‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 123 sur 149 · ORIGINE DE LA JUSTICE ET DU YOL · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA JUSTICE ET DU YOL

à quelque chose, et l'idée à laquelle s'attache le mot injustice étant l'invasion ou la violation de ce droit1. » Linguet disait spirituellement à Montesquieu : « Votre Esprit des lois n'est que l'esprit de la propriété. »

Des cérémonies religieuses imprimaient dans l'imagination superstitieuse des peuples primitifs le respect de cette propriété privée si antipathique à leur nature communiste. Les chefs de famille d'Italie et de Grèce, à de certains jours de l'année, faisaient le tour de leurs champs, suivant la bordure inculte, poussant devant eux les victimes, chantant des hymnes et offrant des sacrifices aux bornes de pierre qui en marquaient les limites, et qui chez les Romains étaient des dieux termes, et chez les Grecs des bornes divines. Le laboureur ne devait pas approcher de la borne, de peur que « le dieu, en se sentant heurté par le soc de la charrue, ne lui criât: « Arrête, ceci est mon champ, voilà le tien. » (Ovide, Fastes, II.) Jéhovah est obligé d'inculquer par de nombreuses recommandations et menaces le respect du champ d 'autrui : « Tu ne transporteras pas la borne de ton prochain. » (Deutéronome, xix, 2.) « Maudit qui transporte la borne du prochain : tout le peuple lui criera: « Amen! » (Ib., xxvn, 17.) Job, qui a l'âme d'un propriétaire forcené, range parmi les pires des méchants ceux qui arrachent les bornes, (xxiv, 2.) Platon oublie son idéalisme quand il s'agit de propriété : « Notre première loi doit être celle-ci : que personne ne touche à la borne qui sépare un champ de celui du voisin, car elle doit rester immobile. Que nul ne s'avise d'ébranler la pierre qu'on s'est engagé par serment à

4. Locke, Essay on the human under standing, book IV, ch. m,. § 18.

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laisser .en place. » {Lois, VIII.) Les Étrusques appelaient toutes les malédictions sur la tête des coupables. « Celui qui aura touché ou déplacé la borne sera condamné par les dieux ; sa maison disparaîtra, sa race s'éteindra, sa terre ne produira plus de fruits; la grêle, la rouille, les feux de la canicule, détruiront ses moissons, ses membres se couvriront d'ulcères et tomberont en corruption1. » Ce n'était pas la fraternité que la propriété privée apportait àl'humanité.

Les anathèmes spirituels qui troublent si profondément l'imagination fantasque et désordonnée des peuples enfants , s'étant trouvés insuffisants à refréner l'habitude de prendre les objets dont on avait besoin, on dut recourir à des châtiments corporels d'une féfo- . cité inouïe, et -lesquels étaient en opposition formelle avec les coutumes et les sentiments des sauvages et des barbares. Ils s'infligent les plus terribles tortures pour se préparer à leur vie de luttes incessantes, jamais elles n'ont le caractère de châtiments : ce sont les pères propriétaires qui ont inventé l'horrible qui bene amat, bene castigat. Le sauvage ne frappe pas son enfant: Catlin rapporte qu'un chef sioux lui disait avec éton- -nemeht « d'avoir vu sur la frontière des blancs qui .fouettaient leurs enfants: une chose bien cruelle ».

Verser le sang de sa gens, tuer un de ses membres, est }e crime le plus horrible que peut commettre un sauvage et un barbare : pour le venger, tout le clan doit se lever. Quand un membre du clan avait commis un meurtre ou tout autre méfait, pour %qu'aucun autre membre ne se souillât en frappant le coupable, on l'ex-

\ . Formule sacrée, citée par Fustel de Coulànges dans la Cité antique.

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