TRAVAIL EN COMMUN DE LA TERRE 3S
Travail en commun de la terre.
Les terres de la tribu sont labourées et ensemencées en commun tant que subsiste le communisme primitif. — Dans certaines parties de l'Inde, dit dans son journal de navigation Néarque, un des capitaines d'Alexandre, témoin oculaire des faits écoulés au ive siècle avant notre ère, les terres sont cultivées en commun par des tribus ou groupes de familles, qui se partagent à la fin de l'année les fruits de la moisson. — Stéphen, cité par Morgan, décrit un campement d'Indiens Maya du Yucatan, qui possédaient et travaillaient en commun leurs terres. Diodore rapporte que les habitants des îles Lipari, sur les côtes de la Sicile, avaient leurs biens en commun, qu'une partie des habitants se consacrait à la culture des terres, et l'autre à combattre les pirates tyrrhéniens; plus tard, quand ils partagèrent au sort l'île Lipari, où ils demeuraient, ils continuèrent cependant à posséder et à cultiver en commun les autres petites îles. César nous dit que les Suèves, « la nation la plus puissante et la plus belliqueuse de toute la Germanie », ne possédaient pas de champs privés et séparés (privati ac separati agri) : chaque année mille guerriers sortaient de chacun de ses cent cantons pour aller guerroyer au loin : ceux qui restaient dans leurs foyers devaient cultiver les champs communs.
Cette habitude de posséder et de cultiver les terres en commun a persisté, alors même qu'on était sorti de la phase communiste. Dans les villages russes vivant
sous le régime du collectivisme consanguin, souvent des champs sont cultivés en commun, qui s'appellent terres labourées par la commune; la récolte est partagée entre toutes les familles du mir. Dans d'autres villages les terres ne sont partagées entre les familles qu'après avoir été labourées en commun. Des Cosaques du Don fauchent en commun leurs prairies indivises, et divisent le foin une fois coupé. Ce n'est pas seulement en Russie, la terre classique du collectivisme consanguin, que l'on trouve cette persistance de la culture communiste: en 1877, M. Miller écrivait à Morgan, de Taos, un village indien du Nouveau-Mexique, que dans chaque pueblo on cultivait en commun un champ de maïs, dont la récolte, commise à la garde du cacique, était à la disposition de ceux qui manquaient de grain. Les lois du pays de Galles, écrites au ixe siècle, règlent que chaque famille doit recevoir environ deux hectares pour sa culture individuelle, mais qu'une pièce de terre doit être mise de côté pour être cultivée en commun.
Les récoltes des terres soustraites au partage et labourées en commun, au lieu d'être distribuées entre les habitants du village, servaient parfois à défrayer des dépenses communes. Gomme, dans son Village community, cite un village du comté de Meath, en Irlande, où la moisson du champ commun était employée à payer la dîme et l'impôt ; dans certaines communes de l'Inde elle est consacrée à rétribuer les fonctionnaires (forgeron, prêtre, maître d'école, etc.) qui doivent leurs services à tous les membres de la communauté, L'Iliade et YOdyssée nous apprennent qu'en Grèce un champ sacré — temenos — était, comme au Pérou, mis de côté pour le dieu local et le chef militaire, — basileus. Le