‹ La Prophylaxie antivénérienne dans l'ArméeChapitre 11 sur 22 · MP · texte numérisé non relu

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avec le corps. Encore faut- il s’estimer heureux quand il n’a pas été muté entre temps, ce in multiplie les difficultés de sa recherche. a RS EE

L’expérience montre qu'il n’y a aucun risque à faire reprendre le jour même, son service à un malade traité dès le cébut de sa blennorragie, quitte à le revoir tous les huit jours pendant trois semaines pour confirmer la guérison.

Quant aux blennorragies compliquées, elles sont devenues rares. Les rhumatismes gonococciques sont fout à fait exceptionnels et les quelques orchites gonococciques que l’on voit encore ne nécessitent que quelques jours d’hospitalisation. Les seules complications que l’on observe sont les petites gouttes persistantes au réveil, qui ne contiennent, la plupart du temps, pas de gonocoques. Elles semblent traduire l’existence de petits foyers des glandes parauréthrales ou prostatiques et ne surviennent guère que chez des sujets traités tardivement ou ayant contracté déjà plusieurs blennorragies antérieures. Les examens bactériologiques directs et même les cultures, rendues faciles grâce aux milieux de transport se montrent la plupart du temps négatifs et il s’agit presque toujours de foyers dûs à des infections secondaires dont les germes sont souvent résistants aux antibiotiques qu’il est alors inutile d'employer, même à de très fortes doses. A ces écoulements, séquelles de blennorragies, il faut ajouter le nombre relativement important d’uréthrites non gonococciques, quelquefois à virus, celles-ci étant particulièrement fréquentes dans les pays chauds d’outre-mer, et qui, dans les consultations de vénéréologie militaire, tiennent une grande place par leur nombre et leur tenacité parfois désespérante.

Les antibiotiques permettant un traitement rapide et efficace, n’ont pas seulement rendu désertes les salles réservées aux blerinorragiques. Ils ont également permis de blanchir rapidement les syphilitiques dont l’hospitalisation ne se prolonge guère que dix à quinze jours après la confirmation du diagnostic.

En effet, le traitement d’attaque pénicilliné de 6 à 15 millions d’unités nécessite seul encore l’hospitalisation des militaires et permet de ne pas interrompre leur service trop long-

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temps et de ne pas éveiller la curiosité de leurs camarades. Encore cette hospitalisation est-elle souvent raccourcie chez les gradés, officiers ou sous-officiers qui, grâce à la Sécurité. Sociale Militaire, peuvent payer leur pénicilline et se faire faire leurs injections par le médecin du corps, une fois le

diagnostic établi. Il est même intéressant, chez ces malades,

d'utiliser des pénicillines à long retard, comme la pénicilline procaïne au monostéarate d’alumiium à 2%, céerqui ne nécessite que trois ou quatre injections.

Mais, après ce traitement d’attaque pénicilliné, il est encore de règle, en France, chez la plupart des syphiligraphes, de le compléter par le traitement bismuthique classique car on ne connaît pas encore l’avenir lointain des malades traités par la pénicilline seule et l’on a pas le recul suffisant pour

affirmer qu’ils ne feront pas, dans vingt ou trente ans, une

aortite, un tabès ou une paralysie générale alors qu’on sait qu’un malade traité correctement pendant quatre ans au bismuth ne risque pratiquement aucune récidive. Cependant, comme on a souvent affaire à des sujets qui changent de garnison et partent outre-mer où ils sont parfois dans des conditions où tout traitement est difficile à appliquer régulièrement, il paraît souhaitable de leur faire un traitement d’attaque important du type de celui de Bolgert de facon à ce que, si le bismuth est, par la suite, interrompu prématurément, leurs chances de rechute soient minimes. Néanmoins, on s’efforce de continuer le traitement bismuthique régulièrement, selon la technique du Professeur Gaté.

Ce traitement d’entretien a peu d’inconvénients dans l’armée. Ilpeut être pratiqué au corps suivant les instructions du spécialiste qui n’a à voir son malade qu’au début de chaque série. La régularité de ce traitement suppose une liaison étroite entre le médecin-chef du centre et le médecin d’unité. Le malade possède une observation détenue par le centre. Son carnet de traitement est tenu à jour à l’infirmerie où il recoit ses injections. Le médecin d'unité tient un cahier confidentiel où sont inscrits tous les syphilitiques qui relèvent de son service. L’assistante sociale a, de son côté, une fiche à son nom classée à la date à laquelle le malade doit se présenter au centre :

2 Lt lorsqu'il oublie de venir, il est Ron convoqué. Le malade est examiné au centre avant chaque série, en particulier, au point de vue dentaire et rénal. Il subit un examen sérologique pratiqué au laboratoire avec lequel le médecin du centre est en liaison étroite. Dans certains centres, il existe la possibilité de faire des réactions de Nelson ; c’est le

cas à Lyon, grâce à la bienveillance du Laboratoire d'Hygiène de la Faculté. .

À la suite de cet examen, le spécialiste adresse au médecin du corps une fiche indiquant le traitement à pratiquer et la date de la prochaine consultation. Si le malade est muté, le médecin du corps en informe le centre dont l’assistante se met en rapport avec le nouveau médecin. Quand il est démobilisé, le malade est adressé soit au cabinet d’un médecin soit à un dispensaire. :

Cette façon de procéder fonctionne remarquablement et les seules difficultés surgissent lorsque le sujet est envoyé en Extrême-Orient où il arrive qu’on perde sa trace, ou bien lorsqu'il s’agit d’un nord-africain qui ne répond pas volontiers aux injonctions du Service de Santé local.

Nous ne croyons pas nécessaire de nous étendre sur le chancre mou et sur la maladie de Nicolas Favre, ces affections étant actuellement extrêmement rares dans la métropole et, guérissant, dans la règle, rapidement par les antibiotiques, elles ne demandent pas une organisation spéciale. Par contre, elles ont toujours, outre-mer, une importance très grande.

D’après ce que nous venons de dire, on voit que le centre de dermato-vénéréologie hospitalise peu de vénériens ou ne les hospitalise que pendant un temps très court. Alors qu’il était autrefois par le nombre de lits le service le plus important d’un hôpital régional et que les malades qui s’ennuyaient parfois pendant de longs mois, étaient indisciplinés et forçaient le médecin chef à prendre contre eux des mesures sévères, le Centre Dermato-Vénéréologique fonctionne de plus en plus comme un dispensaire à la grande satisfaction du commandement qui conserve ses effectifs.

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Les blennorragiques y reçoivent un gramme de streptomycine et viennent faire contrôler leur guérison. Les syphilitiques y viennent chaque trimestre se faire examiner avant upe nouvelle série bismuthique, Les lits sont presque tous occupés par des malades de dermatologie ; seuls quelquesuns d’entre eux sont réservés aux syphilitiques contagieux et aux blennorragiques atteints de complications. Ainsi, l’usa-

ge de la pénicilline et de la streptomycine constitue, malgré le prix élevé de ces médicaments, non seulement un progrès

thérapeutique mais est également à la source d’une économie

appréciable. Ces antibiotiques ont permis de récupérer rapidement des malades qui autrefois passaient une grande partie de leur service militaire à l’hôpital.

Dépistage des maladies vénériennes dans l'Armée

Qu'il s’agisse de blennorragie ou de syphilis, dans l'intérêt de la thérapeutique comme dans celui de la prophylaxie, il y a intérêt à commencer le traitement le plus tôt possible et surtout à ne pas laisser inaperçues les maladies vénériennes. Le médecin militaire qui reçoit à son passage au Val de Grâce une formation épidémiologique spéciale s’efforce, quel que soit l’endroit où il exerce, de dépister les maladies contagieuses et par conséquent les maladies vénériennes précocement.

Le jour même de l’arrivée au corps des jeunes recrues, il pratique une première visite de dépistage. Dès la visite d’incorporation; il s'efforce de gagner la confiance du jeune homme et au cours d’un interrogatoire essaie de le persuader de ne pas dissimuler ses antécédents vénériens afin de poursuivre éventuellement un traitement.

Mais c’est surtout dans les consultations médicales quotidiennes, dans les visites obligatoires au départ et au retour des permissionnaires, dans les visites des réservistes au début et à la fin de leurs périodes et dans celles précédant les vaccinations qu’il a parfois l’occasion de découvrir une blennorragie ou une syphilis que le jeune soldat, souvent timide ou mal éduqué, n’avoue pas volontiers. Dans ces visites, le médecin militaire, médecin de collectivité, toujours préoc-

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cupé de prophylaxie, n'oublie pas qu’il est aussi médecin praticien et saura, malgré certaines difficultés, veiller à E conservation du secret.

Dans lés troupes d’outre-mer il y aura intérêt à multiplier les visites systématiques, spécialement chez les nord-africains qui négligent souvent les éruptions cutanées, les ulcérations génitales et les écoulements uréthraux. Ces nord-africains, comme on le verra plus loin, sont souvent contaminés par des prostituées ou les femmes de leurs compatriotes civils. On sait, d’autre part, qu’en ces milieux l’endémie syphilitique et blennoragique atteint un taux élevé. MM. Coudert et Primeiras enquêtant en 1951 dans le cadre de la médecine du travail auprès de Nord-Africains de la région de Villefranche-sur-Saône ont découvert 41 sérums positifs sur 314 sérologies pratiquées. Duverne évaluant la colonie nord-africaine à 7.300 individus dans le Rhône, il n’est pas étonnant qu’en 1948, au moment où des troupes nord-africaines stationnaient dans la région, on ait recensé au Centre Dermato- Vénéréologique de Lyon sur 459 vénériens, 113 arabes, alors que l'effectif de ces troupes ne dépassait pas quelques compagnies. Le Lieutenant-Colonel Coche qui a étudié cette question dans la Seine a parfaitement résumé les mesures qu'il serait souhaitable de prendre sur le plan national réduire les départs des indigènes d’Afrique du Nord, pratiquer une sérologie à l’embarquement, au débarquement en France ou à l’arrivée à l’usine pour les arabes qui ont signé un contrat de travail et refuser l’accès du territoire aux vénériens contagieux. Malheureusement ces mesures restent inapplicables pour les Algériens car les départements d’Algérie sont assimilés à ceux de la métropole. La sérologie systématique faite chez les arabes immigrants en France compléterait utilement les visites de dépistage et les examens sérologiques que le médecin militaire multiple chez les troupes nord-africaines. Depuis quelques années il pratique de plus en plus fréquemment ces examens sérologiques soit à propos de groupages sanguins chez des sujets auxquels on fait des prélèvements pour la préparation du sang conservé, soit nême systématiquement aux jeunes recrues comme cela

AQU s’est fait récemment dans certaines régions militaires. C’est ainsi qu’un examen systématique effectué dans la région lyonnaise sur 4.132 jeunes soldats a révélé seulement 4 syphilitiques confirmés par la réaction de Nelson, soit un taux de un pour mille. Ce pourcentage est donc très inférieur à celui trouvé chez les arabes. Le médecin fait également des sérologies chaque fois que cela est possible chez les hommes de retour d'outre-mer où l’on sait que la syphilis est très répandue et nous avons déjà vu la fréquence des sérologies positives chez les soldats revenant d’Indochine.

La propagande antivénérienne

Si la sérologie systématique entre de plus en plus dans les habitudes en matière de dépistage des maladies vénériennes, le dépistage clinique perd de son importance à mesure que l’on a affaire à un public mieux averti.

Très souvent les jeunes soldats ou les gradés viennent spontanément à la visite au moindre suintement uréthral, au moindre « bouton » sur le verge. C’est là le fruit de la campagne menée depuis un demi siècle pour instruire le public des maladies vénériennes. Le Médecin Militaire revendique un rôle de premier plan dans cette éducation. Il a depuis 1902 instruit des générations d'hommes, leur a appris à ne plus cacher leur maladie et à se faire soigner dès les premiers symptômes.

Une distribution de tracts antivénériens est prévue au conseil de révision et d’autres ont lieu à l’arrivée et au départ du corps. Enfin et surtout des conférences sont prescrites avant la première sortie en ville de la jeune recrue et seront renouvelées sous une autre forme au moment de sa libération.

Le médecin militaire a la chance de s’adresser à un auditoire que la question intéresse et qui l’écoutera attentivement. Certes, il ne se fera pas trop d’illusionis sur la portée des conseils de chasteté donnés à des jeunes gens dont il est trop tard de faire l’éducation morale, éducation qui aurait du être faite à l’école ou mieux, dans la famille. Il ne négligera pas

cependant d’insister sur l’intérêt qu’a le jeune homme à rester chaste, même en dehors de toute question religieuse, en précisant que la chasteté n’est jamais nuisible pour la santé de l'individu.

Tout en se mettant à la portée de son auditoire, il fera un tableau très objectif des maladies et de leurs complications

sans le noircir ni le minimiser. Il opposera surtout la bénignité des affections vénériennes précocement et correctement traitées à leur gravité lorsqu’elles sont négligées.

Il assurera les jeunes soldats, non seulement de sa bienveillance, mais aussi de sa discrétion à leur égard, lorsqu'ayant commis une imprudence, ils viendront le trouver. Il leur donnera les moyens d'accès direct auprès de lui sans qu’ils soient obligés de subir un interrogatoire indiscret par

le personnel de l’infirmerie. Effectivement, en dehors des heures réglementaires de consultation, il faut que le soldat puisse parler au médecin sans témoins et sans être tenu de se faire inscrire sur le cahier de visites.

Pour conserver le secret médical, le médecin veillera à la rédaction du billet d'hôpital qui devra rester incompréhensible pour les secrétaires de la compagnie du malade. Il utilisera les numéros de la nouvelle nomenclature médicale dont la complication, nécessitée par la mécanographie, rend pratiquement le secret impossible à percer, à condition de ne pas utiliser ces numéros pour les seules maladies vénériennes. La brève durée de l’hospitalisation facilite d’ailleurs la coriservation de ce secret. Depuis longtemps on ne punit plus les malades atteints d’affections vénériennes ce qui évidemment les incitait à cacher leur maladie.

Faut-il, dans ces conférences, leur conseiller des moyens prophylactiques individuels ? Nous croyons qu’on peut le faire à condition d’être très prudent dans la façon de présenter la question et en les mettant en garde contre la garantie toute relative qu’ils peuvent en attendre.

Les conférences antivénériennes, présentées de cette facon, ne méritent pas les critiques qu’on leur a faites depuis Petges qui prétendait que ces conseils donnés aux jeunes soldats les incitent à la débauche. En tout cas, l'expérience a montré que

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