PER FRERE ER
On n’ignore pas que PISISTRATE, une seconde fois € sé d’Athènes en 537, s’était finalement installé dans l’île d’Eubée, à Érétrie où 11 forgeait minutieusement les armes et les idées qui, par la force, devaient le ramener au pouvoir. C’est dans ces conditions que la pensée lui vint d’utiliser le texte odysséen du voyage de Télémaque - qui constitue aujourd” hui les quatre premiere chants du poème - à la propagande en faveur de son retour. C’est que le texte de dia Télérachie s prétait admirablément, D’abord, rappelle &. MIREAUX, parce qu’à ce moment sa récitation à Athènes était une véritable provocation à L’égard du chef de ls ccalition aristocratique qui avait expülsé Pisistrate, chef dont ie gendre avait inter-. dit la lecture des poèmes homériques. Mais surtout parce que | le récit des sventures du fils d'Ulysse était, en pue et . particulier, un "magnifique thème d'opposition " (1). Ecrit, en effet, dans non ensemble à la gloïre ce PISISTRATE, l’ancé fils de NSSTOR, qui avait accueilli ATHENE et TÉLEMAQUE sur pe de Pylos, fait qui nousit avec la divinité athénienne
liens d’hospitalité l’engageant personnellement à l'égard de toute la famille, la Télémachie "contenait donc d’abord les 1 "tres de noblesse himaine et divine de PISISTRATE et de sa fa “le " (1) En outre, et d’une manière toute spéciale, la sit tion dés personnages et les circonstances du récit se ‘rétai admireblement à des allusions et rapprochements très suggest Ainsi, la position de PISISTRATE à Érétrie, face aux ariatoo tes athéniens, était bien peu différente de celle a’ULYSSE et des prétendants. De meme, la prophétie d’Halitherebs, inter- | prétant le vol des doux aîgles descendus de la montagne au-dessus de l’assemblée, bien mise en valeur par une propagande habile, pouvait évoquer dans les esprits déliés des Athéniens, PISISTRATE campé près de l’Attique préparant son coup de for Quant à l'intervention de MENTOR, 11 est démontré qu’elle fut. composée pour la circonstance, D'ailleurs, le discours du vén rable vieillard, porte parole d’Athéné, appelant à la révolte populaire, ressemble visiblement trop à une proclamation de PISISTRATE entrant victorieusement à Athènes pour qu’on en se douter.
Voilà comment le voyage de Télémaque , extrait de la gtande épopée, devint cette brochure que les agents de Pisige te répandaient à Athènes, Véilà même ce qui explique les in hérences invrsisemblables et illogiques que renferme la chron logie de l'Odyssée actuelle; et celle-ci ne nous eat connue par l’édition que L’exilé revenu au pouvoir en fit établir des commissaires aussi peu honnêtes que cet Ononacrite qui plus tard banni pour avoir falsifié, à des fins politiques, les éditant, les oracles de Musée. | Mae
: Ainsi, il y a 25 siècles déjà, on savit mettre de coté tout scrupule pour faire sa propagande. ‘
(I) op. cit. p.15
Celie-ci, en Grèce, était surtout rerarqusble le préesilence de L’art oratoire.
Chez les Grecs, disait Fénelon, tout dépendait peuple et Le peuple dépendsit de in parole".(1) :
C’est par elle que se règlaient è l’agors et à Pnyx toutes les affaires de la cité, et celà durant de lon siècles, bien qu’à la fin lies athéniens se lassassent üe ct réunions : on dut finalement charger les policiers scyth rafler par 1a force les citoyens pour peuplier les Assem ais déjà l’on était prèè de la décadence.
+ : Le cinquième siècle au contraire, celui où per vingt ans PERICLES exerce à Athènes la "âictature de la sion" est par excellence le aiècle äe ia domination matéri et spirituelle de lis grande cité. C’est alors l'apogée religion civique : ATHENA, déesse ouvrière et guerrière l’'impérialisxe commerçant et militaire d’Athènes et si son eat fervent, ZEUS Olympien n’en est pas moins honoré,
A côté de ces divinités plus nationalistes que : gieuses, et mieux encore peut-6tre, la gloire de chaque est proclamée par ses héros. Leur légende, arrangée pour faire des fins politiques, eut récitée devant chaque géné pour susciter en elle l'esprit d’initetion et d’identific HERAKLES devient le héros dorien par excellence; THÈSEE se le génie d’Athènes, héré démooratique que lies poètes se plaisent à chanter secourant les opprimés et se faisant le pion des libertés populaires. se
Ce peuple gi et insouciant, habitant le pays soleil et des beautés naturelles devait étre aussi part ment sensible aux diverses manifestations artistiques,
ne Des rêtés nériodiques rassemblent à intervall guliers tous les peuples dé l’Hellade, Dans la magnific: des Panathénées éclate la puissance souveraine de l’Etat alliés apportent leurs tributs à l’occasion des grandes sies, Les concours. re pythiques, isthmiques o méens avec leurs luttes et leurs compétitions contribuen l'effort moral et unificateur. : = a
La littérature et le théâtre jouent un rôle re. Après PISISTRATE, tyran perspicace et astucieux, TOCLE suit exploiter lors de la révolte d’Ionie matée Roi, l’émotion soulevée par Le malheur des frères de sie Hineure : sur son instigation PHRYNIKOS composa Uilet”, qui contribua pour sa part à enciter la haine les Perses. < : ; ee
Der FT est l'influence du poète meroenairs qui
me
| (1) Fénelon - Lettre à l’Académie - Chap. IV, Rhétorique
le relèvement de l’Hellade en face des puissance
son génie en diverses contrées et sait donner des Leçons de "m le civique, Tel TYRTÉE qui porta haut la renommée de Sysrte. Tel SIWONIDE, poète de la résistance nationale, exaltant la
re des morts des Thermopyles, de fsrathon ou de Platées. ESC s’efforce de montrer à ses concitoyens qu’il convient de mett e fin pour toujours aux luttes fratricides : "les Euménides" g’a- Chèvent sur L'idée que la guerre contre le barbare doît servi de dérivatif aux discordes civiles. C’ent EURIPIDE, qui nane égord aux échecs multigles, gape svec joie la tradition, ébranlant les piliers qui portent l’Etat,
Et que dire de l’Art, parure de »arbre jetée sur la cité, qui reste comme le symbole même. de lmmagmificence de la démocratie athériienne À son apogée 7? Aux heures de détreaus de discorde, Démosthène montrera au peuple l’Acropole couronn de ses nobles monuments pour qu’il puise de salutaires leçons G’énergle à cette évocation de sa splendeur passée. É
Car le fin du cinquième Sibole narque pour Athènes S début d’une période de troubles génératrice de ia chute défini tive . Au lieu des nobles discussions aur la qualité des moÿ propres à fonder sa gloire, la propagande devient partisune € mesquine, ridiculisante et sournoîse, C’est un pamphlet “! Constitution des Athéniense" qui exprime vers 435, L’hostilit sourde qui allait provoquer la chute de ls démocratie ot la ré volution oligarchique, L’art dramatique y à ausei ga part, et. l'ironie, maniée par un ARISTOPHANE, n’épargne ni le régine, ses assemblées, ni ea politique, ni ses chefa. Les arres les plus basses et les plus grossières sont bonnes à satisfaire politique guère plus idéalisée : fausses nouvelles et faux doc ments, Schats des consciences et campagnes calomnieuses. ;
Ce IVe sièole pourtant, e’11 fut celui de ln déesder politique laissa les plus beaux morceaux d’éloquence politique que la Grèce antique ait jamais dus à des orateurs qui sont sormais de véritables spécisaliates de is tribune, L’épo en effet favorable, La fin de la guerre de Corinthe avec La. paix d’ANTALCIDAS (387) marque Ll’hégémonie äu Grand Roi, Dans le monde grée et à Athènes plus qu'ailleurs règne un sentiment d'incertitude et de mécontentement, de découragement at de dé tion. On eat las des luttes intérieures, attigées par une pr pes de plus de quarante ans exagerbant le sentiment jaloux
’indépendance de la cité. Auoun parti n’a de chef incontesté de programme précis, et c’est dans cette atmosphère que doivent se réorganiser la politique st se renouveler les idées. Le moment 6a$ venu jour qu’ait lieu une nouvelle préd e ation poli que qui devra reposer sur l’afferminnement de la ages entre
rbsres, &
retour de la prospérité.
Ces thèwes, une pléiade de Shéteurs va les définir e les propager sous une nouvelle forme sppropriée d’éloquense :
"Discours Olympique" Les premiers, LYSIAS, et surtout GORGIAS l'utilisent, Mais c’est avec un art incomparable qu’ISOCRAT va porter Le genre à as perfection.
e Les principes qu'il développe sont en accorûi avec tradition historique. C’est essentiellerent l’unité grecque unité de race et de civilisation, donc ls plus parfaite à At nes, fondement indispensable de la confédération de tous Le: peuples de la péninsule pour ls lutte contre le barbare, lut ui est inévitable à cause de 13 qupéricrité du Grec sur Le Perse, lutte qui doit réciproquement cimenter l’union de to ies Hellènes sous 12 direction à ‘Athènes, lutte facile et ei tageuse qui ressenblera plus à une mission religieuse qu’à expédition militaire, Sans cette propagande, faite d’abord dans le Pda EE EVE la fondation âde là seconds confédéra athénienne eut été impossible, qui matérislise bien les À d’ISOCRATÉ, Celui-ci les renouvelle encore dans le #*Plata “ais aprèe l’échec de le confédération, il se tourne vers de souverains étrangers aux quels 11 adresse lettres et propose ons. L’éclatemeñt de la guerre sociale lui fournit l’occas de publier ur nouveau discours fictif "Sur la Paix" qui pre un plan de réforme générale de la politique athénienne, » qui sors développé et précisé dans 1’ "Aréopagitique".. meurt après avoir, dans ie "Ph:lippe", recommandé la même tique que celle du "Panégyrique" : la lutte contre la Perse après la réconciliation des cités grecques sous l'arbitrage. désormais du rot de Wacgdoine auquel 11 prodigue ses conge:
Cette pro de isocratique fut efficacement suiv ‘d'effet, tant dans l’avenir, préparant l'opinion k we réor nisation du monde grec, que dans le détail de la politique ces contemporains. ; : à FRA
+ Pourtant, ISOCRATE ne fut pas un orateur politique au même titre que BEMOSTHENE. Celui-ci préche aussi l’a211 dés peuples grecs - idée-force qui éclaire toute la polit grecque - mis au profit d'Athènes contre la Mdofdoine. Philippe 11 qui connaisaait pourtant à merveille l’art de verner l’epinion en prodiguant les promesses vagues et en lumant les convoitises et les haines les plus srientes, se dressa le fougueux orateur dont les Philippiques ot les thiennes sont à juste titre demeurées le modèle de la p de oratoire politique. Modèle d’ailleurs qui lui coûta come à d’autres orateurs, oe qui montre encore L’inpor
éttachée de tous temps à L'influence de la parole.