fait arrêter le poney de M. Grjpv wood avec une saccadé de bride à laquelle il n'est pas accoutumé, c'est que M. Grimwood, dans le petit jardinet du boulanger, a vu^ une rose qui lui est inconnue, et cQnséquejmnent manque à sa collection. Il entra, de^nanda la permission de la regarder de près.

dette rose réunit toutes les qualités : le feuil-

lage est gaufré d'un beau vert dans les feuilles

adultes, teinté de roûge et d'orange dans les

feuilles vieillies. Le bouton est d'un rose vif ; la

rose épanouie est d'un blanc pur ; ses pétales

sont d^une étoffe fine et transparente à un degré

qu'on ne trouve dans aucune autrfi rose.

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M, Grimwood demande avec instance; au prix qu'on voudra y mettre, une greffe de la rose. Le boulanger ne sait pas ce que c'est qu'une greffe; il n'a jamais remarqué que cette rose fût différente des autres; elle a été plantée là par un ouvrier charpentier, qui l'avait prise dans le jardin d'un Hollandais, chez lequel il travaillait; il arrache le rosier et le donne au riche gentleman, dont il connaît le nom et la fortune. Un mois après, le . boulanger Richmond recevait une magnifique tasse d'argent sur laquelle était gravée la figure de la rose.

La personne qui avait raconté le fait à Redouté avait vu la tasse d'argent chez le fils du boulanger.

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