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Il y a peu de variations à Aube et le chiffre de Hoche dité est relativement peu élevé si lon excepte les troupes d'Outre- -mer qui fournissent toujours un contingent important de vénériens ; dans l’armée métropolitaine, c’est en 1939 qu’on constate le chiffre le plus bas de contaminations syphilitiques et blennorragiques.
Maïs les conditions dans lesquelles la statistique a été effectuée en 1939 ne-:sont pas comparables à celles des années antérieures ; en raison de la mobilisation, il n’est pas certain que tous les cas aient été déclarés ainsi que précédemment.
La prophylaxie antivénérienne dans l'Armée pendant la dernière guerre
On pouvait espérer, au début de la guerre, qu’il n’y aurait pas d’épidémies massives comme au cours de la guerre 1914- 1918, d’une part, parce que l’état sanitaire était excellent en 1939 et, d’autre part, parce qu’on était bien armé pour le traitement des malades ; malheureusement, très rapidement, les sulfamides perdirent leur efficacité dans la blennorragie et les apports de l’étranger et d'outre-mer furent, comme on le verra, très importants. |
La guerre de 1940 est intéressante du point de vue épidémiologique car les français ont traversé quatre phases plaçant le territoire devant à peu près toutes les situations qu’une guerre peut créer : guerre d’expectative, déroute brutale, lorigue période d’occupation et, enfin, libération rapide suivie d’un après-guerre de détente.
Sans doute, en raison de l’excellent état Snitice antérieur, il ne semble pas’qu'il y ait eu un accroissement rapide des maladies vénériennes pendant la « drôle de guerre » mais il n’existe pas de statistiques dans l’armée pour cette période. Dès le début des hostilités, le gouvernement prend des mesures sévères : les maisons de tolérance doivent être fermess à vingt-et-une heure, le racolage est interdit, les souteneurs sont passibles de la détention et les prostituées menacées du camp de concentration.
Le Professeur Gaté et ses collaborateurs ont relaté les cons-
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tatations qu’ils ont faites de septembre 1939 à juillet 1940 au Centre Technique de Dermato-Vénéréologie de la xIv° région: 1.107 cas d’affections vénériennes y furent reconnus dont 292 syphilis primaires et secondaires, la majorité constatée chez des légionnaires, des marocains, des polonais qui s’étaient probablement contaminés en Grèce et en Roumanie. La plupart de ces apports venaient donc de territoires extérieurs. La meilleure organisation de la prophylaxie et les traitements plus actifs empêchèrent le développement d’une épidémie semblable à celle qui sévit en 1914. On n’hospitalisait, d’ailleurs, que les malades contagieux, les autres étant traités dans leurs unités. Mais les infirmeries étant souvent démunies de médicaments, on pallia à cet inconvénient en confiant au malade les ampoules de bismuth nécessaires au traitement de la syphilis. Malheureusement, les médecins de corps de troupe n’avaient pas l'habitude de ces traitements et négligeaient souvent de les poursuivre de crainte d’accidents pourtant peu fréquents avec le bismuth, mais aussi très vraisemblablement par oubli. Le chiffre des blennorragiques était égafement modique : 760 cas. Les traitements sulfamidés permet taient d’écourter l’hospitalisation et on ne voyait plus guère. de complications. On a signalé simplement 115 chancres mous et 21 maladies de Nicolas Favre dont deux cas seulement chez des français.
En ce qui concerne la prophylaxie proprement dite, les questions posées aux malades révélèrent que les cabines prophylactiques qui devaient être’ instituées partout, ou bien, n’existaient pas, ou bien, quand elles existaient, étaient insuffisamment équipées et furent peu ou pas fréquentées. M. Gaté écrit que ce système est périmé et qu’il vaudrait mieux parfaire l’éducation des militaires. Les mesures énergiques prises contre la prostitution au lieu de conduire certaines femmes au dispensaire, les firent se réfugier dans une activité clandestine. La police était défaillante et, assez souvent, des malades se présentèrent à la consultation, contaminée dans des établissements pourtant maintes fois s'gnalés. 70 en quêtes épidémiologiques furent demandées. Ou n’a pas osé enquêter auprès des jeunes filles et des femmes
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mariées et sur 46 enquêtes menées auprès des femmes de maisons, 9 seulement le furent avec succès, tant il est vrai que les malades ont toujours tendance à accuser plus souvent la professionnelle de rencontre. Le Professeur Gaté pense que le peu de résultats donné par ces enquêtss (14 sur 70) était dû à un manque de technique de la part des assistances sociales qui étaient novices. À son, avis, trop de médecins sousestiment l'utilité de l’enquête. Pendant cette époque, il fut encourageant de noter une parfaite liaison entre médecins civils et militaires et les bons résultats obtenus grâce à une affectation rationnelle des dermatologistes dans leur spécialité, ce qui n'avait été tou-. jours le cas pendant la guerre de 1914-1918 ou, tout au moins, au début de celle-ci.
La déroute fut si précipitée que l’on n’a pas de renseignements sur la propagation des maladies vénériennes pendant l'exode, mais il y a lieu de penser que le brassage des populations a favorisé Fextension de l’épidémie. Les allemands
réglementent sévèrement la prostitution dans les territoires
occupés. Leur premier soin, quand ils occupent une ville, est de réquisitionner quelques maisons, d’y amener des femmes qu’ils recrutent et les réservent à leurs troupes. Dans chacune d’elles, il y a un service prophylactique : le consommateur inscrit son nom et celui de sa partenaire sur un registre. L'emploi de préservatifs et le passage à la cabine prophylactique sont obligatoires. Ce système pouvait s'adapter à la mentalité du soldat allemand et semble avoir porté ses fruits puisque le Docteur Lacassagne, chargé de la surveillance sanitaire de ces maisons à Lyon, dit ne pas y avoir constaté un seul cas de syphilis en deux ans.
Les allemands pensaient, à juste titre, que le plus grand danger venait de la prostitution clandestine dont les effectifs étaient renforcés par des femmes poussées par la faim et la misère du fait des conditions de vie difficiles de cette époque. Mais ils ne résolurent pas cette question. À Caen, malgré une police active qui fit découvrir 75 contaminatrices sur 100 femmes arrêtées, Hissard vit s’amorcer une épidémie vénérienne. Les premiers cas furent signalés à la campagne et
ONTDANES
les filles de maison furent ensuite contaminées par les soldats qui passaient leur permission en ville. En fermant les maisons, les allemands n’aboutirent qu’à un accroissement de la prostitution clandestine. A Marseille, ils profitèrent de la destruction du vieux port pour arrêter toutes les clandestines qui l’occupaient, mais cette mesure ne parut pas avoir eu d’effet freinateur sur l'extension de l’épidémie.
A la libération, la syphilis s’étend encore avec l’arrivée des troupes d’Afrique du Nord et d'Italie et, dit le Dr Cavaillon, « regagna la moitié du terrain perdu en 25 ans ».
Les américains, accueillis en libérateurs, ne comptèrent pas leurs succès féminins. Ils venaient de régions d'Italie fortement contaminées et ce fut, en Provence, une nouvelle épidémie du mal napolitain. Confiants en leurs nécessaires individuels, ennemis, par principe, de la réglementation de la prostitution, ils ne s’occupèrent pas d’organiser et de surveiller des maisons de tolérance. Puis, devant le nombre croissant des vénériens, ils appliquèrent leur fameuse « loi de mai » : l’ouverture de maisons spéciales et la prostitution sont interdites dans la zone des armées. Ils placardèrent des affiches interdisant l’entrée des hôtels suspects. Mais passant outre aux « off limits », leurs soldats ne délogeaient des lieux interdits que devant les matraques des M. P. Un peu plus tard, à Nice, lieu de repos de leurs troupes, ils sont obligés de refouler les femmes qui affluent de jour en jour plus nombreuses ; les rafles aboutissent à l’arrestation de 1.383 filles dont 460 vénériennes.
Quant aux francais, utilisant déjà au Maroc et en Algérie pour l’usage des troupes indigènes les B.M.C., dont l’origine remonterait à Bugeaud, ils continuent dans cette voie. A Marseille, ils inistallent des maisons séparées pour métropolitains d’une part, et pour troupes indigènes d’autre part. Mais le caractère des français, pas toujours discipliné, est ainsi fait que, bientôt las de leurs partenaires habituelles, les amateurs veulent goûter de celles de l’établissement d’en face, d’où il résulta des échauffourées et des bagarres. D’autre part, dans ces maisons, les militaires n’avaient pas l’obligtion de se soumettre à des soins prophylactiques.
ce. LS
En conséquence, on ne peut que constater, surtout dans la dernière/période de cette guerre, le développement extrêmement rapide d’üne épidémie vénérienne ramenée de pays où Paffection est très répandue par des troupes trop bien accueillies en France. he
Les statistiques officielles: après avoir montré un état sta-. tionnaire des maladies vénériennes en milieu civil jusqu’en 1942, révèlent ensuite une extension de l'épidémie qui s’accroît de plus en plus jusqu’en 1946.
Les statistiques de l’armée, malgré l'interruption de leur publication entre 1942 et 1946, sont intéressantes à consulter.
Morbidité des maladies vénériennes dans l'armée métropolitaine de 1939 à 19590 (proportion pour 1.000 hommes d’effectif total)
; Blennorra- | Chanceres POS Syphilis :| NARARÈRS gies mous primaires À périodes 1939 10,61 nn Ve 41e 0,64 1941 23,85 0,52 2,81 1,74 1942 2800 he 026 ER 1946 53,19 9,93 2,91 4,57 PTT 34.95 1430 00 0 00e. 5,59 1948 | 96,64 D NEA 9,74 | 1949 15,05 0,56 4,46 1,80 1950 13,28 0,67 3,46 1,40
On voit que la courbe de morbidité dans l’armée est comparable à celle de la morbidité dans la population civile ; la courbe de la syphilis atteint cependant son maximum plus tardivement peut-être parce que le contingent de Nord-Africains de l’armée métropolitaine fournit une forte proportion de vénériens dont la plupart ne sont découverts qu’à l’occasion de visites de dépistage et de sérologies systématiques.
Néanmoins, depuis 1948, et surtout depuis 1949, le taux de
la morbidité vénérienne décroît dans l’armée comme dans la population civile. Il paraît difficile de juger quelle a été la part de la nouvelle législation dans ce déclin des maladies vénériennes. Par contre, l’apparition de nouvelles thérapeutiques et, en particulier, de la pénicilline, a certainement joué un rôle important dans leur régression qui a débuté avant l’entrée en application des lois.
En conclusion, malgré le bon état sanitaire de la France au début des hostilités, malgré les méthodes de dépistage, les traitements modernes et une population mieux avertie du. danger, en un mot, malgré un système prophylactique soigneusement mis au point, on na pu empêcher la dernière guerre d’avoir été comme les précédentes, à l’origine d’une épidémie de maladies vénériennes. Ces constatations nous montrent qu’il ne faut pas relâcher la lutte antivénérienne. Elles doivent inciter, au contraire, à la perfectionner en temps de paix et à prévoir, compte tenu ‘des expériences passées et des moyens thérapeutiques modernes, une meilleure organisation de la lutte en cas d’un nouveau conflit.
LEGISLATION ANTIVENERIENNE RECENTE
1 paraît utile de rappeler succintement la législation récente dont nous aurons à tenir compte dans l’armée. Nous n’avons pas à faire une étude critique de cette législation qui a soulevé de nombreuses discussions et, tout au plus, nous nous permettrons de souligner quelques difficultés d’application qui sont apparues à l’application.
La législation actuelle, orientée de plus en plus dans un sens épidémiologique est l’aboutissant d'opinions et de tendances qui commencèrent à s'exprimer il y a près d’un siècle. Déjà, en 1842, on se préoccupait de la recherche de l’agent contaminateur et on pouvait lire dans le Traité d'Hygiène publique et privée, de Michel Lévy, que le militaire syphilitique devait se faire un devoir de nommer à ses chefs la prostituée qui l’a contaminé « Cette femme doit être recherchée immédiatement pour être soumise à son tour et d'office, aux soins de l’art ». Mais ce n’est que peu à peu qu’on en vint à l’idée que les principes de lutte contre les maladies contagieuses : Isolement du malade pendant la période dangereuse, recherche des foyers de contamination et des « porteurs sains », devaient être appliqués aux maladies vériériennes compte tenu, évidemment, du mode de contagion particulier.
Cependant, la loi du 2 février 1902 ne comprend, dans la liste des maladies contagieuses à déclaration obligatoire, ni la syphilis, ni la blennorragie, ni le chancre mou et ce n’est qu’au cours du dernier quart de siècle qu’est née la législation antivénérienne, tant il est vrai que, jusqu'ici, le législateur répugnait à intervenir dans ce domaine. Peu à peu, le législateur réalise qu’en tant que maladies contagieuses, les maladies vénériennes n’intéressent pas seulement l’individu, maïs
aussi la société qui a le droit d'exiger qu’un malade contagieux soit isolé et soigné pour ne pas propager son affection.
La circulaire du 26 août 1929 précise le rôlé de l'assistant
sociale dans la recherche du contaminateur, celle du 10
Décembre 1936 attire l’attention des médecins sur l'intérêt
de l’enquête épidémiologique et demande que les résultats en soient communiqués à l’autorité supérieure qui a pris en main l’organisation de cette lutte.
Mais dans l’Acte dit Loi du 31 décembre 1942 qui oblige le médecin à déclarer à l'autorité sanitaire les maladies vénériennes et à rechercher l’agent contaminateur, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. L’enquête épidémiologique devra être faite par lui-même ou par une assistante sociale de son service. S’il retrouve le contaminateur, il lexaminera et le mettra en traitement. Si cette recherche ne lui est pas possible, il transmettra les renseignements en sa possession à l'autorité sanitaire qui fera-effectuer l’enquête par une de ses assistantes sociales. Si la malade refuse de se faire examiner,; l’autorité sanitaire pourra la faire examiner d'office et, éventuellement, hospitaliser.
Mais la législation prévoit, en outre, le dépistage systématique de la syphilis. L’Ordonnance du 15 juillet 1945 impose l'examen sérologique des prisonniers et détenus et la mise en traitement immédiate des vénériens ainsi découverts. L’Ordonnance du 2 novembre 1945, sur la protection maternelle et infantile en instituant le certificat prénuptial oblige les futurs époux à subir un examen sérologique. Par ailleurs, des examens sérologiques sont également obligatoires au troisième mois de la grossesse, chez les assurées sociales désirant toucher leurs allocations de maternité. Obligation est faite également d’un examen sérologique chez les nourrices et nourrissons et aussi chez les immigrants en vertu de la loi du 22 février 1947.
Enfin, le législateur s’est attaqué à la lutte contre la prostitution que l’on ne peut qu’étudier brièvement ici, cette lutte n’intéressant pas directement l’armée, du moins en temps de paix.
Jusqu'en 1942, la surveillance de la prostitution était lais-