HABITATIONS ET REPAS COMMUNS
la saison de la pêche dans la rivière la Columbie, où le poisson abonde, tous les membres de la tribu campent ensemble et mettent en communie poisson pris» Chaque soir le partage se fait d'après le nombre des femmes, chacune recevant une part égale... Les poissons sont fendus, séchés sur des claies, empaquetés dans des paniers et transportés au village.
Habitations et repas communs.
Quand les sauvages cessent d'errer le long des rivages de la mer et des fleuves en quête de la nourriture fournie spontanément par la nature et qu'ils s'arrêtent et construisent des demeures, la maison n'est pas individuelle, mais commune à toute la gens, et reste commune alors même que la famille commence à s'individualiser sous la forme matriarcale ; elle abrite alors jusqu'à plusieurs centaines de personnes : chez les Haidah de l'île de la reine Caroline, des ménages de plus de sept cents membres vivaient sous le même toit.
On peut citer, comme type de ces habitations communes, celles que La Pérouse rencontra en Polynésie, longues de 310 pieds, larges de 20 à 30 et hautes de 10, affectant la forme d'une pirogue renversée, ouvertes aux deux extrémités et abritant plus de cent individus. Les long homes (longues maisons) des Iroquois, qui, d'après Morgan, disparurent à la fin d#siècle dernier, avaient plus de 100 pieds de lon^ sur 30 de large et 20 de haut : un couloir les traversait dans toute leur longueur, sur lequel s'ouvraient de petites
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pièces de 7 pieds de large, dans lesquelles logeaient les femmes mariées : chaque maison avait, aux deux portes d'entrée, peint ou sculpté le totem de la gens, c'est-à-dire l'animal dont elle prétendait descendré. Les villages des Dyaks de Bornéo sont formés de semblables habitations, construites sur des pieux à 15. et 20 pieds du sol, ainsi que Tétaient les cités lacustres de Suisse. Hérodote rapporte que les Pœoniens logeaient dans des demeures bâties sur pilotis dans le lac Prasias. Les femmes mariées des Dyaks avaient de petites chambrettes prenant jour sur le couloir central; les hommes et les garçons, les femmes non mariées et les jeunes filles dormaient dans des salles communes séparées. Les casas grandes (maisons grandes) du Mexique offraient l'apparence d'un colossal marchepied, composé d'étages superposés, en retrait les uns sur les autres et subdivisés en cellules. Les palais mis à jour par Schliemann dans l'Argolide, et les restes des grandes habitations dont on rencontre les ruines en Norwège et en Suède étaient les demeures communistes des Grecs homériques et des Scandinaves barbares. Les habitations des collectivités familiales qui existaient encore en Auvergne dans la première moitié de ce siècle présentaient une disposition analogue à celle des longues maisons iroquoises.
Dans ces maisons communistes, les provisions sont communes, leur préparation culinaire se fait en commun, et les repas se prennent en commun.
Il faut s'adresser à Morgan pour avoir une description de la vie de leurs habitants : il est vrai que ses recherches ne portent que sur les Peaux-Rouges de l'Amérique, et principalement sur les Iroquois, au mi-
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lieu desquels il a vécu comme hûte et. membre adoptif ; mais, ainsi qu'il le dît : n Quand une coutume est constatée chez les Iroquois, dans une forme définitive et positive, il y a grande probabilité qu'une semblable coutume existe chez d'autres tribus placées dans les mêmes conditions, parce que leurs nécessités étaient les mêmes, »
Les Iroquois, qui logeaient ensemble, cultivaient des jardins, ramassaient les récoltes et les engrangeaient dans leurs habitations comme dans un magasin commun. Il y avait une sorte de possession individuelle de ces produits par les différentes familles. Par exemple, les épis de maïs, attachés en paquets par leurs enveloppes, étaient suspendus dans les différentes chambrettes; inais lorsqu'une famille avait épuisé ses provisions, les autres lui fournissaient du maïs selon ses besoins et aussi longtemps qu'il en restait : il en allait de. même pour le poisson et le gibier conservés. Les provisions végétales et animales, divisées et confiées à 3a garde des femmes, demeuraient propriété commune île toute la gem.
On observe dans ces villages indiens ce curieux phénomène d'une appropriation personnelle d'objets dont l'usage demeure cependant commun, « Il n'existe pas un objet dans une maison ou dans une famille indienne qui n'ait son propriétaire particulier, remarque Heckewelder à propos des Delaware et des Mtltt* sees* Chaque individu sait ce qui lui appartient depuis le cheval el la vache jusqu'aux chiens, aux chats et aux poussins... H y a parfois autant de propriétaires différents qu'il y a de petits dans la portée d'une chatte ou dans la couvée d'une poule; et si Ton achète une poule
avec ses poussins, il faut traiter avec autant d'enfants qu'il y a de petits poulets. Ainsi, tandis que le principe de la communauté prévaut dans la tribu, le droit de propriété est reconnu parmi les membres de la famille1. » De fait, c'est au sein du communisme que - prend naissance la propriété personnelle, qui, loin de lui être contradictoire, comme l'assurent les économistes, est au contraire son complément indispensable.
D'autres Indiens , ceux des villages de Laguna (Nouveau-Mexique), au lieu de diviser les provisions par têtes de mère de famille à qui on confie leur garde, les mettent au contraire dans des magasins communs. « Ces greniers, écrivait à Morgan en 1869 le pasteur Samuel Gorman, sont généralement placés sous, l'administration des femmes ; elles ont plus de souci de l'avenir que leurs voisins espagnols; elles s'arrangent toujours à faire durer les provisions pendant toute l'année : ce n'est qu'après deux années consécutives de mauvaise récolte que les pueblos souffrent de la faim. »
Les Indiens de Maya, dans le Yucatan, font dans une hutte la cuisine en commun pour tout le village, comme au moyen âge on boulangeait tout le pain de la commune dans le four banal. Stéphen, dans son Voyage dans le Yucatan, raconte qu'il a souvent observé des troupes de femmes et d'enfants sortant de la cuisine commune avec des bols de bois ou de terre
1. Heckewelder , Histoire y Coutumes et Mœurs des nations indiennes qui habitaient laPensylvanie et les États avoisinants. Heckewelder, qui était un missionnaire morave, vécut au milieu des Indiens pendant quinze ans, de 1771 à 1786; il parlait leur langue. Son livre naïf et écrit sur des observations personnelles dissipe beaucoup des erreurs que les philistins débitent sur les sauvages.