‹ La prophetie de DanielChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Premières épreuves de l'Eglise. — Martyre de St Etienne. — Le centurion Corneille. — Dispersion des apôtres. — Conversion de St Paul. — Les écrivains évangéliques. — Ce qu'était le paganisme. — Comment il traitait Dieu et l'homme. — Services rendus par le paganisme au catholicisme. — Les Judaïsants. — Progrès merveilleux du catholicisme. — Mœurs des chrétiens. — A quoi servirent les persécutions? — Les premiers sectaires. — Origine du calendrier.

Des Juifs et des Gentils étaient venus à Jérusalem pour les fêtes de Pâques, lors du crucifiement de Jésus. Les apôtres leur prêchèrent la parole de

Dieu; étrangers et nationaux, les entendant parler chacun clans sa langue, vinrent en foule écouter le premier sermon de Pierre, qui commença son apostolat par ces paroles : « Vous vous souvenez de Jésus de Nazareth et des miracles que Dieu a faits par lui au milieu de vous. Il vous a été livré, vous l'avez crucifié et vous l'avez fait mourir; mais Dieu l'a ressuscité, et nous sommes témoins de sa résurrection. Or, après qu'il a été élevé au ciel et qu'il a reçu la promesse que le Père lui avait faite d'envoyer le Saint-Esprit, il a répandu sur nous cet Esprit-Saint que vous entendez maintenant... » Ce jour-là, trois mille environ de ses auditeurs reçurent le baptême.

Un jour, Pierre et Jean virent à la porte du Temple un boiteux de naissance qui leur demanda l'aumône : « Je n'ai ni or ni argent, lui dit Pierre, mais je donne ce que j'ai : Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche. » En même temps, il le prit par la main, et le boiteux guéri les accompagna dans le Temple en louant Dieu. Une grande foule les suivit aussitôt, car cet homme était fort connu. « De quoi vous étonnez-vous, leur dit Pierre, et pourquoi nous regardez-vous comme si c'était par nous-mêmes que nous eussions pu faire marcher cet homme? Le Dieu de nos pères glorifie son fils Jésus, que vous avez renié devant Pilate. Vous avez renié le Saint et le Juste; vous avez demandé que l'on vous délivrât un homicide. Vous avez fait

mourir l'auteur de la vie. Mais Dieu Ta ressuscité, et nous en sommes tous témoins. C'est lui qui, par la foi au nom de Jésus, a guéri les pieds de cet homme que vous voyez et que vous connaissez. » Puis, imputant à l'ignorance leur crime contre Jésus, il les pressa d'embrasser la foi.

Tandis qu'il parlait encore, des prêtres et des gardes du Temple, courroucés de l'entendre annoncer la résurrection de Jésus, l'arrêtèrent ainsi que Jean. Jusqu'alors, les meurtriers du Sauveur, de crainte de réveiller son souvenir, n'avaient point persécuté les disciples; mais ce nouveau miracle, cette seconde prédication et les dispositions du peuple les firent changer d'avis. Pierre et Jean, conduits en prison, comparurent le lendemain devant le tribunal qui avait condamné Jésus. Anne et Caïphe, qui le présidaient, leur demandèrent par quelle autorité et au nom de qui ils avaient guéri le boiteux. Pierre leur répondit : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité. C'est Lui qui est la pierre angulaire que vous avez rejetéc. Il n'y a point de salut par aucun autre ; car aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. »

Juges et jurés furent déconcertés de cette réponse, et, ne pouvant nier le miracle, ils résolurent de garder encore le silence, mais défendirent aux apôtres de parler jamais de Jésus. Pierre et Jean leur

répondirent : « Jugez vous-mêmes s'il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu'à Dieu; car, pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons entendues et vues. » Les juges redoublèrent alors leurs menaces; néanmoins ils laissèrent partir Pierre et Jean sans leur faire de mal. Ce fut le premier procès que l'Église eut à subir. Après cette seconde prédication, près de cinq mille personnes se convertirent et furent baptisées.

Le parti des incrédules, représenté par les princes des prêtres, voyant la multitude se convertir à la doctrine de Jésus, firent mettre les apôtres en prison ; mais ils furent délivrés pendant la nuit par un ange, qui leur dit : « Allez et prêchez hardiment. » La force brutale, la violence, tels sont les arguments employés par les mécréants pour étouffer la vérité.

Le lendemain, dès que le Temple fut ouvert, les apôtres retournèrent prêcher dans la galerie de Salomon. Lorsque les princes des prêtres apprirent que les portes de la prison étaient fermées, que les gardes étaient toujours aux portes, mais que les prisonniers prêchaient dans le Temple, rien n'égala leur étonnement et leur stupeur; ils firent venir les apôtres, mais sans violence, par crainte du peuple. Le grand-prêtre les réprimanda de nouveau : Vous avez, ajouta-t-il, rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez nous rendre coupable de la mort de cet homme! — Il faut obéira Dieu, répon

dit Pierre. Un instant il fut question de les mettre à mort, suprême raison de ceux qui ont la force dans les mains. Mais Gamaliel, docteur pharisien très-respecté, et qui plus tard se convertit, leur persuada de patienter encore; « car, dit-il, si l'œuvre de ces hommes ne vient que d'eux-mêmes, elle se dissipera d'elle-même; mais si elle vient de Dieu, vous ne sauriez la détruire. » Les miracles avaient déjà parlé si haut, que de tels conseils pouvaient être donnés et même suivis par les juges. Pourtant les apôtres furent flagellés avant d'être renvoyés. Quand on ne peut rien contre la vérité, ceux qui n'en veulent pas la persécutent dans ses défenseurs. Les prédications continuèrent, et les conversions augmentèrent do telle sorte, que le Grand Conseil organisa une violente persécution, dont St Etienne, diacre, fut la première victime.

Jusqu'alors l'Evangile n'avait été prêché qu'aux Juifs, et c'étaient les plus fervents qui l'embrassaient, mais en étant toujours très-attachés à la loi et à la circoncision, qu'ils ne supposaient pas pouvoir être abolie. Pour eux tout incirconcis était impur ; on ne devait ni boire, ni manger, ni avoir aucune intimité avec lui. La loi chrétienne n'obligeant pas les Gentils à suivre la loi juive, il fallait que Pierre, au moment où les Gentils allaient entrer dans l'Eglise, résolût, par son autorité suprême, une situation si contradictoire. Dieu vint à son aide par une vision.

Un centurion de la cohorte italique, nommé Corneille, était un de ces hommes dont le désir, la piété, la pureté des mœurs appelaient les secours célestes; il demeurait à Césarée; quoique incirconcis, il suivait autant que possible le culte d'Israël, priait assidûment, faisait l'aumône et craignait Dieu; son exemple était suivi de toute sa famille. Un jour il eut une vision, par laquelle il apprit que ses prières et ses aumônes étaient agréées du Très- Haut et qu'il devait envoyer à Joppé chercher Simon Pierre, qui l'instruirait de ce qu'il avait à faire. Tandis que les envoyés de Corneille approchaient de Joppé, Pierre montait sur la terrasse de la maison qu'il habitait, et se mit à prier. Il eut aussi une vision pendant laquelle une voix lui dit de tuer des bêtes et de manger des viandes réputées impures et défendues par la loi juive. Pierre s'y refusa en disant qu'il n'avait jamais rien mangé d'impur. La voix reprit : « N'appelle pas impur ce que Dieu a purifié. »

La vision se renouvela trois fois. Pierre comprit que les bêtes impures figuraient les Gentils, souillés par leurs passions brutales et leur idolâtrie. Elles descendaient du ciel , parce que l'élection divine les donnait à Pierre pour tuer en elles lo vieil homme et les incorporer dans son unité, c'està-dire clans l'Eglise. Aussi , quand les envoyés de ( orneille arrivèrent, il les suivit, prêcha la parole de Dieu au centurion, à sa famille, et à toute sa

maison. Pierre était accompagné de quelques-uns îles chrétiens de Joppé, car il n'agit pas sans témoins. Tandis qu'il parlait, le Saint-Esprit descendit visiblement sur tous ceux qui l'écoutaient. Alors Pierre dit à ses compagnons circoncis : « Qui pourrait refuser le baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit-Saint ? » Et il les fît baptiser. Ce fait apaisa les scrupules judaïques; et les fidèles, qui d'abord avaient murmuré, s'écrièrent : Que Dieu soit glorifié ; il a donné la grâce de la pénitence aux étrangers, afin qu'ils aient la vie!

Comme chef des apôtres, les Actes nous montrent Pierre dans le plein exercice de ses fonctions, en sorte que les paroles de l'Évangile qui rapportent l'institution de la primauté concordent parfaitement avec la pratique effective de ce ministère. Nous le voyons agir comme chef des apôtres et au nom de toute l'Église chrétienne, particulièrement lorsqu'il fallut compléter le nombre des Douze, diminué par la défection de Judas; lorsqu'à la descente du Saint-Esprit, Pierre se leva et parla pareillement au nom de tous; lorsqu'AnanicctSaphire voulurent tromper l'Eglise de Jérusalem ; lorsqu'il visita le premier les Églises établies dans le voisinage de Sion, afin de s'assurer si tout y était en règle; lorsqu'arriva le temps d'ouvrir l'Église aux païens; c'est également lui qui reçut la vision relative à Corneille , et les admit le premier dans l'Eglise; ce fut aussi lui que Paul, après sa conver-

sion, voulut voir, et enfin ce fut lui qui présida le premier concile.

C'est environ vers l'an 43 ou au commencement de 44 que Pierre vint à Rome fonder ou affermir l'Église; puis il retourna visiter celles d'Orient, fondées par lui ou les autres apôtres, et revint à Rome probablement à la fin de l'an 54. Il vint dans cette ville parce qu'elle était la capitale du monde, et que, placée au centre du midi de l'Europe, à portée de l'Afrique et de l'Asie occidentale, elle pouvait déverser partout les bienfaits de la civilisation chrétienne. Il fut crucifié l'an 68, à l'âge de quatrevingt-dix-neuf ans, dans un des jardins de Néron, situé sur le Vatican. Pierre avait la tête en bas, et les pieds, qui furent lavés par Jésus, tournés en haut, car c'est vers le ciel que doivent se diriger les pas du chrétien. Voilà dix-neuf siècles que les Néron de la mauvaise politique, de la mauvaise philosophie et des mauvaises mœurs crucifient le chef de l'Église et lui mettent la tête en bas pour en faire tomber sa triple couronne; mais les Néron passent, leurs palais tombent, leurs œuvres disparaissent et la croix reste toujours debout. « Tu es Pierre, a dit Jésus, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » La parole des hommes passe avec les hommes, mais la parole de Jésus ne passe pas, car elle est éternelle.

Pour les aider dans leur ministère et se déchar-

ger des soins matériels de la communauté, les apôtres avaient choisi parmi les disciples sept diacres, L'un d'eux, nommé Etienne, plein de science et de foi, eut plusieurs controverses publiques avec les Juifs grecs qui, ne pouvant résister à sa logique, le firent lapider pendant lapersécution dontnous avons parié. Ce fut le premier sang chrétien répandu pour la foi. Ceux qui le lapidèrent déposèrent, pendant L'exécution, leurs vêtements auprès d'un jeune homme nommé Saul, fils d'un pharisien et originaire do Tarse. Son père l'avait destiné à l'enseignement judaïque ; il allait devenir rabbi, c'est-àdire docteur de la loi, et suivre probablement la carrière qui conduisait aux premiers postes d'honneur chez les Juifs. Il fut initié à différentes connaissances sous la direction du fameux Camalicl qui lit surseoir à la première persécution que les chrétiens eurent à subir de la part des Juifs, et qui avait été pareillement le professeur d'Etienne dans les Écritures saintes. Saul était un des plus ardents persécuteurs de la nouvelle doctrine.

Soit à cause de la persécution, soit pour répandre l'Évangile plus promptement, les disciples de Jésus se dispersèrent partout. La Samaric fut la première à recueillir les fruits de cette dispersion. Pierre et Jean y allèrent confirmer les chrétiens que Philippe avait baptisés. Puis, vint le tour de Césarée, où ( lorneiile fut le premier gentil qui reçut les bienfaits de la foi. Un an après le meurtre d'Etienne,

Saul, depuis appelé Paul, fut également converti miraculeusement tandis qu'il se rendait à Damas pour persécuter les chrétiens. Cette conversion donna à l'Église le plus grand de ses docteurs et le plus irrécusable de ses témoins. Après une sorte de retraite de trois ans, Paul vint à Jérusalem voir le chef dos apôtres ; puis il commença à révéler son génie à Antiochc, où St Barnabe, autre disciple de Gamaliel, gouvernait une Église presque toute formée de païens convertis.

L'intelligence ne peut rien objecter au témoignage de St Paul touchant l'histoire évangélique. Ce n'était point un ignorant, un homme simple qui ait pu être trompé par des semblants de prodiges, ni un homme auquel on pouvait en imposer sur des faits et des doctrines qui n'auraient pas passé par le crible de sa critique. C'est un contemporain, un docteur de la loi, un pharisien, un ennemi ; il avait résisté aux miracles de Jésus, à la parole de Pierre, à l'éloquence d'Etienne, au sang des martyrs ; humainement parlant, il avait tout à perdre et rien à gagner en se faisant chrétien. Après trois années passées sous la double pression de la haine furieuse des Juifs et delà défiance des chrétiens, il embrassa courageusement la rude carrière apostolique, sachant bien qu'elle serait peut-être plus douloureuse encore pour lui qu'elle ne l'était pour les autres. En effet, vers l'an 57, c'est-à-dire une dizaine d'années avant sa mort, il avait déjà été flagellé cinq fois par

les Juifs et trois fois par lesJRomains, supplice souvent mortel ; à Lystre, les Juifs le lapidèrent et le laissèrent pour mort. Avant d'avoir la tète tranchée, il avait fait naufrage trois fois, fut enchaîné et mis en prison sept fois ; on sait ce qu'était la prison sous les Romains.

Ce qui domine surtout dans les magnifiques épîtres de St Paul, c'est la dialectique, et elle porte beaucoup plus le cachet de la science juive que de la science hellénique, quoiqu'il fût très-versé dans les lettres grecques. C'est à St Paul qu'appartenait la tâche de faire sortir le christianisme des bornes étroites où il était demeuré enfermé jusqu'alors ; il fonda des églises en Phrygie, en Galatie, en Macédoine, en Grèce, à Corinthe, à Ephèse, à Thessalonique, à Bérée et dans une multitude d'autres provinces et d'autres villes. A Antioche, des prosélytes païens qui avaient appartenu au judaïsme, mais qui n'avaient encore aucune relation avec les Juifs, se sentirent attirés vers la nouvelle religion. Informés de cet état des esprits, les apôtres leur avaient envoyé Barnabe, qui demanda à St Paul de l'aider dans la prédication du christianisme. St Paul s'empressa de se diriger vers Antioche, où fut en peu de temps établie dans, cette ville une Eglise chrétienne très-florissante.

Paul et Barnabe poursuivirent ensuite leur mission parmi les païens de la Pindic et de la Pamphylie. <irâce à la Providence, qui depuis des siècles

préparait les voies au christianisme, partout où les apôtres arrivaient, ils rencontraient des Juifs qui les invitaient à leur expliquer clans leurs synagogues certains passages de l'ancien Testament. Profitant de cette occasion, les apôtres parlaient du Messie et prêchaient l'Evangile. Les prosélytes païens ayant le droit de fréquenter le temple et d'assister aux instructions, entendaient ainsi la parole du salut et servaient aux apôtres de point de départ pour étendre plus loin leur ministère. Paul et Barnabe se séparèrent peu de temps après leur retour à Jérusalem. Paul fut décapité à Rome, sous Néron, Tan 07 ou 68 ; c'est ainsi qu'il arrosa de son sang dans la capitale du monde, l'Eglise fondée par le sang de Jésus à Jérusalem. Il vit à Rome St Pierre, qui avait planté sur le Vatican la croix que Jésus avait plantée sur le Calvaire !

Les apôtres se partagèrent le monde ; leur sang y multiplia les églises. St Jean s'établit à Éphèse, capitale de l'Asie Mineure, pour y dompter les persécutions doctrinales nées du paganisme et du judaïsme. St Jean fut le principal soutien de l'Église dans l'Asie Mineure ; d'Éphèse il étendait au loin sa sphère d'action. Sous l'empereur Domitien, il fut condamné à mourir dans une chaudière d'huile bouillante ; mais en étant sorti sain et sauf, il fut exilé à Patmos, et finit par mourir à Ephèse l'an

St Matthieu, St Marc et St Luc s'étaient proposé,

en écrivant leurs évangiles, de prouver aux communautés pour lesquelles ils les avaient écrits que Jésus-Christ était véritablement le Messie. St Jean voulut décrire le caractère môme du Messie. Les sectes judaïsantes continuaient à se remuer, et ce qui n'existait encore qu'en germe du temps de St Paul se révélait sous des formes de plus en plus accentuées. Ce fut donc contre ces sectes qu'il dirigea son évangile, ce fut à cause d'elles qu'il se décida à éclairer cette face de la vie de Jésus.

Dès le début de son évangile, qui est le complément théologique des trois autres déjà parus, St Jean se fait l'historien de la divinité, et résume son travail par ces grandes et sublimes paroles : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu, » paroles qui établissent à la fois l'éternité du Sauveur, sa divinité, sa personnalité, et nous le montrent comme le Créateur de tous les êtres qui sont hors de Dieu. « Par lui, dit St Jean, tout a été créé, et rien de ce qui a été créé n'a été créé sans Lui. » Il est la source de toute vérité, de toute sainteté, de toute félicité, ainsi qu'il résulte de cette expression d'un sens si étendu : « Il était la vie et la lumière des hommes. » L'évangéliste dépeint ensuite à grands traits la situation de l'humanité déchue et ensevelie dans les ténèbres : « La lumière a lui, mais les ténèbres ne l'ont pas reçue. » Ce terme de ténèbres caractérise tout ensemble l'affaiblissement des facultés intellectuelles et la dépra-

vation do la volonté. De ces ténèbres qui l'enveloppaient, l'humanité allait être délivrée par Celui qui, dès le commencement, était en Dieu, était Dieu môme. Car « le Verbe s'est fait chair » et il a donné aux hommes le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à la condition qu'ils naîtront, non de la volonté de la chair, mais de Dieu. La génération naturelle de l'homme aboutit à la mort physique ; pour devenir enfant de Dieu, il faut une génération nouvelle, produite par la vertu de Dieu qui donne la vie éternelle.

On voit que cette description de la nature divine est dirigée contre les notions grossières et mesquines que les judaïsants se faisaient de Jésus et de sa doctrine ; ils croyaient que la naissance charnelle était une des grandes conditions requises pour entrer en société avec le Fils de Dieu, et s'imaginaient que tous devaient devenir enfants d'Abraham par l'adoption de la loi mosaïque. St Jean écrivit aussi l'Apocalypse ; ce livre, plein de mystères et de beautés, est une prophétie perpétuelle des destinées de l'Église et de sa glorification finale. Tel est le miracle de la révélation, qu'un pêcheur, un illettré, parle, croit, explique ce que jamais les plus grandes écoles philosophiques du monde entier aient jamais pu même entrevoir.

St Jacques , surnommé le frère , c'est-à-dire le parent du Seigneur, selon la chair, devint une des grandes figures du collège apostolique, et les Juifs

eux-mêmes le tenaient en si haute estime, qu'ils ne purent s'empêcher de l'appeler le Juste. Il n'en devint pas moins, vers Tan 62, une des victimes de leur fureur contre le christianisme. C'est à lui que nous devons cette belle épître écrite dans l'intention d'éclairer ceux qui n'avaient pas compris St Paul, lorsqu'il recommandait d'avoir avant tout la foi. St Jacques explique cette doctrine en disant que la foi, sans les œuvres, est morte; il défend surtout les œuvres et la liberté humaine, tandis que StPaul était forcé, par sa position même et par les lieux où il agissait, d'insister sur la nécessité de la foi et de la grâce. St Paul cherchait à faire pénétrer l'Evangile dans les cœurs, ce qui n'était possible que par la foi ; St Jacques , au contraire , écrivant à des hommes qui croyaient déjà, mais dont la foi était improductive et vaine, leur rappelait que l'homme, doué de liberté, était à ce titre l'auteur du mal et le coopérateur du bien.

St Barthélémy était un essénien, fils de Tholmaï — Bar-Tholmaï , — nom qu'il garda , au lieu de celui de Nephthali, qui paraît avoir été le sien. Sur ses travaux, comme sur ceux des autres apôtres, nous avons peu de données ; on sait seulement à peu près les pays qu'ils ont visités et ceux dans lesquels ils ont trouvé la couronne du martyre. On sait également que les plus grandes villes de l'empire romain avaient été gagnées à la cause de l'Évangile, soit par les apôtres eux-mêmes, soit par

les plus distingués de leurs disciples. Comme ils visaient surtout à se fixer dans les grandes villes, afin de poser les fondements de l'Eglise sur un terrain solide, et de là rayonner sur les pays d'alentour, on rencontre à peine autour de la Méditerranée une ville importante où il n'y ait pas eu d'Église dès les temps apostoliques.

Du temps des apôtres, le christianisme n'avait eu pour ainsi dire à lutter que contre les Juifs et les Judaïsants, mais après leur mort, ou, si l'on veut , après la ruine de Jérusalem, la lutte devint générale, car tout le paganisme se mit de la partie. Avant de dire ce qu'était cet ennemi, nous devons dire un mot de ce qu'il n'était pas.

Le paganisme n'était pas ce que les sectes des 11e et ine siècles croyaient, en ne voyant absolument en lui et dans l'humanité rien que de diabolique, parce que l'homme lui-môme y avait perdu toute ressemblance avec Dieu. Thèse absurde, parce que si l'homme avait effacé complètement en lui l'image de Dieu, il n'aurait offert aucun point d'appui au christianisme. Il était encore moins, comme on l'a soutenu de nos jours, un phénomène normal, inévitable dans l'histoire, ayant pour conséquence naturelle le christianisme, terme suprême du progrès religieux où l'homme puisse atteindre. Suivant cette opinion, l'histoire du progrès de l'humanité ne serait que la marche régulière de la nature ; la partie morale disparait totalement ; car tout ce qui il 17

est arrivé est arrivé nécessairement. Avec un te système, on ne comprend ni le christianisme ni la manière dont il s'est implanté parmi les hommes ; car il ne s'annonce pas aux hommes comme devant élever l'esprit humain à son plus haut degré de développement naturel ; au contraire, il leur demande de déserter les voies qu'ils ont suivies jusque-là, parce qu'elles sont réprouvées de Dieu, cl de faire pénitence ; il ne dit point qu'il vient compléter l'homme, mais le régénérer.

Le paganisme n'est autre chose que la confusion de Dieu et de la nature, de l'esprit et de la matière, soit qu'on le considère comme l'apothéose de l'homme ou comme l'adoration des forces de la nature. Le paganisme se manifeste surtout par le polythéisme. Dieu étant confondu avec le monde des phénomènes, le Dieu unique se morcelle en une infinité de dieux. Si l'unité de Dieu subsiste encore comme un vague souvenir, le polythéisme domine quand même et l'unité de Dieu reste voilée. De là le caractère de religion nationale que présente le paganisme. Après avoir nié l'unité de Dieu, on arrivait à nier aussi l'unité du genre humain. Les hommes ne formaient plus une grande société dont les membres sont reliés par une seule religion, car la religion universelle disparut rapidement dans les cultes nationaux. L'idée de la sainteté divine disparut pareillement, car du moment où l'on confondait Dieu avec le monde, il ne pouvait plus être question

d'un Dieu saint. Enfin, l'absence de Dieu dans le gouvernement de l'univers est aussi un des caractères saillants du paganisme, car les dieux n'ayant pas produit la nature, étant soumis eux-mêmes à la nature, enchaînés au destin aveugle, ne pouvaient pas être au-dessus du monde, encore moins le gouverner.

Si le paganisme traitait Dieu de la sorte, on comprend comment il devait traiter l'homme, et à quel point la notion de l'homme et de ses rapports avec Dieu devait être obscurcie, altérée, falsifiée. Dieu n'étant pas envisagé comme un être saint et libre tout à la fois, l'homme ne pouvait pas se considérer comme tel dans ses actes ; aussi le paganisme n'assignait aux actions de l'homme aucun motif tiré de l'ordre moral ; n'attribuant aucune fin supérieure à ses actions, l'homme ne soupçonnait même pas qu'elles eussent des conséquences éternelles. De là vient qu'au sein du paganisme la notion de l'immortalité s'éclipsait de plus en plus, quand elle ne tombait pas dans un oubli total. Quand on est absorbé dans le monde des sens, on n'a pas la force de se convaincre qu'on est appelé à l'immortalité. C'est pourquoi le paganisme, en général, se faisait de la vie humaine une image affreuse, et les écrivains modernes qui nous dépeignent l'existence païenne sous des couleurs si douces et si brillantes substituent la poésie à la réalité, mentent ou font preuve d'une grande ignorance des auteurs grecs et latins.

L'homme avait alors perdu le sentiment de sa noblesse et de sa dignité, car ne se croyant pas appelé à une destinée immortelle, il n'avait pas conscience de sa valeur ni de celle d'autrui. L'esclavage, fils du paganisme, est le phénomène qui parle le plus éloquemment sur la dépravation de l'homme. Les combats de gladiateurs sont l'apogée de cette dégradation, comme la déification de la volupté est l'apogée de la luxure la plus effrayante qui caractérise une société pourrie dans l'universalité de ses membres. De là naquit la cruauté, car la cruauté est tout à la fois une volupté et un mépris de l'homme, et l'une et l'autre sont une profanation de l'âme humaine, devenue incapable de comprendre son excellence.

Tels sont les caractères typiques du paganisme ; mais il y avait aussi clans la société païenne des souvenirs qui rappelaient la divinité. L'image de Dieu n'y était pas complètement effacée ; aussi voyons-nous les païens croire encore aux dieux, leur adresser des prières, implorer, attendre leur secours. Les religions populaires, les anciennes et nombreuses traditions qui s'étaient prolongées à travers toute l'histoire de l'humanité, avaient donné naissance aux mystères que nous rencontrons, sous les formes les plus variées, chez la plupart des anciens peuples. Ces religions et ces traditions produisirent la philosophie païenne qui renferme quantité de vues en ce qui concerne les intérêts de

l'homme et les choses divines. Les systèmes philosophiques païens avaient au moins l'avantage de développer l'intelligence, d'élever la pensée de l'homme vers les choses spirituelles, de mûrir sa réflexion et de lui rendre de plus en plus insipides les idées et les fables qui circulaient parmi le peuple sur les dieux et les déesses. Ce travail intellectuel jeta la religion du peuple et la mythologie dans un désarroi et dans une confusion irrémédiables.

Le service que la philosophie rendait au christianisme, pour être purement négatif, ne renversait pas moins l'ancien édifice de l'erreur, et livrait au christianisme un terrain où il pouvait jeter sa propre semence. En combattant victorieusement les cultes populaires et la mythologie, les philosophes ouvraient la porte à un scepticisme sans issue. Le doute faisait invasion de toutes parts et creusait un abîme de plus en plus profond. L'homme sentait en lui-même un vide, une solitude, une tristesse de jour en jour plus insupportables, et, dans sa détresse, il réclamait le secours d'en haut avec des accents qui prenaient parfois une singulière énergie. Dans l'Occident romain et grec, la mauvaise humeur contre les vieilles divinités était arrivée à son comble. Ce mouvement de l'humanité païenne offre un spectacle vraiment tragique, surtout au temps du Christ, et l'on pouvait dire alors avec plus de raison que jamais : « Les dieux s'en

vont. » On se passionna quelque temps pour le culte d'Isis, d'Osiris, de Sérapis, de Cybèle et d'autres divinités étrangères, mais sans obtenir d'elles la paix du cœur et le calme de la conscience que Ton cherchait. Ce sont ces aspirations du monde païen vers un Dieu libérateur et conservateur qui donnèrent naissance, nous l'avons déjà dit, à des prophéties remarquables qui peuvent être apocryphes, telles que nous les avons maintenant, mais qui n'en sont pas moins historiques et qui prouvent que si le peuple ne les avait pas recherchées avec avidité, on n'aurait jamais eu l'idée d'imaginer de pareilles prédictions.

Dans cet état de choses, on s'explique aisément que bien des obscurités se soient dissipées dans la conscience des païens, et qu'ils aient beaucoup mieux compris leur situation quand les apôtres leur prêchèrent le christianisme, qu'ils ne la comprenaient auparavant. Nous avons vu que l'empire romain, en absorbant les peuples qu'il soumettait à ses lois, faisait disparaître peu à peu les cultes nationaux, que l'homme finissait par ne rien connaître au delà de la vie civile et politique, et qu'il se trouvait déjà porté par sa seule condition extérieure à une destinée plus haute. Au point où le monde en était arrivé, on voyait clairement qu'il était à bout de ressources et réclamait une intervention supérieure.

C'est par ces moyens divers que la divine Provi-

dencc préparait les voies au christianisme et disposait les cœurs à s'ouvrir à lui. Aussi les païens se convertissaient-ils en foule dès les temps apostoliques. Les Juifs convertis s'effrayèrent bientôt de la prodigieuse quantité de païens qui devenaient chrétiens sans avoir été circoncis et sans avoir passé d'abord par le judaïsme. Persuadés que la loi mosaïque ne devait jamais cesser, ils excitèrent dans les communautés d'Antioche des troubles violents, qui décidèrent les apôtres à se réunir en concile à Jérusalem pour traiter la question de la circoncision à laquelle les Juifs tenaient beaucoup. Pierre, en sa qualité de chef de l'Église, parla le premier et développa le principe contraire à la circoncision, disant que Dieu purifiait les cœurs de tous ceux qui croient en Jésus-Christ, et que par conséquent ils n'avaient pas besoin de la loi mosaïque. Ce fut le premier concile ; il eut lieu vers l'an 50 ; il affranchit les Gentils convertis des cérémonies juives, et St Paul ainsi que St Barnabe furent chargés de porter les décrets de ce concile aux Eglises avec obligation de s'y soumettre.

Cette merveilleuse propagation du christianisme parmi les païens, qui déroutait les judaïsants, a été de nos jours l'objet d'études spéciales. La perte du sens chrétien et l'ignorance de ce qu'est le christianisme' ont fait poser récemment la question suivante, qui ne nous fait point honneur : Quelles sont les causes de la propagation rapide du christianisme

parmi les païens ? Et pour répondre à cette question, on a donné des causes extérieures, accidentelles, destituées de toute valeur, afin de ne pas reconnaître que la diffusion si prompte du christianisme provenait de ce qu'il était l'œuvre de Dieu, qu'il répondait, comme constitution divine, aux besoins les plus élevés de l'homme, car Dieu connaissait évidemment mieux les besoins de l'homme que l'homme ne les connaissait lui-même. Nous touchons ici à l'essence môme du christianisme et à ce qui fait de lui une religion positive. Ce caractère positif du christianisme devait nécessairement influer sur sa propagation. Désormais la vérité religieuse pouvait être saisie de chacun, et il était aisé de l'expliquer môme aux esprits incultes. Le maître, le disciple n'avaient plus besoin de s'appliquer à des recherches infinies dont ils étaient peut-être incapables, et le vulgaire, si dédaigné jusqu'alors, l'accueillit à cœur ouvert. Les esclaves, ces êtres tellement avilis qu'on les croyait à peine des hommes, furent également visités par le christianisme ; eux aussi le comprirent et l'acceptèrent avec joie.

Le paganisme n'enseignait rien sur Dieu et sur les choses divines ; ce n'était qu'un ensemble de cérémonies extérieures plus ou moins incompréhensibles aux masses. Le christianisme, au contraire, «tait une doctrine positive, accessible à tous ; et les esclaves apprenaient pour la première fois qu'il existait aussi pour eux un Père éternel qui abaisse

sur eux ses regards comme sur chacune de ses créatures. Aussi vit-on le courage renaître dans cette immense classe d'hommes dégradés, et un instinct supérieur s'éveiller en eux avec la confiance. La vue d'une destinée plus haute adoucissait un sort qui leur était insupportable, et ils accouraient au christianisme avec un empressement indicible. Le caractère positif de la religion chrétienne fut pareillement utile aux philosophes. Malgré toutes leurs recherches, les philosophes n'étaient jamais arrivés à des résultats satisfaisants ; le seul fruit qu'ils avaient retiré de leurs travaux était le désespoir d'atteindre la vérité définitive. Avec tous leurs efforts, ils n'arrivaient jamais au-dessus de l'hypothèse, ils n'arrivaient jamais qu'à l'intelligence des phénomènes, sans avoir la force d'y croire. La raison leur fournissait plusieurs arguments solides pour affirmer l'immortalité de l'âme humaine, mais ils n'osaient pas croire que l'âme fût réellement immortelle. Le christianisme n'intéressant pas moins les savants que le vulgaire, il en résulta cet empressement merveilleux avec lequel les philosophes euxmêmes se précipitèrent vers le christianisme.

Une autre raison de l'extension rapide du christianisme, ce sont les mœurs des chrétiens, la manifestation de leur foi par leurs œuvres et par tout leur genre de vie, mais surtout par l'énergie et la sérénité qui accompagnaient la profession extérieure de leur croyance. Il était inouï jusque-là que

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des hommes se fussent donnés à Dieu et aux choses divines d'un cœur si ardent et d'une volonté si irrésistible. Un tel spectacle avait quelque chose d'émouvant pour les païens. A ce phénomène se joignit celui de voir les chrétiens de toutes classes, de tout âge, de tout sexe, se montrer disposés à mourir pour leur croyance, et devenir ainsi un objet d'étonncment et d'admiration universelle. Cet héroïsme en face de la mort eut une autre conséquence : il inspira le désir de rechercher qu'était cette religion qui faisait mépriser la mort au point de l'affronter avec joie. On s'informa donc de la religion des chrétiens, on s'initia à leurs doctrines, et c'est ainsi qu'on entra dans l'Eglise, ce qui faisait dire à Tertullien : « Ne voyez-vous pas que nos frères se multiplient sous vos moissons sanglantes, et que le sang des martyrs devient une moisson de chrétiens? Qui peut contempler, en effet, cette inébranlable constance des confesseurs de la foi, sans éprouver le besoin de creuser par la méditation jusqu'au fond de nos croyances, et qui les approfondit sans les embrasser ? »

La joie avec laquelle les chrétiens manifestaient leur croyance était un propagateur de la religion non moins actif que leur moralité, car ils révélaient une existence morale nouvelle et tout à fait inconnue jusqu'alors. Justin rapporte que les païens en relations avec les fidèles étaient souvent amenés au christianisme par le dévouement, la franchise

et l'honnêteté dont ils avaient été témoins. On a vu, quand la peste sévissait dans les grandes villes, des païens jeter les cadavres des leurs dans les rues et les abandonner à leur sort ; et les chrétiens, ne pouvant supporter un tel spectacle, les enterraient en môme temps que leurs propres morts. Il arrivait souvent, dans les cas d'invasions, que des chrétiens et des païens étaient emmenés comme esclaves pour être vendus ; les fidèles établissaient aussitôt entre eux des collectes, et rachetaient les captifs tant Gentils que chrétiens. A la vue de cette conduite, les païens émerveillés et touchés jusqu'aux larmes embrassaient le christianisme avec amour. La raison de tous ces triomphes du christianisme ne résidait point hors de lui, mais en lui-même; il est vrai qu'il trouva pareillement une cause de succès dans l'appui extraordinaire que Dieu prêtait à ses fidèles, parce que l'ancien monde venant d'être renversé par Jésus et ses apôtres, il fallait alors tirer les esprits de leur engourdissement par des miracles, mais ces phénomènes surnaturels devenaient moins fréquents dejour en jour. Devenu une grande puissance morale, le christianisme ne tarda pas à agir directement sur l'esprit des païens avec toute l'énergie, la force et l'autorité qui lui sont inhérentes, et la preuve sensible, miraculeuse, devenant de jour en jour moins nécessaire, devint aussi moins fréquente, et finit par devenir relativement rare.

Le christianisme fit à Rome de très-rapides progrès. St Pierre avait établi le centre de son apostolat au palais du sénateur Pudens, qui avait embrassé la foi, ainsi que sa femme Claudia. Parmi les milliers de fidèles qui vinrent ensuite demander le baptême, on remarque plusieurs membres de la famille de César, le consul Glabrion, Flavius Clemens, parent de Domitien, le sénateur Apollonius, les préfets Hermès et Chromatius, Eus tache, général distingué, et une multitude d'autres personnages, dont les habitations splendideset spacieuses, comme celles de Cécile, de Suzanne, de Pancrace, etc., servaient de lieu de réunion pour les exercices du culte. Les progrès de la religion chrétienne furent aussi faciles que rapides dans l'armée. Parmi ces hommes, habitués à l'obéissance, aux privations, aux dangers, voués aux triomphes ou à la mort, le soldat romain comprit de suite que le christianisme lui donnait un courage surhumain pour triompher, et le mépris de la mort. Aussi, le nombre des soldats chrétiens devint si considérable que, sous Marc-Aurèlc, la légion Fulminante, et, sous Maximilien, la légion Thébaine, étaient entièrement chrétiennes. Les soldats, officiers et généraux chrétiens qui moururent pour la foi, se comptent par milliers.

La vie calme, douce, sereine, vertueuse que menaient les chrétiens formait un tel contraste avec la vie agitée, dissolue, fastueuse des païens, que de

nouveaux prosélytes se présentaient quotidiennement pour être instruits dans cette religion qui faisait de tous ses membres les membres d'une même famille. Les riches secouraient les pauvres dans toutes leurs nécessités. Riches et pauvres se donnaient le doux nom de frères, de sœurs et se traitaient réciproquement d'une manière fraternelle. Les esclaves qui recevaient le baptême étaient généralement rendus à la liberté par leurs maîtres chrétiens. La femme avilie, corrompue parles vices du paganisme, se réhabilita, se régénéra par les vertus chrétiennes. L'impureté, l'adultère, la prostitution en avaient fait une sentine de vices et de crimes ; la chasteté, la charité, la douceur en firent un ange de dévouement et de vertus. Les unes, consacrant à Dieu leur virginité, se retiraient dans le silence des solitudes pour se livrer à la pratique de toutes les perfections chrétiennes ; les veuves, renonçant aux secondes noces pour mener une vie ascétique, vivaient dans la retraite, nourrissaient les pauvres, travaillaient pour eux, visitaient les malades, ensevelissaient les morts ou les martyrs et semaient à profusion les bonnes œuvres ; d'autres femmes s'occupaient spécialement des orphelins, des exilés, de tous ceux qui souffraient et de tous ceux qui avaient besoin d'un appui, d'une famille. Sous Alexandre Sévère, le christianisme remplissait déjà la Palestine, la Syrie, l'Egypte, l'Asie Mineure, l'Afrique, la Grèce, l'Italie, les Gaules,

l'Espagne, la Germanie, la Grande-Bretagne, l'Arménie, la Perse, les Indes ; il se répandait également parmi les Sarmates, les Daces, les Scythes, les Maures, les Gétuliens et jusqu'aux îles les plus inconnues ; et pourtant, les valentiniens, les gnostiques et d'autres sectes combattaient déjà l'Evangile par de fausses traditions ! St I renée et Tertullien opposaient à ces sectaires la tradition et l'autorité des églises apostoliques, surtout celle de Rome, la principale de toutes. Néanmoins sa marche progressive ne fut enrayée ni par les hérésies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plus illustres, ni par les persécutions les plus sanglantes. Toujours agitée, toujours battue par les tempêtes, l'Église doit toujours souffrir et toujours triompher.

Afin que rien de naturel et d'humain ne fût attribué au merveilleux développement du christianisme, afin que l'homme apprit combien il fallait souffrir pour racheter le ciel perdu par le péché de l'homme, toutes les puissances de la terre parurent se concerter pour noyer la nouvelle religion dans le sang des chrétiens. Pour que cette religion parût divine, il ne suffisait pas que ses dogmes fussent divins, que sa morale fût divine, il lui fallait encore pour s'épanouir le fer et le feu des persécutions, en un mot tous les éléments qui devaient naturellement l'anéantir. Pour que les chrétiens ne fussent pas étonnés des épreuves que l'Eglise devait subir de-

puis son berceau jusqu'à la consommation des siècles, Jésus avait dit: « Le inonde m'a persécuté, il vous persécutera. » Les persécutions et les persécuteurs du passé ont passé et l'Église est restée comme elle restera debout malgré les persécutions et les persécuteurs du présent et de l'avenir.

Pierre est mis en prison avant d'être crucifié ; sa prison devient une tribune de laquelle il convertit ses deux geôliers et quarante-sept prisonniers. André meurt en convertissant un peuple. Adrien fait jeter dans un taureau de bronze rougi au feu Eustache, vieux légionnaire que Trajan a élevé aux plus hauts grades ; sa femme et ses enfants meurent du môme supplice avec lui. Ce môme empereur, qu'on nous démontre au collège comme un modèle de douceur, fait torturer l'illustre veuve Symphorose avec ses sept fils. Antonin, surnommé le FHeux, sans doute pour se moquer de ceux qui ne connaissent pas l'histoire, fait également torturer Félicité et ses sept fils pour lui faire abjurer sa foi : « Voyez-vous, disait-elle à ses enfants devant les bourreaux, ce ciel si beau, si élevé, c'est là que votre Sauveur vous attend pour vous couronner ; combattez généreusement pour sa gloire et pour la vôtre, et montrez-vous de fidèles serviteurs. » Les enfants, leur mère et tous ces martyrs confessent Jésus clans les supplices, et leur mort enfante de nouveaux chrétiens.

L'Église est militante, il faut qu'elle combatte

pour la foi, mais elle est divine, et c'est par la souffrance, par la mort, que ses enfants triomphent. Prodige qui renverse toutes les notions reçues, toutes les idées humaines, et qui cependant s'est renouvelé, se renouvellera tant que le monde sera monde. « Blasphème contre le Christ, dit le proconsul de Smyrne à Polycarpe, et tu auras la vie sauve. — Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit le saint évoque, comment pourrais-je blasphémer contre mon maître et mon Sauveur? » On brûle ce vénérable vieillard, mais les flammes ne lui font aucun mal ; alors le bourreau le perce d'un coup de poignard, et son sang éteint le feu du bûcher. Marc-Aurèle avait écrit aux gouverneurs des provinces de varier les supplices qu'ils infligeaient aux chrétiens. Il était philosophe, repu de crimes et d'impudicités, comme tous les philosophes d'alors ; il voulait faire apostasier les chrétiens, et variait leurs tortures. Pour arriver à ce but, il fît mettre Blandine, jeune esclave, dans un fauteuil de fer rougi au feu ; mais Blandine, comme Cécile, comme les multitudes de martyrs qu'il immola, confessèrent Jésus publiquement devant les spectateurs, et les chrétiens devinrent plus nombreux à Smyrne, à Rome, à Lyon qu'ils ne l'avaient jamais été. Encore un empereur qu'on nous fait admirer dans notre jeunesse !

Sous l'empereur Dèce, la persécution devint tellement raffinée dans tout l'empire, qu'on semble évi-

ter de faire expirer les chrétiens au milieu des tortures qu'on leur inflige. Le gouverneur de Catane fait couper lentement le sein d'Agathe, jeune fille noble d'une angélique beauté. « Cruel tyran, lui dit-elle, n'as-tu pas honte de couper à une femme cette mamelle avec laquelle ta mère t'a nourri ? » Guérie miraculeusement de sa blessure, la jeune fille est ensuite roulée sur des charbons ardents, et ne rend son âme que dans sa prison, en priant Dieu. Les persécuteurs ayant reconnu que plus ils faisaient mourir de chrétiens, plus il en renaissait, se contentèrent de les torturer jusqu'à ce qu'ils renièrent leur foi. Valérien, s'étant aperçu que sous < lalbus l'exil des prêtres ne servait qu'à donner des apôtres aux régions les plus reculées, et que leur condamnation aux mines ne servait qu'à convertir les esclaves, changea de tactique et revint aux cruautés de Néron, Domitien, Antonin et Marc-Aurèle. Sous Valérien, le pape St Sixte est conduit au supplice; St Laurent meurt sur le gril; St Cyprien, évoque de Carthage, est décapité ; des milliers de martyrs montent sur des bûchers, d'où ils enseignent les foules, et cet empereur finit par servir de marche-pied à Sapor, roi des Perses, toutes les fois que ce souverain montait à cheval.

Sous Dioclétien, la persécution redoubla de fureur, car le christianisme commençait à déborder le paganisme. A trois milles de Rome, il fit égorger dix mille soldats chrétiens et leurs chefs, qu'il avait u 18

d'abord employés à construire ses Thermes. En Phrygie, une ville entière est brûlée avec ses quinze mille habitants, parce qu'elle est chrétienne. En Mésopotamie, les chrétiens sont brûlés; en Syrie, ils sont grillés; en Cappadocc, on leur brise les jambes; en Afrique, on les décapite; dans les Gaules, on les met sur le chevalet; en Italie, on les livre aux bêtes. Partout les chrétiens sont torturés, mis à mort; dix millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont ainsi péri par les ordres des empereurs romains et des gouverneurs. Nos historiens modernes mentionnent les persécutions, mais ils ne citent pas une page, un mot de ces martyrs jeunes et vieux dont les paroles et les discours, en présence de ces supplices sans nom, sont sublimes comme leur héroïsme; mais ils nous racontent en détail les turpitudes, les cruautés et les mots de ces empereurs, et nous disent : « Voyez comme elle est grande et belle cette civilisation romaine ! » Voilà comme on nous fait l'histoire; voilà comme on nous instruit dans nos lycées; voilà comme on forme notre cœur et notre esprit dans notre jeunesse ! On salit, on exalte notre imagination par des tableaux ignobles qu'on offre à notre admiration ; on nous cache les traits qui pourraient nous pousser à la vertu, à l'héroïsme; l'on ne nous montre qu'un coin de la vérité, qu'on s'efforce encore de dénaturer par tous les moyens, et l'on voudrait nous forcer à ne recevoir d'autre instruction que cette instruction

LUTTE COXTKE LE PAGANISME 'i75

officielle, insuffisante, immorale, menteuse, obligatoire et laïque !

Les persécutions se faisaient tantôt par ordre des empereurs et la haine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement des infidèles, et tantôt par des décrets prononcés dans le sénat sur les rescrits des princes. Alors la persécution était plus universelle et plus sanglante. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens comptent dix persécutions sous dix empereurs.

Dans les 11e et ni0 siècles, le christianisme se répandit dans tout l'empire romain, depuis les villes situées à l'extrémité du sud de l'Afrique jusqu'au Rhin et au Danube, depuis la Bretagne jusqu'à l'Euphrate et au Tibre, et depuis l'Espagne jusqu'à la mer Noire. Il serait trop long d'énumérer ici les noms des missionnaires qui portèrent le flambeau de la foi dans tous les pays et dans toutes les villes de ce vaste empire, car nous ne faisons pas l'histoire de l'Église catholique, mais simplement son analyse au point de vue philosophique. Nous disons l'Église catholique, et non pas les chrétiens, parce que tous les chrétiens ne furent pas également persécutés.

On avait d'abord considéré le christianisme comme une négation de toute religion, qu'il fallait étouffer à sa naissance ; puis, on avait essayé de le concilier avec le paganisme ; mais cette tentative ayant échoué, et le christianisme se montrant

comme une religion vraie, positive, on dut l'accepter comme tel, mais on voulait l'extirper parce qu'il visait à l'anéantissement de tous les cultes introduits clans l'empire romain. Tel fut le prétexte ostensible des persécutions, mais la cause réelle était la morale chrétienne qui flétrissait les vices et les crimes du paganisme. On sait que dès son origine, l'Église fut déchirée par des sectes qui, tout en se disant chrétiennes, se séparaient pourtant d'elles par des croyances contraires à l'enseignement de l'Église. Ce furent d'abord les sectes judaïsantcs, puis vinrent les gnostiques, les manichéens, les antitrinitaires, les montanistes et autres. Ces sectaires n'avaient point le courage d'affronter le martyre. Dès qu'une persécution éclatait, la lâcheté les envahissait, et interrogés sur leurs croyances, ils niaient qu'ils fussent chrétiens.

Ces gens-là étaient peu à craindre pour la destruction du paganisme ; aussi Justin nous apprendil, au milieu du n° siècle, que les Romains ne persécutaient que les membres de l'Église catholique, qu'ils appelaient « la Grande Église » pour la distinguer des Eglises hérétiques et schismatiques ; il leur suffisait de savoir qu'un tel appartenait à une secte pour lui laisser pleine liberté. Nous savons également par Origène et St Justin que les sectaires n'eurent pas à souffrir de persécutions. Les actes des martyrs confirment cette assertion. En plusieurs endroits nous y voyons le proconsul demander au

patient : « De quelle Eglise es-tu? » Et chaque fois qu'on lui répond : « De l'Eglise catholique, » le signal de la torture est donné. Il est un fait historique, c'est que, d'une part, les membres de l'Église étaient seuls poursuivis, et, d'autre part, qu'ils avaient seuls le courage d'affronter la persécution. L'explication de ce fait est dans ce que l'Église catholique seule a reçu la mission de propager le christianisme à travers tous les orages des siècles, avec ou sans effusion de sang. Et ce fut précisément parce que les païens se lassèrent de tuer, avant que les catholiques se lassassent de se faire tuer, que les catholiques étouffèrent le paganisme, et qu'à la fin du m0 siècle déjà, le christianisme s'élevait triomphant au-dessus de tous ses ennemis. De là la vénération profonde dont les martyrs ont été l'objet dès les temps les plus reculés, et des fêtes qu'on célébrait en leur honneur avec toute la pompe possible. On notait le jour de leur mort, que l'on appelait le jour de leur naissance, natalitia martyrum, parce que c'était alors qu'ils étaient nés à une vie éternellement bienheureuse. Telle fut l'origine du culte des saints, du calendrier chrétien et de l'habitude de prendre des noms sanctifiés par le martyre ou la piété de ces héros dont le souvenir était tout à la fois un enseignement et une protection.

Dans l'ordre providentiel, les persécutions avaient encore pour but d'asseoir le catholicisme sur des

bases solides, en excluant tout ce qui lui était étranger, en formant des mœurs exclusivement chrétiennes, en obligeant enfin le catholicisme à se nourrir de sa propre substance et à ne compter que sur lui, c'est-à-dire sur Dieu. Les persécutions prirent tous les caractères et toutes les formes, selon les temps et les lieux. Dès le milieu du 11e siècle, le paganisme, trouvant que les bourreaux n'avançaient pas assez vite en besogne, attaqua le catholicisme d'abord au théâtre, puis dans les satires, et enlin par la science. Après avoir dénigré les divinités du paganisme et nié l'immortalité de l'âme, le poète satyrique Lucien, qui ne croyait à rien, s'eiïorça, dans la Mort de Pêrigrin, détourner en ridicule les chrétiens. Fronton, maître de langue et d'éloquence de Marc-Aurèle, s'est aussi déchaîné avec beaucoup de violence contre le catholicisme. D'autres, sans l'attaquer positivement, épurèrent de leur propre chef le paganisme dans quelques écrits habilement rédigés ; leurs auteurs, parmi lesquels on doit citer Plutarquc, Apulée de Madauro et Maxime de Tyr, ne reculèrent môme pas devant des emprunts faits à la morale évangélique, afin de rendre le paganisme m oins odieux ; mais, loin de ramener les esprits vers les dieux déconsidérés, ils ne firent que favoriser l'œuvre du catholicisme.

< tels* fut le premier qui l'attaqua directement avec les armes de la science; ses écrits rappellent

la manière dos néo-platoniciens qui s'efforçaient d'embellir le paganisme et qui furent les derniers que nous rencontrons dans cette grande lutte entre l'ancien et le nouveau monde religieux, lutte qu'ils prolongèrent jusqu'au vnc siècle, où, délaissés du monde entier, ils périrent d'inanition. Celso exalte la beauté des doctrines de Platon et d'Aristote sans en rechercher les sources. Origène lui fait remarquer que la manière de Platon et d'Aristote, malgré sa délicatesse et son habileté, n'a pas converti un seul homme ; puis il le réfute victorieusement, après lui avoir démontré à quel point il ignorait l'enseignement chrétien. Porphyre est ensuite le plus célèbre des antagonistes que rencontra la primitive Eglise. Après lui viennent les néo-pythagoriciens, puis les ébionites et les nazaréens, deux nouvelles sectes judaïsantes, et enfin les gnostiques qui donnèrent naissance, en se divisant, à d'autres sectaires.

Il ne faut pas s'étonner de voir tant de sectes surgir du sein même de l'Église et la déchirer par leur révolte avant de se séparer d'elle. Chaque fois qu'un grand mouvement s'opère dans les idées, les exagérations sont faciles. Quand on passe d'un état moins parfait à un état plus parfait, et réciproquement, il arrive très-souvent qu'on déprécie à outrance ou qu'on exalte outre mesure l'ordre de choses qui commence ou celui qui finit. C'est ainsi que la corruption du monde, entendue dans le sens moral, fut

prise dans le sens physique, et que les gnostiques prétendirent que le monde était mauvais dans sa substance, qu'il était le mal même. Avant le christianisme on avait confondu l'esprit et la matière, nulle distinction ne les séparait ; maintenant, on raffinait sur le spiritualisme au point de soutenir que l'esprit de l'homme était le bien en soi ; son corps, e mal en soi, c'est-à-dire qu'ils émanaient chacun d'un principe différent. De là l'ascétisme excessivement rigoureux, et les macérations corporelles des gnostiques. Une fois ces deux principes admis, le gnostisme eut bientôt revêtu la forme mythologique avec son aspect polythéiste ; mais aussi, une fois séparée de l'Eglise, la foule se dispersa en une multitude de sectes dont les principales furent es basilidiens, les valentiniens, les ophites, les marcionites, les carpocratiens, les manichéens, les antitrinitaires, les montanistes, les novatiens, etc., qui furent pour la primitive Eglise ce que les autres sectaires devaient être dans le cours des siècles : des bourrasques qui doivent agiter la barque de Pierre, sans pouvoir la faire sombrer, des ennemis dont les attaques servaient à mieux dessiner les dogmes traditionnels et à débarrasser l'Eglise de ses membres gangrenés.

Il fallait vraiment que le christianisme fût une institution divine, et non pas le simple développement du progrès normal de la civilisation, pour qu'il pût résister à toutes ces persécutions du paga-

nismc et des sectes chrétiennes. En 306, l'empereur Galère confessa qu'il était vaincu. Il publia un éclit qui ordonnait de laisser les chrétiens en repos, puisqu'ils se refusaient décidément à adorer les dieux. Il s'était déjà laissé dire, par les flatteurs, qu'il avait vaincu le Christ. Il ne l'avait peut-être jamais cru, mais il avouait alors publiquement que le christianisme était invincible. Les dix persécutions de l'Église finirent par lui donner la liberté, comme les dix plaies d'Egypte finirent par donner la liberté aux Juifs. Avant d'avoir définitivement cette liberté, les Juifs et les chrétiens durent passer plusieurs sièles dans des épreuves dont ils ne sortirent triomphants que par l'intervention divine qui ne manque jamais à ses serviteurs, à ses fidèles.

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