‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 110 sur 149 · Lahontan, Voyage de Lahontan · texte numérisé non relu

Lahontan, Voyage de Lahontan

.MŒURS COMMUNISTES m

rant dans le village ; cependant une partie, deux tiers environ, était mise de côté pour le Soleil, leur Dieu, et pour les Incas, la caste dominante. Ces terres étaient cultivées en commun; les recolles, après avoir servi à subvenir aux besoins du culte, des Incas et de l'administration publique, étaient consacrées à des travaux d'intérêt général et distribuées à tous les habitants selon leurs nécessités; la laine des immenses troupeaux de lamas paissant sur les Cordillères et le coton cultivé dans les plaines étaient également partagés, de façon à ce que chaque famille en reçût suffisamment pour vêtir tous ses membres.

La culture des terres communes et l'administration de leurs récoltes étaient si parfaites, que les civilisateurs espagnols qui sortaient d'une Europe à famines intermittentes et peuplée de misérables, de mendiants, de proslituées et de voleurs, débarquèrent dans un pays qui ne connaissait pas la misère, où les greniers d'abondance regorgeaient de mais et d'autres grains. Au dire de PoloÛndegardo, un des jurisconsultes envoyés pour défendre les intérêts de la couronne d'Espagne contre les barbares et féroces aventuriers qui ravageaient le Pérou, il y avait dans quelques-uns de eesgremers" de la nourriture pour dix ans ». Prescotteite le testament d'un soldat de ta conquête, Sierra Lejesema, qui confesse que lorsque les conquistadores, dont il faisait partie, détruisirent l'empire des Incas, le peuple était ai bien gouverné, qu il n'y existait ni voleur, ni paresseux, ni débauché, ni femme de mauvaise vie,. ..que les montagnes et les mines, les pâturages , les forêts et les chasses, et toute espèce de biens, étaient si sagement administrés et distribués, que chacun savait la part qui

devait lui revenir, et possédait son bien sans craindre que personne le lui dérobât, et qu'il n'y avait pas de querelle à leur sujet ; . . . et quand ils virent les Espagnols , mettre des portes et des serrures à leurs demeures, ils crurent que c'était de crainte d'être assassinés par les Indiens, parce que ceux-ci ne pouvaient pas supposer que personne pût songer à prendre le bien d'autrui. Aussi quand ils s'aperçurent qu'il y avait parmi nous des voleurs et des hommes qui débauchaient les femmes et les filles, ils nous eurent en peu d'estime.

Le jurisconsulte Ondegardo, après avoir constaté que sous les Incas « il n'y avait pas un Indien pauvre et nécessiteux », attribue au Diable l'invention de cette prévoyante administration communiste, afin d'endurcir le cœur des enfants en les privant du devoir de secourir leurs parents âgés et misérables, et afin d'éteindre la charité en dispensant ceux qui possèdent de faire l'aumône aux pauvres1.

Les ruines des travaux publics de l'empire communiste du Pérou, qui pouvait mettre sur pied deux cent mille guerriers au moment de la conquête, comme ceux de l'antique et communiste Egypte, étonnent l'art de nos ingénieurs. Un aqueduc qui traversait le district de Gondesuyu avait une longueur de 6 à 8 kilomètres et apportait l'eau à l'aide de lacs naturels et de réservoirs jusque dans le cœur des montagnes. — La route de Quito à Cusco, longue de 2,500 à 3,000 kilomètres, avait, tous les 15 kilomètres, des forteresses et baraquements militaires entourés d'un parapet de pierre d'un très grand diamètre ; la chaussée, large

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