B. — ACTION DU SÉRUM PRÉPARÉ
Le sang est retiré aseptiquement d’une artère ou d’une veine. Sa coagulation fournit le sérum actif. Nous avons employé tantôt la centrifugation, tantôt la coagulation spontanée. Le procédé de Delezenne nous semble le plus commode puisqu'il fournit le plus de sérum. Il consiste à recueillir le sang du canard directement dans des tubes à centrifugation et à centrifuger immédiatement, en présence d’un fragment de tissu.
1° Voies d'introduction.
La voie d'introduction habituelle des toxines est la voie sanguine. Aussi divers auteurs ont-ils essayé l’action du sérum neurotoxique par injections intraveineuses. Un fait singulier (Centanni),c’est que le sérum, toxique par contact direct avec le cerveau est, au contraire, très bien supporté en injections intraveineuses. Une quantité de 20 à 30 doses, mortelle pour le cerveau, ne donne dans les veines que des effets très légers transitoires attribuables à une simple action de sérum hétérogène. Il est assez difficile d’expliquer cette diversité d'action suivant la voie d’introduclion. Il semblerait que le revêtement endothélial exerce une action préventive. Centanni a montré que, si l’on injecte à un lapin une grande quantité de sérum neurotoxique par voie veineuse, il n’éprouve aucun trouble alors que son propre sérum qui s’est ainsi chargé de substance
RS Fa neurotoxique est devenu toxique par injection intracérébrale.
Henderson arrive à des conclusions analogues sur linefficacité relative des injections intravasculaires. Il explique ce fait par laffinité de la sensibilisatrice pour l’endothélium des vaisseaux aussi bien que pour les celludes nerveuses. La sensibilisatrice se fixerait sur l’endothélium et serait ainsi gaspillée. L'expérience de Centanni, que nous venons de citer plus haut, infirme cette hypot hès
Ricketts et Rothstein cependant ont employé avec succès les injections intravasculaires. Ils pratiquent des injections intraveineuses ou intraartérielles à des cobayes à la dose de 2cc., et 1ls obtiennent leur mort à des intervalles variant entre 10 et 40 minutes (Henderson).
Ce résultat paradoxal ne doit pas étonner, si l'on tient compte du pouvoir: hémolytique du sérum préparé par Ricketts et Rothstein. Remarquablement plus hémolytique que d'habitude, leur sérum de lapin provoquait probablement des troubles vasculaires dans l’encéphale et secondairement des symptômes d'intoxication. Il: faut penser que leur sérum avait été préparé avec une émulsion mixte de centres nerveux et de sang.
Il reste donc établi que le sérum neurotoxique introduit par voie veineuse n'a pas d'action ‘appréciable. Ce caractère n’est pas d'une grande importance et ne se retrouve pas dans les substances neurotoxiques spontanées qui, beaucoup plus actives, peuvent agir par voie veineuse et sous-cutanée, même à très faible dose.
Dès 1898, Roux et Borrel ont fait remarquer que certains poisons ayant une affinité spéciale pour les cellules nerveuses agissent-bien mieux par injection directe dans
les centres nerveux : «l’inoculation intracérébrale est un excellent moven de vaincre lapparente insensibilité des animaux vis-à-vis de l’inoculation sous-cutanée. »
Ces injections intracérébrales doivent être pratiquées avec une technique très minutieuse sur laquelle on a insisté depuis longtemps: Comme Delezenne, nous avons suivi pour les lapins la technique de Roux et Borrel. Nous usions d'une petite seringue de 1/2 cc. pour injections d'huile grise et d’une fine aiguille de Pravaz. Après incision de la peau un peu en arrière de la ligne qui réunit la commissure des paupières, nous pratiquons dans le crâne, à deux millim. de la ligne médiane un petit orifice à l’aide d’un foret. L’aiguille est introduite de 6 à 7 millim. et l'injection est poussée avec une extrême lenteur (3 minutes environ).
L’injection intracérébrale pratiquée à des chiens est plus facile et plus sûre. Elle doit être faite dans les lobes frontaux, en avant du sulcus crucialus, en dirigeant l'aiguille longue et très fine en avant et un peu obliquement en dehors (Pirone). |
La dose du sérum neurotoxique à injecter est variable suivant l'espèce. Chez le lapin, on doit employer des doses minimes. Delezenne, avec le sérum normal de cobaye, a pu pratiquer des injections intracérébrales de 0,5 à 0,6 ee. par kilogr., sans accident.
Néanmoins, il est préférable d’'emplover des quantités beaucoup moindres. Dans notre première série d’expériences, nous avons injecté 0,5 ce. par lapin, c’est-à-dire environ 0,25 ec. par kilogr. d'animal ; dans la seconde série, avec des lapins de plus forte Blé, nous sommes allé jusqu'à 1 ce. (0,4 par kilogr. d'animal), dose qui mainnant nous paraît un peu trop forte.
Une injection rapide, risquant de léser mécaniquement
Poe
les centres nerveux, doit être évitée. Il est bon de noter exactement la durée de l'injection. Baroncini et Giacometti font durer en moyenne 5 minutes une injection de 0,75 cc. chez le lapin. La durée de nos injections variait entre 2et 3 minutes, suivant la dose.
Nous avons essayé d’injecter le sérum par voie rachidienne. Boeri, croyons-nous, l'avait fait avee succès en 1902. Il parle d'injection sous-arachnoïdienne sans préciser S'il s’agit du cul-de-sac lombaire. Chez le lapin, malgré la longueur de la moelle, il n'est pas difficile de pénétrer par poncüion lombo-sacrée dans le cul-de-sac dural. Nous avons tenté l'opération quatre ou cinq fois, sans pouvoir relirer par l'aiguille du liquide céphalo-rachidien ; de sorte qu'il est impossible d'affirmer si le sérum injecté a pénétré dans l’espace sous-arachnoïdien. Quoi qu'il en soit, nous avons obtenu, après chaque injection, une paraplégie passagère, peut-être traumalique. Une autre fois, l'animal est mort le lendemain, sans que nous ayons pu suivre les phénomènes d'intoxication. Nous avons abandonné cet essai pour reprendre les injections intracérébrales, plus sûres, à notre avis, malgré les difficultés de la technique.
2° Réalité el caractères de la propriété neuroltoæique.
ILest de règle qu'un animalavyant reçu directement dans l'encéphale du sérum préparé à dose convenable, meure ou du moins présente des phénomènes nerveux graves. La mort est-elle due à une cause banale ou à la propriété neurotoxique du sérum ?
On pourrait d’abord l’attribuer au traumatisme. Mais nous savons que des doses même beaucoup plus considé-
rables de sérum non préparé ne produisent que des trou-