IV - LE HOYEN AGE
Après la dislocation du monde romain, 1a sécurité des communications et le règne de l’ordre, conditions premières des échanges de la pensée, semblent disparus. Il ne faudrait pas À croire pourtant que la propagande ne trouva plus à s’exercer. 1i y a d’autres facteurs en effet qui créent un terrnin favorable à la suggestion collective, en particulier les granüs rassemblements de foules #t le fonde de religliosité que nous avons dit nâiturel à l'individu. : Er
Aussi l’exemple particulièrement frappant à reteni | de cette époaus est-il celui des Croisades, Certes leur er ne est Ads Hall tie leur développement est si intimement lié à la politique médéviale qu’il est interdit de les igno D'ailleurs il faudrait mentionner aussi les autres formes | la propagande ibacbe paré on un temps où le spirituel est. parable du temporel, où la communion d’un peuple dans une croyance ne peut que servir le pouvoir politique, L'E£11 met en oeuvre les moyens les plus puissants et tes Cal dioses pour graver ses enseignements dans L’âme\! des foule |ignorantes.. Soulipture, peinture, verrières, liturgie, mys: ‘sont, comme on à pu le dire, la grande Bible illustrée des fants at du peuple. Door ee se Re te
(I) J. Carcopino - La vie quotidienne à Rome, p.242.
Hais ce aont surtout les pélérinages monstres, conc sent les rasses vers lies loïintsins sonotwiren, qui sont les . aptes à agir sur les instincts collectifs, Ainsi les Croisi sont un imrenso ep hrens une série de sourenents gigentese foudrsit-il dire, déterminés par la propagande, st furent ceux mémes une vaste propagande.
: C'est dla parole âee prédicateurs envoyés serie - pape. URBAIN 11, prédicateurs dont l’histoire a conservé le nom Ge Pierre L’ERNITE, qui les suscite, ces adjurationsvéhæentes ditoires déjà sous l’enpire d’une ferveur génér2le, dans une : biance spirituelle de foi intense; vaste et terrible suggésti qui n’a puse produire que yréce â une communion des coeurs tendant à tous les ordres et à tous les âges de ia Société.
Ronur qable fut augal le rôle, dns cette propagané des légendes et des fausses nouvelles, C’est toute la farei question des "exéitatoriae® qu’1l faudrait exposer ci (4).
: Aiore que c’est le pspe français URBAINS II qui fut. seulinitiateur de ia Croisade, la vérité a été déforrée par légendes mieux aptes à entraîner les foules. C’est sinal que !
répandu le bruit d’une lettre écrite par l'Empereur à”Oriont ALEXIS ler Connène au conte de Flandre pour exhorter les che liere d'Occident à venir défendre Constantinople contre les Turcs et lies Petchénègus, Elle déorivait, soi-disant, les | grès et les re cie crusis des Infidèles en Orient, leur h« des Eglises. montrait aux Latins tout ce qui devsit le attirer dans la Ville : ses reliques insignes, ses trésors in préciables et même la beauté des fenmes grecques (car on sava déjà jouer de toutes les cordes de l’ême humaîne ...) Et, « rétabli La puiesance ‘chrétienne en Orient, les Croisés pourre no conquérir le Aer ds et mer aînei le PR ciet,
Lettre certainement FR PESTE pour la vi conatance probablement À l’aide d’une autre, authentique ce1i 1ù, éorite vern 1098 au moment du siège d’Antioche pour demsn des renforts, waña n’ayent rien à voir avec l’origine de 13 mière croisade, Re
Kégende ausei que celle re prétendu péage à AT à en de PIERRE l’ERNITÉ, qui serait venu trouver le pa | de le part Gu patrisrohe, 6t, lui ayant dépeint le lamenta . #itustion des chrétiens de Palestine, aursit reçu de Lui 1
: sion de précher la Croisade. L’Hiatoria belli euori (vers | raconte “éxe qu'après s’être endormi dns une Eglise de dé: |! lem 11 vit en songe le Christ lui php op de se rendre & du de l’Egliee et de précher La : Guerre sainte,
| Légendaire sncore, au moins en pare, cette ste L de la première croisade qu’écrivit BAUDRI de BOURGUEIL danse seul but de réchauffer l’ardeur des futurs croisés.
{1} pr , Brenier, L'Eglise et l'Orient au doyen Âge et 1es
Ghalanaon Histoire de 1a Première Croisade . nn
Suscitées par 14 prédiontion, les Croisades furent elles nmèmes une propagande incomparable pour ie rayonnement de la Frence dans ie monde féodal, Là où n’entruaiènt pas les hon: res de guësrre, la pensée française pénétrait per les rarohan ét lies artistes, Des barons français ceignnient les couronnes d'Athènes, de Constantinople, de Chypre et dé Jérusalem, Les villes riches, dans Leur dessein commun de possèder ls plus bé le église ou le plus haut rempart, sollicitaient icu maître d’° oeuvre français de se mettre à leur service, En même terps « les romans français 86 répandaient en Europe, nos Universités formaient les étuiionts et les maîtres étrangers. Partout, sous toutes ses forres, la pensée française dominait liés esprits
La fin au Moyen Âge nous offre un exemple aussi où tiriaé de campagne d'opinion, Pour häter le procès de l1’Orûre des Tespliers, ilippe IV ie Bei orchestre un savant et gros sier mouvement de panphlets contre Clément V, sa personne et si politique. Et 11 fait »pprouver sa conduite par une an semblée de notables réunie à Tours, Ce qui devait assurer le triomphe final qu éllicanisce sur ia théocratie pontificale et prov un abaissement irrémédiable du Saint Siège au grand profit de l’idée monarchique. : è
Enfin et surtout, les dernières années de cette péri de devaient présider à la naissance d’une invention qui allait avoir les plus formidables conséquences sur les échanges et La diffusion de la pensée humaine, C’est au milieu du quinsième siècle qu'est découverte l'imprimerie, dont l’effet ie plus À ‘diat fut de pousser les esprits à vouloir agir aur le public, | moyen de prop:gande incomparablement eup rieur à tout ce que cerveau de l’honxe avait 1nventé jusqu'alors. |
VW = L'ANCIEN RÉGIME.
7 Cette puiseance de He créée pour détruire 68% ler da société politique, le siècle suivant devait en faire
. ses fraîs l'expérience : ce sont isa "hpistolne obscurorum run" et les grands traités de Luther qui vont faire éeleter Réforme et ouvrr une ère de troubles et de révoltes. Les gnes d'opinions, les placards, les libellss, se succèdent, dans ia France des Valois exaspérée par Le cnractère religi qu’e pris le mécontentement général, vont engendrer pour pl sieurs dicades, une suite presque ininterrompue d’éreutes et prises d'armes, Et, des Paya-Bas en insurrection ent lancé travers le monde le célèbre chant de guerre des Gueux, le Wii muslied, “premier exemples dans Les temps modernes d’un hymne sert à forger l'âme d’un peuple" (I).
(I) H. Mauser - La prépondérance espagnole, p, gt.
7 Après la Sañnt-Barthélémy, les pamphlets se multi- S plient, contre Catherine de Médicis et son tyran de fils Cha * 1X : "De furoribus gilliois" - "Les réveille-matin des Franga et de leurs voisins". Et les catholiques de ne pas manquer répondre : "Le tocsin contre les rassacreurs et auteurs de
fusion en France" € "La singerie des huguenots * ete ...
tEt alors, 1a polémique protestante cesse d’étre ré “llate et donne l'essor à toutes les possili lités démocratiques “que le calviniene portait en s01 ..,. C’est sinei que 1s Frane “tnéëtre des soènes les plus tragiques de lu guerre religieuse “devient le centre de l'idéologie politique européenne et des “oonflita irréconcilisbles " (1).
: Lu fin du seî£ière siècle amène les transformations ratérielles qui allaient permettre à l’imprimé de prendre to sa valeur d’instrwent de propagande. C’est en effet alors lement que sont assurées la sécurité et la rapidité des comm cations,
Par elles, spoareissent Lreaque simultanérent en lande, en France, en Angleterre et'en Allemagne, les premiere OUurFRaUXx, qui ne sont ère encore que des gazettes locales es avvisi de Vienne, les Ordinarti Zeitungen des Fuf£er, le Gazettes de Bale, Anvers, Hambourg, Amsterdam, Leyde ... C’e en France, un an près que la poste royale fut définitivement | constituée comme une institution aûre ét généralisée, que para
à Paris en 1631 la célèbre Gazette de Théophraste RENAUDOT lle d’ailleurs était à 14 rerci des subventions de Riche ar aussitot née la presse, aussitôt sont mie en ceuvre to ces moyens modernes ournalistiques : lancement d’informatioi à l’intérieur ou à l’ étranger, par le canal ds partiouliere d’egents diplomstiques, envoi de correspondants particuliers préssions 656 subvéntione, fausses nouvelles et censure, g
-..... Cette même France du XVlle siècle, lo France de L X1LV reprend le rayonnement culturel de la France de Saint L et de Philippe Auguste, Si tout écrivain spparniseait comme ennemi contre lequel la censure s'exerçgait, 51 la régate a traquait livres et libelles étrangers, le Roi eat lb méoène aidé de Colbert, cannlisait et monopo Li gai t toutes les fo intellectuelles du pays au profit et à la grandeur de Le na
"lle pensaient que le meilleur moyen d’y parvenir *était de les diriger dine le sens des règles classiques qui "trouvaient en parfait accord avec les besoïins de leur souv “autorité, C'était la plus forte entreprise sur l'esprit i “çais que l’on eut encore vue" (2). ee PR
4 id. p.95
(3) P, Sagnac - La prépondérance française, Loute X1V, p.'
Louis XIV fut un ohef de publicité ours égal, qui manqua jamñis l’occasion d'encourager un artiate, d'envoyer ambassade ou de frapper une médaille. L’Europe, qui avsit 00 battu sa politique envahiusante, accsptn la suprératie de ia littérature et de l’art auxquels 11 & donné sm nom. Klle re de Vermilles come alle à révé des cathédraies, elle reche nos architectes et nos peintres, elle copie nos styles dans ses monuments et ges palais. Le français devient langue un verseile, celle des sectes internationaux ot des coure royale Il se erée sur ie continent un esprit européen à base françgs
é Si jusque 1à le journni avait été encore beaucoup plus mondaîn et littéraire que politique, les premières anné du XVlile siècle nllaient prouver l'efficacité de l2 presse pour forger l'opinion publique et op‘rer dans oelle-c1 un table retournement, Le Telle La formidable campagne de presse et de propa gande qui se déchaîna en Angleterre en 1710 après la victoire française de Villaviciosa sur le: Impériaux de et les Anglais de Stanhope. L: querelle entre partisans de : guèrre et ceux de la paix s’é4leva À un ton d’une violence d’une éloquence inaccoutumées. Pamphlets, revues, journaux ctene et nouveaux -ls premier quotidien fut même fondé à cet occasion - asriègenient les citoyens, le Puarlerent, et le go vernerent de leurs véhémentss protestations, Les whigs chas par olles du pouvoir, le nouveau ministère achète la presse D’énornes “éeetings se déroulent dans leo villes, les comté les vourge. Tout celà aboutit au renversement del’opinion. triomphe &riomphe des toriea lors des nouvelies élections, par là à la paix dont on dénespérait. La presse était déso une puissance, donc une chose à vendre. ; to
Partout, au XVIIIe, l'opinion publique règne.
| tO'eat moi qui nomme mea ministres = disait Louis fo’est la nation qui les renvoie". |
. 84 l’influence du journal iuprimé est grande, t du journal parlé ne l’est pas moins. Ce dernier est 1’oeuvi des nouvellistes répandus dans ia France entière où tout ce intéresauit la nation était colporté, répété, commenté, N listes dont certains étaient passlonnément et régulièrement téa, comme Charies d’Aubigné, frère de liadame de Ksintonon, J. de Lionne, dont le frère était le célèbre Ministre des i fuires étrangères, ou ce fameux bonhomme Metra de l’avis du Louis X1V, à chaghe évènement important, s’informait aupr ses courtisans, Rien d’étonnant aussi que les ambassadeurs étrangers se servissent d’eux pour faire courir en France bruit qu'ils avaient intéret à y répandre. ue ne
Sès la seconde moitié du siècle, philosophie et sophes commencent à agiter les esprits. Certes 11 ne fau
- fäen tempe, l'oeuvre que leurs penseurs, leurs légistes,
verser dans l'excès qui veut que la Révolution soit l’oeuv personnelle et collective des grands écrivains du XVille, #a leur role fut appréciable, quoique les auteurs les plus cons sujourd’hui fussent alors loïn d’être les plus rvoliutionnai et les plus violents, et souvent aussi, les plus lus. Ii n° reste pas moins qu'on ne peut passer sous silence l’action dau eut ed l'opinion ia littérature de combat qui fut oelle üe. siècle.
Ce n’est guère qu’à partir d’une vingtaine d’snnée avant la Révolution que l’on a’attaque aux institutions pol1t ques après avoir sapé la tradition religieuse, En dépit de Le cenaure officielle et malgré les efforts de la police, feuill clandsstines, libelles, gatires et chansons politiques se mul. tiplient qui trouvent partout des iecteurs,. Quant aux penseu réfléchis, dont l’action s'exerce surtout aur la bourgeoisi laquelle, banquier de l'Etat, s'intéresse aux affaires publ Als sont unanimes à proclamer qu’il convient de substituer de: règles simples et élémentaires, tirées de la raison et de la. doi notureille, aux coutuwses compliquées et traditionnelles « régissent leur société, Ces théories, éminemment destruetti des inetitutions séculaires dont 11 faut faire table rase, À intellectuels les trouvent dans les ouvrages de MONTESQUIEU. l'inatruisent, dans les pamphlets de VOLTAIRE Qui les omusent ou 168 in nt, dans les livres passionnés de ROUSSEAU qui les émeuvent et les enthousiasment. ï
Aînsi ee crée un Stat d'esprit volontiers rsilleur critique, Il s#st endigué certes par les réalités conserva ces, principalement 1’ettecherent à la royauté, miis le pe cèdant fréquemment à la sournoîise opposition, tolérait la. pagande nouvelle, Aussi fut-elle efficace en France, où 1 vernement était impuissant à diriger L'opinion, et à plus raïson, à la réprimer. À sa place, ies novateurs spporten: la Révolution une doctrine et un but. Ils rendent manifes la décomposition de la gociéts et illustrent les idées qui étaient skors répandues partout dans le monde.
“ilaie Le a Français du XVLlle subissaient l’impule - “qui avait fait de leurs ancétres les seseurs par exceilen “de la civilisation moderne/ Ils renouvelaient, selon l’e
‘artistes, savaient accomplie pour li’humanité au lioyen Age ‘Renaissance et au XVile. Ile seccgmplissaient pour le peu ‘ce que leurs pères avaient acoompli pour l'Etat et conttn fainai d'exercer sur l’Europe cette pee in toire serblait leur avoir destinée * (1). É
Le 11 appartenait enfin su gouvernement, par une de: - nière faute, de provoquer cette Révolution, fille @4jà des es. Un arrêt du Conseil Gu 5 Juillet 1788, pris sous Le # tère de Loménie de Brienne sollicitait les avia de tous les mes éclairés, invités à proposer leur programme de réformes, porte est Alnsi ouverte, toute grande, aux excès de l’intel
(1) A. Sorel — l’hurope et la Révolution françuise, I. p.538
gence” par le pouvoir qui réolawe lui meme les pamphlets, Il ui répondirent, nombreux, paraissant, souvent lies plus viol comme À: brochure de Siéyès, avec l’encouragement des autori et ciroulant avec leur permission. Jamsis plus belle ocos810 ne fut offerte aux esprits subversifs. 5