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LESAGE, Gil Blas, VII, ch. I : : Quand je venais à conâidérer qu’en révélant sa honte ce serait poignarder une pauvre créature dont je causais tout le malheur, je ne me sentais plus que de la compassion pour elle. — 17b., VIIT, ch. VI :: Quoiqu'en me découvrant tes besoins, ce soit me reprocher de ne les avoir pas prévenus, je ne t’en sais pas mauvais gré, mon ami.
M°° DE STAËL, Delphine, IL, lettre XXIII 5 : Léonce, en vous avouant l'empire de la souffrance sur mon cœur, c'est vous interdire à jamais de m'en rendre témoin : dérobez- lamoi, s’il est possible, cette prière n’est pas d'une âme dure, et vous l’adresser, c’est vous estimer beaucoup.— FLAUBERT, M®< Bovary, II, ch. IIT +: En s’'attachant M. Bovary par des politesses, 'haït gagner sa gratitude, et empécher qu'il ne parlât plus tard.
Éd. Garnier, IL, p. 9.
IE, p. 125.
. Éd. Garnier, p.302.
Éd. Charpentier, p. 95.
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L'infinitif avec de employé comme sujet simple.
Pour expliquer l'emploi de la préposition de devant linfinitif sujet il convient de reinonter encore au latin. En dehors du verbeesse accompagné d’un adjectif ou d’un substantif, l’infinitif se construit avec des verbes impersonnels: decet, delectat, libet, licet, placet,‘ paenitet, prodest, pudet, taedet ; l'accusatif avec l’infinitif se présente en outre près de : apparet, attinet, constat, convenit, etc. :
Cic., De sen., 49 : C. Gallum delectabat defectiones solis
et lunae multo ante praedicare. — Ad Aïitic., X, 8, 4 : Medios esse iam non lcebit.
Or, le caractère des verbes impersonnels n’est pas seulement déterminé parle fait qu’ils ne s’emploient qu’à la troisième personne du singulier — ce qui d’ailleurs n’est pas exact —, mais qu’ils n admettent pas de sujet proprement dit, parce qu’on regarde le fait en lui-même, sans penser à un agent quelconque :. Lorsque le latin ajoute à ces verbes
1. Cf. Meyer-Lübke, op. cit., IIT, 98. — Citons toutefois la remarque de Meillet ({ntroduction, p. 212) : « Au point de vue d’un moderne, un « impersonnel » tel que gr. 5er « il pleut » signifie simplement que « de la pluie tombe », mais le sens ancien est tout autre : alors que chaque phénomène naturel était tenu, pour le résultat de l’activité de quelque dieu ou de quelque génie, der signifiait « le dieu, le génie pleut» ; en fait, Homère n’a pas üet, mais seulement deux fois M 25 —E£ 457:
de 0'apa Zeus.
L'expression védique väto väti « le vent vente » est plus caracté-
des mots pour en compléter le sens, ces mots se trouvent toujours, à l’égard des verbes impersonnels, dans un rapport de subordination ; les substantifs et les pronoms sont au génitif, au datif, à l’accusatif, et c’est aussi le cas du sujet ou du prédicat de l’infinitif qui accompagne le verbe impersonnel :
Cic., Phil., II, 90 : Me tui miseret. — P. Cael., 14 : Me erroris paenitet. — SALL., lug., IV, 9 : Me civitatis morum bigetque taedetque. — PuBr. Syr. G., 11 : Geminat peccatum, quem delicti non pudet. — Cic., De fin., Il, 72 : Interest omnium recte facere. — P. Mil., 34: Quid Milonis intererat interfici Clodium ? — Disp. T., IV, 55 : Oratorem irasci minime decet, simulare non dedecet. — Verr., III, 20 : Scripta lex ita severa est, ut scripsisse appareat tyrannum. — Îb., V, 34 : Quid vir fuit quid me attinet dicere ?
De même, en grec les impersonnels 3eï et yp5 ont tou- Jours l’accusatif avec l’infinitif.
Le rapport de subordination où l’infinitif se trouve relativement aux verbes impersonnels a été exprimé en vieux français par les prépositions à et de, dont la dernière nous intéresse pour le moment. C’est elle qui, dès la période antéromane, a pris la place du génitif, de l’ablatif, des prépositions de, ex, ab ; qui, déjà en latin classique, peut signifier à cause de, à propos de, touchant ; et dont l'emploi s’est étendu de plus en plus en latin vulgaire : :
ristique encore. Ce ne sont donc pas des impersonnels qui expriment les phénomènes naturels, mais des troisièmes personnes dont le sujet, qui est un génie plus ou moins vaguement conçu, n’est pas indiqué avec précision ». — C'est ainsi qu’on peut s'expliquer, d’une façon générale, le passage de la forme personnelle à l’impersonnelle, l'influence que la première exerce sur la seconde, et inversement.
1. Cf. Meyer-Lübke, op. cit., IIT, 445 ; C. H. Grandgent, An introduction to vulgar latin, Boston, U. S. A., 1908, p. 14, 39 ; Wülfin, art. cit., p. 80; voir aussi H. Goelzer, Étude lexicooraphique et grammaticale de la latinité de Saint-Jérônre, 1884, p. 341 ; A. Régnier, De la lati-
Curr., VIL 9, 18 : Nondeira fuisse certamen. — CAESs., Bell. gall., IV, 16 : Germanico bello confecto, multis de causis Caesar statuit sibi Rhenum esse transeundum. — Cic., De leg. agr., IT, 84 : Ut vos nunc de vestris maioribus praedicatis, sic vestri posteri de vobis praedicabunt.
C’est cette préposition enfin qui marque, en vieux français, le rapport causal entre l’action exprimée par l’infinitif et celle dont l’idée se réalise dans le verbe impersonnel.
D'autre part, les verbes impersonnels pouvaient, en latin classique, s’employer à la forme personnelle avec un pronom neutre, singulier ou pluriel, et même avec un substantif :
Cic., Fragm. B., XI, 5, 1 : Hunc virum decet muliebris ornatus. — De provinc. cons., 41 : [la ornamenta me non decent. |
Le latin archaïque, aussi bien que le latin postclassique, prouvent qu’on a toujours hésité entre l’emploi personnel et impersonnel de certains verbes. En vieux français on constate le même phénomène ; aux verbes impersonnels que le français a hérités du latin se sont ajoutés d’autres provenant de verbes personnels '. On s’explique dès lors que l'infinitif prépositionnel, caractéristique comme sujet logique des verbes impersonnels, peut devenir le sujet simple de la phrase ?. Tel est, en effet, l’état de choses en ancien français :
nité des sermons de Saint-Augustin, 1886, p. 56 ; H. Hoppe, Syntax und Stil des Tertullian, 1903, p. 34 sqq.
1. Kjellman, op. cit., p. 51 sqq. ; Sneyders de Vogel, op. cit., p. 116- LT:
2. Cette explication, qui prend son point de départ dans les rapports logiques entre les deux actions verbales, nous semble concilier les vues de Tobler (Vermischle Beiträge, T, $), Meyer-Lübke (Grammaire, II,
L'INFINITIF SUJET AVEC DE gr
Wace, Le Roman de Rou, Il, v. 1995 : Mais d’assembler bataille demaneis les cunvient. — CHRESTIEN DE TROYES, Yvain, v. 3728 : Mes de conter ne de retreire As janz que je sui, ne vos chaille. — Roman de la Rose, v. 14558 : D'amer povre home ne li chaille Qu'il n’est riens que povres hons vaille :.
Il en est de même pour les verbes étre, sembler, suivis d’un substantif ou d’un aujectif :
BopEz, Chanson des Saxons, v. 121 : De baisier ma pucele cuidiez que biau me soit. — BEAUMANOIR, J. Bl., v. 2438: De Blonde veoir li est tart. — Miracles de Notre-Dame, II, 47 : Coquelourt, es-tu revenu ? De toy veoir me semble bon :.
En français moderne les mêmes constructions se présentent À. |
Il est à remarquer d’abord que Malherbe, dans son Commenlaire sur Desportes 4, critique la phrase : De n'aimer que
459), et M. Clédat (Rev. de philol. française, XVII, 71). Cf. aussi Darmestéter-Sudre (IV, 146) et Sôrgel (Romanische Forschungen, XIV, p. 292).
1. Wace, Le roman de Rou, éd. Andresen, Heïlbronn, 1878-79 ; Chrestien de Troyes, Yvain, éd. W. Fœrster, Halle, 1899.— Cf. Meyer- Lübke, op. cit., II, $ 340 :.« Le de est probablement celui de relation : par conséquent de conter ne vos chaille signifie : relativement ou par rapport à l’action de conter, ne vous inquiétez pas ; de sorte donc que leterme qui devraiten vertu du sens être le sujet, devient grâce à sa forme un régime relatif ». — Voir aussi Sôrgel, art. cit., p. 266.
2. J. Bodel, La chanson des Saxons, p. p. Fr. Michel, Paris, 1839 ;. Ph. de Beaumanoir, Œuvres poëtiques, p. p. H. Suchier (Société des anc. textes fr., Paris, 1884) ; Miracles de Notre-Dame, par personnages, éd. G. Paris et U. Robert (Sociélé des anc. textes franç., Paris, 1876-1893). Pour d’autres exemples, voir Sôrgel, art. cit. ; Kjellman, op. cit., pussim.
3. Cf. A. Haase, Syntaxe française du XVIIe siècle, trad. p. M. Obert,. Paris, 1898, p. 3, 296 ; Brunot, op. cit., II, p. 458 : Haas, op. cit. P- 325 sqq-.