‹ La prophetie de DanielChapitre 15 sur 20 · APPARITION DE L' HOMME · texte numérisé non relu

APPARITION DE L' HOMME

protestants, et que les chrétiens se virent transformés, dans une certaine mesure, en un sacerdoce général, on ne trouva pas d'autres moyens que de substituer les princes au pape et aux évoques, pour chefs de la nouvelle société, car, même dans une république civile ou religieuse, il faut toujours des chefs pour gouverner et protéger le vaisseau contre les écueils. Remplacer, dans son gouvernement spirituel, une hiérarchie spirituelle par une hiérarchie politique est une déchéance, une absurdité qui devaient bientôt produire l'absence d'esprit religieux dans l'ordre religieux, et le désordre dans l'ordre civil et politique.

En général, les hommes d'État, sans conscience ou sans profondeur, ne veulent jamais profiter de cette longue expérience des siècles qui prouve que ce sont les principes et non les idées qui dirigent toute société ; qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, un principe posé amène toujours, fatalement, inévitablement les conséquences qui se déduisent de ce principe. Le principe fondamental, immuable sans lequel aucune société ne saurait exister longtemps, celui qui fut établi par le Créateur de tout ce qui existe, est le respect de l'autorité religieuse, de l'autorité civile et de l'autorité paternelle. Sans l'obéissance à l'autorité religieuse, on peut avoir un culte quelconque, des idées et des formes religieuses, mais il n'y a pas de religion vraie 'possible, c'est-à-dire qu'il manque la première base

LUTTE CONTRE LE RATIONALISME 4t'»l

sur laquelle puisse s'asseoir une société; sans l'obéissance à l'autorité civile, on peut avoir une forme politique provisoire quelconque, mais il n'y a pas de gouvernement fort, paisible, durable ; et sans l'obéissance à l'autorité paternelle, on peut aovir des liens de parenté, mais il n'y a pas de famille, c'est-à-dire de société morale, unie, honnête et patriotique. La nécessité du respect de ces trois autorités, bases fondamentales de toute société bien organisée, puissante et stable, n'a-t-elle pas été consacrée par l'expérience de quarante siècles?

Les hommes d'État du xvme siècle, plus ambitieux qu'honnêtes, plus despotes qu'instruits, devaient renouveler cette expérience en Europe, aux dépens des peuples et de leurs souverains. Les phénomènes produits par le rationalisme dans l'ordre religieux, se reproduisirent naturellement dans l'ordre politique et social, à peu près de la même façon.

La controverse sur les articles accessoires ou fondamentaux de la foi chrétienne devait emporter peu à peu, parmi les protestants, les vérités mêmes qui forment la substance du christianisme, et bouleversèrent l'Europe devenue rationaliste. Quand le rationalisme eut envahi toutes les chaires de l'enseignement, les universités, la littérature, et attiré dans son parti les plus hauts dignitaires de l'Eglise et de l'État, le peuple marcha naturellement dans

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