Op. cit., p. 242 sqq
2. Benoit de Sainte-Maure, Le Roman de Troie, p. p. L. Constans (Société des anciens textes français, Paris, 1904-1906). — Chrestien de Troyes, Cligés, p.p. W. Fœrster, Halle, 1884 ; Erec, p.p. W. Fœærster, Halle, 1890 ; Benoît de Sainte-Maure, Chronique des ducs de Normandie, p. p. Fr. Michel (Documents inédits sur lhistoire de France, XXV, Paris, 1836-1844).
thèse a le tort d'expliquer par une contamination une tournure qui nous semble parfaitement logique, et qui, dans son développement ultérieur, subit très peu l’influence des constructions analogues, tandis que bonum est facere est devenu il est bon de le faire et c’est bon à faire. Pour nous, la locution résulte de combinaisons syntaxiques que le verbe faire présente en latin classique aussi bien qu’en français, ancien ou moderne.
Nous constatons en effet qu'en latin classique le verbe personnel facio régit souvent un double accusasif :
SALL : Neque gloriam meam laborem illorum faciam. — Cic. : Xenophon facit Socratem disputantem.
Dans cette construction, le substantif ou le pronom qui fonctionnent comme régime direct sont accompagnés d’un substantif, d’un adjectif ou d’un participe ayant la valeur d’un complément prédicatif. De même facio, non seulement dans le sens de estimer, s’imaginer, mais aussi dans celui de causer, avoir pour effet, régit en latin classique l’accusatif avec linfinitif :
VaRRON, R.r., IL, S, 3 : Quod earum aspectus.… marcescere facit volucres inclusas. — Cic., Brutus, 142 : Nullares magis. tales oratores videri facit quales ipsi videri volunt. — ©. fr., I, 3, 6 : Illud quidem nec faciendum est nec fieri potest me diutius... in tam misera... vita commemorari. — LucrÈcE, VI, v. 267 : Flumina abundare ut facerent (sc. nubila) camposque riatare. — Ovive, Mét., v. 690 : Hoc me... telum Flere facit, facietque diu :.
1. Cf. K. E. Georges, Lateinisch-deutsches Handwôrterbuch, Leipzig, 1879 ; Ph. Thielmann, Facere mit dem Infinitiv (Archiv für Lateinische Lexicographie und Grammatik, II, Leipzig, 1886, p. 117 sqq.) ; J. van Wageningen, Latijnsch woordenboek, Groningen, 2° druk. — Sur l’accu- Satif avec l’infinitif, voir E. Stimming, Der Accusativus cum Infinitivo im Franzôsischen (Zeitschrift f. Rom. Philolopie, Beiheft LIX, 1916).
Ici encore, l'infinitif est à considérer comme le complément prédicatif du régime direct.
Dans le type de phrase qui nous occupe, — abstraction faite de l'emploi impersonnel du verbe —, les rôles sont intervertis. C’est l’infinitif qui devient le vrai régime direct, dont l'adjectif est le complément prédicatif. La tournure signifie donc : une chose qui n’est pas à déterminer a pour effet de présenter l’action de l’infinitif comme étant ce qu’exprime l'adjectif.
Notons encore que Tertullien se sert de l’impersonnel facit dans les sens de 1] convient et suivi d’un accusatif avec l'infinitif :
TERT., Ennod., p. 410, 15 H : Non facih ad mores credentem fallere sanctos.
Presque tous les exemples cités par M. Kjellman ont la <onstruction moderne : verbe impersonnel-adjectif-infinitif. Cet ordre de mots ne répond pas à la logique, qui exigerait plutôt : verbe impersonnel-infinitif-adjectif. C’est que, ici comme partout en vieux français, le sentiment plutôt que la raison détermine la succession des mots dans la phrase. L'idée subjective émise par l'adjectif s'impose d’abord à l'esprit, ensuite on se représente le fait objectif énoncé par l'infinitif. Cela est encore plus caractéristique dans les phrases où l'adjectif et linfinitif précèdent tous deux le verbe impersonnel qui exprime la relation entre l'idée adjective et l’idée verbale :
Roman de Rou, II, v. 1913 : Bele esteit la cuntree, bel parler i faiseit. — Roman de Troie, v. 20669 : Dit mal fier se feit en eles. — Cligés, v. 677 : Mauvais joër se feit a lui.
Le premier exemple surtout, où l'adjectif prédicatif se place à deux reprises en tête, fait ressortir à quel point la
valeur émotive des mots influe sur la construction de la phrase. |
La place des compléments de l’infinitif, elle non plus, narien qui doive nous étonner. Les pronoms se mettent tous devant le verbe conjuguée, c’est là une règle qu'ils suivent dès le vieux français, et qui en français moderne trouve encore de nombreuses applications *. Leur présence dans la phrase atteste la valeur verbale de l’infinitif. Au treizième siècle on rencontre les premiers exemples où l'infinitif est postposé au verbe impersonnel précédé de l'adjectif :
Roman de la Rose, v. 4885 : Bon fait cognoistre son seignor.
Cette tournure, qui ne répond pas à l’hypothèse de Tobler, se laisse fort bien expliquer par la nôtre.
Il va sans dire que la construction qui nous occupe n'échappe pas toujours à l'influence des autres verbes impersonnels, notamment de f/ fait bien. Mais M. Kjellman * affirme que l’infinitif pur s'emploie dans la grande majorité des cas. Au xvir' siècle, il y a des phrases où l'infinitif est précédé de de 5. Au xix°, il est parfois amené par 4 ou de après il fait bon :
Dumas PÈRE, Lecomte de Monte-Christo 4 : Mauvais temps,
dit un des porteurs, i{ ne fera pas bon d'être en mer cette . \ d nuit ÿ. |
Toutes ces tournures, cependant, sont exceptionnelles ; il ya un lien si étroit entre les parties composantes de i7 fait + adjectif, suivi d’un infinitif, que le besoin d’analyse