LES CAUSES
Après avoir suivi la propagation du Christianisme dans l'histoire et relevé les principaux traits qui caractérisent la rapidité, la puissance et l'étendue de son développement, il nous reste, pour être fixés sur la valeur du fait, à en rechercher les causes. C'est l'objet, dans l'ouvrage de M. Harnack, des deux premiers livres et de quelques fragments du troisième. L'idée qui s'en dégage est celle-ci : étant donné l'état intellectuel et social de l'Empire au i^'' siècle et, d'autre part, l'admirable fécondité de la religion chrétienne, le succès du christianisme était normal, tant il y avait, entre la doctrine et le milieu, d'adaptation et d'harmonie.
Le savant auteur consacre à développer cette thèse toutes les ressources d'une érudition aussi pénétrante qu'informée et un rare talent d'ex-
position ; mais on comprend sans peine comment un pareil essai de philosophie de l'histoire est presque fatalement destiné — toute question de loyauté étant d'ailleurs mise à part — à comporter au moins autant d'appréciation subjective que de données scientifiques. Facilement l'esprit de système risque de fausser la vue sereine des faits et le philosophe, en un mot, de faire tort à l'historien.
C'est ce qui est arrivé à M. Harnack plus d'une fois : aussi bien les critiques sérieux ontils dû faire, sur cette partie de son œuvre, d'importantes réserves que nous ne manquerons pas d'indiquer à notre tour. Dans l'ensemble cependant, il semble bien que nous soyons en présence d'une synthèse historique à la fois puissante et fidèle. En tout cas, nous gagnerons à connaître le système tel quel, à cause de l'hommage qu'il rend à la vitalité du Christianisme ; il sera facile d'apercevoir ensuite les postulats qu'il suppose et les lacunes qu'il révèle. Et peut-être, en définitive, dans cet exposé impartial comme dans les rectifications qu'il suggère, notre apologétique arrivera-t-elle à trouver son compte.