‹ La proposition infinitive simple et subjective dans la prose française depuis MalherbeChapitre 64 sur 163 · Éd. Lalanne, IL, p · texte numérisé non relu

Éd. Lalanne, IL, p

Molière la fait suivre de l’infinitif avec de :

Le Sicilien, sc. VI‘ : À quoi bon de dissimuler ?

Le plus souvent 4 quoi bon est suivi d’une proposition infinitive :

La RocHEFOUCcAULD, Portrait ? : J'ai de l'esprit, et je ne fais point difficulté de le dire ; car 4 quoi bon façonner làdessus ? — RACINE, Lettre à l’abbé Le Vasseur 5 : Maïs à quoi bon s’excuser pour un délai de huit jours ? — MoLière, Le médecin malgré lui, 1, sc. V +: À quoi bon nier ce qu'on sait? — M. de Pourceaugnac, I, sc. V5 : À quoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pot ?

MarivAUXx, Les fausses confidences, IL, sc. IX © : 4 quoi bon vous en défendre ? — MonTESQUIEU, Considérations, [7 : Une autre suite du principe de la guerre continuelle fut que les Romains ne firent jamais la paix que vainqueurs : <en effet, à quoi bon faire une paix honteuse avec un peuple pour en aller attaquer un autre ?

MÉRIMÉE, Colomba % : À quoi bon tuer ce vieux renard qui n’a plus de dents pour mordre? — Lori, Pécheur d’Islande, IX ° : À quoi bon se lever, à quoi bon se coucher ?

La tournure peut se rencontrer seule, l'infinitif étant ‘ sous-entendu :

BEAUMARCHAIS, Le barbier de Séville, I, sc. IV'° : Figaro : Il ne seroit même pas mal que vous eussiez l'air entre deux vins... Le comte : 4 quoi bon? Figaro : Et le mener

. Éd. Despois-Mesnard, VI, p. 247.

. Éd. Gilbert, I, p. 7.

. Éd. Mesnard, VI, P. 444.

. Éd. Despois-Mesnard, VI, p. 63.

. VII, p. 263.

Éd. Laplace-Sanchez, p. 463.

. Éd. Jullian, p. 9.

. Éd. Charpentier, p. 138.

. Éd. Calmann Lévy, p. 351.

. Éd. Lebigre, I, p. 329.

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un peu lestement sous cette apparence déraisonnable. Le comte : À quoi bon ? |

ZoLa, Lourdes, I : : Ils se retrouvaient, mais 4 quoi bon maintenant.

Elle peut se combiner encore avec un substantif ; l’adjectif bon reste alors invariable, ce qui prouve qu’on ne se rend plus un compte bien exact de sa fonction grammaticale :

DaubET, Jack, II, ch. VII 2: À quoi bon cette comédie entre nous, monsieur ?

Les trois constructions peuvent aisément se réunir pour rythmer la période :

AuGier, Les Fourchambault, IL, sc. I 3 : Mais maman, # quoi bon toutes les précautions que tu as prises pour dissimuler l’irrégularité de ma naissance ; 4 quoi bon avoir quilté ton pays et avoir changé de nom ; à quoi bon la vie claustrale à laquelle tu t'es condamnée, si c’est pour étaler un jour à la mairie, et devant témoins, les actes de mon état civil ?

D’autres exemples montrent à quel point 4 quoi bon s’identifie avec pourquoi :

CoxSTANT, De la religion + : Si les récompenses de la vertu, les châtiments du crime ne sont que les illusions. vaines d’imaginations folles et timides, pourquoi nous plaindre, lorsque le crime est récompensé, la vertu proscrite ? Si la vie n'est, au fond, qu'une apparition bizarre, sans avenir comme sans passé, et tellement courte qu’on la croirait à peine réelle, 4 quoi bon s’immaoler à des principes dont l’application est au moins éloignée ?

. Éd. Charpentier, p. 28.

. Éd. Dentu-Flammarion, p. 649. . Éd. Calmann Lévy, p. 46.

. Sensine, p. 41.

La phrase suivante révèle une notion plus claire du sens primitif de la tournure :

PRÉVOST, Lettres à Françoise, VI' : À quoi bon Jeanne d'Arc? À mener une campagne où le plus grand capitaine eût brisé inutilement son effort. À quoi bon Wilhelmine, reine des Pays-Bas ? À défendre, seule parmi les porteurs de couronne contemporains, les droits de la pitié et de l’humanité, qu'un roi, à sa place, n'aurait pas pu défendre.

Dans l’exemple suivant, enfin, on a affaire à une inversion résultant de la vivacité du sentiment : l’idée de l’action, qui frappe d’abord l'esprit, est exprimée la première :

Courier, Lettres ?:: Prendre des précautions, se garder, à quoi bon ? — Dumas PÈRE, Les trois mousquetaires,

XXII 5 : Voulez-vous qu’on appelle un médecin ?... — Aller chercher un médecin, dit-elle, à quoi bon !

Ce sont surtout les verbes essentiellement impersonnels il faut, il fait avec un adjectif qui présentent encore la construction synthétique du latin. Contrairement aux tournures que nous venons de discuter, le sens verbal se fait ici nettement sentir. Le changement de signification qu'ils subissent les sépare néanmoins des autres locutions. impersonnelles où la forme analytique de l’infinitif précédé. d'une préposition l’a emporté.

Le verbe impersonnel IL FAUT est une création française. En français le sens primitif du verbe latin fallere est celui de tromper, duper, et au sens neutre : finir, cesser, faire défaut, manquer. C’est de cette dernière acception que dérive, par l'intermédiaire de il est besoin, le sens ordinaire

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