‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 112 sur 149 · Humbold, Vue des Cordillères · texte numérisé non relu

Humbold, Vue des Cordillères

avoir l'usage de vastes territoires de chasse, autrement ils ne pourraient se procurer leur nourriture : aussi dés que dans une localité la population s'épaissit, il fallut procéder à un partage des eaux et des terres entre les tribus qui les habitaient.

Le premier partage de la terre se fit sous forme de territoires de chasse et plus tard de pâturage, quand commence rélève du bétail. Les terres ainsi distribuées étaient Ja propriété commune de la tribu et des tribus fédérées ou apparentées, qui les subdivisaient entre les clans ou gentcs qui les formaient. L'idée de la possession individuelle de la terre ne s'insinua que très difficilement et très tardivement dans le cerveau humain. « La terre est comme l'eau et le feu, elle n'appartient à personne, » disent les Omahas de l'Amérique. La terre ne peut être que la possession commune de toute la tribu, non seulement de ses membres existants, mais encore de ses membres à naître : le gouvernement anglais de la Nouvelle-Zélande l'apprit à ses dépens. Bien qu'ayant acheté aux Maoris un territoire, avec le consentement unanime des membres de la tribu, il continuait cependant à recevoir de nouvelles réclamations d'argent à chaque nouvelle naissance; car, disaient les Maoris, nous avons bien vendu nos droits de possession, mais nous ne pouvions vendre les droits de ceux qui n'étaient pas nés. Le gouvernement ne put se tirer de la difficulté qu'en allouant une annuité à 3a tribu, de laquelle chaque enfant, en venant au monde, reçoit une part. Le Dieu des Juifs ne voulait pas de la propriété personnelle du sol : « La terre ne sera pas vendue, ordonne l'Éternel, car la terre est à moi, et vous êtes étrangers et forains chez moi.» (Lévi-

PROPRIÉTÉ COMMUNE DE LA TEUttE 3U

tique, XXV, 23; Chroniques, XXIX, io et 10;) Le pape Léon XIII, qui, dans sa fameuse encyclique contre les socialistes, s'est posé en champion de la propriété privée de la terre, avait sans doute oublié les commandements de son Dieu : il est vrai qu'il y a beau jour que juifs et chrétiens ont déserté le culte de Jéhovah pour celui du Dieu-Propriété,

L'humanité dut passer par une lente et pénible évolution avant d'arriver à la propriété privée de la terre.

Les Fuégiens limitent leurs territoires de chasse, propriété commune de toute la tribu, par de larges espaces inoccupés; César rapporte que les Suèves met* tarent leur orgueil à les entourer de vastes solitudes ; les Germains nommaient « forêt limitrophe », et les Slaves « forêt protectrice », cet espace neutre entre les possessions de deux ou plusieurs tribus ; dans l'Amérique du Nord, cet espace était plus étroit entre les tribus de même langue, d'ordinaire apparentées et alliées, et plus large entre les tribus d'idiomes différents»

Les nations sauvages et barbares de l'ancien et du nouveau monde bordent leurs territoires de ces zones neutres pour préserver leurs moyens d'existence, c'està-dire leur gibier et leurs troupeaux de pores paissant librement dans les forêts. Tout étranger rencontré sur le territoire d'une autre tribu est pourchassé; s'il est pris, mutilé et parfois tué. Iïeckewolder raconte que les Peaux-Rouges coupaient le nez et les oreilles de tout individu surpris sur leurs terres et le renvoyaient dire a ses chefs qu'à la prochaine occasion on le scalperait*

L'adage féodal, qui terre a, guerre a> commence à être véridique dès l'époque sauvage, dès que la propriété commune fait son apparition. Les violations de territoires de chasse sont parmi les principales causes de querelles et de guerre entre les tribus voisin es.

Ces espaces inoccupés, établis d'abord pour prévenir les incursions, devinrent plus tard des places de marché où des tribus avoisinantes se rencontraient pour échanger le surplus de leur consommation. Harold, roi d'Angleterre, battit en 1063 les Cambriens qui envahissaient continuellement le territoire des Saxons; il convint avec eux que tout homme de leur nation trouvé en armes à Test du retranchement construit au vmc siècle par Offa aurait la main droite coupée. Les Saxons élevèrent de leur côté un autre retranchement parallèle, et l'intervalle entre les deux murailles devint un terrain neutre pour les commerçants des deux nations.

Origine de la division du travail.

Les voyageurs ont constaté avec étonnement que les sexes dans les peuplades sauvages sont séparés par des barrières matérielles et morales et qu'ils vivent à part. Cet isolement des sexes s'est sans doute établi quand on voulut faire cesser la promiscuité primitive et empêcher les relations sexuelles entre frères et sœurs, autrefois la règle. Nécessitée d'abord dans un intérêt de morale familiale, cette séparation s'est maintenue et accentuée par la différence des occupations entre les deux sexes et par la propriété. — L'homme se consacre

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