‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 113 sur 149 · ORIGINE DE LA DIVISION DU TRAVAIL M · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA DIVISION DU TRAVAIL M

à la défense et à l'approvisionnement, tandis,, que la femme prend à sa charge la conservation et l'administration des vivres de la gens, la préparation culinaire des aliments, la confection des vêtements et des ustensiles de ménage. « L'homme, disait un Kurnaï à Fison, chasse, pêche, et se bat et s'assied; » ce qui signifie que le reste est affaire de la femme. C'est la division du travail qui commence ; et, ainsi que l'observe Marx, elle est d'abord basée sur la différence des sexes. De même que chaque sexe a son occupation spéciale, il a aussi un genre spécial de propriété.

Le sauvage ne comprend la possibilité de la propriété personnelle que comme conséquence et consécration de l'usage : ce qu'un individu ne peut s'approprier par l'usage ne peut lui appartenir. L'homme, étant guerrier et chasseur, doit avoir la propriété des armes, des chevaux, des instruments de pêche et de chasse; tandis qu'à la femme échoit la propriété des provisions, des ustensiles de ménage et autres objets du ressort de ses occupations; comme l'homme porte ses armes et le gibier, elle transporte ses biens sur son dos, ainsi que son enfant, qui lui appartient à elle, et non au père, généralement incertain ou inconnu.

L'introduction de l'agriculture, qui allait devenir la cause déterminante du morcellement du territoire, propriété commune de toute la tribu, accrut encore la séparation des sexes. L'homme, resté guerrier et chasseur, abandonne à la femme les travaux des champs, consentant à l'aider parfois à l'époque de la moisson; chez les peuples pasteurs, il se réserve la garde des troupeaux, qui finit par être considérée plus noble que les travaux de culture : chez les Caflres, la surveil-

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lance du bétail est une occupation aristocratique. Les anciennes lois des Aryens interdisaient l'agriculture comme une dégradation aux deux premières classes, aux brahmines et aux kshattryas ou guerriers : « Car, dit Manou, les vertueux blâment les brahmines et les kshattryas qui se livrent à l'agriculture, parce que la charrue avec sa pointe de fer blesse la terre et les personnes qui sont en elle. » [Lois de Manou, ch. X.) Ce sont toujours des bergères, c'est-à-dire des filles de race noble, qu'épousent les rois dans les contes de fée.

L'usage étant le seul titre de propriété personnelle que connaissent et que peuvent connaître les sauvages, la propriété foncière familiale, dès qu'elle s'établit, est inscrite au nom de la femme. Aussi dans toutes les sociétés où la forme patriarcale de .la famille n'a pas complètement supplanté la forme matriarcale on trouve les biens-fonds possédés par les femmes : c'était le cas chez les Égyptiens, chez les Naïrs de la côte de Malabar, chez les Touareg du désert africain et les Basques des montagnes pyrénéennes. Du temps d'Aristote, les deux cinquièmes du territoire de Sparte appartenaient aux femmes.

La propriété foncière, qui devait finir par être pour son possesseur un moyen d'émancipation et de suprématie sociale, débuta par être une cause de sujétion : les femmes furent condamnées aux durs travaux des champs, ainsi que plus tard les esclaves. L'agriculture, qui conduisit l'homme à la propriété individuelle de la terre, introduisit le travail servile.

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