BRILLAT-SAVARIN KT LA. GOURMANDISE
Il est une chose dont on ne se défie pas assez , c'est la grosse morale, la morale des livres et des . prédicateurs ; cette morale qui met la vertu si haut, qu'on se console facilement de n'y point atteindre, et en disant d'elle ce qu'un philosophe ancien disait du vice :
Non licet omnibus adiré Corinthum, Aussi la plupart se contentent d'une imitation de cette vertu trop ardue, et cette morale rébarbative ne produit le plus souvent que des hypocrites.
Un homme qui vendrait 4esjcasques, des cui-
passes et des épées à la taille des héros.d'Homère, casques à peine remplis par une citrouille ; cuirasses dont on ne toucherait pas les bords et qui seraient comme de petites chambres; épées qu'on ne pourrait soulever, — vendrait sans aucun doute fort peu de ces armes, fussent-elles fourbies par Vulcain et ciselées sur les propres dessins de Minerve.
Le boulanger vous donnera, pour quelques pièces de cuivre ayant cours, le pain qu'il vous refusera pour des médailles d'or à l'effigie de Titus, Il ne faut commander aux hommes qu'un, labeur humain; il faut que la vraie morale admette les passions et les faiblesses ; elle doit les émonder, les diriger, mais elle ne les arrachera qu'en détruisant l'arbre.
Puisque les ruisseaux existent, il ne faut pas fermer les égouts.
Certes, je n'ignore pas qu'on réserve toute son indulgence pour les passions qu'on a, et qu'on n'en réserve pas pour les passions d'autrui ; je n'avais jamais parlé sans mépris de la gourmandise, jusqu'au moment où j'ai lu la Physio^