‹ La prophylaxie actuelle de la diphtérieChapitre 9 sur 38 · MODE DE PRÉPARATION ET CARACTÈRES DE L'ANATOXINE · texte numérisé non relu

MODE DE PRÉPARATION ET CARACTÈRES DE L'ANATOXINE

Il restait à trouver en somme quelle préparation on devait faire subir à la toxine pour lui faire perdre son pouvoir toxique tout en conservant son pouvoir floculant et par conséquent sa valeur antigène ou immunisante.

M. Ramon, en additionnant la toxine diphtérique d’aldéhyde formique, dans la proportion de trois à quatre pour mille et en la faisant séjourner un mois à l’étuve à ho° a préparé un vaccin qui répond aux conditions requises : c'est l’analoxine.

Il convient d’ajouter qu’en plus de ses qualités «essenlielles (innocuité, valeur immunisante et pouvoir floeulant), l’anatoxine présente des caractères de stabilité de son pouvoir antigène d’une part, de son innocuité d'autre part, vérifiés par de nombreuses expériences et qui ont évidemment une grande importance au point de vue pratique. à

Ajoutons enfin que l’anatoxine résiste à la chaleur à 65-70° (contrairement à la toxine) ce qui permet sa {yndallisation. |

CONDITIONS BIOLOGIQUES DE LA VACCINATION. RÔLE pu TERRAIN. — Envisageons maintenant, afin de . mieux comprendre comment on doit pratiquer la vaccination, dans quelles conditions se présente une collectivité quelconque au point de vue de ses capacités d'immunisation.

1° La réceptivilé. — On sait que la réceptivité à la diphtérie est éminemment variable d’un sujet à l’autre. La réaction de Schick permet actuellement de distinguer, nous l’avons vu, les individus réceptifs des réfractaires. Ces derniers ont acquis leur immunité dans l'immense majorité des cas par auto-vaccination du fait du séjour en milieu infecté.

Notre maître, M. Lereboullet, a particulièrement insisté sur cette question de l’immunisation spontanée occulte contre la diphtérie, qu'il a étudiée dans les milieux hospitaliers surtout, avec M. Joannon: il a montré noitamment comment, à l'hôpital, des enfants acquièrent Fimmunité, à condition que leur séjour y soit assez long, que l'intensité du contage soit faible et qu'ils ne soient pas en état de moindre résistance du fait d’une affection intercurrente grave. Cette immunisation s'accompagne parfois de manifestation clinique légère : angines érythémateuses discrètes, coryzas bénins. Mais souvent aussi elle est absolument silencieuse.

2° L'allergie. — Mais cette immunisation est lente, progressivé, se faisant par étapes successives : entre la réceptivité et l’immunité existent de nombreux points de passage. La réaction de Schick ne permet pas d'apprécier ces stades intermédiaires. Et cependant au cours d’une épidémie de diphtérie, parmi différents sujets à Schick posi-. tifs placés dans les mêmes conditions, certains contractent une diphtérie typique alors que d’autres acquièrent au contraire, du fait même de leur séjour en milieu épidémique, une réaction de Schick négative sans manifestation clinique.

NDS Que

L'étude de l’état d'allergie diphtérique a permis de comprendre la différence qui existe entre deux individus apparemment dans le même état de réceptivité.

Chez l’un l’immunité toxinique, insuffisante pour rendre le Schick négatif, est cependant en voie d’installation; mais il est en même temps en état d'hypersensibilité protéinique : son anatoxi-réaction (1) serait positive, il est en état d'allergie. Ce sujet réceptif mais allergique qui a déjà eu autrefois des contacts microbiens minimes a répondu à-un nouveau contage, non par la maladie mais par une immunisation définitive. L’allergie a fait place à l’immunité.

Chez l’autre au contraire, sujet franchement réceptif, neuf, non allergique, le contage à provoqué l’éclosion de la maladie.

3° La réactivité naturelle. — Mais si cette notion de l’allergie est importante pour comprendre comment s’acquiert l’immunisation spontanée et par conséquent aussi l’immunisation provoquée, il est un autre facteur qui joue un grand rôle dans le passage de l’état réceptif à l'état réfractaire : c’est l'aptitude défensive individuelle, essentiellement variable suivant les individus et qui n’est autre que la faculté d'élaborer de l’antitoxine à l’occasion du moindre stimulus, Cette réactivité naturelle est forte . chez certains dont l’iminunisation est alors facile. Elle est faible au contraire chez d’autres : ce sont les sujets hyperréceptifs qui sont voués : d’une part à contracter trop facilement. la diphtérie; d'autre part à acquérir difficilement réfractaire.

Ces quelques notions permettent de comprendre com-

(A) L'anatoxi-réaction est une intradermo-réaction spécifique de = sensibilisation aux protéines d'phtériques pratiquée avec dilution à 10/, d’anatoxine.

ment, même en possédant un vaccin doué de toutes les qualités que présente l’anatoxine, la vaccination soit encore une opération moins simple en pratique qu'en théorlé:

On ne s'adresse pas en effet à un ensemble de sujets identiques, mais au contraire essentiellement différents quant à léur capacité d’immunisation

— Les uns sont franchement réceptifs : leur immunisation est utile, mais sera longue;

— d’auéres sont allergiques et auront besoin de moindre dose de vaccin pour s’immuniser;

— d’autres encore jouissent déjà d’une immunité complète acquise spontanément : ils sont réfractaires; leur vaccination sera donc inutile (x).

Enfin le facteur individuel, impossible à apprécier, laisse prévoir de nombreux mécomptes dans la vaccination. Certes, les sujets à réactivité forte s’immuniseront facilement; mais comment rendre réfractaires les hyperréceptifs qui, dans les conditions ordinaires de la vie, ne s'’immunisent pas?

Ce problème est résolu par les faits plus que par le raisonnement. La vaccination antidiphtérique par l’anatoxine est aujourd'hui pratiquement réalisée.

Si le terrain intervient pour favoriser la maladie ou entraver l'élaboration spontanée de ’immunité, il ne fait pas échec à l’efficacité de la méthode de Ramon

IMMUNISATION PAR L'ANATOXINE

1° Immunisalion des animaux :

a) Les premiers essais d’immunisation par l’anatoxine ont été tentés chez le cobaye, animal qu'il est presque impossible d’immuniser avec la toxine pure, même diluée.

(1) La vaccination des sujets déjà immunisés spontanément, comme

elle se pratique couramment dans les collectivités cù il est impossible de faire auparavant un SCHICK. est absoluement ino fensive.

Dix-huit jours après une injection de 1 cc. d'anatoxine qui nia donné lieu à aucun signe précoce où tardif d'inr. toricalion locale ou générale, ces animaux résistent à plusieurs doses de toxine mortelles pour les cobayes témoins. Après deux injections de 1 cc. d’anatoxine à trois semaines d'intervalle, les cobayes résistent à plusieurs centaines et même plusieurs milliers de doses mortelles de toxine,

b) D'autre part, l’anatoxine peut se substituer avec avantage à la toxine pour l’immunisation et l'hyperimmunisation des chevaux en vue de la :réparation du sérum antidiphtérique. Alors qu'il fallait 20 à 30 injections de toxine demandant deux à trois mois, injections qui n'étaient pas sans risques pour la santé des animaux, les quantités d’anatoxine nécessaires (1.000 à 1.100 @e.) sont faites en six à dix injections, demandant trois à cinq semaines et ne déterminant aucune réaction.

L'antitoxine des sérums ainsi obtenus présente les mêmes caractères et les mêmes propriétés que celle des sérums antérieurement préparés avec une toxine non transformée.

Quant à la richesse en antitoxine des sérums fournis, dix jours après une première injection de 5 oc., les sérums titrent jusqu'à 100, 200 et même 300 unités antitoxiques au cc. À la fin de la période d’hyperimmunisabon, la moyenne des valeurs des sérums obtenus est de pius de 500 unités.

Disons en passant que cette moyenne peut encore être notablement augmentée en additionnant l’anatoxine d’un peu de poudre de tapioca.

Telles furent les premières applications expérimentales de l’anatoxine : les résultats obtenus chez les animaux autorisaient son emploi pour des essais de vaccination antidiphtérique chez l’homme.

2° Immunisalion de l’homme :

Nous rapporterons plus loin en détail ies principales tentatives d'immunisation faites jusqu’à ce jour.

Nous citerons seulement ici les conclusions de M. Ramon (1), tirées des résultats des premiers essais : « C’est qu'avec deux injections sous-cutanées d’anatoxine, la première de un demi ce., la seconde de un cc., faites à une vingtaine de jours d'intervalle, on peut en cinq à six semaines chez 90 à 95 p. 100 des enfants, en deux mois, chez 98 à 100 p. 100 obtenir le degré d’immunité indiqué par la transformation en réactions de Schick négatives die réactions qui étaient positives immédiatement après la première injection d’anatoxine ».

Les quelques sujets présentant encore deux mois après la première injection un Schick faiblement positif, soni rapidement immunisés par une troisième injection d’anatoxine qui négative leur réaction.

Ajoutons à cela que le dosage du pouvoir antitoxique du sérum sanguin des vaccinés par la méthode de Romer a été pratiqué à l'hôpital Pasteur lors des premiers essais : il a permis de constater une augmentation rapide de la richesse en antitoxine : de un dixième d'unité avant vaccination à quatre ou cinq unités huit jours après injection de un demi cc. d'anatoxine; de un dixième d’unité à ro unités, huit jours après deux injections d’anatoxine.

Page 1