‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 108 sur 149 · HABITATIONS ET REPAS COMMUNS · texte numérisé non relu

HABITATIONS ET REPAS COMMUNS

remplis de ragoût fumant, et rentrant dans les demeures particulières. Mais cher les I roquai s on préparait m commun la nourriture des habitants de chaque longue maison dans la maison elle-même. Une matriarche la distribuait de la marmite commune à chaque famille selon ses besoins; chaque personne était servie dans une écuelle de bois ou de terre. Ils n'avaient ni tables, ni chaises, ni assiettes, ni aucune pièce ressemblant à une cuisine ou à une salle à manger; chacun prenait son repas accroupi ou debout, où cela lui convenait. Les hommes étaient servis les premiers; les femmes et les enfants mangeaient après eux. Ce qui restait était mis de côté, au cas où un habitant de la maison aurait faim dans le courant de la journée. Les femmes cuisaient l'après-midi le hominy, espèce de bouillie de maïs concassé; on le laissait refroidir pour le lendemain matin ou pour les visiteurs. Ils né prenaient pas de premier déjeuner ni de souper proprement dit; ils mangeaient, quand ils avaient faim, ce qui se trouvait à la maison. C'étaient de petits mangeurs.

Ces mœurs se sont reproduites dans la Grèce préhistorique : les syssities (repas communs) des temps historiques n'étaient qu'un souvenir de l'époque communiste primitive.

Le disciple de Platon, Héraclide de Pont, nous a conservé une description des repas communistes de Crète, où les coutumes primitives persistèrent pendant longtemps. Chaque citoyen, aux andreies (repas communs des hommes), recevait une part égale, excepté l'archonte, membre du conseil des anciens (gerônia), qui avait droit à une quadruple portion; une en sa qualité de citoyen, une autre en celle de président de

LlîEî^ï:: '

table, et deux autres parts additionnelles pour l'entretien de la salle et du mobilier. Chaque table était sous la surveillance spéciale d'une matriarche, qui distribuait la nourriture et ostensiblement mettait de côté les morceaux de choix pour les hommes qui s'étaient distingués dans le ^conseil ou sur le champ de bataille. Les étrangers étaient servis les premiers, même avant l'archonte. Un vase rempli de vin coupé d'eau circulait de mains en mains; il était de nouveau rempli à la fin du repas. Héraclide ne mentionne que les banquets communs des hommes; mais Hœck avance que dans les cités doriennes, il y avait également des repas communs de femmes et d'enfants. La connaissance que l'on a de la constante séparation des sexes chez les sauvages et les barbares rend très probable la supposition du savant historien de l'île de Crète.

Plutarque nous informe que les convives de ces repas communistes étaient égaux : il les appelle pour.cette raison des réunions aristocratiques, — sunedria aristokratika. — Les personnes qui s'asseyaient à la même table appartenaient sans doute à la même gens. Les Spartiates convives d'une même syssitie formaient une organisation militaire correspondante et combattaient ensemble. Les sauvages et les barbares agissent en commun en toute circonstance, à table comme sur le champ de bataille, où ils se rangent par famille, par gens et par tribus.

Il était de nécessité si impérieuse que chaque membre de la tribu communiste reçût sa part d'aliments, que dans la langue grecque le mot moira, qui signifie part d'un convive à un repas, finit par désigner la Destinée, la déesse suprême, à qui les hommes et les dieux

Page 1