‹ La propriété littéraire au XVIIIe siècleChapitre 62 sur 87 · Remontrances des veuves des libraires. Pièce n" XI · texte numérisé non relu

Remontrances des veuves des libraires. Pièce n" XI

Elles le priaient de considérer que leurs dots étaient passées tout entières dans les fonds de leur commerce ; qu’elles \ avaient doté leurs enfants avec ces mêmes fonds ; que les uns et les autres seraient également ruinés , et qu’elles avaient le désespoir d’envisager pour l’avenir une perspective encore plus cruelle : la loi nouvelle leur enlevait toutes leurs ressources; elles ne pouvaient désormais ni aider leurs enfants, ni recevoir d'eux aucuns secours, et leurs magasins devenaient une niasse énorme qui achèverait , par son inutilité, de les écraser dans leur désastre.

Cette réclamation des veuves de la communauté réveilla, pour ainsi dire, le corps entier : il présenta un mémoire très-circonstancié1, dans lequel il réclamait l’exercice d’une propriété qui avait été jusqu’alors reconnue, d’une propriété qui ne pouvait être compromise sans opérer la destruction totale d’un corps dont les travaux avaient pour but de faire passer à la postérité les connaissances humaines, propriété enlin qui était la base et le fondement de tout le commerce de la librairie, et que les législateurs les plus sages avaient consacrée par la possession la plus constante et la plus légitime.

Ce n’était pas encore assez de celte réclamation : la communauté des libraires et imprimeurs fait partie du corps de l’Université. L’Université ne tarda pas à se réunir à la partie de scs membres qui se trouvait attaquée dans l'exercice de ses droits. Le recteur présenta un mémoire au nom de l’Université en corps*. En qualité de mère commune des sciences et particulièrement du bel art qui les répand, l’Université fit entendre sa voix : elle réclama contre la lixation de la durée des privilèges et contre l’abus des contrefaçons; elle renouvela toutes les plaintes qui avaient été déjà faites pour arrêter un brigandage que la sévérité des lois et la vigilance

1. Mémoire pour la communauté des libraires et imprimeurs jurés de l’Université. Pièce n” XII.

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