Mémoire imprimé. Pièce n* XXIII
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la propriété dont il est dépouillé : quelle affreuse perspective pour le corps de la librairie ! Il n’osera ni entreprendre une nouvelle édition, ni acquérir un ouvrage nouveau, ni s’opposer aux contrefaçons. Chaque membre craindra de continuer son état, ou de l'abandonner, et l'art de la typographie retombera dans cet état de léthargie dont il avait été tiré sous le règne de Louis XIV, qui, en faisant la loi à toutes les nations, avait également fixé dans la France les sciences, les lettres et les arts, qui s’établissent partout où la gloire leur annonce des succès et leur promet de nouveaux triomphes.
Nous terminerons ici la seconde partie du compte que la Cour attend de notre ministère.
Nous vous avons fait voir, dans la première, la nature et les effets des arrêts du 30 août 1777. Vous y avez vu la propriété attaquée par l’ effet rétroactifdes nouveaux règlements ; un impôt établi sans lettres patentes; des tarifs qui ne paraissent point émanés de la puissance royale; une caisse sans comptabilité, et des préposés inconnus revêtus de l’autorité.
Nous vous avons fait voir, dans la seconde , les réclamations multipliées du corps de la librairie, les principes qu’il invoque, la possession qu’il réclame, enfin l’état d'anéantissement où il se trouverait si les nouveaux règlements pouvaient subsister.
Il ne nous reste plus, pour remplir la mission que la Cour nous a donnée, que de lui rendre compte de tous les règlements intervenus sur le fait de la librairie depuis l’époque de son invention jusqu’à nos jours. Ce détail est on ne peut pas plus étendu; et, pour nous mettre à portée de terminer peut-être dans une même séance, nous supplions la Cour de continuer à la huitaine.
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Séance du 27 août 1779.
XII* partir. — Andra» r^Klrmrnt» Intrrvcnn» «r la Ilfcralrlr.
Par son arrêté du 23 avril dernier, la Cour a ordonné qu’il noos serait remis, premièrement, le récit fait par un de Messieurs; secondement, lespièces annexées à ce récit, pour lui en rendre compte, ensemble des règlements antérieurs au sujet de la librairie.
Nous avons eu l’honneur, dans la dernière assemblée, de satisfaire, autant qu’il a été en nous, aux intentions de la Cour. Le compte que nous avons rendu embrassait tout à la fois, et ce qui résultait du récit, et ce qui résultait des pièces jointes à ce récit ; il ne nous reste plus qu'à mettre sous les yeux de la Cour un tableau lldèle de tous les règlements intervenus sur la matière.
Nous le répéterons encore en ce moment , nous ne nous flattons point d’avoir réuni toutes les lois, toutes les décisions, tous les jugements rendus suivant les circonstances, et peut-être faits pour l’instant, lors actuel : ce travail eût été immense sans doute, infructueux peut-être, même impossible : comment, en effet, rassembler tous les règlements rendus dans des temps éloignés , et pour ainsi dire inconnus? Mais au moins pouvons-nous assurer que nous avons recueilli toutes les ordonnances et les lois générales que la sagesse de nos rois a fait publier, et la majeure partie des règlements généraux et particuliers que les contestations particulières ont fait naître, et c’est sans doute tout ce que la Cour peut attendre de notre ministère.
Avant d’entrer dans le détail de tous ces règlements, nous ne pouvons nous dispenser de présenter ici quelques notions préliminaires pour servir d’introduction à la matière qui nous occupe. Ce sera, pour ainsi dire, la partie historique de notre travail.
Dans les premiers siècles du monde, l’homme s’est contenté de l’usage de la parole, et pour transmettre ses idées, il n’avait imaginé d’autre secret que de dessiner l’image des choses dont il voulait parler. La première écriture a donc été une représentation, sans doute très-informe, des objets de la nature. C’était un premier pas nécessaire à l’instruction des siècles à venir. La nécessité, mère de l’industrie, a imaginé depuis une sorte d’écriture représentative des sons ; c’était un art nouveau, et c’est à cet art que nous devons les connaissances de la plus haute antiquité ; de là les progrès de la raison humaine ; de là l’établissement de tous les arts, la perfection de toutes les sciences.
Un génie heureux sentit que le discours, quelque varié qu’il fût, quelque étendu qu’il pût être par les idées, n’était pourtant composé que d’un certain nombre de sons, et qu’il était possible de leur assigner à chacun un caractère représentatif. Il abandonna l’écriture représentative des êtres vivants et des choses inanimées, pour s’en tenir à la combinaison des sons. Le môme génie qui avait aperçu que les sons du langage pouvaient se décomposer, en eut bientôt fait l’énumération. La combinaison était la conséquence de la découverte. La première était un coup de génie ; la seconde fut un simple calcul, un effet de l’attention.
De là, Messieurs, la naissance de l’écriture. Heureuse invention qui, en fixant le son de la voix, exprime toutes les pensées, peint tous les objets ! On parle aux yeux, et la parole prend une véritable consistance ; elle passe à la postérité la plus reculée. Les caractères représentatifs des sons une fois 'déterminés, les progrès de l’écriture devinrent on ne peut pas plus rapides.
Toutes les nations ont eu successivement leurs écrivains, c’est-à-dire, des gens qui se sont consacrés à recueillir les faits, à conserver ou à étendre les découvertes qui se faisaient dans chaque science. En travaillant pour leurs contemporains, ils travaillaient pour les siècles à venir. C’est aux veilles