‹ La prophetie de DanielChapitre 8 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'ÉGLISE

Le progrès dans l'ordre spirituel existe comme dans l'ordre matériel. — Nécessité d'une Eglise visible. — Besoin de croire et besoin de raisonner. — Ihcompréhensibilité des dogmes. — Immutabilité de doctrine unie à la variété. — L'infaillibilité de l'enseignement catholique est nécessaire, rationnelle. — L'Eglise est chargée d'enseigner toutes les vérités à tous les peuples. — L'Eglise n'a qu'une doctrine. — Dieu ne peut agir que pour lui seul. — Du culte extérieur. — Des trois grandes luttes dont se compose l'histoire de l'Eglise.

Jésus-Christ a profondément caractérisé la période qu'il inaugurait dans l'histoire du monde par son apparition au milieu de nous, lorsqu'il dit: « Désormais, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre. » En effet, par Jésus

le ciel s'est rapproché de la terre et l'a élevée jusqu'à lui pour que l'homme pût y pénétrer facilement, d'abord par son intelligence, pour y découvrir les secrets que ses facultés peuvent comporter et voir plus nettement les vérités qui- sont sa lumière, sa nourriture et sa force ; ensuite, pour que l'homme vint y jouir éternellement de la félicité perdue par Adam. Comme ce contact ne devait pas être passager, que le ciel et la terre devaient désormais rester unis, il s'ensuit que ce fait surnaturel doit être permanent, car le ciel n'a été ouvert que pour verser sans relâche ses torrents de grâce et de bénédictions sur les enfants des hommes.

Dieu pouvait créer le monde physique en un jour au lieu de six ; s'il ne l'a point fait, c'est que dans sa divine sagesse il a jugé devoir agir progressivement pendant six époques, et cet ordre suivi par l'Éternel est devenu la loi qui régit toutes les forces productrices du globe. Aussi voit-on cet ordre exister également dans le monde spirituel. Après la chute d'Adam et d'Eve, Dieu pouvait créer immédiatement l'Eglise ; s'il ne l'a point fait, c'est qu'il a voulu la soumettre à cette loi de développement progressif, et ne la faire naître que lorsque la raison humaine aurait dit son dernier mot, lorsque la civilisation antique serait arrivée à son apogée, lorsque l'humanité n'avait plus rien à attendre d'elle-même pour sortir du gouffre moral, social et religieux dans lequel elle était tombée.

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L'Eglise de Dieu est tout à la fois invisible et visible, comme Jésus est tout à la fois Dieu et homme. L'Eglise invisible existe dès la création des intelligences célestes ; l'Eglise visible existe dès la création de l'homme. De même, son Chef visible, en tant que Dieu, existe de toute éternité, en tant qu'homme, il existe depuis le temps. L'Église n'est que la société des fidèles obéissant aux lois éternelles de Dieu ; depuis Adam jusqu'à Moïse, ces lois éternelles sont pratiquées et propagées au moyen de la tradition par de nombreuses individualités ; de Moïse à Jésus, ces lois développées sur le Sinaï, deviennent le code religieux et social de tout un peuple qui les enseigne à tout l'univers ; depuis Jésus, ces lois perfectionnées par le Verbe luimême, deviennent la règle de conduite du monde entier et la base de toutes les législations. Ainsi, cette Eglise, vieille comme la création, n'a jamais cessé d'exister ; ni l'idolâtrie et l'impiété qui l'environnaient de toutes parts, ni les tyrans qui l'ont persécutée, ni les hérétiques et les infidèles qui ont tâché delà corrompre, ni les lâches qui l'ont trahie, ni ses sectateurs indignes qui l'ont déshonorée, ni le temps qui détruit toutes les choses humaines, n'ont jamais été capable d'enrayer sa marche et ses progrès dans la conquête de l'univers.

La nécessité d'une Église visible n'a pas besoin d'être démontrée, car il est évident qu'il fallait à l'homme, composé d'un corps aussi bien que d'une

àmc, une autorité visible qui parle et décide pour soumettre, réunir et fixer tous les esprits dans un même enseignement, dans une même doctrine. Sans Eglise visible, sans un sacerdoce divinement institué, il n'y aurait qu'un texte, qu'une loi, et autant d'interprétations que d'hommes, et par conséquent autant de religions, car il n'y aurait personne pour faire connaître le vrai sens de la loi. Que dirait-on d'un État qui aurait des lois écrites et pas de magistrats pour conserver leur intégrité, et où tous les particuliers seraient libres de s'élever au-dessus des décisions des tribunaux et d'interpréter ces lois à leur guise? Cet État n'offrirait-il pas le spectacle dissolvant présenté par le protestantisme qui, permettant le libre examen, donne à tous le droit de commander, à personne l'obligation d'obéir !

Le royaume de l'Eglise n'est point comme le prétendent les ignorants ou des hommes de mauvaise foi, le gouvernement temporel du monde par des prêtres ou celui d'un État par le clergé ; c'est celui des âmes. Le clergé n'est que l'agent de Jésus. Parmi ces agents il y a des apostats, comme il s'en est trouvé un dans le collège apostolique; il en faut pour éprouver la foi, pour tenter l'hommo»ct prouver la divinité de l'œuvre du Christ. Qu'il porto une soutane blanche, rouge, violette ou noire, qu'il demeure dans un modeste village ou qu'il soit assis sur le siège de St Pierre, le prêtre est toujours l'a-

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gcnt do Jésus ; mais il n'est apôtre que par ses vertus, sa charité, son humilité ; il peut instruire par la parole, mais s'il n'enseigne pas par l'exemple, son enseignement reste stérile, comme la branche séparée du tronc. Ce ne sont pas les grands orateurs, ni les grands prélats qui sont les apôtres du Christ, ce sont les saints. Comme toute agglomération d'hommes, toute société doit èlre naturellement imparfaite, il se trouve naturellement dans le royaume de l'Église des hommes vicieux à côté des hommes vertueux.

Le besoin de croire est si fort, si impérieux clans l'homme, que quelquefois il préfère croire trop, croire tout, plutôt que de ne rien croire ; il préfère abdiquer toute raison, plutôt que de renoncer à toute foi ; c'est l'une des causes de la superstition. Le besoin de raisonner n'est pas moins fort ni moins impérieux en lui, et c'est pour céder à ce besoin qu'il préfère quelquefois ne croire rien, plutôt que de tout croire ; qu'il préfère renoncer à toute foi plutôt que d'abdiquer toute raison ; c'est là l'une des causes de l'incrédulité. Toutes les religions de fabrique humaine se résument dans ces deux catégories : les religions sensuelles, telles que le paganisme et le mahométisme, et les religions de l'orgueil, telles que le protestantisme et le rationalisme. Le principe fondamental des religions sensuelles est celui-ci : Tout à l'autorité, rien à la raison. Le principe fondamental de toutes les reli-

gions de l'orgueil est au contraire: Tout à la raison, rien à l'autorité.

Il n'y a que le catholicisme, religion d'origine et d'institution divines qui dise à l'homme : Respect pour l'autorité ; usage légitime de la raison. Tandis que les religions sensuelles poussent l'homme vers l'excès de la foi, et que les religions de l'orgueil le poussent vers l'excès de la raison, renseignement catholique seul place l'homme dans un juste milieu également éloigné de ces deux excès. De môme que tout acte humain excessif est vicieux dans l'ordre moral, de môme tout enseignement qui pousse l'homme vers les extrêmes est un enseignement faux, comme tout système intellectuel excessif est faux dans l'ordre logique. L'enseignement catholique plaçant l'homme au milieu de ces deux extrêmes est dans le vrai, car la vérité, ainsi que la vertu, consiste dans le milieu. La vérité est la vertu de l'intelligence, comme la vertu est la vérité du cœur. Tandis qu'en dehors du catholicisme nous voyons la foi empêcher le développement de la science ou la science tuer la foi et perdre l'homme par le doute ; nous voyons dans l'Eglise des multitudes de savants et de philosophes se réunir dans un sentiment commun, noble, généreux, former une étonnante phalange d'esprits supérieurs, poussant d'un côté la foi jusqu'à la simplicité de l'enfance, et, de l'autre côté, élevant la raison jusqu'au développement du génie.

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Par rapport à la foi, à l'incompréhensibilité des dogmes, il suffit de se rappeler ce que nous avons dit à propos de Dieu et de la révélation, pour comprendre combien est rationnel l'enseignement de l'Église sur ce sujet, aussi bien que sur les autres. Nous l'avons démontré, semblable à l'enfant qui vient de naître, qui a le sens, mais non la conscience des instincts de son corps, l'homme, pendant cette vie, n'a que le sens et des notions confuses des instincts de son âme. Comme la mère seule, par l'instinct intelligent de son amour, devine les besoins de son enfant et s'empresse de les satisfaire, de môme Dieu seul, par la connaissance que Lui seul a de lui-même et de l'homme, peut se révéler à l'homme et révéler l'homme à lui-môme. C'est donc en ce sens que les institutions catholiques sont divines, surnaturelles, naturelles et rationnelles tout à la fois.

La perfection d'une chose demande l'immutabilité de cette chose, car elle ne pourrait changer qu'en modifiant une partie d'elle-même, qui était imparfaite, puisqu'elle n'était pas nécessaire à sa perfection. Dieu est immuable, parce qu'il est parfait en lui-même; l'enseignement de l'Église est également immuable, parce qu'il repose sur les lois éternelles et sur l'enseignement de Dieu qui est la perfection même. L'immutabilité de la doctrine de l'Église, loin d'être une cause d'obscurantisme, comme le prétendent ceux qui n'ont aucune idée

de l'origine des causes, est donc une preuve de son autorité, de son origine et de sa puissance divines.

Des gens, qui raisonnent à tort et à travers, attaquent parfois l'enseignement catholique, à cause de son immutabilité, au lieu de l'admirer justement à cause de cette immutabilité. Pourquoi ne critiquent-ils pas aussi L'immutabilité de la lumière du soleil qui, depuis plus de soixante siècles, est toujours la même, ne s'altère, ne se corrompt, ne se souille jamais, malgré l'impureté des milieux qu'elle éclaire? Les hommes ont-ils jamais vu dans l'antiquité à l'aide d'une lumière différente de celle qui les éclaire aujourd'hui? De même que de l'immutabilité de la lumière physique naît son incorruptibilité, de mémo de l'immutabilité de l'enseignement catholique naît son incorruptibilité. Vingt siècles auront bientôt passé sur le catholicisme sans l'altérer ni le corrompre, malgré les blasphèmes des incrédules, les objections des philosophes, les erreurs des hérétiques, les vices des mauvais chrétiens, la vénalité, l'orgueil et les défaillances de quelques-uns de ses ministres.

Le catholicisme n'est point comme les religions sensuelles dont l'immutabilité est celle de la mort et l'absence de tout progrès, religions qui ont la durée sans la variété et la vie. Il n'est point comme les religions de l'orgueil qui changent toujours, mais dont le mouvement n"est que celui de la corruption, de la décomposition, de la destruction, et qui

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ont la variété de la vie factice sans l'immutabilité et la durée.

L'enseignement catholique seul unit la variété et l'immutabilité, la durée et la vie. Il est de tous les âges, de toutes les époques, de tous les gouvernements, de toutes les nations, parle toutes les langues, habite tous les climats et s'allie à toutes les conditions si différentes des peuples. Il est le seul qui ait passé par les mains, par la bouche d'innombrables Pontifes contemporains ou se succédant les uns aux autres, réunis ou dispersés, si différents par leur nationalité, leur langage, leur science, leur moralité, leur tempérament et leurs vertus. Il est la vie, parce qu'il existe et maintient le mouvement de la science, du développement, du progrès qui tue toutes les autres religions, et qui est pour lui Tune des preuves de sa force et de sa fécondité. Il est l'immutabilité, et depuis bientôt 2,000 ans ses deux cent trente Pontifes, ses milliers d'évêques et ses millions de ministres ont toujours enseigné les mêmes dogmes et les mêmes lois qui sont sortis de la bouche de Jésus et de ses apôtres, ont condamné les mômes vices et flétri les mômes erreurs.

Tout cela est fort naturel et surtout rationnel. La lumière naturelle, d'après la belle pensée de St Ambroise, n'est que le reflet du visage du Créateur. La lumière spirituelle de la science de Dieu n'est, dit St Paul, que le reflet du visage de Jésus- Christ, Dieu rédempteur. Le Père éternel est dans le

Verbe, comme le Verbe est dans le Pcre. Le Père en regardant son Verbe s'y reflète parfaitement luimême, et c'est pour cela que ce Verbe s'appelle la « splendeur de la gloire et l'image de la substance de Dieu. » De môme ce Verbe divin fait homme est dans l'Église comme l'Eglise est en Lui. Donc, comme le « Père éternel n'est connu que par son Verbe, et par ceux à qui il veut bien se manifester » par la révélation, de même Jésus n'est connu que par l'Église et par ceux à qui l'Eglise l'apprend par sa prédication.

C'est cette vérité qui nous conduit à la conséquence logique, naturelle de l'infaillibilité de l'enseignement catholique. L'infaillibilité de l'Eglise n'est point l'infaillibilité de l'homme, mais l'infaillibilité de Dieu, présent dans l'Église, inspirant, instruisant l'Église afin qu'elle ne puisse tromper le monde, lorsqu'à son tour elle éclaire, inspire, instruit le monde. Cette infaillibilité est celle de Dieu qui ne trompe pas, qui ne peut pas tromper, disant toujours aux pasteurs de l'Église, dans la personne de Pierre : « Je suis avec vous, afin que votre foi ne défaille point. » Il est dans l'intérêt de ma gloire et de mon amour pour l'homme de veiller à ce que vous ne soyez pas infidèles au dépôt que je vous ai confié dans l'intérêt de l'homme. C'est moi-même qui garderai en vous ce qui vous vient de moi et n'est pas moins à moi, parce que je l'ai déposé dans vos mains.

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Cette infaillibilité de l'Eglise est donc divine et rationnelle, elle est également nécessaire pour éviter les variations de doctrine, la perte de la foi parmi les fidèles, en un mot pour que les fruits de la mort de Jésus ne fussent pas la proie des hommes et du temps. De même que le Verbe se servait de ses organes corporels quand il voulait enseigner sa doctrine, de môme il se sert des successeurs de Pierre, comme organes visibles, pour préserver sa doctrine de la corruption. Nier l'infaillibilité du chef visible de l'Eglise, c'est donc nier l'infaillibilité de Jésus, c'est ne pas croire à sa parole, à ses promesses. Si l'infaillibilité personnelle du souverain Pontife n'est devenue dogmatique que de nos jours, disons, en attendant que nous revenions sur ce sujet, que c'est parce qu'ayant toujours été reconnue nécessaire, évidente, elle n'avait point encore eu besoin d'être affirmée. Cette nécessité d'une indéfectibilité dans l'Église se reproduit dans une certaine mesure nonseulement dans nos aspirations religieuses, mais encore dans la vie sociale. L'autorité paternelle, l'autorité judiciaire et l'autorité politique n'existent réellement que lorsqu'elles ont le prestige de l'indéfectibilité. Le père de famille, le juge, le chef d'un gouvernement ne peuvent admettre la discussiou de leur autorité sans l'anéantir ou l'affaiblir ; plus ils paraissent indéfectibles, plus ils ont d'autorité.

En croyant à l'Église on s'appuie donc avant tout, sur l'autorité divine, sur le témoignage de Dieu, sur ii 15

la parole du Verbe qui a chargé son Eglise d'enseigner toutes les vérités à tous les peuples. De même que pour renseignement scolaire, cet enseignement ne saurait être, dans son application, complet, instantané, dans toutes ses parties et partout, dans tous les temps et dans tous lieux ; de même l'Eglise ne s'amuse pas, comme le supposent ses ennemis ou les ignorants, à fabriquer de nouveaux dogmes et de nouveaux devoirs, mais elle ne répète, n'explique et n'applique aux hommes que ce qu'elle a appris de Dieu même ; elle n'agit qu'avec cette mesure et cette sagesse que nous remarquons dans les enseignements de Jésus, selon les circonstances, les besoins de l'humanité, la faiblesse de notre intelligence et l'infirmité de notre nature.

Comme la lumière delà synagogue, se répandant partout, maintenait la connaissance de certaines vérités parmi les peuples païens du monde ancien, de même la lumière de l'enseignement de l'Église, pénétrant partout, maintient d'une manière plus étendue et plus efficace la connaissance des vérités principales parmi les peuples du monde moderne. La lumière matérielle étant nécessaire, indispensable à l'humanité, la bonté de Dieu la fait luire indistinctement pour tous ; aucune créature terrestre, bonne ou mauvaise, n'est exclue de son bienfait. Dans le monde intellectuel, ce phénomène de la bonté divine se reproduit également, par rapport à la lumière de la révélation divine, car person ne

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n'en est exclu, Seul, nécessaire, indispensable, cet enseignement est donc aussi le seul qui soit universel. C'est pourquoi Jésus dit à ses disciples : « Allez par tout le monde, prêchez l'Evangile à toute créature. »

Pour conclure le sublime mandat qu'il donna aux apôtres d'évangéliser tout le monde, il leur dit cette parole profonde : « Et voici que, dès ce moment, je suis toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Or, puisqu'il était certain que les apôtres ne devaient pas se perpétuer personnellement jusqu'à la fin du monde, il est manifeste que par ces paroles le Sauveur a promis de rester sur la terre avec ses apôtres en la personne de leurs successeurs, les pasteurs légitimes de son Église, pour y renouveler toujours le même mandat, conserver le même esprit de son enseignement, et enseigner tout à tous.

L'Église n'a pas deux doctrines, l'une publique et l'autre cachée, l'une pour les savants et l'autre pour le peuple, l'une pour les pasteurs et l'autre pour les brebis, elle n'en a qu'une. Il n'en est point de même des doctrines philosophiques qui sont inaccessibles aux masses et pernicieuses pour tous ; ni du protestantisme dont l'essence consiste clans la liberté de croire ce que l'on veut et de vivre comme on croit, chacun étant juge des vérités qu'il doit croire et des devoirs qu'il doit pratiquer. Cela n'empêche pas les réformateurs philosophiques ou

protestants, après avoir proclamé que les Pères, les grands génies du catholicisme, les conciles et l'Eglise universelle s'étaient trompés, de se donner eux-mêmes pour des docteurs infaillibles et de se substituer à toute autorité, môme à celle de l'Église. Gardant pour eux seuls le principe qu'en matière de religion on ne doit admettre aucune autorité étrangère au libre examen, à la raison privée, au jugement particulier, ils s'attribuent le monopole de la vérité et prétendent que le peuple doit recevoir sans examen leur décision. Du reste, en examinant bien la raison protestante et la raison philosophique moderne, on s'aperçoit vite que si leurs docteurs poussent parfois leur tolérance pour toute espèce do système et d'erreur jusqu'à l'indifférence, ils réservent leur intolérance pour les doctrines catholiques, la vérité, et la poussent jusqu'à la cruauté, jusqu'au cynisme.

De même qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour voir et la bouche pour respirer, il en est de même de l'enseignement catholique. L'homme grossier ne sachant pas ce que c'est que la lumière, en jouit autant que le philosophe qui se brise le cerveau, se tourmente l'esprit pour en deviner la nature et en constater les phénomènes. Pour jouir dc.la lumière divine, il n'est besoin d'aucun effort, d'aucune étude, d'aucune application. L'homme le plus ignorant, l'ouvrier, le paysan, l'enfant peuvent en jouir autant que le théologien qui passe sa vie à contempler

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son origine divine, à en pénétrer les augustes profondeurs, à en multiplier les preuves.

Aux écoles philosophiques qui partent du principe : Qu'il ne faut admettre comme vérité naturelle que ce qui paraît à chacun une vérité naturelle, on passe toute sa vie clans d'arides et d'interminables disputes pour n'arriver qu'au doute. Aux écoles du protestantisme qui partent du même principe appliqué à la religion : Qu'on ne doit admettre comme vérité révélée que ce qui parait une vérité révélée ; on épuise son esprit en froids et vains examens pour n'aboutir qu'à l'indifférence. De tels résultats sont naturels, car dans ces écoles on n'a que l'homme pour maître, l'homme qui ne peut apprendre aux autres ce qu'il est incapable de savoir lui-même. A l'école de l'Église seulement, sans avoir besoin de chercher, de discuter, on se trouve promptement et solidement instruit dans la science de Dieu, sans que la fortune, le temps et l'élévation d'esprit soient nécessaires pour apprendre toute vérité, car on a Dieu pour maître.

Quel est l'enseignement humain qui réunisse toutes ces conditions d'être seul nécessaire, universel, facile comme l'enseignement de Dieu? N'est-ce point ce que Jésus a voulu nous démontrer lorsqu'il a dit : o Mon Père, je vous confesse aussi pour le Père des hommes, comme vous êtes le Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché vos mystères aux sages, aux savants de la sagesse et

du savoir humains et que vous les avez révélés aux petits. » Puis se tournant vers le peuple, il ajouta : 0 vous, qui poursuivez la vérité loin de Celui qui peut seul vous la donner et qui gémissez sous le poids de tant d'erreurs, de superstitions et de vains efforts en stériles recherches, triste partage de renseignement de l'homme, venez à moi ; ma doctrine et ma lumière, en éclairant votre esprit, soulageront votre coeur. Soumettez votre entendement à mes dogmes, votre volonté à mes lois, avec cette simplicité de coeur dont je vous ai donné tant d'exemples, et vous trouverez à mon école, à ma suite, auprès de moi et en moi, ce repos de l'esprit, cette paix de l'âme que vous cherchez en vain loin de moi, et vous apprendrez par vous-même combien « mon joug est doux et mon fardeau léger. »

Dans l'Église catholique, la sublimité et la solidité de la morale étonnent moins, ravissent moins que la solidité et la sublimité du dogme. C'est seulement dans cette Église que se trouve la parfaite quiétude de l'homme, le bonheur de l'esprit et le bonheur du cœur. Le premier consiste dans l'ordre des pensées ; le second dans l'ordre des affections. Mettre l'ordre dans les croyances et les affections, c'est l'œuvre de cette grâce divine qui ne fait jamais défaut à celui qui la demande ; c'est elle qui rend facile l'accomplissement des préceptes sévères et la croyance des dogmes incompréhensibles ; c'est elle qui rend léger le joug de la loi, doux le joug

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de la foi. L'âme catholique, comme l'enfant, s'endort sur le sein de sa mère, se repose avec confiance, abandon, dans le sein de l'Eglise qui lui parle au nom de Dieu et sous sa dictée, de l'amour et des mystères de Dieu, La foi vraie est donc dans l'esprit pour l'incliner à croire en aimant, et dans le cœur pour le porter à aimer en croyant.

Une pareille doctrine aussi naturelle, facile, universelle, immuable, incorruptible, infaillible, complète, donnant la certitude, la sainteté, le repos et la joie de l'âme ne pouvait être imaginée de l'homme, car le rationaliste et le mécréant ne la comprennent môme pas, et le chrétien reste confondu devant cette profondeur, cette immensité de l'amour divin qui fait tout le fond de la doctrine catholique. Dieu seul, le seul créateur de l'homme et de l'univers, pouvait révéler à l'homme cette doctrine sainte, divine, faite pour le bonheur de l'homme. Rejeter cette doctrine, cette lumière du Très-Haut, c'est vouloir marcher dans les ténèbres ; c'est croire voir et ne rien voir ; c'est voir comme dans un rêve, un fantôme qui s'évanouit au réveil ; c'est abandonner la connaissance de Dieu, de soimême et ne comprendre plus rien.

A propos du but que Dieu s'était proposé dans la création universelle des êtres et dans la formation des sociétés humaines, nous avons dit que Dieu étant un être infiniment parfait, devait un amour infini à son infinie perfection. Si, il opérait quoi

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que ce soit en dehors de Lui, sans le faire pour l'amour de Lui-même, il cesserait d'être juste, et par conséquent parfait, car il deviendrait moins parfait que les hommes qui se proposent l'Être infini pour but de leurs œuvres et n'agissent que par amour pour Dieu. Dieu se doit donc à Luimême tout ce qu'il fait, c'est pourquoi l'Écriture dit qu' « Il a fait toutes choses pour l'amour de Lui-même. » Tout venant de Lui, il faut que tout retourne à Lui, sinon l'ordre nécessaire, éternel, rationnel serait violé. Tout en ayant créé les êtres intelligents que par effet de sa bonté, il les a néanmoins créés pour Lui et doit exiger que ces êtres emploient leur intelligence à le connaître et leur volonté à l'aimer. Tandis que notre amour pour Dieu doit être sans bornes, indépendant de tout autre amour, l'amour de nous-mêmes doit être logiquement un amour dérivé de cet amour primitif, et par conséquent subordonné à cet amour de Dieu ; car nous ne sommes pas à nous, mais à Celui qui nous a faits et qui nous a tout donné, jusqu'au moi qui nous est si cher, et qui est généralement notre unique Dieu.

Du moment où Dieu seul doit avoir d'abord tout notre amour, et qu'ensuite cet amour ne se répand sur le moi, comme sur les autres créatures, qu'à proportion de ses bornes, la religion se trouve toute développée dans notre coeur, le culte est fondé, car le culte c'est l'amour, c'est le règne de ce que nous

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aimons au dedans do nous, c'est sa volonté qui devient la nôtre. Le culte de Dieu, c'est donc l'adoration de Dieu, en esprit et en vérité, c'est Tunique fin pour laquelle nous avons été créés. Le culte extérieur suit nécessairement le culte intérieur de l'amour, car aimer Dieu, c'est le prier, le bénir, chanter ses louanges par la voix et 1 les bonnes œuvres, c'est l'annoncer hautement par la parole et les bons exemples; c'est rendre à la divinité le respect, l'hommage, l'amour que l'on rend à un père aimé. Quant aux cérémonies du culte, elles sont instituées non comme étant essentielles à la religion, mais comme signes qui servent à la montrer, et comme moyens qui 'servent à l'entretenir en nousmêmes. Aussi tous les peuples qui ont adoré quelque divinité, ont-ils eu un culte extérieur. Dès que l'intérieur y est, il faut que l'extérieur l'exprime. L'âme, créée par Dieu, ne doit pas être seule à rendre hommage à Dieu; le corps, également créé par Dieu, doit exprimer à sa façon l'amour de l'homme. En parlant de la destinée de l'homme, dans l'harmonie de la création, nous avons déjà vu que la matière était en lui pour ain>i dire spiritualisée, afin que toutes les forces et toutes les vies de la nature, résumées en lui, puissent par lui rendre hommage à leur Créateur. L'homme, comme pontife de la création, a toujours fait des sacrifices, des offrandes; animaux sacrifiés, fruits offerts, encens brûlé ont toujours été des hommages de ce culte

extérieur que l'humanité, depuis la création du monde, a toujours cru devoir rendre à la divinité, sur tous points du globe. Si ce culte extérieur avait été indigne de Dieu, même avant le Christ, Dieu ne l'aurait pas ordonné. Ce n'est pas nous qui pouvons pénétrer ce qui convient ou ne convient pas à la dignité de Dieu, c'est de l'Infini môme qu'il nous faut apprendre ce qu'il peut vouloir ou no vouloir pas. Par conséquent, tout culte intérieur qui n'est point exprimé par un culte extérieur est faux, superficiel ou n'existe pas; vouloir réduire le culte extérieur aux limites tracées par la fantaisie de l'homme, c'est dépouiller Dieu de ses prérogatives, de ses droits et du culte qui lui est dû.

On entend souvent des ignorants dire : « Je ne veux pas du culte catholique, ni de la religion révélée, la religion naturelle me suffit. » Ce langage, aussi ridicule qu'absurde, suppose que la religion naturelle ne serait pas révélée, et que la religion divinement révélée ne serait point naturelle, ce qui est complètement faux, et le contraire exactement vrai, comme nous l'avons démontré. Il est donc inutile de répéter que la religion naturelle n'est que la religion primitive que l'homme n'a pas inventée, n'a pas retrouvée par lui-même, en lui-même, mais que Dieu lui a apprise dès le premier instant de sa création, et qui , transmise par le langage et la tradition , s'est répandue et s'est établie dans toute l'humanité. Elle est donc révélée comme la

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religion qu'on appelle révélée. De même la religion révélée n'est pas une religion excentrique, en dehors des instincts, des besoins, des sentiments naturels de Thomme ; elle n'est pas une religion arbitrairement imposée à Thomme par Dieu ; elle n'est que l'expression des rapports entre l'homme et Dieu, entre l'homme et l'homme. Les rapports des êtres ont leur raison, leur racine dans leur nature. La religion révélée a donc aussi nécessairement sa racine et sa raison dans la nature de Dieu et clans la nature de l'homme, et dans ce sens elle est trèsnaturelle. La religion catholique exprimant des rapports entre l'homme et Dieu, entre l'homme et l'homme, plus intimes, plus élevés et plus parfaits que ceux exprimés par la religion primitive, elle est plus naturelle môme que la religion qu'on appelle naturelle, et dont elle n'est que le perfectionnement.

L'histoire de l'Eglise est la vie continuée de Jésus-Christ. Par l'Eglise, le Dieu-homme demeure en ce monde avec ce même caractère de puissance divine et d'infirmité humaine qui exprime l'union des deux natures ; il y fait les mêmes œuvres de Dieu, les mômes œuvres de l'homme : Dieu vainqueur, homme souffrant. Il est écouté et nié, glorifié et injurié, suivi et trahi; tous ses amis l'entourent, tous ses adversaires le discutent, tous ses ennemis le persécutent; il passe encore du Thabor au Calvaire, comme il y passa il y a dix-neuf siècles.

L'histoire extérieure de l'Église raconte sa propagation, ses persécutions et les travaux scientifiques destinés à la défendre et à réfuter ses adversaires ; son histoire intérieure comprend l'histoire du dogme, comment on Ta expliqué et défendu, et celle du culte et de la hiérarchie. Cette double histoire est celle du déploiement successif du principe de lumière et de vie que Jésus a déposé au sein de l'humanité pour la rattacher à Dieu et la rendre capable de le glorifier. Pour communiquer aux hommes, dans la mesure où ils peuvent la recevoir ici-bas, la vérité religieuse absolue, il leur a laissé sa doctrine, un culte particulier et les sacrements. Pour maintenir l'inviolabilité de sa doctrine comme pour assurer à la vérité religieuse son caractère d'immutabilité et pourvoir à l'administration du culte, il établit un corps enseignant, un sacerdoce à qui il a confié le soin général d'instruire, de diriger et de gouverner les fidèles, en un mot il établit la hiérarchie ecclésiastique.

Jésus étant le modèle de l'Église, l'Église devait ressembler à son modèle. Elle est divine comme Lui ; elle a un corps comme Lui; elle prêche les grands et les petits comme Lui ; elle souffre, elle est contredite, bafouée, crucifiée comme Lui; elle ne meurt pas comme Lui, parce qu'il est mort pour elle, mais elle triomphe, comme Lui, de toutes les douleurs que les hommes lui infligent. L'antiquité sacrée annonce, prépare l'arrivée de Jésus; l'antiquité

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profane annonce, prépare le règne de l'Eglise, épouse de Jésus. Dès le principe de son existence, l'Église affirme à la fois les quatre caractères qu'ont revêtu successivement les quatre empires dont se compose l'histoire de l'antiquité païenne : la conquête territoriale, la division territoriale, la souveraineté de sa philosophie et l'unité législative.

En démontrant plus loin la vérification de ce quadruple caractère de l'Église, nous démontrerons l'accomplissement de la prophétie de Daniel, exposée au commencement de cet ouvrage. En exposant les principaux traits de l'Eglise, au double point de vue de son histoire extérieure et de son histoire intérieure, nous allons la voir dans les trois grandes luttes qu'elle a dû soutenir depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours, et qui caractérisent trois époques successives : La première époque est celle de sa lutte contre le paganisme ; la seconde est celle de sa lutte contre l'arianismc et le sensualisme, et la troisième est celle de sa lutte contre le rationalisme.

Nous trouvons cette division dans l'Apocalypse, qui corrobore et développe les visions de Daniel sur les quatre monarchies et l'empire de l'Eglise. La connexion de l'Apocalypse avec les prophéties de Daniel est tellement intime, que les symboles de Daniel expliquent ceux de St Jean. Dans ces deux prophètes, nous trouvons deux prophéties sur le même sujet : l'une est la prophétie générale et suc-

cincte de l'histoire de l'Église; l'autre est le développement et l'explication de cette même prophétie. Le livre de Daniel est comme le fondement sur lequel s'appuie l'Apocalypse, dont les prophéties relatives à la puissance du monde hostile à Dieu ne peuvent être comprises, selon leur vrai sens, qu'en les comparant aux révélations, faites à Daniel sept siècles plus tôt, sur les quatre monarchies et leur relation avec le règne de Dieu.

L'Apocalypse nous dévoile les deux visions qu'eut St Jean : celle pendant laquelle il lisait l'écriture intérieure des sept parties du livre scellé par les sept sceaux, et celle des sept trompettes, pendant laquelle il lisait l'écriture extérieure de ce môme livre. Ces deux visions, comme celles de Daniel, ont le même objet en vue, c'est-à-dire l'éternelle histoire du bien et du mal , l'histoire des deux amours de l'homme, des Deux Cités de St Augustin , ainsi caractérisées par ce grand docteur : « Deux amours ont fondé deux cités : l'amour de soi ou l'égoïsme porté jusqu'au mépris de Dieu a fondé la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même a élevé la cité céleste. Là, c'est l'ambition, la soif de régner qui domine; ici, l'on se sert mutuellement en charité, les supérieurs en donnant de sages conseils, les inférieurs en obéissant. Celle-ci est destinée à régner éternellement avec Dieu, celle-là à souffrir avec le démon des châtiments éternels. »

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Dans l'Apocalypse, St Jean divise l'histoire de l'Eglise en trois doubles parties formant six périodes, qui doivent précéder la septième et dernière, celle du jugement dernier et de l'éternité. La première partie s'étend des temps apostoliques à la chute de l'empire romain, et môme jusqu'à la formation d'un nouvel ordre social par la conversion de Clovis au christianisme. Cette époque est symbolisée dans l'Apocalypse par « la bête qui avait sept têtes et dix cornes, — à laquelle fut donné le pouvoir de faire la guerre aux saints et de les vaincre. » C'est le temps où la bête est, c'est-àdire que sa puissance n'a pas encore été brisée ; c'est l'époque des persécutions de l'Église et de sa lutte contre le paganisme.

La deuxième partie s'étend de Clovis à Luther. Pendant cette époque, la bête de l'Apocalypse est représentée blessée à mort à l'une de ses têtes; c'est le temps où la bête n'est plus; car elle est enchaînée dans l'abîme pour mille ans. Pendant cette période, la vie sociale et politique est pénétrée de l'esprit de l'Église et réglée par ses lois; aussi l'Église n'a qu'à lutter contre l'arianisme, la barbarie des uns, l'ignorance des autres et le sensualisme qui pénètre jusque dans le sanctuaire à la suite de sa prospérité et de son empire sur la société nouvelle.

La troisième partie s'étend depuis la prétendue réforme jusqu'à la fin du monde. Cette époque est

symbolisée par la guérison progressive de la bête, son retour de l'abîme et le règne de l'Antéchrist. C'est la période de la lutte de l'Église contre le rationalisme et l'incrédulité, période pendant laquelle les principes condamnés par l'autorité de l'Eglise reprennent leur influence funeste dans la vie publique des peuples et menacent son existence.

Chaque période ne commence pas exactement où finit la précédente, par la raison fort simple qu'il y a certains espaces de temps communs à la période qui précède comme à celle qui suit. En effet, la première laisse derrière elle des traces qui ne s'effacent pas immédiatement , dans sa transition vers un nouvel ordre de choses; et la seconde nécessite un certain temps de gestation avant de paraître avec un caractère défini dans l'histoire.

Pendant ces trois luttes, nous verrons maintes fois l'Eglise à deux doigts de sa perte; car, sous la violence des tempêtes, la barque de Pierre semble ne pouvoir pas résister aux vents, aux flots, et devoir périr. Souvent l'univers entier paraît se liguer contre elle ; la rage et la trahison des uns, l'indifférence et la lâcheté des autres, les peuples et les rois soufflent contre elle, de leurs puissantes poitrines f les bourrasques les plus violentes. Mais que pèsent les Césars à couronne ou à bonnet phrygien dans les mains de Celui qui d'une parole créa le ciel et la terre? Que sont les peuples pour Celui qui d'un mot lança des millions de mondes dans l'espace, . et les

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soumit à des lois auxquelles ils obéissent encore? Tous ces souffles de l'homme ne témoignent qu'une chose, c'est leur impuissance vis-à-vis de l'Église, vis-à-vis de toute œuvre divine.

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