‹ La propagation du Christianisme dans les trois premiers siècles d'après les conclusions de M. HarnackChapitre 5 sur 9 · EUSÈBE, VIII, I · texte numérisé non relu

EUSÈBE, VIII, I

ses fidèles d'entrer dans l'armée. Sous Marc- Aurèle, la douzième légion (Julminata) comptait un grand nombre de chrétiens (1); elle devait fournir plus tard les quarante martyrs de Sébaste. TertuUien s'efforce vainement de glorifier un soldat qui avait refusé, comme entaché d'idolâtrie, la couronne militaire : de son traité même il ressort que le cas était exceptionnel et fut blâmé par les camarades (2). A Alexandrie, le soldat qui conduit au martyre la vierge Potamienne (202 ou 203) était gagné au Christ ; sous Dèce, tout un peloton qui gardait les fidèles devant le tribunal se trouvait composé de chrétiens (3) — et naturellement on ne les avait pas choisis. La persécution de Dioclétien débute par une épuration en masse de l'armée ; quelques années plus tard, Licinius fit de même avant sa dernière lutte contre Constantin (4). La masse des soldats chrétiens parut demander ces mesures spéciales de sécurité ; mais inversement, elle permit bientôt à Constantin d'arborer la croix sur les étendards.

En résumé, le Christianisme n'a jamais été, à la différence du culte de Mithra, la religion des

(1) Apollinaire et Tertullien, dans Eusèbe, V, 5. Le fait est facile à comprendre, si l'on songe qu'elle se recrutait dans la région de Mélitène déjà fortement christianisée.

(2) Tertullien, De la couronne du soldat^ i.

(3) Eusèbe, VI, 5, et VI, 41, 22 (d'après Denys d'Alex).

(4) Eusèbe, VII, 1 ; VIII, 4 et X, 8.

camps, et ce n'est pas par les soldats qu'il s'est répandu. Mais les chrétiens furent nombreux à l'armée et, comme ils y étaient plus exposés, on s'explique le nombre considérable des soldats martyrs. Il se trouva aussi un certain nombre d'apostats : à Alexandrie, ils formaient une classe spéciale de pénitents (1).

Les femmes, qui ont joué un si grand rôle dans les églises primitives, devaient être un puissant instrument de propagande. On a vu que les Actes mentionnent beaucoup de femmes converties ; ils parlent comme d'une personnalité importante de Priscille, femme d'Aquila (xvm, 2 et 26). Saint Paul se préoccupe des mariages mixien (l Cor. y vu, 12), de la tenue des femmes dans les assemblées (Ibicl., xi, 5) ; les salutations qui terminent ses épîtres comprennent souvent des noms de femmes : il y en a huit dans l'Epître aux Romains contre dix-huit hommes. De bonne heure il y eut un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses : celles-ci sont mentionnées dans la lettre de Pline. Les Apologistes se vantent que la plus humble femme chez les chrétiens parle mieux des choses divines que les plus grands philosophes ; on trouve des femmes à Técole de saint Justin et d'Origène. Parmi les hérétiques, elles

(1) Saint Epiphane, Hérésie LXVIII, 2.

ôb LA PROPAGATION DU CHRISTIANISME

jouent le rôle de prophétesses (1), et l'on sait notamment quelle grande place elles occupent dans le mouvement montaniste.

Grand est le nombre des femmes illustres converties ou sympathiques au Christianisme. Citons seulement Domitille, la femme de Flavius Clemens ; Marcia, la favorite de Commode ; Julia Mammaea, mère d'Alexandre-Sévère, qui fit venir auprès d'elle Origène; Sévéra, femme de Philippe, avec qui le même Origène était en correspondance (2) ; enfin, la femme et la tille de Dioclétien étaient gagnées à la foi . Tertullien mentionne comme chrétienne la femme de Claudius Herminianus, gouverneur de Cappadoce (3) ; saint Hippolyte, la femme d'un gouverneur de Syrie qu'il ne nomme pas (4) ; Eusèbe, la femme du préfet de Rome sous Maxence, qui, nouvelle Lucrèce, préféra se donner la mort plutôt que d'être déshonorée (5). Tertullien a composé un traité spécial sur le luxe des femmes riches et l'on sait comment, sous le pape Calliste, se posa la question du mariage des femmes clarissimes. Les persécutions ne firent pas de distinction entre hommes et femmes : c'est pourquoi le nombre des femmes

(1) Saint Irénée, 1, 13, 2 et 7 ; Tertuluen, Prescription contre les hérétiques, 41.

(2) Eusèbe, vi, 21 et 36.

(3) Tertullien, Lettre à Scapula, 3.

(4) Saint Hippolyte, Commentaire sur Daniel^ iv, 18.

(5) Eusèbe, viii, l.

martyres est relativement si élevé. Le dernier persécuteur, Licinius, avait même jugé bon d*édicter des mesures spéciales à propos du culte et de l'instruction religieuse des femmes (1). Au total, au moins dans les classes élevées, le nombre des femmes gagnées au christianisme fut supérieur à celui des hommes. Le décret de Calliste permet aux femmes nobles qui ne peuvent trouver un époux de leur rang, de contracter une union illégale avec un esclave. Le concile d'Elvire constate que l'abondance des jeunes filles est un prétexte pour les mariages mixtes (propter copiam puellarum, can. 15) — ce qui n'empêche pas d'ailleurs le concile de les interdire.

De ce bref aperçu une conclusion ressort évidente, c'est que le Christianisme n'a jamais été la religion d'une caste, mais au contraire que, répandu dans tous les rangs et toutes les classes, il aconstitué de bonne heure une véritable puissance sociale.

(1) EusÈBE, Vie de Constantin, i, 53.

Il nous reste, pour mesurer la force du Christianisme, à chercher sa diffusion relative dans les diverses parties de l'Empire, à dresser, en un mot, là carte de son expansion territoriale. A ce travail de minutieuse érudition, M. Harnack consacre son dernier chapitre (p. 70-262), mettant en oeuvre pour cela, outre les détails épars chez les historiens, les inscriptions chrétiennes malheureusement peu connues ou mal datées et enfin les signatures des évoques, surtout au concile de Nicée(l). Il est bon de se souvenir aussi que nos documents sont rares et fragmentaires, ce qui fait qu'il y avait certainement, dès avant Nicée, des chrétientés et même des évêques dans bien des en- Ci) Le concile est de 325, il est vrai ; mais on peut l'utiliser comme représentant un état de choses plus ancien, puisque le règne de Constantin n'a guère amené, du moins en Orient, la création de nouveaux évêchés.

droits où on ne peut pas en faire la preuve. La remarque est de M. Harnack (p. 70) : plus que jamais nous la faisons nôtre en essayant d'esquisser, d'après ses conclusions, l'histoire du Christianisme dans les provinces.

La Palestine, qui fut le berceau du Christianisme, ne devait pas lui donner un grand développement. En dehors des premières missions racontées par les Actes, nous savons qu'il y eut à Jérusalem une communauté de Juifs convertis, gouvernée d'abord par les Douze, puis par Jacques « frère du Seigneur ». Lors du siège de la ville par Titus, ils émigrèrent au delà du Jourdain, où leurs frères de Galilée et deSamariene tardèrent pas à venir les rejoindre — ce qui suppose évidemment un petit nombre. Dans ces régions de Damas et de la Décapole, les Judéo-chrétiens menèrent une vie de plus en plus chétive et oubliée: Justin les estime déjà moins nombreux que les convertis du paganisme ; à peine un siècle plus tard, Origène en évalue le nombre à moins de 144.000 (1). La colonie romaine d'^lia Capitolina bâtie sur les ruines de Jérusalem n'eut jamais grande importance: elle eut cependant bientôt une communauté de païens convertis, qui reçut un évêque dès 13G ; mais elle ne devait prendre un peu de relief qu'avec l'évêque Alexandre, au

(I) Saint Justin, Première Apologie, 53 ; Origènk, Commentaire de saint Jean, l, i.

début du m® siècle. La vie politique et religieuse s'est transportée à Césarée : la population chrétienne y est considérable et le séjour d'Origène devait en faire une seconde Alexandrie ; Eusèbe y mentionne de nombreux martyrs sous Dioclétien et il signale, sans les nommer, les chrétientés dans le voisinage. A Nicée, nous trouvons 18 évêques de Palestine. En revanche, il n'y avait presque pas de chrétiens à Tibériade et dans la région voisine, devenue la citadelle du rabbinisme (1). Il n'y en avait guère davantage au midi de Jérusalem : Févêque de Gaza réside en dehors de la ville, d'où il gouverne sa petite communauté ; à la fin du iv« siècle, Févêque Porphyre n'y trouve que 127 chrétiens, cependant qu'aux portes de la ville des villages entiers sont encore païens. Au temps de Julien, Ascalon et Anthédon sont en majorité païennes (2).

D'où il résulte que, le Judaïsme régnant au Nord et le paganisme se maintenant au Midi, on ne saurait parler d'une christianisation effective de la Palestine avant Constantin : encore les efforts de Fempereur y ont-ils rencontré peu de succès. Le Christianisme se répandit surtout dans les villes grecques ; mais, sauf à Césarée, il ne paraît pas y avoir été très puissant.

La situation est à peu près la même en Phéni-

(1) Saint Epiphane, Hérésie^ xxx, 4 et 11.

(2) Eusèbe, viii, 13; Sozomene, vu, 15; Marc, Vie de Porphyre.

cie. Les Actes parlent de chrétiens à Tyr, à Sidon, à Ptolémaïs ; dès le m® siècle, Tyr est une métropole et Eusèbe y compte de nombreux martyrs : la province envoie 11 évêques au concile de Nicée. Mais l'évêque d'Émèse, comme celui de Gaza, doit résider hors de la ville ; Héliopolis reçut de Constantin, après 325, son premier évêque et sa première église; au iv« siècle, le paganisme y était encore prépondérant (1). En somme, le Christianisme a pénétré dans les villes grecques de la côte ; mais l'intérieur reste en masse païen, et le m® siècle paraît même avoir rendu un nouvel élan aux vieux cultes nationaux. Les pays syriens reçurent l'Évangile dès la première heure : c'est à Antioche que les fidèles reçurent le nom de chrétiens et commencèrent à se soustraire aux usages mosaïques — signes précurseurs du grand rôle que la riche métropole devait jouer dans les premiers siècles. Eusèbe nous a conservé la liste de ses évêques, parmi lesquels le martyr saint Ignace, l'apologiste Théophile, Sérapion dont les écrits sont aujourd'hui perdus. Son école théologique, avec Dorothée et Lucien, est déjà illustre au iii« siècle. En 251, à propos de la question novatienne, un concile est convoqué à Antioche, où est invité Denys d'Alexandrie et où devaient se réunir des évêques de presque tout

(1) Eusèbe, viii, 13 ; Vie de Constantin, m, 58 ; TuûoooaBT, Ilist, eccL, IV, 19.

rOrieat, depuis la Bithynie et le Pont jusqu'à la Mésopotamie (1). A quelque temps de là, le fameux évêque Paul de Samosate peut y prendre les allures d'un prince : des trois synodes réunis pour le condamner, le dernier comptait de 70 à 80 évêques. Ces faits attestent l'importance politique et religieuse de l'Église d'Antioche. Sa population est considérable : vers 320, il y a plusieurs églises dans la ville ; et puisque, au temps de Julien, les chrétiens forment la majorité, puisque saint Jean Ghrysostome prêcha dans une ville toute chrétienne, on peut induire que leur nombre était déjà très grand au début du iv« siècle.

La région voisine fut fortement évangélisée : le prêtre Lucien d'Antioche, qui parle de « villes entières » gagnées à la foi, était guidé par les souvenirs de son pays ; Eusébe nous dit que, dans la dernière persécution, les prisons regorgeaient de membres du clergé (2) ; à Nicée, on compte 20 évêques et 2 chorévêques, à peu près également répartis dans toute la province, ce qui fait croire à une extension uniforme du Christianisme.

Autour d'Antioche, politiquement et religieusement, ont toujours gravité l'île de Chypre et la province de Cilicie. Chypre, évangélisée par Paul

(1) Denys d'Alexandrie dans Eusèbe, vi, 46 et vu, 5.

(2) Eusèbe. viii, 6.

et Barnabe, envoie à Nicée 3 évoques — et ils n'y étaient pas tous : ce qui suppose, dans cette île qui n'était pas très grande, une forte organisation chrétienne. La Cilicie eut les prémices de l'apostolat de saint Paul, à Tarse, sa patrie. Depuis, l'histoire du Christianisme y est peu connue ; mais, au milieu du m® siècle, on voit apparaître Hélénus à la tête d'une métropole qui compte de nombreux évêchés. A Nicée, furent présents 5 évêques et 1 chorévêque de Cilicie : c'est une preuve suffisante d'un haut degré de christianisation.

D'Antioche le Christianisme se répandit en Orient, surtout dans l'État indépendant d'Osrhoène. Dès le milieu du ii^ siècle, nous y trouvons une littérature chrétienne en langue syriaque ; vers 190, à propos de la question pascale, il y a assez d'évêques pour tenir un concile ; quelques années après, le roi Abgar lui-même est chrétien avec toute sa cour (1). Edesse était peutêtre la plus chrétienne des grandes villes avant Constantin. Il y avait aussi des chrétiens à Nisibe et dans les autres villes, qui fournissent cinq évêques au concile de Nicée ; mais à Carrhes, la Lune conserve ses autels et ses adorateurs : Silvia déclare ne pas y avoir rencontré un seul chrétien à la fin du iv« siècle (2). Edesse fut un centre

(1) EusÈni-, V, 23, 1 ; Bardesanes dans Eusèbe, Préparation éoangélique, vi, 10.

(2) Peregrinatio SUviae, 20 ; Théodoret, //f>f. eccL, vi, 15.

d'apostolat pour les pays orientaux, pour la Mésopotamie notamment et la Perse, où Denys d'Alexandrie (vers 250) signale des églises et Eusébe des martyrs. Malheureusement les origines du Christianisme dans l'Empire perse sont incertaines ; mais la sanglante persécution de Sapor, au iv« siècle, permet de supposer une assez grande extension de l'Église dès le m®. Les Actes apocryphes de saint Thomas attestent, pour le 111° siècle, l'existence de communautés chrétiennes au nord-ouest de l'Inde.

Au sud de la Palestine et de la Mésopotamie, dans ce vaste pays peu romanisé qu'on appelait l'Arabie, il y eut seulement quelques chrétientés dans les principales villes. Origène y assiste au moins à deux conciles provinciaux ; auparavant, il avait été défendu lui-même par un concile d'évêques arabes ; vers 240, l'évêque Bérylle de Bostra nous est connu par ses écrits et ses erreurs christologiques (1) ; il y avait à Nicée 6 évêques d'Arabie. Plus tard seulement des efforts furent faits pour atteindre les nomades du désert.

L'histoire de l'église d'Egypte est absolument inconnue jusqu'en 180, époque où elle nous apparaît en pleine vie avec une organisation ecclésiastique complète et sa célèbre école théologique. Pour la période antérieure, on sait seulement que là s'exerça l'activité des gnostiques Basilide et

(1) EusÈBE, VI, 20 et 37 ; Saint Jérôme, E pitre xxxm, 4.

Valentin. Eusèbe rapporte que saint Marc aurait apporté le Christianisme à Alexandrie et qu'il y aurait fondé « des églises » (1). De ses successeurs, on n'a conservé que les noms. En 202, sous Septime Sévère, le même historien signale des « myriades » de martyrs — le chiffre est évidemment excessif — dans l'Egypte et dans toute la Thébaïde (2). A la fin de sa vie (vers 230), Démétrius réunit des conciles contre Origène. Depuis, la correspondance malheureusement mutilée de saint Denys d'Alexandrie, les nombreux martyrs mentionnés par Eusèbe, les libelli d'apostats retrouvés aujourd'hui dans d'infimes villages, le développement du monarchisme, tout atteste que, vers le milieu du m® siècle, l'Egypte est un des pays qui comptent le plus de chrétiens. A Nicée, il y eut 22 évoques égyptiens ; en 339, saint Athanase compte 100 évêques en Egypte : il ne devait y en avoir guère moins en 325 (3). Il est difficile de risquer une statistique de la population chrétienne en Egypte ; mais on peut dire que, depuis longtemps, elle était supérieure au nombre des Juifs et que, au début du iv^ siècle, elle devait s'élever à plus d'un million.

(1) Eusèbe, ii, 16. On remarquera ce pluriel : Alexandrie est déjà comme une province.

(2) EusÊDE, VI, l et 2.

^3) Apologie , contre les Ariens, 1 et 71. Il faut d'ailleurs ne pas ouolier qu'en Éijypte surtout les listes éuiscopales ne donnent qu'une idée très incomplète de la situation du Christianisme ; car on sait

3ue beaucoup d églises étaient gouvernées par des prêtres et des iacres.

Dans la Pentapole, saint Irénée signale des églises à la fin du ii« siècle au;"milieu du iii% Denys d'Alexandrie y connaît un métropolitain (1), ce qui suppose plusieurs évêchés. Origène signale quelques infiltrations apostoliques chez les premiers Ethiopiens (2).

Plus encore que l'Egypte, l'Asie Mineure est le pays chrétien par excellence. Elle fut dès le premier jour traversée par les apôtres : Pierre et Paul y sont passés ; Jean s'est fixé à Éphèse ; on se souvient en Phrygie des filles de Philippe. Saint Ignace y salue de nombreuses et florissantes communautés : nous y connaissons plus de vingt églises avant Trajan. Dans le Nord, pour la Bithynie, nous avons le témoignage de Pline, qui se plaint de trouver le christianisme répandu jusque dans les campagnes et dans toutes les classes de la société. Au cours du ii® siècle, les documents nous permettent de compter 14 nouvelles villes chrétiennes, et ce chiffre est certainement de beaucoup au-dessous de la réalité. Dans l'Asie proprement dite, Éphèse se prévaut des plus vénérables souvenirs chrétiens, que Polycrate oppose à ceux de Rome lors de la querelle pascale ; Smyrne est illustrée par saint Polycarpe ; Sardes par l'apologiste Méliton. En Phrygie, l'explosion

(1) Dans EusÊBE, vu, 26.

(2) Série de commentaires de saint Matthieu, 39.

du Montanisme, vers la fin du ii° siècle, atteste la vitalité de la foi dans ces régions : de nombreux conciles se réunissent pour condamner la nouvelle erreur. Entre 230 et 235, deux synodes tenus à Iconium et à Synnada, à propos du baptême des hérétiques groupent des évoques de toute l'Asie Mineure ; et l'on sait quelle part importante devait prendre à cette querelle, quelques années plus tard, Firmilien, le célèbre métropolitain de Césarée en Cappadoce. En Phrygie et dans les provinces voisines, le Christianisme s'étale ostensiblement dans les inscriptions : Denys d'Alexandrie dit, en parlant de ces régions, qu'elles possèdent « les églises les plus populeuses (1) ». Toujours à cette époque, le merveilleux apostolat de saint Grégoire le Thaumaturge, à Néocésarée dans le Pont, prouve avec quelle rapidité le Christianisme s'implantait dans ces provinces.

Au début du iv« siècle, Nicomédie, la résidence impériale, et la cour elle-même sont remplies de chrétiens ; en Phrygie, une ville entière est chrétienne et tous ses habitants sont mis à mort; à Amasée dans le Pont, ville de second ordre, on signale plusieurs églises ; enfin Maximin luimême, dans ses édits de persécution, lorsqu'il constate que « presque tous les hommes » sont passés au Christianisme, est certainement frappé

(1) Dans EusÈBE, vn. 7,

par les pays qui l'entourent (1). Tous ces faits sont autant de preuves d'une christianisation à peu près complète de l'Asie Mineure. Ces contrées furent représentées par une centaine d'évêques au concile de Nicée ; et le seul fait qu'une province sauvage et reculée comme l'Isaurie pût en envoyer 13 et 4 chorévêques suffit à révéler une extension considérable du Christianisme. Il y avait des évêchés jusque sur l'extrême côte septentrionale du Pont Polémiaque, tout à fait à l'est de la mer Noire, d'où plus tard la foi devait pénétrer chez les peuplades géorgiennes. Enfin, au delà des frontières romaines, fait beaucoup plus important, le royaume indépendant d'Arménie, évangélisé au in^ siècle par saint Grégoire l'Illuminateur, était officiellement chrétien .

A partir d'ici, il ne faudra plus guère compter sur les signatures du concile de Nicée, où se trouvèrent peu d'évêques occidentaux ; ce qui fait que les renseignements deviennent de plus en plus rares. La péninsule balkanique est spécialement mal connue : la Thrace devait compter de nombreuses églises avant 325 ; les communautés de Corinthe et de Thessalonique furent toujours florissantes ; les autres nous sont peu connues, faute d'hommes éminents. Nous savons cependant par Méliton que l'empereur Antonin adressa des édits aux villes de Thessalonique, d'Athènes et

(1) EusÈBE, viir, 2 et ix, 9 Vie de Constantin, u, 1, 2.

de Larisse pour interdire les émeutes contre les chrétiens (1), preuve qu'il ne faut pas trop rabaisser le nombre des fidèles dans ces régions. En somme, M. Harnack accepte pour la fin du in« siècle le chiffre des évêchés donné par Mgr Duchesne pour une époque postérieure : 3 dans l'Eubée, 1 en Attique, 10 dans la Grèce du Nord, 7 dans le Péloponnèse. Il y avait aussi des chrétiens dans les îles grecques : les évêques de Rhodes, de Cos. de Lemnos et de Corcyre étaient présents à Nicée ; Denys de Corinthe, au ii« siècle, écrivait aux églises de Gortyne et Knosses en Crète ; les inscriptions attestent des chrétiens et des martyrs un peu partout.

Dans les provinces qui longent le Danube : Mésie, Pannonie et Norique, le Christianisme pénétra plus tardivement. Cependant elles fournissent d'assez nombreux martyrs dans la dernière persécution et trois évêques assistèrent au concile de Nicée ; mais Eusèbe remarquait encore de son temps que ces communautés étaient «jeunes » (2). Au delà du Danube, les Goths commencèrent à être évangélisés avant la fin du m' siècle par des prisonniers chrétiens qu'ils avaient emmenés, en 258, lors d'une invasion en Cappadoce.

Les débuts de l'Évangile en Occident sont dans une grande obscurité. Rome reçut la foi dès les

(1) Eusèbe, iv, 26.

(2) Vie (le Constantin, iv, t3.

premiers jours de l'ère apostolique : saint Paul signale dans son sein plusieurs communautés (1) ; sous Néron, une « grande multitude » de ses fidèles souffrent le martyre ; sous Domitien, elle a gagné des membres de la famille impériale ; en 170, Denys de Corinthe la félicite de sa charité déjà proverbiale (2). Il ressort des Actes de saint Justin qu'un seul lieu de réunion ne suffisait plus pour les fidèles ; bientôt après, le pape Soter, évidemment impressionné par ce qu'il avait sous les yeux, déclare le nombre des chrétiens supérieur à celui des Juifs. Sous Commode, les conversions se multiplient, surtout dans les rangs élevés ; c'est aussi le temps où l'on voit abonder à Rome les écoles théologiques, hérétiques ou orthodoxes. Au milieu du iii^ siècle, le pape Fabien partage la ville en sept régions qu'il confie à autant de diacres ; Dèce se déclare plus effrayé par la présence d'un évêque à Rome que par l'apparition d'un rival. En 251, le pape Corneille écrit que son église compte 155 membres du clergé et qu'elle entretient 1.500 veuves ou pauvres (3), ce qui porte au moins à 30.000 le nombre des fidèles, et peut-être devrait-on dire 50.000, c'est-à-dire entre 3 0/0 et 5 0/0 de la population totale : ces chiffres ont au moins doublé de 251 à 312. Dès

(1) Rom., XVI ; Philipp., iv, 22.

(2) Dans Eusèbe, iv, 23.

(3) Eusèbe, vi, 43.

lors, les papes commencent à organiser les titres paroissiaux. Vers 300, au dire de saint Optât, il y avait à Rome plus de quarante basiliques. Enfin Eusèbe rapporte que Maxence, au début de son règne, aurait feint de l'amitié pour les chrétiens afin de plaire au peuple de Rome (1) ; mais comme le tyran a bientôt changé de conduite, peut-être ne faut-il pas attacher trop d'importance à ce témoignage. On sait d'ailleurs que la masse de l'aristocratie resta longtemps encore païenne.

Pour le sud de l'Italie, nous avons, outre les inscriptions et les actes des martyrs, les signatures de 19 évêques au synode de Rome en 313. Nous savons surtout que le pape Corneille réunit, contre Novatien, en 250-251, un concile auquel prirent part 60 évêques, tous italiens (2). D'où l'on peut sans exagération évaluer à une centaine d'évêchés le domaine patriarcal de l'évêque de Rome en 250. Ce nombre a dû croître notablement dans la suite et l'on peut croire que, au début du iv« siècle, chaque ville quelque peu importante avait son évêque. Il n'en est pas de même dans l'Italie du Nord, où le Christianisme a pénétré tard et lentement. Le premier évêché de Piémont est fondé après le milieu du iv« siècle ; au concile de Sardique, en 343, l'évêque de Ravenne est le douzième titulaire de son siège, ce qui permet de

(1) Eusèhe, VIII, 11.

(2) Eusèbe, vi, 43 .

conclure avec vraisemblance que cet évêché date de la fin du ii* siècle. D'après des indices analogues, le siège de Milan remonterait à la première moitié du iii« siècle ; celui d'Aquilée, à peine avant la persécution de Dioclétien.

L'Afrique était avec Rome en rapports trop faciles et trop constants pour ne pas en recevoir bientôt l'Évangile. Cependant son histoire nous est absolument inconnue avant les martyres de 180, qui attestent la présence de chrétiens à la fois à Carthage et en Numidie. A la fin du ii« siècle, TertuUien parle de Carthage comme d'une église florissante et il signale des communautés jusqu'en Maurétanie. Au début du iii« siècle, Agrippinus peut réunir un concile de 70 évêques ; sous Donatus, le prédécesseur de saint Cyprien(l), nouveau concile à Lambèse, qui groupe 90 évêques. Cyprien lui-même a les allures et l'influence d'un homme d'Etat : il gagne de nombreux prosélytes et, sous Dèce, les apostasies se comptent par milliers ; son église est assez riche et populeuse pour lui fournir dans une seule souscription la somme de 100.000 sesterces (de 20 à 25.000 francs) (2). A propos de la controverse sur le baptême des hérétiques, plusieurs synodes réunissent de nombreux évêques ; pour le concile de 256-257, nous avons le nom de 87 évêques avec leurs sièges, qui s'é-

(1) Saint Cyprien, Ëpitre lxxi et ux, 10.

(2) Saint Cyprien, Épitre lxii.

chelonnent dans toutes les provinces, inoins nombreux seulement en Maurétanie. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les adversaires n'étaient pas présents — et ils étaient un grand nombre (plurimi) au dire de saint Cyprien — ce qui permet d'admettre environ 150 évêchés. Jusqu'en 303, le nombre des chrétiens en Afrique suit une progression géométrique : la persécution de Diodetien y fit un grand nombre de martyrs et d'apostats ; au temps de Constantin et du schisme donatiste, le Christianisme était la religion de l'Afrique (1) et ne devait pas compter moins de 250évêques. Seule l'Asie Mineure peut être comparée à l'Afrique pour l'extension et la densité du développement chrétien.

L'origine de l'église d'Espagne est aussi peu connue que celle d'Afrique. Au cours du ii® siècle, saint Irénée et Tertullien y signalent des chrétientés, sans autre indication; plus tard, saint Cyprien nomme les communautés de Léon, Astorga, Mérida, Saragosse et parle d'un synode des évêques espagnols; les Actes des martyrs nous montrent des chrétiens dans les principales villes. Pour compléter ces renseignements, nous avons les actes du concile d'Elvire (303), signés par 19 évêques et de nombreux prêtres répartis dans toutes les provinces, et dont les décrets révèlent une vie chrétienne très intense.

(1) Edit de Constantin rapporté [).ir Eusèub, x, 5, 18.

En Gaule, la partie méridionale et la vallée du Rhône durent recevoir la foi au plus tard vers le milieu du ii® siècle : on peut l'induire pour Marseille ; on en est sûr pour Vienne et Lyon, grâce à la précieuse lettre que ces églises adressent à leurs frères d'Asie lors de la persécution de 177. D'ailleurs la communauté devait être petite, puisqu'on ne mentionne que 49 victimes et que l'on pouvait, en appendice, joindre la liste des survivants aujourd'hui perdue. Un peu plus tard, saint Irénée signale des chrétiens parmi les Celtes ; abstraction faite des légendes sans autorité, il devait y avoir, dès cette époque, des chrétiens dans les grandes villes, qui d'ailleurs étaient rares en Gaule. A propos de la querelle pascale, d'après Eusèbe, saint Irénée aurait réuni en synode les évêques dont il était le chef (1) : M. Harnack se donne ici le luxe d'être plus conservateur que Mgr Duchesne, en admettant dès la fin du 11^ siècle Texistence de plusieurs évêchés (p. 226). Dans la suite, les progrès furent lents : la passion de saint Saturnin parle d'une « marche tardive » de l'Évangile et elle ne connaît que de « rares églises, qui groupent dans quelques villes des chrétiens peu nombreux ».

Dans l'Ouest et le Nord, le Christianisme ne s'est guère répandu qu'au iv« siècle, grâce surtout à l'apostolat de saint Martin: Tours n'avait pas

(1) Eusèbe, v, 23.

d'église avant Constance ; Trêves n'est érigé en évêché qu'à la fin du iii« siècle, et encore jusqu'en 366 une seule église suffisait à contenir les membres de la petite communauté (1) ; pendant tout le IV® siècle, la ville est encore en majorité païenne. Et ce qui est dit de Trêves vaut pour la Gaule entière (excepté le Midi et la vallée du Rhône), où le Christianisme n'a régné en maître qu'à partir du v« siècle. Cependant, dès la fin du iv« siècle, d'après surtout les conciles d'Arles (316) et de Rome (313), nous connaissons l'existence de vingt évêchés ; dans la Narbonnaise, Vienne, Arles, Marseille, Vaison, Nice, Orange, Apt, Toulouse ; dans la Lyonnaise : Lyon, Autun, Rouen, Die, Paris, Sens; dans l'Aquitaine : Bordeaux, Eauze, Mende, Bourges ; dans la Belgique : Trêves, Reims. Il résulte aussi des travaux de Mgr Duchesne qu'il y avait des chrétientés dans vingt-deux autres villes (2), mais dans la plupart sans doute pas encore d'évêques. Cependant, puisqu'une petite ville comme Die avait son évêque, il faut croire que les sièges épiscopaux étaient déjà plus nombreux que Tes documents ne nous permettent de le démontrer. Le fuit aussi que Constantin, dans son dernier séjour en Gaule, ait été impressionné et finalement converti par

(1) Saint Atiianasb, Apologie à Constance, 15.

(2) Ce sont Angers, Auxerre, Beauvais, Chàlons, Chartres, Clermont, Digne, Embrun, Grenoble, Langres, Limoges. Metz, Nantes, Nnrbonne, Noyon, Orléans, Scnlis, Soissons, Toul, Troyes, Verdun, Viviers.

le Christianisme nous avertit de n'en pas trop diminuer l'importance.

Saint Irénée signale des églises en Germanie, sans autre indication de lieu. Nous savons seulement que l'évêque de Cologne assistait aux deux conciles de Rome et d'Arles ; mais sa communauté devait être chétive, puisque, en 355, elle n'avait encore qu'une seule petite église (1). Dans la Germanie inférieure, peut-être l'évêché de Tongres est-il antérieur à Constantin ; dans la Germanie supérieure, nous n'en trouvons pas un ; en Rhétie, des communautés sont attestées à Augsbourg et à Ratisbonne. Mais dans un recensement des provinces ecclésiastiques fait par saint Athanase, la Germanie n'est pas nommée (2). Il y avait aussi peu de chrétiens en Angleterre : peut-être quelques missionnaires y avaient-ils pénétré vers la fin du 11^ siècle; nous connaissons des martyrs sous Dioclétien et trois évêques anglais présents au concile d'Arles. Mais il faut attendre le iv« siècle pour que le Christianisme pénètre en masse dans la Grande-Bretagne.

Il est donc clair que le Christianisme est inégalement réparti dans les provinces ; mais on le trouve partout. Cette universalité ressort davantage encore si on la compare à l'extension du

(1) Ammien Marcellin, XV, 5, 31.

(2) Saint Athanase, Apologie contre Les Ariens, i. Mais, au temps de saint Hilaire (358-359), l'organisation ecclésiastique est déjà terminée en Germanie.

culte de Mithra (1). M. Harnack adopte ici les conclusions de M. Franz Cumont, d'où il ressort que le mithracisme resta toujours à peu près nul en Orient et que, s'il fit en Occident des progrès rapides et considérables, ce fut surtout dans les confins militaires de l'Empire. La faveur même des empereurs du iii« siècle, qui voulurent en faire comme un abri commun pour tous les cultes défaillants du paganisme, ne devait lui assurer qu'un éclat factice et éphémère. Ainsi le culte de Mithra, même élevé au rang de religion officielle, n'a jamais été et ne pouvait pas être un rival sérieux pour le Christianisme.

Dans les textes et les faits précédemment analysés peut-on trouver les éléments d'une statistique? M. Harnack ne le pense pas, d'autant qu'on est insuffisamment fixé sur la population de l'Empire au commencement du iv^ siècle. Aussi bien les évaluations risquées par les divers auteurs divergent considérablement : les uns évaluent le nombre des chrétiens à un douzième ou seulement à un vingtième de la population totale, tandis que d*autres parlent d'un cinquième ou même de la moitié.

IIaunack, p. 270-276. On peut négliger la propagande, d'ailleurs connue, des sectes liérétiques, qui exen;nient plutôt leur aposauprès des chrétiens déjà convertis. Jhid., p. 2G2-2WJ.

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Mais, à défaut de chiffres, on peut du moins essayer d'une classification des provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens. M. Harnack les partage en quatre groupes.

Le premier comprend les provinces où le Christianisme comptait près de la moitié des habitants et formait la religion dominante : ce sont l'Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. Le deuxième groupe se compose des provinces où le Christianisme a gagné une partie notable de la population, où il exerce une influence sur l'élite dirigeante et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule.

Un troisième groupe embrasse les provinces où le Christianisme était peu répandu, c'est-àdire la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Maurétanie et la Tripolitaine.

Enfin un quatrième groupe comprendrait les provinces et pays où le Christianisme est tout à fait clairsemé ou n'existe pour ainsi dire pas : ce

sont les villes de l'ancienne Philistie, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le centre et le Nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et le Norique.

On remarque aisément qu'il y a une grande différence pour le degré d'évangélisation entre l'Orient et l'Occident. Mais, à considérer l'ensemble, il n'est pas douteux que le Christianisme a pris une extension puissante; et comme il n'est pas restreint à une classe de la société, comme il a pénétré à la fois les villes et les campagnes, il s'impose comme un facteur importantde l'Empire. On admet généralement qu'il y avait 1.800 évêchés à la fin du règne de Constantin ; ce nombre un peu réduit peut représenter l'état de l'Eglise au commencement du iv« siècle : on ne se tromperait guère en supposant pour cette époque de 8 à 900 évêchés en Orient et de 6 à 700, en Occident. D'où il suit que le triomphe de l'Église était déjà virtuellement accompli et que Constantin n'a fait que le reconnaître (1).

Telles sont les conclusions de M. Harnack sur la propagation du Christianisme. Quoi qu'il en soit de certains détails qu'on pourrait discuter, il est facile de voir qu'elles coïncident dans l'ensemble avec celles de M. Paul Allard(;2). Il en

(1) Harnack, p. 27G-285.

(2) Dix leçons sur le martt/re. Preiin«îre et deuxième leix^ns. p. 10-72 (Paris 1905).

résulte qu'on peut regarder les faits ainsi établis comme incontestables: en les acceptant, nous serons donc à égale distance entre les négations tendancieuses et les affirmations intéressées, sur le terrain ferme de la vérité historique.

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