PROPRIÉTÉ COMMUNE DES RIENS MOBILIERS
sacre son énergie à l'industrie piralique, à la guerre pmir le butin. Le brigandage fait son apparition dès que les biens mobîîidrs se multiplient et s'accumulent.
Les Grecs des temps préhistoriques étaient d'audacieux pirates, courant le long- des côtes méditerranéennes et se réfugiant avec leur butin dans leurs acropoles, perchées but des rochers comme des nids d'aigles. Un précieux fragment d'un chant grec, le Skolion d'Hybrias, nous initie aux sentiments et à la vie des guerriers barbares. Le héros chante : JTai pour richesse ma grande lance, et mon glaive, et mon bouclier, rempart de ma chair ; par eux je laboure, par eux je moissonne, par eux je vendange le doux jus de la vigne, par eux je suis appelé le maître de la mnaia (les esclaves de la communauté). Et ceux qui n'osent pas porter la lance et le beau bouclier, qu'ils s'agenouillent devant moi comme devant un maître et qu'ils m'appellent le grand chef...
Lemninkaimen, le « joyeux » he'ros du Kaleuala, le poème épique des Finnois, chante lui aussi : Mon or est aussi ancien que la lune, mon argent est de l'âge <iu soleil : ils ont été vaillamment conquis dans lés corn* bats... Une seule petite pièce de monnaie gagnée dans un combat possède plus de valeur que tout l'or et tout l'argent soulevé par la charrue1.
1. Les chevaliers errants de la fin du moyeu âge, ruinés par le* croisades et dépossédés de Jeurs terres, ne vivaient que de ta guerre ; ils appelaient, comme le héros ^rec, moisson de rêpûeT le butin qu'iïa gagnaient thun Là* eompals. L'£péc Otait leur gagnejjuin, comtno dit un poème de l'époque :
Dont i est gagne -pains nommée, Car par Ji «kL garnies Jî pains.
[Pèlerinage du monde ! par Guigne ville.)
La piraterie sur terre et sur mer est l'occupation favorite des barbares: même lorsqu'ils s'adonnent à l'agriculture, ils restent pirates. César nous dit que les Suèves menaient de front les deux industries :tous les ans une partie des guerriers de leur nation cultivait les terres, tandis que l'autre partait en expédition ; et quand celle-ci rentrait au foyer, l'autre sortait en course. Probablement le butin rapporté était partagé entre tous, puisque ceux qui restaient au pays étaient obligés de travailler les terres de la communauté. Ils étaient communistes dans l'agriculture et dans le brigandage. Le communisme finit par disparaître, mais le brigandage persista. Les Athéniens en plein régime de propriété privée conservaient leurs mœurs piratiques. Solon maintint à Athènes les collèges des pirates. « Les anciens ne voyaient rien de déshonorant dans la piraterie, » dit Thucydide; les nations capitalistes la tiennent au contraire en grand honneur : toutes les expéditions coloniales modernes ne sont que des guerres de pirates.
Partout où les héros barbares abordaient dans la Méditerranée, ils enlevaient les hommes et les femmes, les bestiaux, les récoltes et les biens mobiliers. Les hommes, réduits en esclavage, demeuraient propriété commune, tant que les terres restèrent communes ; plus tard ils furent partagés au sort. Les villes de la Crète, une des premières îles colonisées par ces hardis pirates, possédaient encore, au temps d'Aristote, des troupes d'esclaves, appelés mnotœ, qui cultivaient le domaine public, dont les récoltes nourrissaient tous les citoyens l . Cette possession en commun d'esclaves,
1. 11 y avait deux classes d'esclaves en Grèce : les esclaves publics, koiné douleia, — troupe commune d'esclaves,— appartenant