LUTTE CONTRE LE K A T 1 O X A 1. 1 S M K
l'animosité qu'on portait aux Bourbons, et les intérêts religieux qu'il représentait en souffrirent considérablement, car on le tenait pour un ennemi irréconciliable de toutes les libertés et l'allié naturel, de la monarchie absolue et du régime de la force. La conduite des Bourbons vis-à-vis de rÉglise et, en dernier lieu, celle de Louis XVIII vis-à-vis de Pie VII, aurait cependant dû faire comprendre au clergé qu'il ne doit jamais compromettre l'autel pour le trône, et que la vie religieuse peut prospérer sous n'importe quel régime gouvernemental, pourvu qu'il sache maintenir l'ordre public. Étranger aux divers partis qui divisent son pays, il ne doit point se mêler aux agitations politiques, mais réclamer seulement sa liberté d'action, et ne jamais oublier cette parole du Seigneur : « Laissez aux morts le soin d*enterrer les morts. »
Pendant les premières années qui suivirent la révolution de Juillet, l'esprit antichrétien se révéla en France par la dévastation de quelques églises et le pillage de palais épiscopaux. Des relations cordiales s'établirent ensuite entre Grégoire XVI et le gouvernement français, et permirent à l'Eglise de France de s'occuper à panser ses vieilles blessures et à se fortifier pour de nouveaux événements. La discussion sur l'enseignement, dont l'État avait le monopole, fut sinon la seule, du moins la plus grave question qui signale le règne de Louis-Philippe en matière religieuse. Cette ques-
tion, soulevée par des laïques qui demandaient la liberté de l'instruction, fut appuyée par tout i'épiscopat et ceux que le monopole de l'université indignait. La liberté ne fut pas concédée, les Jésuites furent persécutés, et Louis-Philippe, en perdant son trône, le 24 février 1848, prononça ces mots significatifs : « Absolument comme à Charles X. » Les gouvernements, comme les hommes, ne voulant pas profiter de leur propre expérience, comment profiteraient-ils de celle des autres?
En Espagne, on fit, de 1814 à 1820, de faibles et malheureuses tentatives pour relever l'Etat et l'Église et pour réparer leurs ruines. Vingt-cinq ministères qui se succédèrent en moins de cinq ans exaspérèrent les Espagnols par des mesures tantôt de rigueur, tantôt de faiblesse. Le mécontentement, sous l'impulsion d'une presse désorganisatrice, prit un caractère antireligieux à la suite de la révolution de 1820. Les couvents furent supprimés et les biens de l'Église mis aux enchères. Tandis que les révolutionnaires s'engraissaient de ses dépouilles, comme toujours, ils n'avaient dans la bouche, selon leur habitude, que des protestations de désintéressement. Une fois le peuple surexcité par les meneurs et lâché contre cette proie, facile à dévorer, le sang coula partout ; les prêtres et les moines furent massacrés en nombre considérable; et les évoques qui ne s'enfuirent pas furent empri-
sonnés, mis à mort ou subirent les plus barbares traitements dans leurs diocèses.
L'éyêque de Vich, âgé de soixante-quinze ans, et deux ecclésiastiques qui raccompagnaient, furent tués à coups de pistolet, à Ordalt, en sortant de prison. Les fusillades des prêtres et des moines durèrent jusqu'à l'arrivée des Français. Les libéraux qui avaient si souvent crié : « La Constitution ou la mort ! la victoire ou la mort ! » ne furent ni victorieux ni disposés à mourir ; ils allèrent sur des vaisseaux libérateurs se mettre à l'abri du danger. On ne peut leur en faire un reproche, car tous nos révolutionnaires modernes agissent de même dans le péril ; tous ces vantards politiques n'ont du courage que devant les prêtres, les religieux et les nonnes sans défense, et pourtant leur audace, loin du danger, fait toujours des dupes parmi ce pauvre peuple dont on abuse éternellement, et qui se laissera éternellement duper.
Le 1er octobre 1823, Ferdinand VII annula tous les actes accomplis par le gouvernement constitutionnel depuis 1820; mais, à sa mort, sa veuve, Marie-Christine, laissa bientôt la régence entre les mains des ennemis de l'Eglise, et les persécutions sanglantes recommencèrent. En 1834, seize capucins et dix-huit jésuites furent massacrés à Madrid. Les couvents de Barcelone furent livrés aux flammes, et les moines, qui voulaient fuir, affreusement assassinés. Le juif Mendizabal, premier
l~i APPARITION DU CHRiST
ministre de ce pays catholique, porta un dernier coup aux couvents en les faisant tous supprimer par le décret du 11 octobre 1835. D'un trait de plume, les religieux et religieuses de 848 monastères furent chassés de leurs maisons et condamnés à la plus atroce misère, car la somme destinée à leur entretien ne fut jamais payée. Les biens des couvents étant échus à des particuliers, l'Etat n'obtint rien et ne donna rien. Les fonctionnaires, qui buvaient à cette source, s'abreuvèrent largement, comme de coutume, et l'Etat fut à la veille de faire banqueroute.
«■ Le peuple espagnol, dit le protestant Ziegler, grâce à la bassesse de ses fonctionnaires, n'a retiré aucun profit matériel de tout ce mouvement contre l'Église. » La persécution se ralentit un peu de 1837 à 1840, mais elle reprit avec plus de fureur sous la régence d'Espartero. Il y avait déjà seize évoques exilés et vingt et un sièges vacants. Grégoire XVI alors publia sa célèbre encyclique du 22 février 1842, dans laquelle il invitait l'univers catholique à prier pour l'Eglise opprimée d'Espagne. Avec la chute d'Espartero, arrivée l'année suivante, cessa la persécution, mais non la misère. Des sociétés se formèrent pour empêcher principalement les religieuses de mourir de faim ; la plupart des évoques furent rappelés par Gonzalès Bravo, et quelques biens qui restaient encore furent rendus au clergé ; un concordat se négocia avec
Rome, et le nonce du pape, Brunelli, vint à Madrid en 1847. L'Espagne a chèrement payé ses persécutions contre l'Église, et les événements qui se passent dans ce malheureux pays, depuis la révolution de 18G8, nous prouvent que son compte n'est pas encore réglé.
En Angleterre, l'émancipation catholique, sérieusement commencée par O'Connell, en 1824 , fut adoptée, en 1829, par le parlement et confirmée par la couronne. Le bill d'émancipation se compose de six points, dont un, notamment, relève les catholiques de toutes les incapacités qui pesaient sur eux, et leur confère les mêmes droits civils qu'aux membres de la haute Eglise. Depuis cette époque, le catholicisme a fait des progrès considérables en Angleterre, et ces progrès se développent de jour en jour d'une manière merveilleuse. Lors du rétablissement de la hiérarchie et de la nomination du cardinal Wiseman au titre d'archevêque de Westminster, on craignait un instant des troubles dont les catholiques auraient à souffrir ; mais ces craintes ne durèrent pas, et les conversions se multiplient de plus en plus, surtout parmi les classes intelligentes de la société et parmi les ministres de la haute Eglise.
Nous ne parlerons pas des persécutions souffertes par le catholicisme, pendant la première moitié de ce siècle, en Portugal, en Suisse, dans les Pays- Bas et le Wurtenberg, parce qu'elles n'atteignirent
pas des proportions aussi désastreuses qu'en Espagne ; seulement, nous dirons que dans les Pays- Bas elle facilita la révolution de 1830, et Guillaume Ier perdit la Belgique, comme le lui avait prophétisé le prince de Metternich, au congrès d'Aix-la-Chapelle, par ces mots : «Si votre Majesté persiste à traiter ainsi ses sujets catholiques, elle les perdra infailliblement. »
En Prusse, la question des mariages mixtes fut le point de départ de graves complications entre le gouvernement et le clergé catholique, et dégénéra en une violente oppression de l'Église. Un ordre du cabinet prussien, du 17 août 1825, avait décidé que tous les enfants issus de mariages mixtes seraient élevés dans la religion de leurs pères, et qu'aucun des époux n'aurait le droit d'obliger par contrat son conjoint à s'écarter de cette prescription. Cette loi explique l'effroyable légèreté avec laquelle on dissout les mariages en Prusse. Les conséquences de cet ordre soulevèrent la conscience de tous les curés catholiques qui pouvaient d'autant moins se soumettre à cette loi, qu'elle n'était que le point de départ d'autres empiétements systématiques contre le catholicisme.
Clément-Auguste , archevêque de Cologne , fut enlevé de son palais et emprisonné dans la forteresse de Munden pour n'avoir pas voulu souscrire à la convention Spiegel-Bunsen, qui ratifiait la loi de 1825 sur les mariages mixtes. L'enlèvement de
l'archevêque fit beaucoup de bruit dans toute l'Europe, et le 10 décembre 1837, Grégoire XVI prononça une allocution dans laquelle il rendait hommage à la vertu de Clément-Auguste et exposait la conduite arbitraire du gouvernement prussien. Ce discours produisit en Allemagne une impression tellement grande que les évoques de Munster et de Paderborn rétractèrent l'adhésion qu'ils avaient donnée à la convention Spiegel-Bunsen. L'archevêque de Posen, Mgr Dunin, défendit en 1838 de bénir les mariages mixtes sous d'autres conditions que celles posées par l'Eglise. Cette circulaire à son clergé lui valut six mois de prison, la déposition officielle de sa charge et d'autres pénalités. En 1840, Frédéric-Guillaume IV, en montant sur le trône, mit un terme à toutes ces mesquines persécutions qui ne servirent qu'à réveiller la vie catholique en Allemagne. Ce réveil fut constaté par 600,000 pèlerins qui se rendirent à Trêves lors de l'exposition de la sainte Tunique, qui n'avait pas été exposée depuis 1811.
Nous passerons sous silence la situation de l'Église en Russie, où elle n'a jamais cessé d'être persécutée, surtout depuis le partage de la Pologne. La question religieuse est en Russie une question extrêmement grave, car elle est doublée d'une question politico-sociale. Si le gouvernement russe laissait à l'Église catholique la liberté de s'étendre en Russie, la religion grecque avec son faste exté-
rieur, ses hontes et ses servitudes, ne tarderait pas à menacer ruine. Le czar étant le grand pontife de cette religion, cette situation lui donne trop d'avantages temporels pour qu'il les abdique en donnant la liberté à l'Église. Pour continuer à dominer sur des esclaves ou des valets, il persécute donc l'Église et fait tous ses efforts pour déraciner de ses États ce que les persécutions et la ruse y ont laissé de catholicisme.