LES ENFANTS AUX TUILERIES
Les mères modernes ont fort abusé du mot de la mère dés Gracques, qui dit en montrant ses enfants : « Voilà mes b^oux et mes ornements. »
En effet, beaucoup de jeunes mères se servent de leurs enfants de façon que ces pauvres petits ôtres leur aillent bien à elles-mêmes et rehaussent leurs avantages, sans s^inquiéter, du reste, de leur santé qu^elles compromettent, de leur esprit qu^elles poussent, et de leur vanité qu^elles excitent.
Le prétexte que Ton prend pour envoyer ou conduire aux Tuileries tant de petites filles, qui
y sautent à la corde et y jouent au cerceau, costumées les unes en Suissesses, les autres en Andalouses, est de leur faire prendre tin exercice utile à leur santé et favorable au développement de leurs forces.
Mais la véritable raison est de se montrer mère d'enfants richement ou du moins élégamment habillés.
S'il en était autrement, on ne mettrait pas de corset à des petites filles de six ans, on no les chausserait pas avec des souliers trop étroits.
On ne leur mettrait pas de belles robes qu'il ne faut pas chiffonner.
Regardez un peu toutes ces enfants : il n'y en a pas une qui saute pour sauter ; toutes regardent en dessous si on les voit, si le cercle qui les entoure est suffisamment nombreux ; quelques* unes ne commencent à montrer leurs talents que lorsqu'elles voient du beau monde dans l'assistance.
Et comme elles recueillent d'une oreille avide les compliments et les éloges qu'on fait de leur figure ou de leur toilette à la mère ou à la bonne!