‹ La PrometheideChapitre 55 sur 66 · LE TEMPS · texte numérisé non relu

LE TEMPS

Escliyle, le sîli» Pélmlaii et M. Emile Iliinioiif»

Nous avons reçu la lettre suivante, dont nos lecteurs apprécieront la saveur très spéciale :

Le grand maître Sâr Péladan au seigneur directeur du Temps.

Devant le Graal, le Beauséant, la Rose Crucifère. Je m'adresse à vous, monsieur, comme au plus sérieux de la presse, et si vous ne trouvez pas Iç même caractère, çonsi-

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dèrez que je ne suis ici que truchement, Eschyle s'appelle le père et THomère du théâtre. Son Prométhée enchaîné seul nous restait. Voici le Porteur de feu et le Délivré heureusement restitués ; voici la trilogie complète.

Qui dit cela? Emile Burnouf, l'hellénisant incontesté, Tancien directeur de l'Ecole d'Athènes.

Refuserez-vous d'insérer la lettre d'Emile Burnouf ?

Non ! je l'espère pour moi,

Je l'espère pour vous.

Sar Péladan.

Voici la lettre de M. Emile Burnouf, ancien directeur de l'Ecole d'Athènes :

Paris, 1 1 avril,

Sar Péladan,

Vous voulez bien me demander mon impression au sujet de votre trilogie eschylienne de Prométhée. Je ne vous cache pas que j'en abordais la lecture avec une certaine terreur; nous avions le Prométhée enchaîné complet, mais des deux autres pièces il ne nous restait rien du tout, et il me paraissait effrayant d'en entreprendre la restitution. J'ai donc lu votre double composition encadrant l'œuvre d'Eschyle. Eh bien! mes appréhensions se sont dissipées. Je trouve à votre œuvre, le caractère grec aussi complet qu'on peut le désirer. L'œuvre d'Eschyle avait certainement quelque chose de métaphysique, dirai-je d'ésotérique ; ce qu'il en reste le prouve assez. Les grands esprits de cette époque étaient sûrement initiés aux« doctrines secrètes » conservées dans les temples et transmises par les initiations. Les poètes

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dramatiques en laissent souvent transpirer quelque chose dans leurs écrits. Plusieurs pièces d'Euripide (telles que VHippolyte, les Bacchantes, et d'autres) en sont remplies. Vous avez, par conséquent, été en droit d'en faire de même dans une trilogie où il n'y a que des dieux, qui se passe dans un monde surhumain, aux « confins de la terre » sur ces sommets du grand Caucase qui ont été les conducteurs des mythes depuis l'Asie centrale jusqu'en Occident. Et, en outre, ces dieux sont des Titans, les plus vieilles conceptions delà religion grecque. Enfin, il s'agissait de Prométhée, et, par conséquent, de la puissante théorie du Feu universel. Ce Titan n'est pas seulement le Porteur de Feu ; la tradition le donnait comme ayant modelé l'homme et la femme. Un bas-relief du Louvre représente cette opération, et c'est Athéné qui y apporte l'âme. La tradition aussi nous représentait Héraklès comme libérateur de Prométhée, et on voit, dans VAlceste d'Euripide, Héraklès luttant avec la mort, et ramenant Alceste à son mari, scène incomparable.

Je n'ai rien trouvé dans votre composition qui ne soit conforme à la tradition et aux usages du théâtre grec du temps de Périclès. Peut-être aurez-vous à changer quelques mots trop modernes pour le sujet traité : je dis « quelques mots » ; je ne dis pas même quelques phrases, à plus forte raison une seule scène. Il n'y a rien de superflu dans le développement que vous avez donné à l'idée antique et je ne vois pas non plus ce qu'on y pourrait ajouter. Votre tentative était hardie, beaucoup plus hardie que celle de M. Leconte de Lisle, qui n'a eu qu'à traduire et qu'à réduire une trilogie complète du même auteur : il l'a fait non sans succès. Le public a bien accueilli les Erinnyes. Pourquoi n'accueillerait-il pas le Prométhée dont la portée est beaucoup plus haute ? A

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moins donc qu'il ne la trouve trop haute, et ne s'avoue ainsi inférieur aux Athéniens d'il y a deux mille ans, Dîo men...

Mes sincères compliments.

Émile BuRNouF.

Le troisième volume du Théâtre de la Rose f Croix sera consacre au PRINCE DE BYZANCE, drame romanesque en 5 actes. Le quatrième volume sera LE FILS DES ÉTOILES. Le cinquième, SÉMIRAMIS.

Le sixième, LE MYSTÈRE DU GRAAL.

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