IIL. — LES COLLOÏDES DANS L'ORGANISME
La constitution physique du protoplasma semble pouvoir se ramener en dernière analyse à un mélange de colloïdes complexes. Le protoplasme serait un colloïde de collojdes. Chacun des granules peut être considéré comme une véritable masse colloïdale secondaire contenant à son tour un solvant et des granules élémentaires. On peut pousser si l’on veut la complexité de structure à plusieurs degrés. On conçoit que l'équilibre de l'ensemble sera très complexe résultant de beaucoup d’autres équilibres élémentaires. Tel est le cas des colloïdes constituant un phagocyte ou une cellule nerveuse.
Les diverstissus de l'organisme ontune spécificité morphologique, chimique, ils doivent aussi avoir un état colloïde particulier. Ainsi le muscle peut avoir un groupement colloïde qui lui permet de se contracter à la suite de variations de l’influx nerveux.Ce groupement des colloïdes musculaires doit être différent du protoplasme des leucocytes ou des neurones, qui ont une forme, une constitution chimique et des fonctions différentes. Nous pouvons appeler taux local l’élat colloïde spécial à chaque Uussu.
Un même tissu, le tissu nerveux par exemple, considéré dans les diverses espèces, ne présente pas des états colloïdes identiques mais très comparables. Dans les espèces voisines pour un même tissu les états sont correspondants selon l'expression de Le Dantec. Ces états correspondants seront évidemment assez différents si les espèces sont très éloignées, ou au contraire presque identiques si elles sont voisines. Nous pouvons appeler taux
ir QUE individuel où de l'espèce l'état colloïde spécial à chaque espèce pour un tissu donné.
La cause de ces variations ou taux individuel suivant les espèces résulte de ce fait que tous les tissus d'un même animal, tout en présentant un taux local spécial, ont en plus des éléments de structure physique commun qui constituent le taux général de l'organisme.
Une émulsion de centres nerveux de lapin présente donc : 1° un taux colloïde général, caractéristique d@l'ani-
mal lapin ; 2° un taux colloïde local, caractéristique du issu nerveux.
Étudions maintenant ce qui se passe chez un animal lorsqu'il reçoit en injection une substance colloïde dont le taux est. différent de celui de ses tissus. Pour plus de simplicité dans l'exposition, admettons que les leucocytes sont seuls capables d'acquérir la propriété neurotoxique. L'injection d’émulsion nerveuse dans le péritoine d'un animal peut donner trois résultats différents :
1° L'animal ne ressentira aucun malaise et ne présenlera aucune propriélé nouvelle dans Son sérum ;
2° L'animal mourra ;
3° L'animal survivra el son sérum présentera la propriélé neuroltoxique.
Dans le premier cas, il y aura à peu près équilibre entre les deux colloïdes etcomme les leucocytes sont vivants, dans leur milieu, chez eux en un mot, et ont pour fonction de débarrasser l'organisme des corps étrangers, ils absorberont l’'émulsion nerveuse morte. C’est là un simple phénomène de digestion et les phagocytes n'en acquerront aucune propriété nouvelle.
Le second résultat possible consistant dans Ja mort de l’animal est assez rare.
» Dvy D À : . là 2 L en Pour expliquer cette mort, la théorie physique admet
DONS que les taux des colloïdes en présence sont très différents ; l’équilibre qui résulte de leur contact nécessite pour les leucocytes un état physique incompatible avec les réactions vitales ; de là leur mort et celle de l'organisme.
Le troisième résultat possible : résistance à l'injection et apparition de la propriété neurotoxique est le plus habituel si les animaux sont bien choisis. Dans ces conditions on peut admettre que les taux physiques des colloïdes nerveux infectés et des leucocvtes sont différents mais dans de faibles proportions. On pourrait pour représenter grossièrement le mécanisme des actions réciproques imaginer que les deux colloïdes dans leur structure physique si complexe et à plusieurs degrés ont certains équilibres communs, d'autres différents.
Le résultat de leur action réciproque sera :
1° Que la substance infectée étant morte et en petite quantité changera de structure physique et sera ultérieurement détruite :
2° Que la sécrétion des leucocytes acquerra un équilibre final ayant comme caractéristique de terminer rapidement et à son profit la lutte des taux physiques lors des injections suivantes.
ll ne s’agit pas là d’une synthèse immédiate et intelligente d'antidotes spécifiques comme dans la théorie chimique, mais simplement de lapplication d'un principe général de physique : la loi de Le Chatelier.
« La modification produite dans un système de corps à l'état d'équilibre par une variation de l’un des facteurs de l'équilibre est de nature telle qu'elle tend à s'opposer à la variation qui la détermine. »
Les leucocvtes triomphent presque toujours dans la lutte parce qu'ils sont soutenus en force et en nombre
par leur propre organisme. Leur sécrétion gardera un laux physique presque identique et tendra non pas à s’équilibrer aux colloïdes nerveux, mais à équilibrer ces derniers à son propre taux en les détruisant. La structure physique pendant et après la lutte sera done apte à détruire les colloïdes nerveux, sinon l'animal serait mort. Les injections suivantes augmenteront cette aptitude, et à la fin la propriété neurotoxique pourra apparaître dans le sérum.
Il est donc possible d'expliquer par de simples actions physiques l’immunité naturelle et acquise et la formation de ce qu’en langage chimique on appelle des anticorps.
La propriété neurotoxique spontanée normale ou pathologique s'explique par le même mécanisme physique que la propriété neurôtoxique artficielle.
Les venins des serpents, les excreta du bacille tétanique sont des albuminoïdes, par conséquent des colloïdes complexes qui détruisent la structure colloïde du tissu nerveux.
La seule différence est que le pouvoir neurotoxique spontané est incomparablement plus développé.