‹ La Propriété NeurotoxiqueChapitre 14 sur 25 · I. — CRITIQUE DE LA THÉORIE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

I. — CRITIQUE DE LA THÉORIE CHIMIQUE

Conformément aux idées classiques et en particulier à la doctrine d'Ehrlich, on a admis que les propriétés hémolytiques, hépatotoxiques, neurotoxiques, sont dues à l'apparition dans le sérum d’une nouvelle substance : hémolysine, neurotoxine, etc.

Cette conclusion ne nous paraît pas rigoureuse. L'’expérience permet. seulement d'affirmer l'apparition d'une propriété nouvelle sans que nous sachions si elle est due à la formation d'une substance spéciale ou simplement à la modification de l’état physique du sérum. Nous pouvons nous demander avec Le Dantec si le langage humain n’a pas matérialisé encore une fois une propriété phystque. Donner un substratum matériel spécial à une énergie transportable est une erreur commune. Il suffit de citer les théories du phlogistique, du calorique, ete. Ne citerat-on pas plus tard celle des neurotoæines ?

Habituellement 1l est facile de distinguer si une propriété nouvelle est d'ordre physique ou chimique. La chaleur transportée par de l’eau bouillante n'est évidemment pas une substance spéciale puisque, en chauffant, l'eau n’a pas augmenté de poids. Mais d’autres fois la distinction est impossible, soit que le phénomène observé relève de la chimie-physique, soit qu'il échappe à nos moyens d'analyse comme €’est le cas pour la propriété neuroloxique. Qui penserait à chercher si son apparition a changé le poids du sérum ou de sa molécule albuminoïde !

Des deux hypothèses chimique et physique nous devons donc choisir la plus simple, la plus claire, celle qui s’accorde le mieux avec les faits connus.

La théorie chimique que nous avons exposée plus haut a été objet de nombreuses critiques.

En dehors de sa complexité, elle est obligée de supposer l'existence d'une variété presque infinie de substances. Il ne se passe pas d'année sans qu'un expérimentateur ne décrive une nouvelle neurotoxine pour le lapin, qui est un composé chimique différent de la neurotoxine du chien, du rat où d’un autre animal. Mais la variété de ces substances nouvelles est beaucoup moins étonnante que leur spéciticité et la facilité de leur formation. Bien plus, l'habileté des leucocytes serait merveilleuse à ce point quele contre-poison qu'ils viennent de produire n’est le résultat d'aucun entrainement ancestral ou individuel. Comme dit Le Dantee : « Il faudrait done croire qu'il existe dans les éléments du lapin et du cheval, des chimistes de génie, des chimistes bien plus experts que les grands savants du xx° siècle. »

Telles sont les principales objections que les auteurs ont faites à la doctrine d'Ehrlich.

S. Arrhenius a opposé à la théorie des combinaisons chimiques stables celles des combinaisons instables.

Bordet avait déjà comparé l’action de la sensibilisatrice à celle d’un mordant. C'était déjà réduire son action à un phénomène physique.

DRE TAT-COLLOIDAL:

Dans ces dernières années, l'attention des physiciens et des biologistes a été attirée sur les propriétés de Pétat colloïdal. L'organisme est un complexe de colloïdes ; ne pourrait-on pas expliquer par des réactions colloïdales

EG beaucoup de phénomènes vitaux, et en particulier le pouvoir de défense dont nous parlons.

Cette théorie physique pour les sérums cytolytiques a été soutenue par Le Dantec en particulier. Nous emprunterons en grande partie notre exposé à son /ntroduction à la Pathologie générale.

Depuis longtemps on appelait colloïdes les substances non dialysables. On a été amené à les considérer, non plus comme des solutions homogènes, mais comme des émulsions de granules extrêmement petits dans un liquide intergranulaire. Dans une molécule, le groupement atomique est maintenu fixe par les forces physiques, de même les molécules de colloïdes peuvent former un groupement physique stable constituant les granules. Ces granules sont à leur tour maintenus dans un certain ordre à l’intérieur d’un liquide intergranulaire, par d’autres forces physiques. Le lait, dont les globules de graisse sont en émulsion dans un liquide sucré, peut donner Flimage grossière d’une solution colloïdale.

Siedentoff et Zsygmondy ont vérifié cette hypothèse. Avant eux on désespérait de voir, même avec les meilleurs microscopes, les granules des solutions colloïdales. Deux artifices suffisent pour mettre en lumière leur existence :

1° 1! faut éloigner les granules les unes des autres. Il faut pour cela diluer beaucoup la solution.

2° Il faut ‘éclairer convenablement les granules au moyen du dispositif ultramicroscopique de Cotton et Mouton par exemple.

D'après Perrin l’électrisation des granules a une importance essentielle dans la constitution d’un colloïde. Alurés par la force de cohésion qui existe dans toute maüère, les granules sont repoussés par leurs états électri-

ASE

SUPETUUES ques différents. De la combinaison de ces deux forces anlagonistes il résulte un état d'équilibre stable.

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