AVIS AUX IMPRIMEURS
« La grâce et la paix soient avec vous. Pourquoi donc, mes chers imprimeurs, se pille-t-on et se vole-t-on si publiquement chez vous? pourquoi vous ruiner l'un l'autre? Êtes-vous devenus voleurs de grand chemin et larrons! Ou pensez-vous que Dieu vous bénisse, et qu’il favorise de si mauvais tours? J ai écrit les l‘ostillæ depuis le saint jour des Rois jusqu'à Pâques, et voilà que le compositeur qui s'engraisse de mes sueurs, vole mon manuscrit, avant que j'aie Gni, et va le faire imprimer ailleurs pour ruiner ma dépense et mon travail. Tu n’es . qu'un voleur devant Dieu, et tu es forcé de restituer.... C’est vraiment chose inique qu'il nous faille travailler et faire des frais pour qu'un autre ait le profit, et nous le dommage.... Soyez donc avertis, mes chers imprimeurs, vous qui volez et pillez. Vous savez ce que
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saint Paul dit aux Thessaloniciens (I, iv, 6) : Que personne n’opprime et ne circonvienne son frère en affaires ; car Dieu est le vengeur de toutes ces choses. Cette parole vous atteindra aussi quelque jour. Et ce vol ne vous rendra pas plus riche, comme dit Salomon (Prov. XV, 6) : La maison du juste est pleine de bien, il n'y a que trouble dans celle de l'impie. Et Isaïe dit également : Toi qui voles, à quoi cela te sert-il? Tu seras volé à ton tour.... Que Dieu donc vous corrige et vous améliore dans le temps. Amen *. »
Ceux qui souflraient le plus de ce pillage étaient les grands imprimeurs qui avec des frais considérables éditaient les textes de l’antiquité grecque et romaine, ou les Pères de l’Église. A la date du 27 janvier 1522 , Érasme écrit à son ami Pirkheimer que ce brigandage n’a pas de limites, et que Froben son ami, le célèbre imprimeur de Bâle, ne peut soutenir la concurrence : Ubi quiil novi operis prodit, quod pillant fore vendibUe , inox umts atque aller suffuralur ex ipsius Frobenii offwina, excudit ac vendilat minimo. Intérim Frobenius immensam pecuniam impcndil in castigalores (correcteurs), fréquenter cl in cxemplaria (en achat de manuscrits).
Si l'on en croyait l’avocat général Séguier, Erasme le premier aurait eu l'idée de solliciter un privilège, pour protéger le travail de Froben, maison n'avait pas attendu jusque-là pour s'emparer du bien d'autrui. Dès l’an 1469, Jean de Spire, qui avait portéà Venise l'art de l’imprimerie, obtenait du Sénat vénitien un privilège de cinq ans pour l'impression des Épitres de Cicéron. Le premier privilège allemand date do 1501; en France on en cite à la date de 1507 et de 1508 ’; il est probable qu’on en trouverait de plus anciens. Le caractère commun de ces privilèges est d’être temporaires; tous ont pour objet, comme iî est dit d’ordinaire, de protéger la vente ou l’écoulement d'une édition.
La Réforme fit un grand usage de l’imprimerie. Les nouvelles idées en avaient besoin pour se répandre, les anciennes pour résister. Les dissensions et les guerres qui suivirent la Réforme enflammèrent tous les esprits. De part et d’autre on se querella avec furie; de chaque côté- ou multiplia les livres et les pamphlets. L’imprimerie souffrit de cette lutte. Cette invention que
!. Cité par Wæchter {Pas Verlagsrecht ou du Droit des Auteurs, p. 6). 2. Voy. p. 341.