PREMIÈRE PARTIE
PROPRIÉTÉ NEUROTOXIQUE ARTIFICIELLE
Pour rassembler les résultats obtenus jusqu’à ce jour au sujet du sérum neurotoxique, nous allons étudier successivement les conditions de sa production, son mode d'action et enfin les sérums antineurotoxiques. |
A. — PRODUCTION DU SÉRUM NEUROTOXIQUE ARTIFICIEL. 1° Substance injectée.
La loi générale de la formation des cytotoxines est la suivante : pour obtenir un sérum cytotoxique spécifique pour un tissu donné, il faut injecter à un animal, à plusieurs reprises, une émulsion de ce tissu. De la façon de préparer l’émulsion nerveuse dépendent en grande partie les qualités du sérum obtenu. On doit assurer: 1° lasepsie de l’émulsion; 2° sa pureté.
Il est facile d'obtenir une émulsion de centres nerveux aseptique ; les précautions chirurgicales habituelles suffisent. Après avoir ouvert aseptiquement la cavité crânienne, on prélève les centres nerveux, on les broie dans un mortier stérilisé, on les étend avec du sérum artificiel
LETISES
stérilisé et après filtration sur une compresse on obtient une émulsion laiteuse propre à l'injection.
Il est important de ne conserver dans lémulsion que les centres nerveux à l'exclusion de tous les autres tissus. On comprendra, en effet, que si lon injecte en même temps des éléments sanguins, le sérum ainsi obtenu sera aussi hémolytique, et par conséquent non spécifique. Pour obtenir une émulsion pure il faut done saigner l’animal à blane, exclure soigneusement tous les fragments de pie-mère et laver plusieurs fois les centres nerveux avec du sérum artificiel. Henderson insiste particulièrementsur ces précautions. [Il enlève avec soin la pie-mère etles plexus choroïdes et obtient ainsi un sérum très faiblement hémolytique. Inversement Sartirana alterne les injections de sang défibriné et de centres nerveux; il pense favoriser ainsi l'apparition de la propriété neurotoxique, mais obtient évidemment un sérum à la fois hémolytique et neurotoxique.
Habituellement on se sert de l'encéphale tout entier pour préparer l'émulsion. On aurait pu croire que le sérum obtenu a des qualités différentes, suivant qu'il est préparé avec le cerveau, le bulbe ou la moelle. Delezenne a même essayé de trailer certains animaux exclusivement avec du cerveau, du cervelet, du bulbe ou de Ia moelle, sans trouver dans le sérum aucune propriété spéciale.
Une émulsion présentant les conditions que nous venons d'énumérer doit avoir l'aspect d'une crème blanche très légèrement grisâtre, facilement injectable.
En 1904, Biery et Petit, poursuivant leurs recherches sur le sérum néphrotoxique, ont obtenu des sérums actifs en injectant non plus les cellules entières, mais seulement les nucléoprotéides (véritables éléments spécifi-
RES Les
ques du tissu). Après 3 ou 4 précipitations de ces nucléoprotéides par l'acide acétique, on obtient un liquide incolore duquel les nucléoprotéides sont encore précipitées, puis lavées à l'eau, à l'alcool et à l'éther. Après dessiccation à l’étuve on les redissout dans une solution faible de carbonate de chaux et on peut les injecter.
Il serait souhaitable de voir appliquer cette méthode à la préparation du sérum neurotoxique.
D'après certains, les centres nerveux qui ne provoquent pas la formation d'anticorps à l'état normal pourraient le faire à l’état pathologique : Ravenna a eu l’idée d'injecter à la chèvre des encéphales de lapins morts tétaniques. La chèvre, qui ne réagit pas avec des encéphales de lapin neuf, fournit ainsi traitée un sérum neurotoxique pour le lapin. Ce sérum doit son action à une neurotoxine spéciale et non au poison tétanique. Il semble difficile d'interpréter ce fait curieux s'il est confirmé, et d'en tirer des conclusions.
2 Animal soumis à l'injection.
[faut habituellement, pour que la propriété cytotoxique apparaisse dans le sérum, que l'animal soumis à Pinjection reçoive des tissus d’un animal d'espèce différente. Tandis que pour les autres sérums, surtout pour le sérum hémolytique, les animaux peuvent être d'espèce rappro: chée (cobaye, lapin, ete.), il faut pour le sérum neurotoxique s'adresser à des espèces très éloignées. Les premières tentatives de Delezenne, qui avait choisi le lapin comme «animalfournisseur » et le cobaye comme «récepteur » n’eurent aucun résultat appréciable. Il en fut de
APE même des expériences de Enriquez el Sicard qui injéctaient à des lapins une émulsion de cerveau de chien.
En Italie, on emploie beaucoup le lapin et le mouton (Centanni), le lapin etla chèvre (Ravenna). Les meilleurs animaux sont le chien comme fournisseur et le canard comme récepteur ; Metchnikoff avait déjà employé le pigeon et le rat. Il faut remarquer que les jeunes chiens sont moins sensibles à l’action du sérum neurotoxique ; pour bien mettre en évidence ses effets, il faut donc choisir des chiens adultes.
3° Technique de l'immunisation.
Tous les expérimentateurs ont choisi la voie péritonéale, pratiquant l'injection avec les précautions et la technique habituelles. La quantité de substance injectée est très variable, elle est ordinairement progressive. Delezenne allait de 8 grammes à 20 et plus. A la fin de l’immunisation nous injections à nos canards 3 encéphales de lapin émulsionnés dans 60 cc. de sérum.
L'immunisation à été poursuivie pendant très longtemps par certains auteurs. Centanni n’a obtenu son sérum neurotoxique qu'après 7 mois 1/2. Delezenne attend deux mois; 1] pratique 5 ou 6 injections.
A. Delille à signalé une méthode qui permet d'obtenir en très peu de temps un sérum neurotoxique actif. Il prépare une émulsion d’encéphale de chien dont 5 ec. cubes contiennent 1 gr. de substance nerveuse. Chaque cinq jours il injecte D ce. de cette émulsion dans le péritoine d’un cobaye. À partir de 5 à 6 injections, le traitement est suffisant.
Nous avons préparé nos canards par une méthode analogue. Nous praliquons deux fois par semaine des
et 7e
injections progressives. Notre canard n° 2 par exemple à reçu en l’espace de 23 jours 13 encéphales de lapin sans en être notablement imcommodé.
Après 6 ou 7 injections, il est inutile de pousser plus loin le traitement; ainsi que l’a démontré Delezenne, le sérum de l'animal récepteur acquiert bientôt un maximum d'action toxique qu'il est impossible de dépasser.
La réaction de l’animal soumis aux injections est variable suivant son espèce et la quantité de substance injectée. Les cobayes sont très sensibles. À. Delille en a perdu un assez grand nombre avec des doses faibles quoique fréquemment répétées. Les lapins le sont encore plus à l'égard du cerveau du chien, ils meurent souvent dès la première injection. Le seul que nous ayons soumis à des injections est mort à la quatrième ; il avait reçu, il est vrai, deux encéphales de poulet. Les canards résistent mieux, ils succombent rarement, présentent de la fièvre et de l’amaigrissemént après chaque injection, mais regaonent rapidement leur poids primitif (Delezenne). Nous avons observé les mêmes phénomènes ; 4 ou 3 jours après la dernière injection, nos canards se portaient aussi bien qu'avant l’immunisation.
Le pouvoir neurotoxique apparaît dès la seconde ou la troisième injection. Vires (expérience inédite) la vu apparaître dès la première. Ce pouvoir s’accroit peu à peu au cours de limmunisation pour acquérir bientôt, comme nous l'avons vu, un maximum d'effet toxique.
Pour saigner l'animal récepteur on doit attendre”4 ou » jours après la dernière Injection; la lutte entre lorga-
nisme et la substance injectée est terminée et le sérum | présente le pouvoir neurotoxique.
Ravenna prétend que ce pouvoir apparaît de façon in-
constante chez l'animal traité. Cependant tous les autres expérimentateurs ont trouvé sûrement une propriété neurotoxique dans le sérum, avec des intensités différentes il est vrai. |