‹ La Prophylaxie antivénérienne dans l'ArméeChapitre 16 sur 22 · PQ TUTO · texte numérisé non relu

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est de beaucoup inférieur à celui d’avant-guerre, notam-

ment en ce qui concerne les chancres mous et les syphilis

primaires. Les soldats européens sont beaucoup moins tou-

chés que les nord-africains et les sénégalais, mais au Maroc,

le chiffre des contaminations est encore très élevé. On y constate deux fois plus de blennorragies, quatre fois plus

de syphilis primaires et six fois plus de chancres mous qu’en

Algérie et en Tunisie et les cas de maladies vénériennes chez les troupes stationnées en Afrique du Nord sont beaucoup

plus fréquents que dans celles restées en territoire métro-.

politain puisqu'on y relève encore dix fois plus de syphilis primaires. su

Le médecin militaire, dans son unité, mène la prophylaxie antivénérienne suivant les mêmes principes qu’en France. Il multiplie cependant davantage les visites de dépistage. Mais, si les conférences antivénériennes sont prescrites, même en s’efforçant de les adapter à la mentalité, leur utilité est douteuse quand il s’agit d’indigènes ou de sénégalais.

L’enquête épidémiologique, pour les raisons que l’on a déjà vues, le plus souvent n’aboutit pas. Cependant, le Professeur Raynaud, d'Alger, dit qu’en cette ville, le médecin militaire en envoyant le contaminé aussitôt qu’il le peut à un fichier central où une personne connaissant bien les prostituées, l’interrogeait et lui montrait les photographies de celles qui sont repérées, arrivait à de bons résultats. En particulier, les enquêtes menées en 1939-1940-1941 aboutirent à

découvrir l’agent contaminateur dans les proportions de 31,

97 et 58,6 pour cent.

Le médecin militaire doit s'occuper aussi du problème de la prostitution et fait surveiller rigoureusement les abords de la caserne ou du camp. Pour éviter que les indigènes se contaminent auprès des prostituées clandestines, on tolère encore les B.M.C. dont la naissance remonte à la conquête de l'Algérie.

Une lettre du lieutenant Laugier, que nous a obligeamment communiquée le Dr Lacassagne, raconte comment ils étaient organisés en 1930

« Ils étaient dirigés par des « patronnes » qui demandaient

au commandement meta se suivre l'unité avec une. succursale de leur établissement. Ils fonctionnaient sous tente

avec des femmes indigènes à jours spéciaux pour chaque

race et à heures différentes pour les gradés. Les femmes

étaient visitées régulièrement par le médecin de l'unité et on portait sur un registre le nom du visiteur et celui de sa

partenaire si bien que l’enquête était facile et se faisait en

circuit fermé. Un petit détachement de police était chargé

de la surveillance et gardait l’entrée du bivouac ».

Actuellement, les B.M.C. continuent à fonctionner pour les troupes arabes. Les pensionnaires sont examinées très minutieusement avant leur engagement : examen clinique com-

plet, examen bactériologique et sérologique. Le médecin effectue deux visites hebdomadaires avec contrôle bactériologique, et un examen sérologique mensuel. Le B.M.C est doté d’une cabine prophylactique à laquelle est affecté un infirmier spécialisé dont le rôle essentiel est le dépistage des maladies vénériennes chez les hommes qu’il examine avant de les laisser pénétrer dans l'établissement. Ces B.M.C. ont un intérêt surtout dans les unités mobiles et les camps isolés où on parvient à éviter une bonne partie des rapports infecfants avec les femmes de la région tout en maintenant un état d’esprit satisfaisant parmi les troupes indigènes.

Les résultats de la lutte antivénérienne deviennent de. plus en plus satisfaisants à mesure que la civilisation se développe. Les maladies vénériennes sont moins fréquentes en Algérie et en Tunisie qu’au Maroc, plus récemment civilisé. Le taux de morbidité des maladies vénériennes est moitié moins élevé en 1950 qu’en 1939 du moins en ce qui concerne la syphilis et le chancre mou, ce qui doit encourager le médecin militaire à continuer la lutte.

En Extrême-Orient

Nous avons pu avoir quelques renseignements sur l’organisation actuelle de la lutte antivénérienne en Indochine en particulier, grâce au Médecin-Colonel Petchot-Bacqué.

L’endémie vénérienne, on le sait, est très élevée en Extréme-Orient ; la prostitution y est commune et n’y a pas le

caractère infâmant qui s'attache à elle dans les pays chré-

tiens. | | hs

La blennorragie reste la plus fréquente des maladies vénériennes, le chancre mou s’y voit plus souvent que le chancre syphilitique. La vérole ne représente pas le dixième des …

affections vénériennes dans l’armée.

En raison de la forte endémicité, des pommades prophylactiques et des préservatifs sont réservés aux troupes qui

ne comportent que des militaires de métier. Des B.M.C., contrôlés comrre en Afrique, sont institués un peu partout. Chaque unité a son B.M.C. paräculier, celui des tabors est com-

posé de femmes arabes, ceux des nord-africains et de la

légion de femmes indigènes, de plus, un B.M.C. surveillé

par le médecin militaire a été créé dans chaque place et dans chaque ville. |

Mais surtout la prostitution qui s'avère comme la cause la plus fréquente des contaminations y est très surveillée. En pleni accord avec les autorités des Etats Associés, on recherche la prostituée identifiée par l’enquête épidémiologique. Celle-ci, découverte, recoit automatiquement une carte et une visite hebdomadaire lui est imposée. Si elle ne se présente pas régulièrement à ces visites, le Général-Commandant le territoire prescrit son internement sous le chef « d'atteinte à l’état sanitaire des torupes >» en application d’une note concernant les prisonniers et internés militaires comme « individus coupables d’activités dites subversives ».

Suivant les circonstances, les malades sont traités à leur corps ou dans différentes formations sanitaires. Les Centres

de Dermato-Vénéréologie y forment parfois de véritables.

hôpitaux spécialisés mais il existe aussi des services de moindre importance dans d’autres hôpitaux. Dans ces centres, on ne traite que les syphilis, les blennorragies compliquées et les chancres mous ; les blennorragies simples sont traitées par le médecin de bataillon qui dispose, dans son infirmerie, d’antibiotiques, ce qui évite l’évacuation du malade et l’interruption de son service. Au cours des déplacements de troupe et dans les colonnes mobiles, le médecin a la possibilité, la plupart du temps, de le traiter immédiatement.

Éoret

Nous voyons que la blennorragie simple, qui le reste presque toujours quand elle est prise à temps, grâce aux antibiotiques modernes, n’est plus une cause de diminution des effectifs. Mais, en Extrême-Orient, en particulier, la fréquence des uréthrites non gonococciques pose au médecin un problème thérapeutique difficile et est, pour le malade, une source d’inquiétude. Cette fréquence signalée par les auteurs Nord-Américains et Canadiens aux Philippines et dans les Iles du Pacifique, a été retrouvée chez les rapatriés d’Indochine par le Médecin-Commandant Olivier qui a souligné dans une communication aux journées de la blennorra gie à Lyon, en mai 1951, que beaucoup d’entre elles étaient en rapport avec des troubles digestifs très fréquents dans ces pays chauds.

Les mesures énergiques signalées plus haut dans la lutte contre la prostitution semblent avoir été efficaces et le pourcentage des maladies vénériennes s’est réduit d’un tiers depuis 1949 en ce qui concerne la blennorragie et de plus de la moitié en ce qui concerne la syphilis, tout au moins dans certains secteurs dont on nous a communiqué les statistiques. Dans certaines provinces du centre Viet-Nam, relativement épargnées par les troubles sociaux, le nombre des cas déclarés de maladies vénériennes n’est pas plus élevé que dans les unités stationnées en France.

En Corée, il faut noter une seule différence importante dans la lutte antivénérienne dûe au fait que les Américains rie tolèrent pas la réglementation de la prostitution, qu’il n'existe ni B.M.C. ni quartiers réservés. La prostitution n’en fleurit pas moins et, si l’on en croit les militaires rapatriés, ceux-ci, en permission à Séoul sont racolés, non par les femmes qui craignent les patrouilles, mais par les enfants qui les conduisent auprès des jeunes filles dans la demeure familiale. L’enquête est systématique mais, comme les renseignements sont souvent imprécis, C’est parfois tout un quartier de maisons que la police militaire inspecte et dont elle conduit les femmes à la visite médicale.

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