‹ La prophetie de DanielChapitre 16 sur 20 · APPARITION L>E I.' HOMME · texte numérisé non relu

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la même ornière. « Au xvnic siècle, dit Ranke, on suivit une direction étrangère au christianisme réel et positif, jusqu'à ce que l'irréligion eut envahi l'État et qu'un grand peuple en fut venu à prier dans le temple de la Raison. »

L'asservissement de l'Eglise au pouvoir civil dans les pays mêmes catholiques fut la première source de l'incrédulité générale. Entraînés par l'exemple des princes protestants, la plupart (1rs souverains s'arrogèrent en matière religieuse une autorité que n'avaient ni connue ni revendiquée leurs prédécesseurs du moyen âge. Séparés de l'Église par leurs mœurs dissolues, leurs passions et leur orgueil, ces princes, leurs ministres et cette tourbe de valets adulateurs qui, dans tous les rangs de la société, flattent le pouvoir temporel pour s'éviter une disgrâce ou se procurer des faveurs, devinrent plus ou moins incrédules, hostiles à l'Eglise, et de là surgit la propagation de l'incrédulité, du rationalisme et de la fièvre d'indépendance que nous rencontrons dans l'Europe entière. Les encyclopédistes de France, les illuminés de l'Allemagne, les despotes libres-penseurs de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal auraient exercé un empire moins funeste à la foi chrétienne et moins désastreux pour les sociétés modernes, si le pouvoir civil n'avait pas persécuté l'Église par la tyrannie morale et par celle du sabre.

La suppression des Jésuites en Portugal, en

France, en Espagne, à Naples, à Parme, à Malte, suppression à laquelle le pape fut ensuite forcé de donner son assentiment, n'est pas le seul acte tyrannique et violent qui soit à la charge duxvine siècle, il n'est pas le phénomène le plus frappant d'une époque où la lihre-pensée régnait en despote sur les souverains temporels, et la preuve de l'esclavage qui pesait sur l'Église. On connaît les luttes opiniâtres et toujours infructueuses que le Saint-Siège eut à soutenir dans ce siècle contre les cours bourboniennes pour établir des relations convenables avec Sa Majesté catholique d'Espagne, avec Sa trèsfidèle Majesté du Portugal, avec les Rois très-chrétiens de France, qui, de Fils bien-aimés de VÉglise, étaient devenus ses antagonistes et ses tyrans. Aussi, depuis près d'un siècle qu'ont commencé les grands châtiments politiques et providentiels des peuples et des souverains, les Bourbons ont-ils eu la plus grande part dans ces épreuves douloureuses qui frappent encore les sociétés européennes.

L'autel et le trône une fois lézardés par le mépris des principes sociaux, une révolution sanglante, issue de ce mépris, renversa bientôt les trônes coupables, abattit sinon l'autel, du moins les autels, et couvrit l'Europe de ruines de toutes sortes. « Si vous voulez révolutionner la France, disait Mirabeau, commencez par la déchristianiser. » En effet, quand on se révolte contre Dieu, ce n'est point pour se soumettre aux hommes. A la fin de la Ré-

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gencc, la dépravation des mœurs, commencée publiquement par Louis XIV, était à son apogée, elle avait presque détruit la foi en France; et, comme c'est elle qui donne le ton à tous les peuples civilisés, tous se conformèrent aux maximes de l'incrédulité élégante qui régnait dans cette contrée. On chassait, il est vrai, Voltaire et Rousseau, mais leurs écrits, ceux des encyclopédistes et d'autres semblables, restaient, étaient l'aliment intellectuel de tous ceux qui lisaient, et le bannissement des auteurs ne servait qu'à faire rechercher davantage leurs livres.

En Autriche, Joseph II faisait donner la schlague à un déiste bohémien qui attaquait les bases du christianisme, tandis que lui-même favorisait le déisme et l'athéisme. En Espagne, même contradiction entre les actes et les paroles; tandis que la religion était accablée de démonstrations d'honneur, les évoques étaient soumis aux plus rudes épreuves. L'histoire de la Savoie, depuis que ses ducs sont devenus rois de Sardaigne, n'est également qu'une suite d'hostilités contre Rome. Enfin, il n'est pas jusqu'aux duchés de Modène, de Parme, de Toscane et aux républiques de Venise et de Gênes qui ne voulurent singer les grandes puissances dans leur animosité contre le Saint-Siège et l'Eglise. Les princes ne se donnaient pas la peine de gouverner, pour mieux se livrer à leurs débauches, aux plaisirs de la chasse ou à leur in-

soueiance, comme c'était presque toujours le cas dans la seconde moitié du xvme siècle, se faisaient remplacer par des ministres tels que Choiseul, en France; Kaunitz, en Autriche; Pombal, Aranda kct Campomanes, dans la péninsule pyrénéenne ; Tanucci, à Naples, etc.; ces hommes funestes jetèrent les monarchies dans les plus honteux abaissements, l'Église dans la condition la plus affreuse, et l'Europe dans les plus épouvantables désordres.

Mais si la terrible révolution qui se préparait devait frapper l'autel, aussi bien que la société moderne, c'est que le clergé n'était point étranger à ces causes de dissolution générale. Depuis le sommet jusqu'aux derniers degrés de la hiérarchie ecclésiastique, les hommes d'église montraient souvent, en face du pouvoir, de la peur et de la lâcheté qu'ils décoraient du beau nom d'amour de la paix et de noble générosité. Ce respect excessif pour la force matérielle les rendit victimes de cette même force, et leur servilisme devant les princes, les ministres ou les fonctionnaires était d'autant moins excusable qu'il avait son origine dans une diminution de la foi, dans une nonchalance intellectuelle et physique, et l'amour du bien-être, qui avaient envahi une partie du clergé séculier et régulier. Les ennemis de la religion profitèrent de cette situation pour rendre odieux ou ridicules ces ministres insipides, sachant bien que la foule ne ii 30

fait point de différence entre les personnes et les choses, et qu'elle généralise tout, principalement le mal.

La révolution française était inévitable. Elle fait époque en histoire religieuse, comme en histoire politique, car elle amena dans la discipline de l'Eglise des changements considérables. En France, le clergé, destitué de son rôle politique, ne forma plus un des trois ordres du royaume; de même qu'en Allemagne, il n'y eut plus de princes-évôques, dès que les suites de la révolution s'y propagèrent. L'importance sociale du clergé étant le résultat de ses grandes propriétés foncières, la perte de celles-ci devait nécessairement entraîner la perle de cellelà; en un mot, l'influence des ministres de l'Eglise fut restreinte au seul domaine spirituel.

Rappelons-nous qu'aux périodes précédentes, jusqu'au xvie siècle, lorsqu'aprés une longue incubation, les peuples s'organisèrent en États politiques, les Etats avaient besoin du concours matériel, aussi bien que moral, de l'Eglise pour se constituer. En échange des fiefs qu'elle recevait de l'État, l'Église seule alors en possession du savoir, lui donnait en fief ses plus belles richesses intellectuelles. Mais depuis longtemps l'Eglise n'a plus besoin d'être, pour ainsi dire, matérialisée, afin de pouvoir remplir sa mission civilisatrice et formelles peuples à la vie sociale: en outre, comme aux [ttes de culture intellectuelle, l'esprit et l'orgueil

humains, se développant outre mesure, [ont toujours une disposition à diriger leurs attaques contre le dogme, l'Église a besoin de concentrer tous ses moyens de défense, toutes ses ressources et tous les soins qu'autrefois ses chefs avaient dû consacrer aux affaires civiles. A ce point de vue, la Révolution française est une catastrophe qui a tourné, elle aussi, à l'avantage de l'Église.

A l'Assemblée constituante de 1789, le clergé proposa, le 4 août, la suppression des dîmes et du casuel pour l'allégement du peuple. Cette générosité du clergé fut suivie de décrets dont le pape lui-même se montra très- touché. Quelques jours après, sur la proposition de l'archevêque de Paris, le clergé sacrifia aux besoins de la patrie tout l'or et l'argent qui n'étaient pas absolument indispensables pour le culte. Le 2 novembre, un décret inspiré par M.Talleyrand-Périgord,évêqued'Autun, confisqua tous les biens ecclésiastiques au profit de l'État. Enfin, le 13 février 1790, les couvents furent supprimés. Mais l'Assemblée nationale ne se contenta pas de ces mesures, elle voulut imposer au clergé une nouvelle constitution qui, tout en conservant les principes fondamentaux du catholicisme, modifiait sa constitution primitive, opprimait l'Église en grand, mais avait l'air de lui laisser en détail la liberté de ses mouvements.

Cette nouvelle constitution ecclésiastique était éminemment funeste à l'Église, et la plupart des

évoques et des prêtres refusèrent de lui prêter le serment qu'on exigeait d'eux. De là, conflit dans tous les diocèses. Les prêtres assermentés attaquèrent ceux qui n'étaient pas assermentés, et réciproquement; les fidèles ne considéraient généralement pas les premiers comme des prêtres réguliers, surtout lorsque quelques-uns crurent pouvoir se marier, et que le. pape eut frappé d'excommunication les prêtres assermentés et ceux qui participaient à la consécration d'un évêque constitutionnel. Finalement, l'abolition de la royauté, l'installation de la république, l'exécution de Louis XVI, la chronologie et le calendrier nouveau, l'établissement insensé du culte de la nature et de la raison, et la fermeture des églises complétèrent cette longue série d'opprobres et de persécutions dont l'Église était l'objet, en France, depuis Louis XIV.

L'histoire des martyrs de la Révolution nous rap* pelle des traits touchants et sublimes qu'on ne retrouve que dans les siècles des premières persécutions de l'Église. Sous le Directoire, alors que l'esprit démagogique était en décroissance, 32,000 paroisses avaient déjà recouvré leurs pasteurs, et le déisme disparut bientôt avec une rapidité qui prouve qu'il ne s'était point propagé dans la masse du peuple. Ce qui le prouve encore, c'est le succès prodigieux des ouvrages produits par les laïques. On sait quel enthousiasme et quel élan religieux produisirent dans l'Europe entière le Génie du Chris-

tianlsme, du vicomte de Chateaubriand, et les Soirées de Saint-Pétersbourg, du comte Joseph de Maistre.

Napoléon Bonaparte, que ses victoires avaient mis en état de faire la loi, rétablit les États de l'Eglise, républicanisés en 1798, et ressuscita le culte catholique en France, par un concordat élaboré, en 1801 , par le cardinal Consalvi et Joseph Bonaparte. La seconde partie de ce concordat révèle, outre une foule de particularités plus ou moins inconnues jusqu'ici et du plus haut intérêt, la perfidie odieuse du premier consul qui, après des négociations péniblement terminées, chercha frauduleusement à faire signer au cardinal un concordat qui différait essentiellement de celui dont on était convenu. C'est à cette époque où l'épiscopat français donna cet exemple unique dans les fastes de l'histoire ecclésiastique, où tous les évoques, à l'exception de quatre, déposèrent leur mitre aux pieds du Saint-Père, afin de faciliter les négociations et la réorganisation de l'Eglise. En 1808, Napoléon, de" venu tout-puissant, demanda au pape Pie VII, en dehors de diverses exigences politiques, de reconnaître le patriarcat qu'il voulait instituer à Paris, et de placer les évoques dans la situation qu'avait eu en vue l'assemblée constituante. Le pape refusa, et Napoléon, pour se venger de cette résistance à sa volonté, incorpora les États de l'Église à l'empire, et le pape fut emmené prisonnier à Fontainebleau.

En 1811, l'épiscopat français, convoqué par Napoléon en concile national pour sanctionner les vues de l'empereur, refusa de souscrire à ce qu'on lui demandait; le concile fut alors dissous et trois évoques furent emprisonnés. A Fontainebleau, l'empereur, dont l'étoile commençait à pâlir, fit préparer un nouveau concordat, par lequel il faisait quelques concessions au Saint-Siège; mais ce concordat, qui du reste ne fut pas réellement conclu, allait être rendu inutile par la chute de Napoléon. « Qui se sert de Fépée périra par l'épée, » a dit le Maître du monde; Napoléon s'était trop servi de l'épée pour que la parole du Christ restât lettre morte, et le premier empire s'écroula sous l'épée de l'Europe coalisée. Le régime parlementaire lui succéda avec la restauration des Bourbons.

De 1814 à 1830, la situation du clergé était des plus critiques. Sous les Bourbons, le clergé, considérant la royauté comme le plus ferme soutien de l'Église, se rattachait au trône de toutes ses forces et empêchait, dans une certaine mesure, le principe constitutionnel do s'enraciner dans las esprits; il se croyait d'autant plus autorisé à suivre cette voie, que les aspirations les plus illimitées vers l'indépendance venaient du parti opposé. On abusait du clergé pour appuyer les mesures politiques les plus impopulaires, et il se prêtait à ces mesures avec la plus imprudente complaisance. Aussi, loin de s'affermir dans lopinion publique, il partageait

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