‹ La proposition infinitive simple et subjective dans la prose française depuis MalherbeChapitre 121 sur 163 · Cf. à ce propos Vendryes, op. cif., p · texte numérisé non relu

Cf. à ce propos Vendryes, op. cif., p

L'infinitif avec de après étre suivi d’un substantif.

A côté des verbes impersonnels il s’est développé une construction impersonnelle composée du sujet grammatical il, du verbe étre et d’un substantif. Elle existait déjà en latin classique, où le verbe esse se construisait avec les mots fama (rumor), fas, nefas, ius, mos, proverbium, spes, suspicio, opus, tempus, etc., accompagnés d’un infinitif simple ou d’un accusatif avec l’infinitif comme sujet logique :

Cic., Parad., VI, 51 : Non esse cupidum pecuniaest. — Phil., VI, 19 : Populum Romanum servire fas non est. — Disp. T., I, 99 : Tempus est... am hinc abire me, ut moriar.

En vieux français un infinitif pouvait s'unir à une locution formée de cette manière, directement, sans l’aide d’une préposition, ou bien au moyen de 4 ou de. Il semble que la première construction, avec le sujet postposé, n'ait pu s'implanter en français. En dehors des ouvrages de traduction elle est rarement employée. Des deux tournures prépositionnelles, celle où l'infinitif est précédé de de est dès le début la plus usitée ; elle a fini par l'emporter définitivement en français moderne. Nous avons expliqué plus haut l'emploi de cette préposition, qui répond au besoin d'exprimer le rapport causal entre l’infinitif et le verbe impersonnel. La même tendance se manifeste à l’égard du

génitif du gérondif latin, de sorte que cette forme, à laquelle, en latin vulgaire, se substitue un infinitif sans préposition : Potestalem curare, uecessitas tacere, est remplacée en vieux français par l'infinitif avec de ‘. De là on passe facilement à l'emploi prédicatif de la même forme, et c’est cette tournure que l’on rencontre dans les plus anciens textes français, tantôt avec un infinitif substantivé, tantôt avec un infinitif sans article :

Chanson de Roland, v. 2482 : Dist l’Emperere : Tens est de lhebergier. — Psautier d'Oxford, CI, 14 : Kar temps est d'aver merci (tempus miserandi). — Les quatre livres des Rois, 318 : Lores quant ure fud de faire le sacrifise, Hélyes fist sa uraison à nostre Seignur ?. |

Cette manière de construire la phrase s'étend aux substantifs énonçant le sentiment provoqué par l’action qu’exprime linfinitif postposé :

Roman de Troie, v. 3844 : Maïs ennuiz est de tot retraire.

— Le chevalier de la charretie, v. 5997 : Que granx deporx est de voir Come il fet tomber et cheoir.

On s’expliquera maintenant pourquoi la construction : substantif + copule + infinitif prépositionnel, est antérieure à la construction : substantif + copule + substantif précédé de de 5, le rapport causal étant plus visible entre le substantif et l’infinitif qu'entre deux substantifs.

Les exemples cités présentent l’ordre de mots suivant :

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