‹ La proposition infinitive simple et subjective dans la prose française depuis MalherbeChapitre 63 sur 163 · ND · texte numérisé non relu

ND

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Musser, Le chandelier, 1, sc. I ‘ : Quel parti prendre ? le jardinier y sera ce soir ; je ne suis pas sûre de ma femme de chambre ; d'aller ailleurs, impossible ici ; tout est à jouer dans une petite ville. — CHERBULIEZ, Un cheval de Phidias, 1? : Mais d’en trouver le pourquoi, de raisonner sur les causes et les effets, d'analyser savamment mon plaisir, point de nouvelles ! — Ib., [V 5 : Car, de croire lembellir en la régularisant, pure illusion, vaine chimère !

La périphrase grammaticale met l’infinitif en évidence :

GoncourT, Sœur Philomène, XII + : Non, ma mère, ce n'est pas... de mourir... qui me fait peur. — BRUNETIÈRE, Essais $ : Ce n’est donc pas de classer qui est vieux et suranné, c'est de s’en abslenir. — ZoLA, Lourdes, IV, ch. [I 6 : C’est de vous voir qui m'a guéri. — 1b., V, ch. IV7: C’est de vous voir si abandonné, si désolé, qui me déchire le cœur, lorsque moi, je suis comblée de grâce et de joie. — PRÉVOST, Lettres à Françoise, XXIV 8 : Ce n'est pas d'être heureux qui m'empécherait de travailler, au contraire !

Il est curieux de constater que, plus l’infinitif se sépare . du reste de la phrase au point de vue stylistique, plus on multiplie les termes de rapport pour ne pas rompre l'unité de pensée. L’emploi de de, ce, et de la périphrase grammaticale tend toujours au même but, dénote la même préoccupation.

Éd. Charpentier, p. 291.

. Éd. Lévy, p. 11.

. Éd. Lemerre, p. 136.

. Sensine, p. 658.

. Éd. Charpentier, p. 361.

. Éd. Lemerre, p. 268.

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L'infinitif pur après un verbe impersonnel :.

La proposition qui se compose d’un verbe impersonnel suivi d’un infinitif a traversé, aux différentes époques du français, une série de phases qui toutes se retrouvent dans la langue moderne. La construction primitive du latin classique : verbe impersonnel sans sujet grammatical accompagné d’un infinitif pur, s’est maintenue jusqu’à l’heure actuelle après le verbe vaLoir précédé de MIEUX et de AUTANT. Le sujet de l’infinitif ainsi employé peut se mettre au datif, comme en latin :

Cic., Verr., I, 33 : Libere civi tudicare non licebat. — De fat., 17 : Homini necesse est,mori.

Avec un sujet nom de chose valoir mieux se trouve déjà dans la Chanson de Roland, v. 516 :

- Mielz en valt lors que ne funt cinc cenz livres. L'emploi impersonnel date de la seconde moitié du xuie siècle :

CHRESTIENDE TROYES, Le chevalier de la charette, v. 3414:

Amis, miauz vos valdroit atandre Ou quinze jors ou treis semainnes, Tant que voz plaies fussent sainnes.

1. Cf. notre article sur L'infinitif pur après un verbe impersonnel (Revue de philologie française, t. XXXIV, 2e fascicule, 1922).

Valoir autant est une combinaison dont le premier exemple remonte au milieu du xu° siècle’. Voici des exemples des deux tournures en français moderne:

VOLTAIRE, Lettre à M. le comte d’Argental (22 octobre 1777) ? : Tout serait perdu si elle en sortirait ; autant vaut jeter Agathocle et Idace dans le gouffre du mont Etna. — Micromésas, VII3 : Autant vaudrait ne pas étre. — Rousseau, La nouvelle Héloise, III, lettre XXII + : Ne dis pas non plus qu’il t'est permis de mourir ; car autant vaudrait dire qu’il t’est permis de n’être pas homme. — Jb., VI, lettre XI5 : Autant vaut employer le babil qu'elle donne à des sujets utiles, qu’à battre sans raison la campagne. —— BEAUMARCHAIS, III, sc. IT 6 : Garder la lettre à présent! il faudra m ’enfuir : autant vaudroit n'être pas venu.

CourIER, Pamphlet des pamphlets ? : En France, excommunié, maudit, enfermé par faveur à Sainte-Pélagie, mieux lui vaudrait n'être pas né. — GAUTIER, Le capitaine Fracasse 8 : Mieux eût valu pour toi tirer la moustache aux tigres et la queue aux serpents dans les forêts de l'Inde. — ZoLA, La débâcle? : Gâcher une balle, ah! non, par exemple ! Waut mieux en démolir un autre. — CoPrée, Contes rapides’ : Autant aurait valu demander à un desservant de village s’il voulait être pape.

Valoir mieux et valoir autant semblent avoir pris le Caractère de locutions toutes faites, ce qui explique qu’ils n’ont pas suivi le développement des autres verbes

. Cf. Kjellman, op. cit., p. 153 sqq. ; Sôrgel, art. cit., p. 224. . Éd. Moland, II, p. 304-3c5.

. Éd. Dillaye, I, 216.

. Éd. Garnier, P. 324.

Éd. Lebiore, [,p. 375.

- Sensine, p. 38.

. Ib. ‘+ P. 200.

d. Lemerre, p. 114.

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impersonnels. Il y a au moyen âge un petit nombre d'exemples où l’infinitif qui accompagne valoir mieus est précédé de 4. L’infinitif avec 4, cependant, est exceptionnel, et se présente seulement dans la seconde moitié du xIv° siècle. Waloir autant, au moyen âge, est également suivi de linfinitif prépositionnel (4 ou de). Voici une phrase de Malherbe, où le pronom i/ s’introduit après autant vaut : |

MALHERBE, Les épiîtres de Sénèque, LXIX : : Autant vaut-il aller vers elle, comme attendre qu’elle vienne vers nous.

Rien de tout cela n’a subsisté. Mais, tandis que la locution impersonnelle se fige, l’infinitif suivant peut soutenir la période et déterminer le rythme de la phrase :

CONSTANT, De la religion ? : « Mieux vaut profiter de chaque heure, incertain qu’on est de l’heure qui suit, s’'enivrer de chaque plaisir, tandis que le plaisir est possible, et, fermant les yeux sur l’abîime inévitable, ramper et servir au lieu de combattre, se faire maître si l'on peut, ou, la place étant prise, esclave, délateur, pour n'être pas dénoncé, bourreau pour n'être pas victime.

De même que valoir mieux et valoir autant, la tournure À QUOI BON est devenue une locution toute faite. Elle à adopté presque entièrement le sens d'un adverbe interrogatif, et se rattache par là aux constructions discutées cidessus, p. 38 sqq. Elle paraît dater de la deuxième moitié du xvii siècle 3. Malherbe emploie encore à quoi est bon de :

Les épiîtres de Sénèque, XLIII + : Mais 4 quoi est bon de se cacher et de fuir les yeux et les oreilles des personnes ? —

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