LE BONHEUR D'ÊTRE ACTRICE
beauté : tout eote donne du «oud, ^>Wig6 ^ des (xmrses, à des démarches.
Maintenant, en fait d^ souci I — Je ne vous ai pas parlé des chagrins de vanité, des ppéférenees accordées par un auteur, par un directeur, par un journaliste, par le public ; d'une cabale à déjouer, d'une cabale à monter ; d'un amant ou d'un rple enlevé; d'un rôle ou d'un amant à enlever. Si vous réussissez, tous vos camarades vous haïssent, et ce qu'a (îetto haine de particulier, c'est qu'elle anime les hommes contre les femmes, et les femmes contre les hommes ; car ils sont là sur le môme terrain, c'est la môme palme qu'ils se disputent, qu'ils s'envient, qu'ils
s'arrachent.
Je ne vous dis rien des émotions mortelles d'une première représentation, si véhémentes, si poignantes, qu'après vingt ans passés sur les planches, une actrice tremble encore et pâlit au moment d'entrer en scène. .
Voyons un peu ce que fait une actrice de 3es vingt-quatre heures chaque jour.
. Prenens-la ^u moment où vous cesse? de la
voir, au moment où le rideau baisse, au moment où elle sourit avec grâce à vos applaudissements. Aujourd'hui que Ton donne deux drames et un ballet par représentation, à ce moment, il est minuit. Il faut, avec l'aide d'une femme de chambre, d'abord se déshabiller, puis enlever à grand renfort de cosmétiques, le rouge et le blanc de la figure, des mains, du cou, des épaules, et puis ensuite remettre le costume de ville : le moins
qu'il faille pour cela, c'est une heure. Pour celles auxquelles l'auteur a imposé de la poudre, mettez une heure et demie; mettez le double dans le ' cas, heureusement fort rare, où l'on a été négresse ou mulâtresse, ou quarteronne ; on rentre à une heure et deriiie. Il faut se déshabiller, puis souper j car vous verrez tout à l'heure qu'elle rfa pas eu le temps de dîner; et, d'ailleurs, on ne peut en sortant de table, ni se serrer, ni chanter, ni parler; le souper et la toilette de nuit, quelques lettres à lire, les ordres à donner à la femme de chambre pour le lendemain matin : on se couche à trois heures. Mais la nuit est le seul moment où l'on puisse apprendre ses rôles, on y consacre
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doux heures ; il est cinq heures, on dort. Mais il faut se réveiller à neuf heures, car la répétition est à onze heures ; il faut déjeuner, et s'habiller, ^t laire le chemin, La répétition finit à deux heures, on a une course à faire, un bain à prendra, une réponse à écrire à une lettre. Il est cinq heures, on joue à six heures et demie. Il faut être au théâtre à six heures ; c'est juste une heure pour préparer ses costumes, voir s'il n'y manque ^*en, prendre un bouillon, aller au théâtre, s'ha- *^illcr, et se peindre. Vous voyez sur tout cela, ^vxatre heures pour dormir, point du tout pour la. promenade, pour recevoir ou rendre une visite, ^^ttoins encore pour rie rien faire et se reposer. Puis l^actrice a un amant ; le temps qu'on lui donne ^1 faut le prendre sur le sommeil ; aussi sur le ^ Sommeil il faut prendre encore du temps, car *^*^mant n'est jamais celui qui donne les 12,000 f ï*ancs destinés à combler le déficit du budget. Il ^^est pas question là-dedans de temps à donnei" ^ aucune affection de père, de mère, d'enfants. — Aussi l'actrice reconnaît son père et ne reconnaît pas'ses enfants. <^
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Queiqiiefois, ce travail s'interpompt, l'actrie©^^ est quinze jours sans jouer. C?est alors qu'dle ^ se désole, alor^ qu^elle se plaint* Le directeur Péloigne de la soène, les auteurs ne lui donnent pas de rôles.
Regardez autour de- vous, jeune fille, le eonvmissionnaire^ le porteur d^eau, le portefaix ont un état moins fatigant que celui dé Factrice^ vous êtes plus riche qu'elle, avec lei» tr^te sous par jour deM couturière. Je ne vous parle pas de sa vieillesse.
Oiantez, mais ohàntes^pour votre mère,^ chantez pour votre amant, ehantez pour vous^ chantez pe^i^CQ que vous êtes joyeuse et insouci^u;ite; mais ne chantez pas pour qu'on vous^ entende, encc»^ moins pour qu'on vous applaudisse, encore moins pour gagner de l'argent. La femme isen&Ptnée est plus heureuse et a plus de bonheur àdomier; Les talents de la femme comme sa beauté sont . destines à orner la maison ; ils appartiennent à un seul et ne doivent pas être prodigués à tous. Nous aimons la femme^ nonpas seulement parëe qu'elle est beUe, douce, spirituelle, mais aussi et
LE BONHEUR d'eTRE ACTRICE 95
surtout parce qu'elte est femme et parce qu'elle
^t à nous. La femme au théâtre devient artiste ^t cesse d'ôtre femme ; et qui oserait dire : « Elle ®st à moi, » celle qui, chaque soir, prodigue à quinze cents personnes sa beauté, . sa voix, ce qu'elle a de grâce et d'esprit? On n'aime pas sans ê^e jaloux : qui pourrait être jaloux d'une danseuse? On est jaloux de ce qu'on croit posséder seul ; mais, après le ballet dansé, qu'est-ce que
les spectateurs ont à envier à l'amant? Ils ont de
plus que lui les désirs.
Rien ne me rend envieux comme la vue d'une maison aussi bien fermée, dont les habitants vivent d'une vie close qui ne dépasse pas, même par le désir^ l'enceinte circonscrite de ses murailles.
Cette maison, pour ses hôtes, renferme le passé, l'avenir et les douces affections. Chaque meuble est un monument où sont inscrits bien des souvenirs d'enfance, des souvenirs de joies et d'autres de chagrins. Mais la ménioire est une si belle chose, que les souvenirs ont aussi leur charme : le souvenir a ses
\*i LA PROMENADE DES ANGLAIS
peines comme respérance, c'est réloignement.
Certes, c'est un grand et inappréciable bonheur
qu'une vie resserrée. On n'a pas à se diviser en
menues fractions; on se donne entier à quelques affections: et, cette large part d'affection quV)n accorde à quelques amis, on la peut attendre d'eux.
n n'appartient qu'à l'homme qui a beaucoup vécu, — je ne compte ni par les années, ni parles heures, mais par les sensations ; — il n'appartient qu'à l'homme qui a beaucoup vécu, dont les désirs, les rêves, les illusions sont tombés comme les roses sous le vent une à une, feuille à feuille, de comprendre qu'il n'a dans Tunivers que l'importance d'un brin d'herbe ou d^une goutte d'eau, soumis qu'il doit être aux décompositions et aux transformations successives de tout ce qui est. Pour l'homme qui n'est pas arrivé à ce point de philosophie, et beaucoup n'y arrivent jamais, il veut se faire centre de tout ; il croît que le ciel, la terre, les étoiles, que tout u été créé pour lui; que les autres hommes n'existent que 4>our lui. En partant de ces idées,
rhomme ne rencontre que des désappointe^ ments, plus cruels les uns que les autres.
Dans la vie close, au contraire, en bornant son univers aux parois de sa maison, il peut ctr@ centre, il est roi.
Selon moi, et c'est une opinion que personne n'est forcé de partager, les Turcs seuls compreiinent la vie; ils vivent pour eux, réservei^t les quelques années que chaque homme a à dépenser, pour le calme ou le plaisir; ils; ne voudraient pas s'émouvoir pour une pièce de théâtre ou un roman. Chaque fois qu'il ne se présente pas une jouissance réelle, ils se rejettent dans une vie négative : le tabac et l'opium les engourdissent. Ils s'absentent de la vie chaque fois qu'elle ne leur présente rien d'attrayant.
Mais hâtons-nous de parler des Turcs, de leurs mœurs et de leurs habitudes, tandis qu'il y a encore des Turcs, qu'ils ont encore leurs mœurs et leurs habitudes, du moins quelquesuns.
Mahmoud porte des gants jaunes, ses cavaliers ont des shakos de cuir, au lieu des riches
cachemires dont ils entouraient leur tcte; ils onti des étriers étroits et des selles à l'anglaise.
. . Les ichoglans portent le frac , le chiaouxbachi se fait habiller par Chindé, les azamoglans tirent leurs parfums de chez Guerlain, et le Grand Seigneur lui-môme, avant qu'il soifc
. peu, et quand nous aurons des chemins de fer, viendra, en tilbury à vapeur, dîner au café de Paris ou à la Poissonnerie anglaise.
Certes, il y a beaucoup à dire en faveur do cette fusion des nations : l'industrie et la civilisation y gagneront peut-être, mais le bonheur individuel y perdra. Tout le- pittoresque de la vie sera mort avant cent ans d'ici;, on ne fera plus que des voyages sans retards, sans incidents, sans impatience, sans surprises, et conséquemment sans plaisir et sans intérêt.
Allez donc en Turquie, dans cent ans, pour y trouver, dans les rues, des Auvergnats porteurs, d'eau et marchands de légumes; dans les. maisons, des chaises et des fauteuils. Allez voir les femmes, à visage découvert, coiffées par un élève d'un élève,de Michalbn, qui se sera étabh
à Stamboul, causant avec tout le monde, valsant avec le premier venu, serrées dans des corsets de baleine.
Dans cent ans, au Caire, dans les cafés, on verra cette inscription : OnjiQ fume pas ici. Les Turcs ne porteront plus le poignard, et il y aura des salles d'armes où l'on apprendra l'escrime comme chez Grisier. Dans cent ans, il y aura à Constantinople des romans du cœur^ comme en sait faire M. A. B., quand ses lecteurs ne dorment pas; dans cinquante ans, des parapluies; dans trente ans, des socques articulés; dans dix ans, un journal républicain; dans cinq aiis, une rue Lafayette; après-demain, des bouillons ù domicile; aujourd'hui, peut-être, un jury.
A propos du jury, et par antithèse, il me vient en la mémoire une anecdote de justice arbitraire * assez remarquable.
Sous le règne du sultan Amurath, un Turc, se Voyant sans femme et sans enfants, et voulant faire un pèlerinage à la Mecque, crut ne pouvoir mieux confier ce qu'il avait de plus précieux . qu'à un hoggia, docteur de la loi. Il lui remit
donc* entre les mains quelques joyaux dans un petit sac, le priant de les lui garder jusqu'à son retour, Ten faisant héritier s'il venait à mourir dans ce voyage. Le pèlerin revient heureusement de la Mecque; et, croyant retirer ce qu'il avait confié à Vhoggia, lui demande son dépôt : celui-ci, d'un grand sang-froid, lui repart qu'il ne sait ce qu'il veut dire, le laissant fort surpris d'une réponse qu'il n'attendait pas. Comme la chose s'était faite sans témoins, le pèlerin, dissimulant son chagrin, laisse passer quelques jours, après lesquels il présente requête au grand vizir, et lui fait savoir comment l'affaire s'est passée. Le grand vizir, voyant que cette affaire était délicate, et qu§ le docteur pouvait aisément nier une chose qui s'était passée sans témoins, dit au pèlerin qu'il prît patience pour quelque temps, et qu'il en parlerait au Grand Seigneur : ce qu'il fit. Le Grand Seigneur commanda au vizir de bien ménager l'affaire, dont il voulait savoir la vérité, d'envoyer quérir le docteur, de faire amitié avec lui, et de lui faire espérer d'ctre employé en des choses importantes. Quelques
jours se passent, pendant que le grand vizir ioue adroitement son rôle. Il fait venir le docteur auprès de lui; il loue son esprit et sa conr duite, et, l'entretenant d'assez belles espérances, lui promet de faire en sprte que le Grand Seigneur ait la bonté de souffrir qu'il vienne se prosterner devant lui, n'étant pas juste qu'un esprit éclairé comme le sien soit plus longtemps caché à Sa Hautesse. Le docteur, ravi de ce discours, se croyait déjà au faîte de la grandeur, surtout quand il vit qiie le grand vizir le fît son ^^9gisi^ comme qui dirait son grand aumônier. î^e vizir passa outré, et, selon l'ordre secret qu'il ^n avait reçu du Grand Seigneur, ordonna que le docteur lui rapporterait toutes les affaires cri-^ ïûinelles qui pourraient se présenter. Le Grand Seigneur, sur le rapport de l'hoggfia, lui deman- ^ I. dait son avis, et quel châtiment le coupable mé- ^ç ritaît pour le crime dont il était convaincu, lj l'exécution se faisant selon le jugement qu'avait ^j( rendu le docteur, qu'il fit son lecteur ordinaire jï et qu'il rapprocha de sa personne. Cinq ou six ^ mois se passèrent de la sorte, sans qu'il pût dé'.
couvrir aucun indice du vol. Mais il faut observer que le pèlerin avait donné au Grand Seigneur un rôle exact qui spécifiait toutes les pièces qu'il avait enfermées dans le petit sac. Entre autres articles, il avait particulièrement fait mention d'un teS'bûch de beau corail. Ce tes-bûch est une sorte de chapelet de quatre-vingt-dix-neuf grains, sur chacun desquels les Turcs répètent de certains mots tirés de quelques sentences du Koran. Ce chapelet est divisé en trois parties, de trentetrois grains chacune, par un petit cordon qui en fait la séparation; et au bout pendait un long morceau de corail, suivi d'un autre gros grain rond de môme matière et d'une grosseur merveilleuse.
Les Turcs dévots tiennent leur chapelet à. la main quand ils vont en visite, et particulièrement quand ils s'approchent des grands, et c'est ce qui donna la première connaissance du larcin de Vhoggia, Un jour, comme il vint au sérail, le chapelet de corail à la main, le Grand Seigneur, devant lequel il se présenta, jetant les yeux dessus et jugeant que ce pouvait être le tes-bilc/i du
pèlerin, selon qu'il le lui avait dépeint sur la liste de ce qui était dans le petit sac, dit au docteur qu'il avait là une rare pièce. Celui-ci s'approche aussitôt et supplie Sa Hautesse avec une profonde soumission, de la vouloir accepter. Le Grand Seigneur la prend en témoignant que ce présent lui est agréable. Mais un seul indice ne lui suffît pas ; il veut en avoir d'autres. Comme il sait qu'entre les pièces du sac, il y a un anneau de la main d'un ancien et excellent maître (anneau que les Turcs portent au pouce quand il veulent tirer de l'arc), il attend une seconde occasion pour mieux découvrir la fourberie et convaincre entièrement le docteur. L'empereur la fit naître quelques jours après, et, commandant que l'on fît venir l'un de ses pages qui tirait bien de l'arc, il fut à la place du Girit^ où il s'en fit donner un pour tirer aussi, n'y ayant personne dans tout l'empire qui lui cédât, en force et en adresse, dans les exercices de l'arc et du javelot. Comme il vint à bander Tare, il se plaignît que son anneau lui blessait le pouce, jugeant bien que le docteur, qui était auprès de lui et qui
106 LA promena.de des anglais
lui avait déjà présenté le chapelet, lui ferait encore offre de l'anneau qu'il avait du pèlerin, « Estil possible, dit alors le Grand Seigneur, qu'il ne se trouve plus de maître qui fasse un anneau aussi bien qu'un tel, qu'il nomma et qui n'était plus du monde ?» Le docteur, qui n'eut pas d'assez bons yeux pour voir la trame subtile qui s'ourdissait pour sa perte, croyant s'insinuer plus avant dans l'esprit du Grand Seigneur, lui dit qu'heureusement il avait un anneau de la façon de ce même maître, qu'il gardait depuis longtemps, et que, s'il plaisait à Sa Hautesse de l'accepter, il le lui apporterait; ce qui fut fait aussitôt. Dès que le Grand Seigneur se fut retiré dans son quartier, il fit appeler le grand vizir et le pèlerin, qui vinrent en sa présence; il tenait à la main le chapelet de corail, qu'il faisait semblant de réciter pour voir si Iç pèlerin le reconnaîtrait. Il le reconnut ainsi que l'anneau. Le lendemain, lesultan demanda au docteur son avis sur une affaire de la môme nature que celle qui s'était passée entre lui et le pèlerin. Ce souvenir était si loin de lui, que, pour montrer plus de sévérité de mœurs, il dit
que cet homme là méritait d'être pilé vif dans un mortier. A ces mots, l'empereur le fît arrêter , fît qixérir par des baltalgis tous ses coffres, dans lesquels on trouva ce qui avait appartenu au pèlerin; il ordonna en môme temps que le docteur fût puni selon sa propre condamnation. A cet effet, on creusa unepierre en faconde mortier, où il fut jeté tout nu et pilé vif parles bourreaux. Ce mortier- a encore ét^vu par Tavernier, il y a cent ans.
Sur la fin du règne de Henri II, par une nuit d'été, comme, des nuages longtemps suspendus, la pluie tombait par torrents et inondait la bonne ville de Paris,. on entendit frapper violemment à la porte d'une pauvre maison isolée. On ouvrit, et un jeune homme se présenta, qui, fort en désordre par la pluie et la fange, demanda qu'il lui fût permis de se reposer quelques instants, et d'attendre que les rues plussent être traversées à gué. Comme, malgré le mauvais état de ses vêtements, il avait l'air distingué et s'annonçait bien, on lui accorda sa demande avec
d'autant plus d'empressement qu'il dit se nommer Lambert : or, Lambert était le nom d'un marchand très-connu alors et très-accrédiié dans Paris, et demeurant d'habitude à quelques lieues de la ville.
Le lendemain, l'étranger envoya remercier ses hôtes, les priant d'accepter pour leur fille quelques étoffes, des fruits et des fleurs. On refusa les étoffes ; les fruits et les fleurs furent acceptés. Quelques jours après, maître Lambert fît une visite qui fut parfaitement accueillie. A peu de temps de là, il demanda en mariage la fille de ses hôtes ; mais, après avoir abusé de là confiance de oette jeune personne et de celle plus condamnable de ses parents, il disparut et ne donna plus de ses nouvelles ; mais le hasard le fit rencontrer par le frère de celle qu'il avait séduite. Ce frère était militaire : il provoqua Lambert en public, et ^^ comme ils allaient chercher un terrain pour ^^
battre, Lambert f r^-ppa son adversaire d'un coixy) d'épée dans le dos.
Quoique blessé mortellement, le soldat ©'■^t,
avant de mourir, le temps de dire le nom de ^on
a.ssstssin. La justice se transporta aussitôt chez lïxstître Lambert, dont la demeure était bien connue ; l'on ne fut pas médiocrement étonné de le trouver à table au milieu de sa femme et de ses enfants.
MCalgré son calme, ses dénégations et celles
de sa femme et de ses domestiques, qui affir-
Maient et juraient en pleurant qu'il n'était pas
sorti depuis deux jours, il fut lié et emmené au
gî*and Châtelet de Paris.
Sa famille et ses ainis s'occupèrent aussitôt, avec une ardeur qu'il n'est pas besoin de dire, d® visiter les juges ; mais Paris alors était occupé ^ autre chose: les tribunaux vaquaient et les
l^ges n'étaient |)as chez eux. On célébrait alors ^®s noces de M. de Savoie et de madame Mar-
|. ffUerite, sœur du roi Henri II.
Après les danses et les festins, le roi fît pro-
clatnei. des joutes pour le dernier jour de juin,
'^ anonçant que lui-môme prendrait part au
^^rixoi. Ce jour-là, en effet, il se fît ceindre ses
*ities, et il se fît donner l'armet par le sire de
^^Ueville, au détriment de M. de Boisy, grand
écuyer de Fraixce, auquel cet honneur appart nait par sa charge.
Ainsi qu'il était d'usage dans les tournois, le roL comme tenant, devait fournir trois course chacune avec un nouvel assaillant. Le premie r ^^ qui se présenta fut M. de Savoie, auquel le roÉ^ -*' -^j du plus loin qu'il le vit, cria qu'il eût à prend garde, s'il ne voulait vider bientôt les arçon§ en effet, du choc qu'ils se donnèrent, M. d Savoie fut ébranlé et obligé de se retenir au lie de son cheval. Il fut remplacé par M. de Guis qui eut le môme sort. La troisième course devai être fournie par le jeune comte de Montgomery lieutenant du duc de Lorges, son père, un de capitaines des gardes. Ce jeune homme ne juge pas à propos de ménager le roi, qui, du reste était bon jouteur; et, s'étant jetés impétueusemen l'un sur l'autre, ils brisèrent leurs lances en éclat sur la poitrine l'un de l'autre avec une telle vi lence, que le roi faillit ôtre enlevé de son cheval Le roi Henri II attachait une grande impor tance à ses succès en ce genre, et,'' malgré l'usag qui exigeait qu'après trois courses fournies, u
tenant vînt soutenir à son tour les efforts assaillants, il demanda sa revanche au jeune Ijorges. Cette infraction aux lois des joutes ne s'*étiiit jamais faite ; mais en vain les juges du représentèrent au roi que Tavantage dans course était resté égal de part et d'autre ; , d'ailleurs, les autres assaillants ne verraient sans un vif déplaisir que le comte de Moht- Sorriery eût deux fois un honneur dont ils ^^^^i^nt tous jaloux. Le roi insista avec quelque ^^^^^I>atience, et les deux adversaires prirent du ^*^^mp une seconde fois.
Il eût été facile au jeune de Lorges de céder l'a- ^^ïxtage au roi à la première course qu'ils avaient ^^^^ï*nie ensemble, cela eût passé pour une pru- *^^ïxte courtoisie; mais, n'ayant pas ménagé le roi ^ ^otte première course, on n'eût pas manqué de Ï^^^Tidre à la lettre son désavantage à la seconde. ■^^ssi le jeune homme, peu courtisan, laissa-t-il dans son allure et dans la manière dont il ira sa lance, qu'il se disposait à faire de son ^*^i^\ix; le roi, de son côté, laissa percer les signes ^ ^ïie colère visible. L'attente de cotte course
fut si pénible pour les assistants, que, après que les trompettes et les clairons eurent sonné la charge, au lieu (Je continuer leur fanfares pendant toute la course, comme cela se faisait, ils s'arrêtèrent tout à coup et cessèrent de sonner. Le roi et le jeune de Lorges se précipitèrent l'un sur l'autre avec furie. Comme à la première course, leurs deux lances volèrent en éclats; mais le comte de Montgomery oublia de jeter le tronçon qui lui restait à la main et en frappa, le roi à la visière de son casque; le coup leva la visière et entra dans la tête par l'oeil. Le roi tomba sur le col de son cheval, auquel il se tint attaché par les deux bras; le cheval s'enfuit jusqu'à l'extrémité de la carrière, où il fut arrêté par le grand écuyer et le premier écuyer. On emporta le roi mourant. Les chirurgiens lui firent éprouver de grandes douleurs en sondant sa plaie, sans pouvoir en tirer aucune lumière pour leur art, ni pour le malheureux prince aucun soulagement. Us firent alors prendre à la Conciergerie du palais et au grand Châtelet de Paris, quatre criminels accugés de meurtre avec des
preuves qui paraissaient évidentes, et, après leur avoir fait trancher la tête, ils les frappèrent tour à tour du tronçon de la laiice, comme le roi en avait été frappé; ensuite, ils ouvrirent les tôtes pour étudier les ravages que le bois avait pu faire dans celle du roi.
Ce fut alors que les parents de maître Lambert apportèrent des preuves irrécusables que l'assassin que Von poursuivait était un misérable qui, pour se faire bien venir de. ses victimes, s'était paré d'un nom qui ne lui appartenait pas ; mais il n'était plus temps, ' maître Lambert avait été décapité le troisième.
Le roi Henri mourut le quatrième jour, le 10 juillet 1559.