‹ La promenade des AnglaisChapitre 7 sur 22 · LA STATUE DB SAXITT PAUL · texte numérisé non relu

LA STATUE DB SAXITT PAUL

si }6 n^ai pas laissé dans sa chambre un cahier couvert de parchemin jauni*

Jean obéit en silence; maître Nicolas apporta lui-môme le livre à son ami.

Il me parait fort difficile que Jean et Noëmi n'aient pas un jour mauditj dans le fond de leur cœur, rimportun vieillard qui les avait empochés de sanctifierj par une dernière pression de main, la promesse qu'ils se faisaient mutuellement de ne pas manquer à leurs devoirs et à la volonté dé maître Nicolas.

L'accomplissement du devoir a en lui-mômé (îiuelqûe cho§e qui compensé bien àU delà lés sacrifices qu'il impose, sacrifices le plus souvent semblables à ces bêtes féroces qui, dand la Jerwsaiem de7it;rée, disputaient aux preux l'entrée de la foret enchantée, et s'évanouissaient

en vapeurs ïégéres devant ïe héros (jui osait les affrontef .

lèaW et Nôômî trouvaient lô prix de lèurâ efforts dans une sérénité d'âme, dans une satisfâc^ tîon d'eux-mêmes doiït on He connaît quelque-

fois le prix qu'après qu'on a eu le malheur près— que irréparable de les perdre.

Ils étaient fidèles à leur promesse, et se trou— vaient heureux d'ôtro ensemble, heureux de»

bonnes qualités qu'ils découvraient chaque jour l'un dans l'autre. Leur amour cependant ne mourait pas au fond de leur cœur, et, si l'on parlait devant eux par hasard de deux jeunes époux que leurs parents avaient conduits à l'autel, ils no pouvaient s'empôcher d'échanger un triste et rapide regard, mais un seul! Et chacun restait plongé dans une rêverie dont il no communiquait rien à l'autre. Qu'avaient-ils à se dire? Leur âme était si pareille, que les mômes pensées pouvaient seules y avoir accès. Deux cœurs unis par une affection pure et vertueuse sont semblables, dit Schiller,

Harfen Tœne in einander spielend In der Himmel vollenharmonie*

à deux harpes prêtes à unir leurs voix pour une divine harmonie.

Un jour, Jean, en attendant les chalands, li*

LA STATUE DE SAINT PAUl. 221

sait haut à Nocmi quelques pages d'un écrivain , peu connu, qui décrivait ainsi la maison qu'il aurait voulu habiter :

« Elle serait petite, disait-il, et sans faste; au lieu de somptueuses colonnes, elle aurait, de chaque côté de la porte, deux grands églantiers dont la verdure couvrirait toute la façade ; et de cette verdure sortiraient, au printemps, de petites roses pâles; ces petites roses seraient placées dans des cheveux blonds, et on ne pourrait dire qui, des cheveux ou des roses, exhalerait le plus suave parfum. »

Les yeux de Jean et de Noëmi se rencontrèrent : tous deux étaient baignés de larmes. Cette maison si petite, si isolée, leur inspirait d'invin* cibles regrets.

Cette tristesse cependant n'était pas sans charme ; mais l'homme gris entra chargé de bouquins.

— Maudit sbitle clerc! dit Jean.

— Ne maudissons personne, reprit la douce Noëmi ; mais le clerc aurait dû venir un peu plus tôt ou un peu plus tard.

Les sentiments vrais ont une sainte pudeur, ils craignent la profanation d'un regard. '

L'homme gris venait plusieurs fois par jour, et il paraissait très-content.

^ -^ Bien, bien, disait-il, j'aurai mes preuves*

Mais il dérangeait cruellement les deux amants qui, tout attachés à leurs devoirs qu'ils étaient, se trouvaient si heureux de passer quelques instants ensemble sans se rien dire, que l'arrivée djun importun les faisait tomber du ciel sur la terre.

Maître Nicolas était touché de la vertu des enfants ; d'ailleurs, quelques exemples malheureux l'avaient un peu détourné de l'envie de sortir de sa sphère : il se prit une ou deux fois à regretter l'imprudence de son serment; il consulta môme à ce sujet son confesseur; mais celui-ci, tout en le blâmant de ce serment, lui ordonna de le respecter.

Jean avait fini par rendre le vieux clerc responsable de son malheur, et par en faire une sorte de bouc émissaire, auquel il attribuait tout ce qui pouvait lui arriver de mal. ^

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