‹ La Prophylaxie antivénérienne dans l'ArméeChapitre 12 sur 22 · LU AA NET · texte numérisé non relu

LU AA NET

si ces causeries n’ont pas beaucoup d’influence sur la chasteté

d’un grand nombre de jeunes, il est hors de doute, qu’avertis, ils se présenteront au médecin à la moindre excoriation génitale ou dès l'apparition d’une goutte. Ceci non seulement pendarit leur service militaire, mais longtemps après leur retour dans la vie civile.

Quant à la critique qui consistait à dire avec Lafeuille que ces causeries étaient à l’origine de syphilophobie, elle était peut-être justifiée lorsque nous n’avions que des moyens de thérapeutique imparfaits; elle ne l’est plus maintenant que lon peut assurer le malade de sa guérison. |

Ces conférences prendront une importance encore plus grande dans les Ecoles d’Officiers et Sous-Officiers où elles entrent dans le programme de l’enseignement de l’hygiène. Dans le corps de troupe, elles ne se limiteront pas aux jeunes recrues et il est bon que de loin en loin le médecin fasse des causeries aux officiers et sous-officiers en les adaptant à leur niveau intellectuel. Il leur demandera de contribuer par leur action personnelle à la lutte antivénérienne, en particulier en organisant les loisirs de la troupe.

Chaque fois qu’il lui sera possible, le médecin militaire fera projeter des films éducatifs : malheureusement ceux-ci sont en nombre restreint et, déjà anciens, ils font sourire par leur mauvaise qualité technique et artistique. Il serait souhaitable que cette filmacothèque française soit renouvelée. Le médecin demandera au commandement d’introduire dans les bibliothèques, pour les militaires les plus évolués, des livres traitant des questions sexuelles et vénériennes sur lesquelles le public est si mal renseigné. Il aura intérêt à se tenir en rapport avec le Centre d'Education Sanitaire et Morale de sa région qui lui fournira gratuitement des brochures, des affches et même des exemplaires de Ja revue « La Santé de l'Homme ».

À l’occasion des visites quotidiennes le médecin a une action peut-être moins étendue, mais plus profonde sur les jeunes soldats. Cette action individuelle est également pratiquée au Centre de Dermato-Vénéréologie par le médecin, l'infirmière et surtout l’assistante sociale. Celle-ci exposera

patiemment au malade la nature dé itechon ton il est atteint, les risques qu’elle comporte, l'importance d’un traitement correct et la nécessité de ne S s’exposer à de nouveaux dangers.

Cette propagande, pour être active, doit être toujours renouvelée et il est certain qu’elle devrait se prolonger après la libération du soldat, mais la question dépasse le cadre que nous nous sommes fixé. Disons cependant qu’il serait souhaitable que la radiodiffusion donne une place plus large et réserve des heures moins matinales aux émissions du Centre d'Education Sanitaire et Morale traitant des maladies vénériennes. Il est curieux de constater que, malgré le grand nombre de journaux vulgarisant les questions médicales, on ne trouve dans aucun d’eux des articles sur les maladies vénériennes. Il y a lieu de croire que, traités adroitement, de tels sujets intéresseraient les lecteurs au même titre que ceux sur la tuberculose ou le cancer, sans choquer personne.

En conclusion, il ne fait pas de doute que cette éducation du jeune homme à son passage à la caserne est utile et que son efficacité dépasse le cadre militaire. Depuis cinquante ans, syphilis et blennorragie ne sont plus pour beaucoup synonymes de maladies honteuses. Les préjugés sur les maladies vénériennes deviennent de plus en plus rares et l’on peut espérer que les plus intelligents des jeunes soldats retireront assez de bénéfice des paroles du médecin pour pouvoir donnier à leur tour des conseils judicieux à leurs enfants.

Le médecin militaire et la prostitution

Le médecin militaire, malgré ses conseils, ne pourra pas toujours empêcher le jeune soldat de succomber à la tentation qui s’offrira à lui sous la forme de filles faciles ou de prostituées qui rôdent aux abords des casernes et des camps ou fréquentent les bars, les dancings et les cinémas où elles savent y rencontrer des militaires désœuvrés.

Certes la lutte contre la prostitution est du domaine de l'autorité civile cependant nous allons voir que le médecin militaire aura à intervenir.

C’est surtout autour des camps que son action s’exercera.

Dans les camps comme la Valbonne, trop rapprochés d’une ville, les prostituées n'apparaissent qu’aux heures de liberté

des troupes et rentrent chez elles le jour même. Elles sont de ce fait, très difficiles à identifier, mais le médecin militaire

pourra cependant alerter la gendarmerie locale et obtenir.

dans certains cas leur arrestation pour racolage. Quelques exemples suffisent parfois à rendre ces femmes moins audacieuses et à les éloigner.

La surveillance des abords des camps isolés comme La

Courtine est plus facile. Les contaminations sont alors dues à des prostituées clandestines qui rôdent autour des baraquements, à des femmes faciles résidant dans les villages voisins mais plus souvent à des serveuses de cafés ou de dancings environnants. Elles seront faciles à identifier et le médecin obtiendra parfois leur surveillance sanitaire par simple persuasion. [l aura la ressource de faire arrêter celles qui se livrent au racolage extérieur par la gendarmerie et de: faire consigner les établissements suspects à la troupe ce qui rendra très prudents leurs propriétaires.

On pourra faire appliquer également contre eux larticle 335 du Code Pénal qui a été révisé dans la loi du 13 avril 1946 : « Sera puni d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 50.000 francs à 500.000 francs, tout individu qui détient indirectement ou par personne interposée, qui gère, dirige ou fait fonctionner un établissement de prostitution ou qui tolère habituellement la présence d’une ou plusieurs personnes se livrant à la prostitution à l’intérieur d’un hôtel, maison meublée, pension, débit de boisson, club, cercle, dancing ou lieu de spectacle ou leurs annexes, ou lieu quelconque ouvert au public ou utilisé par le public et dont il est le détenteur, le gérant ou le préposé ».

Autour des casernes, la surveillance est certes plus difficile qu’autour des camps, mais le médecin connaîtra vite les débits suspects, pourra les faire consigner à la troupe et éventuellement faire appliquer la même loi au propriétaire du bar. Il est certain que les militaires pourront retrouver les prostituées dans d’autres endroits de la ville, du moins la

suppression des établissements louches otera une tentation

permanente au jeune soldat qui, à toutes ses sorties, passe -

obligatoirement devant ces lieux de débauche.

Le médecin militaire contribuera, comme tout médecin praticien à la lutte contre la prostitution en faisant, comme nous le verrons, des déclarations aussi précises que possible à l’autorité sanitaire sur la prostituée et sur l'hôtel où elle exerce son métier. Il est certain que cette lutte contre les prostituées sera faite en collaboration avec l’autorité sanitaire locale.

Prophylaxie individuelle

Si, comme on le fait dans certaines armées étrangères, on peut admettre dans les zones de forte endémie de maladies vénériennes l’utilité de distribuer des préservatifs, il ne saurait en être question en temps de paix, surtout sur le territoire métropolitain, pour des questions de moralité. Tout au plus peut-on les conseiller très prudemment dans certaines troupes comme la légion et dans les troupes coloniales qui ne comportent que des engagés dont la mentalité est très différente de celle des appelés et qui s’exposent beaucoup plus volontiers et beaucoup plus imprudemment à des contaminations.

Quant aux cabines prophylactiques, dont l’organisation a été confiée au médecin et qui restent toujours réglementa'res, nous avons dit qu’elles avaient fait faillite. Pratiquement, malgré tous les conseils que l’on peut donner à ce sujet au jeune soldat, malgré leur facilité et leur discrétion d’accès, elles n’ont jamais été fréquentées et ne conviennent pas au tempérament du français.

Leur utilité est d’ailleurs discutable et discutée ainsi que celle des pommades prophylactiques auxquelles on reproche de décapiter la syphilis. Le Professeur Degos raconte dans son enseignement oral qu’un élève de Saint-Louis qui faisait sa thèse de Docteur en Médecine sur ce sujet, pour démontrer l'efficacité de ces pommades et la confiance qu’il en avait, s’est exposé volontairement à la contagion auprès d’une fem-

me en pleine syphilis secondaire. Il-n’a fait ni chancre ni ro-

séole mais il est mort trente ans je tard d’une paralysie

générale.

L'enquête épidémiologique dans l'Armée

Nous avons déjà dit que le Traité d'Hygiène Publique et Privée de Michel Lévy, Professeur au Val-de-Grâce, paru en 1842 et resté longtemps classique, demandait au médecin d'obtenir du vénérien qu’il dénonce la prostituée qui l’a contaminé. Cette recherche des prostituées devint effective surtout après qu’un décret sur le service des Places, en 1883, rappela que le Commandant d’Armes a droit au-concours de l’autorité civile pour « toutes les recherches et les précautions qu’exige la santé des hommes » et vers 1895 un médecin Militaire en garnison à Belfort raconte avoir toujours retrouvé la contaminatrice en l’envoyant rechercher en ville par le malade lui-même, escorté du « brigadier d’infirmerie ». Mais déjà à ce moment, la police locale n’apportait pas tout le concours désirable et les mesures de prophylaxie antivénérienne ne pouvaient se faire qu’en s’appuyant sur l’article 97 de la loi du 5 avril 1884 qui fait une obligation aux municipalités de « prévoir par des précautions convenables les accidents ou les fléaux calamiteux, tels que les incendies, les inondations, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties ».

La Circulaire Ministérielle du 7 avril 1902 concernant la prophylaxie des maladies vénériennes dans l’Armée précise que le bulletin de déclaration envoyé à la police locale sera établi sous le contrôle du médecin du corps qui interrogera lui-même le malade et indiquera la lésion dont il est atteint. En 1921, au Congrès International de Médecine Militaire de Bruxelles, Sacquepée estime que « Cette déclaration des malades a pu être critiquée, elle a pu donner lieu à quelques incertitudes, il n’en est pas moins vrai qu’elle constitue une source de renseignements le plus souvent utilisables ». En 1937, des dispositions sont prises d’un commun accord par les Départements de la Défense Nationale et de la Santé Pu-

LS à NU

| blique, précisant qu’une liaison permanente doit exister entre

- le Médecin Chef de la garnison et le Contrôle Technique départemental des Services de Surveillance Sanitaire de la prostitution, liaison effectuée au cours de réunions d’information réciproque.

D’après ce que nous venons de dire, le médecin militaire était préparé à l’application de l’Acte dit loi du 31 décembre 1942 qui prescrit à tous les médecins la déclaration obligatoire des maladies vénériennes.

En 1947, une circulaire du Ministère le la Défense Nationale précise le rôle de l’assistante sociale du Centre de Dermato-Vénéréologie : Elle met les malades au courant de la

‘nature de leur affection, leur en expose la gravité et insiste sur l’importance d’un traitement correct et régulier. Elle contrôle la régularité du traitement et rappelle le malade s’il l’interrompt. Elle prépare les bulletins de déclaration et pratique les enquêtes épidémiologiques. Elle se tient en liaison avec l'Autorité Sanitaire locale et les dispensaires civils. Elle doit disposer d’un bureau personnel afin de pouvoir entretenir les malades en particulier.

La déclaration est le plus souvent faite au centre par le spécialiste qui confirme le diagnostic ou exceptionnellement par le médecin de lunité. Cette déclaration se fait dans l’armée sur le même bulletin qu’utilise le médecin civil et qui est fourni par le Médecin Directeur Départemental de la Santé. Elle est toujours pratiquement anonyme étant donné que le médecin militaire a la possibilité d’obliger le malade à se soigner et de l’hospitaliser.

Chaque fois que la contaminatrice habite la ville même, l'enquête est effectuée par l’assistante sociale du Centre qui s'efforce dans un premier temps de persuader le malade d'amener sa compagne à l'hôpital militaire.

Jeunes soldats ou gradés se confient d’autant plus volontiers que le médecin et l’assistante sociale leur ont d’abord longuement expliqué la nature de leur maladie, les risques qu'ils couraient et le traitement à suivre. On gagne ainsi leur confiance. On obtient le plus souvent que le malade donne tous les renseignements en sa possession quand il sait qu’il

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ne s’agit pas de causer des ennuis à sa partenaire mais de vérifier son état de santé et de adresser à un médecin, si i elle est malade pour la faire soigner. ù

+ Certains médecins civils disent répugner à de tels interrogatoires, déplaisants à la fois pour le médecin et le malade.

Les militaires, en général, s’y prêtent volontiers. Peut être les

conférences faites à la caserne sur les maladies vénériennes les préparent-ils à ces confidences, mâis surtout nous croyons qu’il importe pour obtenir un résultat, de mettre d’abord, comme nous venons de le dire, le malade en COIARCEN et de lui expliquer patiemment le but poursuivi.

Très souvent on obtient que l’intéressé amène lui-même sa partenaire à l’hôpital, où elle sera visitée. Cette façon de procéder a des avantages indéniables : rapidité du dépistage de la contaminatrice et surtout, en cas de blennorragie, recherche patiente du gonocoque par le médecin ayant vu à la fois contaminé et contaminatrice. Le médecin n’hésitera pas à renouveler les examens alors que l’expérience montre trop souvent qu’une femme signalée suspecte à la Direction Dé-

partementale de la Santé est déclarée saine après un unique

exameri, Ce qui surprend toujours quand on connaît la difficulté de la mise en évidence du gonocoque chez la femme et qu’on a parfois la presque certitude que la femme en question est à l’origine de la contamination ; car si le malade peut avoir eu plusieurs partenaires susceptibles de l’avoir contaminé, les dénonciations calomnieuses sont exceptionnelles.

Le diagnostic confirmé, il n’appartient pas évidemment au médecin militaire de traiter la malade. Après avoir instruit l'intéressée de son affection et insisté sur la nécessité de se soigner, il l’adressera, suivant son état de fortune, au cabinet d’un praticien ou à un dispensaire. Il s’assurera, auprès du médecin, que la malade s’est bien présentée pour se faire traiter et dans ce cas il portera sur le bulletin de renseignements épidémiologiques. seulement son numéro indicatif sans donner de nom.

Parfois le militaire veut bien communiquer le nom et l'adresse de sa contaminatrice ou donner des renseignements

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