‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 106 sur 149 · COMMUNISME DE LA « GENS · texte numérisé non relu

COMMUNISME DE LA « GENS

ce. que nous entendons parle mot famille. Chez les plus primitifs qu'on ait observés, il n'existe aucune forme de famille : les femmes 4'une gens sont communes aux hommes d'une autre gens; les enfanta appartiennent à toute la gens, ainsi que le désire Platon dans sa République utopique; ils se considèrent comme sœurs et frères, et nomment mères leur propre mère et les femmes de la même génération. La gens est tout ; ils ne connaissent rien en dehors d'elle; o'est elle qui se marie, c'e3t elle encore qui est propriétaire.

Tout est à tous dans le sein de la gens : le Boshiman qui reçoit un présent le distribue entre les membres de sa gens; Darwin a vu un Fuégien partager une couverture qu'on lui avait donnée en autant de pièces qu'il avait de compagnons ; le Boshiman qui parvient à enleverun bœuf ou tout autre objet divise pareillement son butin, ne s'en réservant souvent que la plus petite part. En temps de disette, les jeunes Fuégiens parcourent le rivage; et quand ils ont la chance de tomber sur une baleine échouée, leur plus appétissant régal, ils n'y touchent pas, bien que mourant de faim, mais retournent prévenir les membres de leur gens, qui accourent en toute hâte : le plus âgé divise en parts égales le cadavre du cétacé. Chez des sauvages plus développés que les Boshiman et les Fuégiens, le produit de la chasse n'appartient pas à l'individu qui a abattu le gibier, mais à la famille de sa femme et parfois à sa propre famille, et le partage se fait d'après des règles minutieuses, selon le degré de parenté. ,

La chasse et la pêche, ces deux premiers modes de production, se font d'ordinaire en commun, et le produit est consommé en commun. Les Botocudos, ces indomp-

tables tribus du Brésil, organisent en commun leurs battues et ne quittent l'endroit où là bête est tombée qu'après l'avoir dévorée. Les tribus où la chasse en commun est sortie de la coutume, conservent dans leurs mœurs l'ancien mode de consommation en commun : l'heureux chasseur réunit en un festin les membres de sa gens pour manger son gibier. Dans certains villages du Caucase» quand une famille tue un bœuf ou une dizaine de moutons, toute la population est en fête : on boit et on mange ensemble en souvenir des morts de l'année. Le repas mortuaire est un souvenir de ces banquets communistes.

Morgan, qui, dans son dernier et important ouvrage, a étudié les mœurs communistes de cette époque, décrit les chasses et les pêches en commun des Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord1 : Les tribus de la plaine» qui subsistent presque exclusivement de nourriture animale, montrent dans la chasse leur communisme. Les Pieds-Noirs, pendant la durée de la chasse au buffalo, suivent à cheval le troupeau en grande troupe, hommes, femmes et enfants. Quand la poursuite active du troupeau commence, les chasseurs abandonnent les bêtes tuées, qui sont appropriées par les premières personnes qui viennent derrière eux : cette méthode de distribution continue jusqu'à ce que tout le monde soit pourvu... Ils dépècent les buffalos en lanières, les sèchent au soleil ou dans la fumée. D'autres font avec une partie de la chasse du pemmican : la viande desséchée et pulvérisée est mélangée avec la graisse et roulée dans la peau de l'animal. — Durant

i. Lewis, H. Morgan, House and house life ofthe American aborigènes; Washington, 1881.

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